Aphorismes 125

L’ivresse m’a fait défaillant, et de cette défaillance sont nées mes terreurs et mes modesties.

Inélégant mais pas morveux ni verbeux, je tiens de ce personnage qui cherche dans l’excuse à s’appliquer et à s’expliquer.

Pour un vocabulaire névralgique, qui sitôt qu’on en userait nous déchirerait la langue, nous brûlerait le palais.

Est ridicule tous ce qui est surhumanisé et prête à l’indéfendable.

Toute chance m’apparaît comme de l’ordre d’une imposture.

Pour n’avoir pas su rester dans la ruine, j’aurais été secondaire dans un monde qui ne m’aura pas séduit.

Solitude introspective d’où je tire ma vanité pour refléter tous mes ennuis pris à la racine, toutes mes mélancolies prises à leur source.

Modéré, mais avec du crachat et de la lèpre pour chacun.

On ne peut être mieux desservi que par soi-même.

Méfiez vous des discrets, ils sacrifient à leurs paroles leur soif de se taire pour nous égarer dans leur perplexité.

Employez-vous à rester ce sceptique que la vie corrompt pour ne pas le mener au vandalisme de la parole.

La certitude n’est pas de l’ordre de la perfection, la perfection et dans la quête, toutes les quêtes qui prêtent  à l’insoluble.

C’est mon incompétence qui m’a fait déceptif ; sans anomalies je me serais égaré dans la peau de ce personnage que rien n’exaspère, si ce n’est Dieu.

Les apparences s’arrangent avec du possible pour nous mettre sur la piste du glossateur.

Se débarrasser du réel, et plonger dans le doute et ses engourdissements.

Qu’ai-je acquis qui me donne envie d’acquérir, rien, et ce rien m’engage dans la négation ?

S’affréter pour de l’ennui et ne lâcher du lest que ne pour être abattu, abattu mais en fonction.

Faut-il avoir raison de la raison, pour par la suite crouler sous les emprises des folies nécessaires ?

C’est par amour pour le naturel que j’ai si longtemps utilisé les douleurs et les couleurs comme telles.

Les gens sérieux se distinguent des autres par leur disposition à voir de la médiocrité en tous lieux.

Je vais vers le mieux quand le moins bon à exagéré son emprise sur le réel.

Une civilisation de roulures jamais n’en finira de perpétuer sa race.

On voudrait croire que l’esprit est sociable, l’esprit est aussi effrayant que la santé ou le poison.

Toute poésie consiste à vouloir rester vierge, et à n’être déflorée que par ceux qui sont se lassés de la contempler comme telle.

Tous ce qui est considérable est pervers.

Toute métamorphose est l’œuvre d’un démiurge généreux qui s’enorgueillit de ses facéties en allant dormir dans l’homme.

Chacun n’existe pas.

Les nuits que l’on aliène se souviennent de nous en nous donnant plus tard des lits dans les hospices.

Les victimes sont terrifiantes.

J’exagère tout ce qui se cache, comme si l’art de tromper passait par un entretien avec ses démons intérieurs.

Arrive que l’amour soit propre, ainsi la sale besogne est encore pour soi.

Le bonheur a été inventé pour nous gâter ces jours où notre conscience cherche un malheur à sa mesure.

La sagesse si profonde soit elle, ne peut léser que ceux qui penchent pour les heureuses superficies.

Je n’ai qu’un mot à vous dire : crevez. Je ne suis pas généreux, j’ai la générosité du côté de la crapule.

L’intérêt que j’ai pour l’inutile me vient de ce que je regarde le monde comme tel.

L’imagination est ce qui nous dérobe au monde, la réalité est assez perfectionnée pour que j’y trouve ce qui aurait du s’offrir à moi ailleurs que dans celle-ci.

Un type, c’est un personnage sans nom.

Vieillir c’est passer du temps à le chiquer.

L’avenir aura les veines chaudes, n’embarquez pas sur des coutres de papier.

Le mot triomphe dès lors qu’il se veut scandaleux.

Écrire, est toujours envoûtant, c’est justifier de la vie avec les mots de tous.

Un homme silencieux est toujours près de la vérité.

L’ennui est injuste, il n’y a que chez les faiseurs qu’il est profond.

La sympathie, c’est du fanatisme au premier degré, c’est prendre sans méfiance les chemins d’un bourbier.

On n’est jamais ouvert que par ses propres clefs.

Le tragique à un rival : le secret.

L’avenir se poursuivra lui-même, qu’il s’emploie dès à présent à se défendre de ce fait.

L’humanité se dévore elle-même et en fait chaque jour la démonstration.

Il y a autre chose d’insupportable que les intentions, se sont les attentions.

La science à beau progresser, les imbéciles n’ont toujours pas d’odeur.

Les opinions qui vont contre ma nature sentent mauvais, elles sont trop prudentes ou trop imparfaites, c’est en cela qu’elles mentent, c’est en cela qu’elles ne méritent pas d’être crues.

Combien j’ai ravalé de protestations pour quelque considération dont je n’ai même pas abusé.

ON ne meurt jamais assez tôt.

Je tire mon orgueil de cette forme de détachement, au travers duquel je peux discerner ce qu’il y a d’épouvantable dans l’amour ou dans l’amitié.

Les passions affectent notre immodestie en nous donnant l’air de colonisateur.

Le monde ne me laissera que peu de souvenirs sur le monde lui-même.