Aphorismes 147

Me vient l'idée que si j'avais été virulent à l'égard de l'homme, je l’aurais fait taire et  n'aurais rien appris.

Fort justement tout le monde est suspect, c'est ainsi qu'on se fabrique une vie de veilleur.

Une idée profonde est toujours une idée pleine d'avidité.

Je me renouvèle par la désolation, à chaque jour la sienne, c'est ainsi que je m'intéresse à Dieu.

Il m'arrive de tourner autour de moi, et de me rattraper, j'ai un bout de loque sur les mains.

J'oublie qu'au nombre des années s'ajoute le nombre des autres années où je n'ai pas eu la faveur de la vie.

L'insomnie, une verticalité à l'horizontalité, avec les yeux ouverts.

Et c'est ainsi que je me suis éloigné des hommes, en leur rassemblant.

Faut-il un concours de circonstances pour aller vers le rien, et si oui lequel ?

D’Armand Robin, qui dit dans « Une vie sans moi » je réponds, et pourquoi pas une vie sans les autres ?

Subir la vie si quotidiennement, jusqu'à en oublier qui on est.

Rompu au silence, j’en ressors las, ma conviction est qu'il faut n’y entrer que pour prier ou maudire.

Il n'y a aucun intérêt à croire, tout est hétérogène, sans parler du reste…

Mes ennuis sont parfois si  prononcés, que  j'en ressors sans la parole.

Vivre nécessite qu'on se comporte en manœuvre, et que nous accomplissions des tâches pour lesquelles d'autres ont été conçus.

Microbe qui pense  et jusqu'à la conclusion, l'homme se prononce de n'importe quoi, à la manière d'une amibe qui aurait bu la tasse.

Dégrisé, tout s'assombrit davantage, je préfère rester dans l'ivresse, là où je n'ai rien à camoufler, et où je ne subirais que du moins pire.

Il arrive toujours un moment où une étincelle zèbre notre cerveau, il est temps d'être ambitieux.

J’ignore  toujours si la peine n'est pas une forme d'exaltation, quelque chose de l'ordre de la santé, et qui nous fait  rencontrer Dieu ou bien l'autre.
Je tourne en rond, rien n'est extrême, tout est trop similaire, restent les arcs de toutes les abstractions commises dans le pire.

J’attends de voir si ma fatigue est à étages, et  sur quel palier je me trouve.

Je renonce à me satisfaire de ce qui m'aurait fourvoyé il y a vingt ans, j'opte pour les somnifères.

Les projets, c'est lorsqu’ on veut faire croire qu'on va durer, j'avance toujours d'un même pas pour aller plus loin.

Un seul événement brutal, et nous voilà en proie à une colère sans nom et que l’on ne montre pas.

Dites-vous que vous êtes, et vous êtes déjà dépassé.

Ouvrez un livre, si dans les premières lignes où trouver le bon personnel « Je », refermez-le aussitôt, vous y trouverez vos propres tares, vos propres virus.

Il est des faits si remarquables qui sont à notre portée, et qui nous donnent aussitôt le goût d'en finir dans l'instant.

Notre cerveau est un réservoir où les borborygmes sont les sursauts d'une intelligence qui stagne.

Avancer dans la vie sans me démener ou dormir, voilà à quoi j'aspire, voilà un fiasco de plus.

Vous brûlez de trouver un sens à votre vie, soit, que cette chaleur se transforme en brasier, et qu’il fasse de vous une poussière naturelle qui va aussi bien à la boue qu’au limon.

La meilleure façon d'en finir avec la vie, c'est de ne pas naître.

Excusez-moi du peu, pardon, excusez-moi du tout.

L'existence est une immense bibliothèque où nous sommes silencieux, et où chaque pas nous emmène vers un livre saisissant et qu'on ne lira pas.

Douter c'est passer de l'autre côté de toutes ces certitudes qui font que l'on se fabrique des idées qu'on voudrait croire singulières, et qui ne sont que des poncifs écrits comme des recettes.

Les vrais sceptiques me laissent perplexe, comment peut-on croire à ce que nous admettons  après l’avoir vérifié et pesé, c'est peut-être là que nous faisons défaut ?

Il faut laisser le cerveau se reposer après examen consciencieux, il s'emploie déjà à nous leurrer.

Qu'on me laisse le choix d'une fin, et je m'organiserai pour l'atteindre.

Il y a tant d'obstacles au bonheur, que plus on s’en affranchit, plus il en vient d'autres  qui sont des attentats contre notre personne.

Faire des confidences m’est inconcevable, j'ai crainte de ces déceptions qui viennent de l'autre, parce qu'il sera entré dans les tribulations de la parole.

Est sérieux tout ce qui me pousse un peu chaque jour vers le suicide, bref des autres.

La lucidité est une des formes apprivoisées de la rage.

Travaillez, prenez de la peine, et puis quoi encore, pourquoi pas du plaisir ?


C'est le propre de l'homme que d'être virulent, un peu comme ces microbes qui pullulent dans notre sang après une injection.

L'illusion est toujours séduisante lorsqu'il est recevable.

Allongé des journées entières une jambe en l'air après une fracture, et penser, penser avec véhémence et cela jusqu'à l’épuisement, que s’endormir est une manifestation de la chance.

Je répugne à saluer tant de monde, et pourtant je le fais, le théâtre de la société ne nous met pas dans la peau d'un comparse, hélas !

Vivre m’aura toujours été un Waterloo dans une morne foule.

Je me suis brouillé et embrouillé avec moi-même, de là découlent toutes mes abnégations.
On ne possède rien - qui vaille la peine qu’on l'évalue, fut ce l'amour qui est la plus fausse  des approches de l’être.

J'aurais tant aimé changer mon vin en eau, voilà un beau sacrilège.

L’art de s'effacer en montrant sa plus belle face.

Chacun commence par là où il trouve quelque familiarité, et s’il n’en trouve pas, il s'acoquine avec l'homme.

Je suis un optimiste astreint à des besognes dont il n’a cure, et qui m'amènent à de fausses interprétations.

Dans mes bagages, une marionnette qui se débat, qui est dans l’impatience de vous ressembler.

Admettre que le cerveau se joue des réalités que nous fabriquons, c'est se prémunir de l'autre et sans lui répondre.

J'aurais passé ma vie à me réveiller dans le Non.