Aphorismes 134

Je ne m’adresse à moi qu’avec du pire et de l’inconsolation.

L’ennui m’a inféodé, m’a poussé dans le sérieux de la prière que j’ai convertie en offense, n’ayant pas trouvé de dieu pour la contaminer.

Au triomphe de la parole étendue comme une oriflamme, je lève moi, un râle infectieux qui ôte tout doute sur mes velléités.

Dans la faillite de ce langage que je considère comme une infirmité, parfois se lève quelque expansion, et son mystère est expliqué.

J’ai beau me dire que le monde peut vieillir et finir sans moi, je me lève pourtant tous les matins dans l’ignominie de l’imitation et de la singerie.

Je ne considère rien qui vaille la peine d’être regardé de l’intérieur.

Mes désirs suggèrent une forme de pardon que je dois à mes essoufflements et à mes éreintements.

Tous les maux, nous font veilleurs, c’est ainsi que nos organes se signalent par leurs substances et leurs déconcertantes lourdeurs.

Rien contre quoi je n’ai dirigé mes injures, et qui ne m’est atteint dans ma vitalité.

Je suis cet ahuri, spectateur qui fermerait les yeux si on le forçait à regarder la vie qui se poursuit pour d’infectes explications.

Vivre nécessite quelque justification que je ne peux produire qu’en hurlant.

Tous ces jours où je n’ai rien eu à écrire, je les réduis à de la sentence et à de l’épitaphe.

Vivre nous oblige à de la médiocrité, dès lors que nous nous en accommodons.

Ma mémoire ayant répugné à garder tous mes souvenirs, j’use ma vie deux fois plus vite que si j’avais tenu à la curiosité de ses vestiges.

Je répugne au charme discret et distinct qui se tient entre la lettre et son destinataire.

Trop raisonnable, je me suis figuré que toutes les abstractions auxquelles je donnais du sens étaient les seules péripéties que je pouvais commettre sans impunité.

Depuis trente ans mes fatigues sont instantanées.

A la prodigieuse vitalité de ceux qui cherchent à évoluer, j’oppose mes petites émergences, entre la borne et le contour.

Combien j’ai pu mesurer l’ignominie de la naissance, et combien j’en ai été affecté mais prodigieusement.

J’aurais tant voulu qu’on m’avertisse du contenu de l’existence, pour me vouer d’emblée à des dissolutions.

La lucidité laisse indemnes les esprits occupés à l’assujettir.

La seule forme sérieuse que puisse emprunter la parole est dans les livres, précisément les livres qui nous découragent de vivre.


L'homme est incliné à son propre anéantissement, non par épisodes, mais dans la durée.

S'exercer à la vie, s’y vautrer comme un reptile dans la boue.

Je m'interroge sur mon instinct de conservation, je n'y vois qu'une rumination sur ce même instinct.

Tant  Dieu est déficient que nous avons attrapé toutes ses maladies.

Le temps est aux hymnes, toutes ces réserves de mes propensions à vouloir démontrer nos trompeuses grandeurs.
J'ai soif de m'annuler.

Ma lassitude m'amène toujours vers des accélérations que ma pensée provoque pour de nouvelles lassitudes.

Pourquoi me mesurer à moi-même, je me sais petit, c'est déjà une suffisance ?

Dans toutes ces heures tardives quand la nuit point  avec ses clichés implacables, je me dis que j'aurais dû être cruel  faute d’être cru.

L'homme attend de réaliser, voire de se réaliser, j'attends d'abord de voir en quoi cela consiste.

L'évidence c'est le sentiment d'être vu.

Désir d'être debout, de rompre avec l'homme, hélas tout est dans l'abord, on ne peut y couper.

Mes limites sont dans toutes les questions.

J'ai peur que ma conscience cache quelque chose en quoi je ne verrai pas clair.

Chaque jour je répète des actes qui m’enchevêtrent  et me mêlent aux hommes, j'apprends à ne plus vouloir voir clair en quoi que ce soit.

La vie est une imposture que l'on admet qu'un pied dans la tombe.


Ne nous étonnons pas d’être dans la colère, lorsqu'on a fait preuve d'un suprême détachement.

Il faudrait que le chagrin soit une funeste et funèbre déconfiture.


Aucun personnage n’a ‘envisagé de s'offrir une figure tant qu'il n'a pas exprimé l'homme.


Je suis un enthousiaste percuté par la paresse.


Je rêve que chacune de mes pensées fasse fausse route, pour me donner à croire à toutes mes lacunes.


L’homme, ce chasseur de faux raffinements.


Être dans la sérénité conduit toujours à la camisole.

Connaître c’est discerner en-nous cet homme qui laisse des traces de sa consternante nature.


J'ai le regret de l'aussitôt dit, jusqu'à m'isoler dans de l'irréparable.


Vie extatique en péril de cette autre vie dont il faut tout aménager.


J’écris dans la permanence de mes indélicatesses, celle que j'ai proférées lorsque je n'étais pas ivre.


Au péril de ma vie, et puis quoi encore, pourquoi pas au péril de toutes les vies.


Seigneur, je ne me suis recommandé de toi que dans la maladie, cette extase qui m'entraînait dans les dérisoires sagesses, dans des repos mal entretenus.


Que la force et la puissance soient de toutes mes indifférences.


Je ne veux plus peiner, j’entre dans le lieu commun de mes régimes à domicile, solitude et regard sur cette même solitude.


Que s'ouvrent les ténèbres sur cette ère de putains accomplies.


Posologie de mes sentiments, terreur d'être et désespoir.


Je ne vis plus que pour me détraquer, une fois cela commis je rentre en mon intérieur où tout schlingue.


Je m'entretiens si mal avec moi que je ne sais plus que ne perforer l'estomac rien qu'en y pensant.


Être devrait toujours en appeler à se laisser mourir de soif ou de faim.


Rien qui ne fasse plus reculer que l'homme. !

Ennui médiane, et si l'on vivait au ralenti, ravagé par ces moments où rien n'avance.


L'ère du soupçon désigne l'ère de la délation.


Se peut-il que de nos dernières forces nous tirions assez de néant pour nous y noyer ?


J'aurais ma vie durant été cet énergumène endoctriné par la tenancière d'un immenses bordel qu'on appelle le monde, et j'y aurais déversé plus de dégueulis que si j'avais atteint à la plus haute des philosophies.


Prodigalité de l'ennui, il ne me conduit pas vers les hommes.


Être un suspect idéal, puis tout rendre irrespirable.


Se contenter d'être un homme c’est de répliquer lorsqu'on est coupable, coupable de quoi, mais de vivre !


Rendez- moi l'existence incertaine et j'irai dans vos certitudes.


Avoir passé sa vie à l'ombre de la réussite, voilà un bienfait.


Personne ne m'a prévenu qu'on pouvait survivre à ses croyances.


Glisser, fondre dans le sommeil, et se réveiller à une réalité qu'on a vomie en s’endormant.


Nous subissons la palabre des hommes, puis nous tombons dans la fièvre de nous taire jusqu'à la délectation.


La maladie ne serait pas incommode si l'on perdait toutes les identités.


Le sens de la vie nous tire toujours vers le fond, tous les fonds, une fois le fond atteint, nous changeons d'opinion sur le sens de cette même vie.


Être rime avec disparaître.