Aphorismes 154


Tel est porté vers les évidences comme vers une femme qui s’est déchirée dans l’amour, et n’a pas réalisé que l’amour est une évidence corrompue.


Ma tristesse est consécutive à tout ce que j’ai falsifié, et à ces résistances qui ne m’ont pas permis de gravir l’écrasante hauteur des hommes.


Il y a quelque obscénité dans la solitude, celle de se voir tel que nous sommes, faibles, veules et si directement pauvres.


Je ne me consolerai jamais d’avoir été utile, et de m’être ramifié dans cette vaine salubrité

L’amour est fièvre, et nous l’atteignons autant dans la générosité que dans la pitié, tous deux vains sentiments, arrangés comme des sentiers lumineux pour notre salut.

Je ne sais que vivre dans l’inquiétude, celle de tout perdre, et tous les instants me sont comme autant de triomphes sur ceux qui se prolongent, sur ceux qui durent.


Tout est conçu pour disparaître.

Mon détachement fait suite à mes vacillations, celles qui me sont venues quand je me voulais dense, sans me rapprocher de quelque lumière que ce soit.


Il y a toujours un temps pour nous révéler et réveiller à la beauté, ce temps est brutalité sitôt qu’il disparaît dans les frémissements d’une marche forcée ou d’un forfait.


Etre prêt à toutes les exagérations, jusqu’au dernier degré de l’être.


Toute lucidité est vouée au processus d’une définitive brutalité.


Toujours et parfois, deux des versants abrupts de nos existences, chacun excellant dans de l’inévitable.


Rien qui ne m’ait davantage porté dans la solitude que la conscience de mes infidélités et de mes inféodations.


Je mourrai sans avoir triomphé de quoi que ce soit, sans m’être résolu à ce qu’il en soit autrement.


A quoi bon vouloir peser sur le monde, ne porte t-il pas suffisamment le poids de toutes les individuations ,de celles qui veulent tant n'y point sacrifier leurs légèretés et leurs tares?


Toutes les idées ont une odeur de souffre et de naphtaline.


A mon chevet, un livre si extérieur à moi ,je le déplace sans considération aucune, ce manège dure quelques jours ;après j’y goûte avec une délectation trouble, comme si je m’enfonçais dans un abîme de neutralité.


Je n’ai joui que de trop peu d’enseignements, perdu dans du regret, je ne m’explique toujours pas pourquoi une science coagulée s’est figée en moi,ne me conduisant ni au savoir, ni à aucune extase.


La peur est une de mes forces, combien de nous se seraient sabotés, s’il n’y avait eu cette crainte qui les contrariait jusqu’aux calculs, voire jusqu’aux démangeaisons ?


L’être se renouvèle entre le rire et la ride, entre la sanie et la cicatrice, l’animal est plus tolérable, il s’accommode de son mal sans courir les pharmacies.


Toutes mes convulsions m’ont ramené à moi, que dis je, au plus profond de moi, là où tout est automatiquement moi.


La lucidité m’aura défait ma vie durant, je cherche dans la merveille du dormir, à rêver d’une autre destination.


Monstrueux parce qu’il partage ses monstruosités, l’homme n’est apaisé que lorsqu’il s’est usé dans les racontars de ces mêmes monstruosités.


J’ai toujours pitié de moi lorsque j’ai parlé.


L’ignoble désir d’être et de le rester.


Mon idéal est de rester inaccompli, c’est la seule façon que je connaisse pour me supporter.


Je ne lis rien sans en saisir les accidents, tout mot m’apparaît comme identifiant son signataire, avec son attirail de paix ou de mélancolie.


C’est à regret que je me suis humanisé, si c’était à refaire, j’aurais été un salopard, indécent jusqu’au point d’avoir de l’esprit.


L’être salit, au comble des dégueulis de tous genres, la trace sans précédent d’une solitude érigée en mathématique de l’esprit.

Ne plus parler, jusqu’à opérer au sein du silence un immense vacarme développé en cri primal, en big bang originel.


Un sujet ,c’est un type qu’on exagère.


J’en appelle à l’illusion, à toutes les illusions ;je me pose en rival de ces images capitales de l’homme qui pense jusqu’à la combustion.


Etre aussi intense que deux sciences qui s’affrontent et se réconfortent qui concordent par leur malaise d’être incertaine.


Regardez vous bien, et si l'avenir vous est adressé, débinez, vous y crèverez autant qu’aujourd'hui.


Le charme de l'existence est irrespirable, c'est une essence d'homme et rien d'autre, ni mettez pas le nez , il en deviendrait purulent.


Que voulez-vous que je génère d'autre qu'une tristesse sans fond, puisque c'est ce qui me manque le moins ?


Ne vous adressez pas à mes intégralités, je n’en n'ai guère, mes intégralités sont une constitution qui va d’un mourir un autre.


Au fond, l'infidélité c'est de se souvenir dans l'instant de ceux qu'on a quittés.


Tout est sujet à amertume, comme un fruit conditionné, alors imaginez l'homme.


Sur le calendrier, des dates, des prénoms, et ces anniversaires qu'on oublie par précaution.


Avoir les mains vides, quelle belle trouvaille pour ne rien donner.


Les mots, il faut les apprivoiser, ce sont des vieux fourbus et inactifs, à qui il faut tendre la main ou bien donner une béquille.


Nulle idée n'est plus profonde que celle qui n'est pas passée par notre cerveau.


Si je fais figure de dilettante, c'est parce que je suis fourbu de tous ces sens que j'attribue à chaque objet, à chaque humain et que je ne sais ni démontrer, ni déshonorer.


D’Armand Robin, voici un titre « La vie sans moi » quelle belle délivrance !


La merveille de se décourager, de se relâcher, puis de s'endormir dans l'arrêt prolongé de celui qui ricane de ne rien avoir accompli qui puisse servir à l'homme.


Le vide qu'il soit vertical ou horizontal, concourt à dire qu'il est trop tard pour se pencher sur quoi que ce soit.


Tout est inutile, et je m'en irrite au point de le réfuter, mais inconsciemment.


Je n'ai, ni ne veut atteindre aucun but, je suis un attaquant passif qui attend qu’on le démarque.


Respectons la frivolité, c'est un de nos fonds communs, et des plus louables, regardez-vous lorsque vous signalez par celle ci, vous justifiez la vie par la position de singes inconséquents.


Je rêve de ne plus prononcer qu'un seul mot, mais j'ignore lequel.


Et si j'évitais tous les superlatifs, resterais je ce spectateur ahuri qui regarde les hommes commencer là où je me suis arrêté ?


La vie est une fausse mesure sur la portée d'un musicien fou qui a transformé la prière en hymne, et l’hymne en élégie.


Notre corps, lorsqu'on y songe, prend la pose et la posture de tous ces autres qui savent qu'ils n'ont pas été à la hauteur et se conduisent comme des bêtes amenées au pré ou à l'abattoir après qu'on eut tant veillé sur elles…


La biologie use d'expédients pour nous faire entrevoir la jungle de nos difformités.


Je tire ma vanité de Dieu, il m' utilise pour ses revers.


Rien qui ne m'ait mis à genoux, si ce n'est le mot suicide, répété mille fois comme le plus beau sujet de révolte.


Tout ce qui manifeste a de la profondeur, et tient autant du charlatanisme de la matière que de quelque stagnation où se prélasse Dieu avec toutes ses maladies..


Viciés de nos naissances, avons-nous quitté nos mères pour divaguer dans des bestialités ébauchées à l'intérieur des autres ?


Immobile dans un temps où l'on commente le n'importe quoi, je m'affadis dans mes propos sur l'isolement et la quarantaine.
L'ennui est le corps de l'esprit qui oscille entre la décadence et l'immobilisme.


Vivre est une catastrophe érigée en veine habituelle.


Ignominie d'un désir qui plus on contemple moins on l'accepte, la vie s'établit toujours dans les fadaises d'un corps qui penche pour la sanie.


Je n'ai rien fait qui m’ait mené à l'orgueil, si ce n'est ce rien.


La substance même de nos vies est minée par le peu ou le guère.


Eprouvé mais encore debout, dans quel acharnement suis-je, si ce n'est celui d'encore me répandre ?


Tous les possibles nous épuisent avec leurs petites provocations, et leurs épreuves qui participent  du saugrenu et du  vivace.


Dans l'à-peu-près il y a tant d'élus qui s'appesantissent sur leur sérieux comme des putains qui prient pour le miracle d'un

moindre mal.


J'ai des paniques rudimentaires qui vont de se déchoir à l'horizontale jusqu'aux insanes verticalités et qui ne m'affligent pas au point d'y renoncer.


Dieu me surprend toujours dans mon sommeil en prononçant le mot "Dieu".


Ma rage est régulière, persuadé de m'y réaliser, je ne regarde même plus si elle me mène dans le confort ou dans le tracas...


J'ai du mouvement, je passerais inaperçu si ce mouvement n'était une rotation.


L'esprit se désole dans les connaissances intérimaires.