Aphorismes 135


Être malade de ce vague que tout qualifie de sujétion à la vie.


Un secret c'est quelque chose qui décède parce qu'il est identifié trop tard.


Septicémie du cerveau, je m'étonne que mes idées ne soient pas plus noires.


Trop de permanence dans l'existence, disparaissons avant que la nature nous prenne comme modèle.


Rêver d'un savoir avec un côté tranchant, et tout décapiter.


Excédé par les questions, toutes les questions, que répondre qui ne soit déguisé ou aiguisé.


Faire de l'esprit, je le respecte trop pour en partager ses subtiles nuances et insignifiances.


J'aime qu'à la vue d'une raison plus haute que la mienne je déraisonne.


Souffrir ce n'est pas atteindre à sa santé, c'est sentir jusqu'où tout est faillible, et notre chair et notre esprit.

Je répugne au souvenir quand il rejoint toutes ces littératures écrites sur le ton d’une composition française et qui dit une enfance qui n'en finit pas.


N’être providentiel que dans le désastre.


Ôtez-moi d'un doute, sommes-nous en conclusion de l’être.

La normalité est cette insuffisance qui nous rattrape lorsqu'on s’est dépassionné.


J'apprends de l’amour l’éphémère et subtile élégance du premier émoi qui retombe après la rose.


L'homme est un animal qui se discerne.


Mes convictions sont vagues, quel soulagement.


L'avenir aura les mains qui s'allongeront pour saisir les planètes mortes et nous y enfouir.


Est merveilleux tout ce qui commence avec le risque de se disloquer en lui.


Tant de mes formules sont dans la rage, que je me tais autant par prudence, que pour ne pas trouver plus enragé que moi.


Vivre est dans la tentation d'un toujours détrempé par du jamais.


Chacun fait face à l'existence, fait figure d'éveillé qui a le tic de s'endormir.


La certitude de bien faire est toujours la certitude d'être dans la sensation de bien faire, et rien d'autre.


Vivons vite, n'expliquons rien, il faudra bien un jour verser dans le renoncement.


Les souvenirs en expansion s'attachent toujours à nous donner la figure de quelqu'un qui cherche à conserver.


Je n'obéis à mon esprit que lorsque j'y ai fouillé, et que j'y ai trouvé la trace d'un adieu.


Je fais dans le ratage comme d'autres dans la hantise de ce même ratage.


J'aimerais que mon imagination détermine chacun de mes actes, ceux qui n'ont pas déformé ma révolte d'être.


Extrémiste sa jeunesse durant, puis revenir de tout dans ce tard de la vie, où nous ne pouvons plus rien corriger.


L'homme s'adresse à l'homme non par salut, mais par sa souffrance, et la suffisance de celle-ci.


Évitons de surenchérir sur la vie, elle est suffisamment à la criée dans toutes les surfaces.


La normalité nous la ressentons à chaque fois que nous survivons.


Je me corrige d'être en regardant de près les préparatifs que je commets pour être.


Est généreux celui qui n'a pas d'intervalle dans ses prodigalités.


De quels aliments se nourrit l'esprit pour douter aussi efficacement ?


J'ai été déterminé par l'idée du suicide, mais des déformations subsistent dans le plus petit de mes actes.


J'écris dans un climat de honte et de crainte, la honte m'écarte des hommes, ma crainte tout autant.


On est toujours désintéressé lorsqu'on a rien à dire, rien à prouver, ou rien à transmettre.


J'ai monnayé mes sentiments par peur d'effroyables effusions.


Et si tous les détours nous rendaient perplexes ?


Belle trouvaille que le bousillage, toujours sous la main et sans qu'on ait à y est réfléchir, nous voilà des fanfarons de l'irréparable.


L'imposture de l'existence rend le paradis inacceptable.


L'enfer est le meilleur exemple des questions auxquelles on ne peut pas répondre.


Si j'avais été un autre je me serais outrageusement copié. ?


Il est impossible de dialoguer avec soi-même, avec sa douleur, sans passer par la plus grande des déceptions.


Le sujet est-il compatible avec la beauté, et si oui, qui est-il. ?


On se doute  bien que ce qui est  possible revient trop souvent, soyons saisis par ce qui s'épuise  trop vite, pour que nous puissions nous  y équilibrer.


Le silence est un dépotoir où l'on va pour ne pas décevoir ou pour être plus déçu encore.


L'amitié nous encourage toujours à de faux comportements.


Je m'adresse souvent à moi-même, d'où mon goût pour tout ce qui est indéfendable.

Ce n'est pas le désir qui est le sujet de la patience et de la pertinence, c'est l'objet qu'il vise, et dont on ne connaît pas l'adresse.


Être est irrespirable.


Dans l'excellence de mon silence un organiste se désole de ne pas faire parvenir sa musique jusqu'à Dieu.


L'amour c'est l'expérience du plus grand des désarrois.


Époque du culte du corps solitaire, où nous agitons comme des vers  dans un intestin putride.


Plus que la peinture, la musicale a la faveur de tous les hommes que Dieu n'a pas encore mis, n'a pas encore poussé dans les élégies.


On pense avec ses mains, avec son cerveau, avec ses intestins, on ne sait pourtant pas encore combien il faut frapper un peu partout.


Combien est vaste de cette ouverture qui n'a pas encore été conditionnée ni ouverte, et qui prodigieusement ne se défait pas de ses gonds.


L'autre n'a d'intérêt que par notre stupeur de le voir passer, on entre alors dans sa propre distance que pour y pourrir par ses propres ressemblances.

La liberté des uns, c'est l'asservissement des autres, qui apprendront à mentir sur certaines injustices.


Le suicide c'est le seul et dernier honneur qu'il nous reste lorsqu'on ne s'est pas encore assez tué.


L'homme est grand dans l'amour, c'est tant facile qu'il s'y force.


Il y a quelque chose en Dieu qui n'est pas explicable, c'est sa solitude.


J'imagine que je vis pour être, être quoi, qui, je l'ignore, c'est une torture que de ne pouvoir répondre à cette question.


Je me juge comme on juge un forfait, logiquement.


Penser nous précipite toujours dans un corps acquis pour ne pas le faire, plus rien n'est unifié.


J'en appelle toujours à la raison lorsque vivre me devient la plus grande des absurdités, quelque chose de déraisonnable, comme un privilège ou une fausse vérité.


La musique est une certitude qui cherche à évoluer vers les vérités, toutes les vérités.


L’homme veut savoir, quel spectacle alors lorsqu'il est dépassé par celui-ci.


Restez toujours dans l'économie, dans les clous, vous en garderez les stigmates.


Toute œuvre porte en elle la question de l'amour et de la distance.


La première pensée de l'homme est toujours dans le mensonge.