Aphorismes 131

La plupart des réponses viennent toujours à propos, mais combien hélas se sont muées en opinions avant que d’être autopsiées.

Il y a des lieux où tout ce qui est transitoire, est chargé de nos vies communes, et s’oriente vers le label.

En dehors de l’imagination, que possédons-nous, pour nous dérober à nos énormités de survivant, et qui pense à tort ?

Dieu que l’Autre est nécessaire pour vomir !

S’interrompre dans toutes ses courses, ses prolongements et prolongations, voire ses scandales, et ne plus pouvoir se passer de la défection.

Un corps mal élevé, dans les formes honteuses du mentir et du dormir !

Qui n’a pas rêvé d’un essentiel progrès où chacun concourrait à clore ses yeux et à s’oublier.

Plus je franchis de degrés dans la raison, plus la douleur de n’être pas resté inconsistant me rend incommode.

Etre ébloui par du final !

Tel fait dans la compassion qu’il signe là un de ses forfaits.

Je garde le souvenir de toutes mes irrégularités, c'est-à-dire de mes émergences dans l’homme.

Sceptique au point de tout vouloir régir par de l’irrésolution, me voilà en résidence dans de l’indéfendable.

Rajout à ma vocation de tout louper, un malaise persistant entre les vacillations et la condescendance.

Ce qu’il faut de concessions pour n’être pas un mélange de sicaire et de délateur.

C’est parce que j’ai le sentiment de connaître l’homme depuis longtemps, que depuis longtemps je suis malade de cette connaissance.

Tous les jours trop loin de moi, je m’égare, et suis amené à me comporter comme un ermite dans la foule, et qui avance d’un seul et identique pas.

Vivre, c’est se déshumaniser.

Tant d’heures, tant d’erreurs, tant d’horreurs, tant de misères et d’insanes constats, qui me séparent de l’homme, et dans lesquels je ne suis qu’un sous multiple énoncé comme tel.

Combien dans mes soûlographies, j’ai été dans l’immédiateté de ces hommes, dans l’hiver de leur nature, sans enfance, et sans espace de jeux.

Toute forme de souffrance est de se rattraper de DIEU.

Si seul un trait devait me figurer, ce serait l’oblique.

Du sur place, de l’espace en plan, et rester dans la posture d’un déséquilibré qui tournoie, qui tournoie.

Combien j’aurais aimé avoir une mission, et user de la réplique comme on se sert d’un revolver, ou d’un verbe unique.
Jusqu’où peut- on développer une idée, sans qu’elle ne se rapporte à quelque idée du monde, et nous échappe aussitôt ?

Je déchire une lettre que j’adressais à une femme, aussitôt retombe ma fièvre, encore une idée de pire, encore une idée qui meurt avec des mots que je ronge.

Bien que je ne sois ni réellement entré en moi, ni réellement sorti je me sens plus à l’abri au dedans, qu’en dehors.

Pour un ministère où l’on gérerait toutes les rancœurs.

Dieu que j’ai opéré dans les déséquilibres, pour rester dans l’imminence d’un coup du sort.

Ai-je jamais su me dévier d’autre chose que de la vie ?

Pas question d’être seul verticalement, il est temps que mes retraites me mettent jusqu’à l’abri de n’en plus pouvoir parler.

Du désert où la parole m’a révulsé, je reviens avec la vitalité d’un fossoyeur.

Mériter tous les pires pour mieux s’affranchir du meilleur !.

Toute pensée qui me ramène à l’autre pue, combien j’ai cru que cette assertion avait quelque légitimité qui me donnerait envie de durer.

On rentre dans la vie comme on rentre dans un bordel, pour y voir les désastres ignorés de toutes les familles.

Rien en dehors de l’insulte, de la colère ou de l’ennui ne m’ont donné suffisamment de mots pour mieux les assister.

Apprendre à devenir ce que nous étions avant de naître.

La vie est un avant projet de la matière.

Asialique combien j’aurais aimé m’épuiser dans le crachin ou le venin.

J’assiste à mon existence comme si je ne pouvais plus la voir que du haut des gradins, et j’en pleure, et j’en vomis.

Tous les moyens sont bons pour tourner le dos à l’existence.

Jour après jour des restrictions, à cela près qu’elles conviennent à certains, et éprouvent les autres, quant à moi, je fais dans l’entre deux.

Si j’en juge par ce que j’écris, j’ai toujours été un vieillard avec des façons de midinette.

Je songe parfois à la vie que j’aurais eu si j’avais été jusqu’au fond des choses, et j’en ris tant je soupèse toutes mes tares.

Seul je ne me satisfais qu’à moitié, parmi les autres également, il faudra bien que je ne sois plus le jouet de toutes les demi-mesures que je me suis imposées.

Rien de ce que j’ai prédit ne s’est avéré, j’ai trop simplifié l’avenir pour qu’il figure autre chose que le grand foutoir de l’ennui.Ma curiosité m’a trop poussé jusqu’à l’insanité du voir.

Nous nous exténuons à créer quelque œuvre qui devrait subsister, quand le Mystère y réussit d’emblée.

Etre c’est s’acharner et se décharner de révélations.

Entre l’orgasme et l’effondrement, secondes et éternité, s’est glissée la vie pour porter le deuil des deux.

Si toutes mes déceptions ne m’étaient pas destinées, comment aurais je pu augurer de ce luxe de la nocivité, et qui va si bien à tous ceux qui se vautrent.

La connaissance se rétablit dans la fidélité.

Nous avons été conçus pour pourrir, pour témoigner de ce fumier originel, voilà pourquoi notre vie durant, nous salopons tous les lieux qui nous ramènent, nous rappellent ce postulat.

Tout à la fin, devient on réellement objet, ou pouvons nous encore susciter quelque forme d’élévation, qui ne tienne ni de la prière, ni du savoir ?

Il y a des jours où l’on se pose tant de questions, que toutes nos sensations en deviennent des calamités ou de l’indiscernement.

Tout m’aura gâté, mais chacun de mes actes aura nourri d’autres santés.

Tandis que je suis encore de ce monde, je perds de mes dégueulasseries, pour n’avoir rien d’autre de méprisable à vomir ailleurs.

Le monde est ainsi fait qu’il met l’espèce sur le chemin de l’idée et du pire, pour qu’il se joue de l’espace et du temps.

Le comble de l’ignorance serait de les mépriser toutes, aux dépens de la nôtre.

Mon régime m’inspire du dégoût, je fais dans l’anti- totalitarisme, autant dire dans la perpétuité de cette histoire qui ne recycle plus que du mépris.

Désabusé !mais cela est –il vérifiable ?

Tous les malheurs du monde restent à l’extérieur de cette sphère où j’appréhende la vie, où je la perds sans avoir voulu m’y livrer.

En vérité je n’aurais recherché que des modes d’expression, qui se sont inclinés vers la paresse ou l’oisiveté.

Ma chance aura été que mon amateurisme fut sans rapport avec mes convictions.

J’aurais mieux fait de périr pour une raison, une bonne, que de traînailler cette petite misère qui sied tant aux biens portants.Etre exige qu’on le dérange.

Si je m’étais épargné l’idée du suicide, me serais je retourné sur cette supériorité que confère l’absence d’illusions ?

Diminué, vers quelle solitude, où vaincre tient de l’ineptie, vais-je, sans passer par la Question !

Toutes les conversations m’emmerdent, à l’évidence je ne cherche qu’à fréquenter des reclus ou des revanchards qui usent du mot comme d’une obsession, voire avec désespérance.

Après tous ces examens sans nuance, j’ai le sentiment que je suis un mélange de mitrailleuse et de vinasse.

Dès qu’on s’insurge contre soi-même, entre la crispation et l’indolence, on est pris d’un malaise aussi théâtral qu’une conviction.

Inambitieux au point de me discréditer aux yeux de tous, je vais de plain- pieds dans une réalité qui ne reflète que mon non sens, et je médite.

Vivre serait un apprentissage que je serais un mauvais apprenti, vivre serait une carrière que je ne monterais sur aucune estrade.