Aphorismes 119


Ma langue me pèse, elle explique en moi les triomphes de ce peuple intolérable tant il a poussé l'injure dans la maison du Père.

Guérir de la vie pour s'abimer dans la souffrance de lui trouver quelque explication.

Agonir à chaque fois que nous avons commis une bienséance ou un acte qui nous élève.

Je me gaspille dans le sommeil, j'ai l'avantage d'y être un malade incliné à ne gêner personne.

J'emploie mon âge à d'autres mouvements que ceux de me fortifier, je cherche à me rompre, à vaciller davantage, je cherche un enfer pour ne pas y saborder mes dégoûts.

De quelle imbécillité sans nom suis-je marqué pour porter haut les faits les plus insignifiants?

La parole me met dans des impasses où me vient la rage d'y penser déshonorablement,et me donne des airs de forcené précieux.

Que le mystère reste outrancier de façon à ce qu'il garde ses écoeurantes répliques.J'ai l'âge où je désespère de ne pas me détester plus que ça.

Cette insistance de la fierté,que la vie pousse jusqu'aux dérisions du verbe et de l'image,combien je l'éxècre,puisque je ne peux lui survivre que le temps d'un second souffle suspendu.

Le propre de l'homme réside dans le plus dégueulasse de ses désespoirs.Le sens a fait de nous des déshérités du symbole.Etre exempt de toutes les infirmités,y compris celle de la parole.

La vulgarité m'apparaît parfois comme le seul attentat qui ne suscite pas les généralités du verbe.

Le dégoût de tout et de tous,m'ôte l'idée de rêver à quelque plus noble entrepriseLa santé est une idée qu'on se fait quand oon a plus rien à obscurcir.

Vivre c'est alimenter des pauvretés,c'est s'en alimenter.

Vivre est un crime facultatif,vivre est un crime accéléré.

Entre la stupeur et les angoisses,la pathologie des normalités surannées.

Ma fatigue de l'être me donne le goût d'une autre croyance,comparable à l'écoeurement qu'on éprouve,lorsqu'on s'est approché de la vérité.

La musique nous convainc de rester inoccupés.


Aboutir,c'est décevoir,c'est se décevoir.


Notre orgueil,c'est notre verticalité de singe sous serment.

Comme je n'ai désiré qu'aucun guide ne me serve,et ceci en quelque lieu que ce soit,je me suis fait nocher pour voguer sur des Styx obsessionnels.

Borné,mais dans un orgueil de cadavre debout.

Tristesse qui me dégénère tant elle prête aux péripéties,aux audaces du souvenir.

Mon mal,c'est le mal de la lucidité et rien d'autre,combien j'aurais voulu être un imbécile converti au rire néolithique.

C'est la déception et non la malchance qui nous prostre honorablement.

Tout ce vulgaire que j'ai sous la main,il faudra bien que je le dépense pour des refus universels.

Devenir,c'est se détourner.

On habite sa propre ténèbre,et on y est autant éclaireur,qu'en perdition.

L'homme est insoutenable autant dans sa gravité,que dans sa légèreté.


e manque d’ardeur, mes incuriosités sont des ailleurs où l’aise est une réserve, et le déclin une forme de savoir qui m’érode et me ronge.

On ne saurait être que ce que l’on est, c’est en cela que consiste la sagesse, et si l’on fait un détour, il ne faut revenir qu’à soi.

Toutes les apparences ont ceci de remarquable, qu’elles ne se font face qu’à nos intersections de solitude et de superficialité.

Ne commettre que de l’irréparable, comme naître.


Il m’a été donné de participer à la vie, et combien je cherche à me faire pardonner cette déficience.


La souffrance, si elle était de l’ordre d’une initiative ne tenterait que les fous ou les saints.

Rien n’est plus déchirant que de se sentir superflu, cette lucidité devrait pour le moins nous effleurer, fut ce pour n’en garder que la trace du souvenir.

Le cœur est le seul endroit où tout peut se pétrifier et se putréfier, sans que nous fassions l’effort de comprendre ce qu’il adviendra de ce tout.

Ma conscience est une exaspération de prières.

Dans la désolation nous regardons la mort comme un droit à la dernière et véritable somnolence.

La musique est un prétexte d’absolu, et plus nous nous en approchons, plus elle s’éloigne de nos limites à la reconnaître comme habitée par une âme, qui tour à tour résiste à nos désastres et à son propre déni.

Une nette application à crever, oui ,mais proprement.

Le printemps comme l’été m’amènent à de funèbres spleens, et jusqu’à ma façon de me vêtir, j’y ai le goût de la substitution.


Je suis un antique de l’imploration, quelqu’un qui agite des carillons et désespère de la modernité des orgues. 


Si tu veux éprouver quelqu’un, flatte le !

Coexister et cohabiter, états de mon impuisssance à vouloir être deux.

Dans ces réduits où ma médiocrité a pris les proportions de quelque férocité à l’égard des hommes, mes commentaires restent la dernière instance qui soit normale.

La plupart de mes pensées, fussent-elles à mes antipodes ont échappé à de l’existant.

Quelle belle idée que de ne fréquenter que soi !

Quelque soit le temps, ma conscience en appelle aux ruptures, et le ciel réfractaire me réserve malgré tout des entrées pour mes vulgaires prosaïsmes.

Tous les objets précis auxquels j’ai adjoint mes idées,se sont un jour métamorphosées pour n’être pas en contact avec mes ostentations.

Fantaisie de la création, mon moi besogneux transporte l’image de ses discernements jusque dans mes sommeils.Trop souvent obligé aux inconséquences.

Cancer de l’acte, la parole s’immisce jusqu’à nos témoignages, et ne peut plus même représenter nos paix ou nos revanches.

Quelles que soient nos générosités, elles ne sont pas à la hauteur de ce luxe ostentatoire fait dans la parole, que nous entretenons pour compenser d’invisibles désordres.

Au plus fort de mes détachements, le chaos me persuade de nouveaux saisissements, d’une nouvelle épaisseur où mon corps s’englue et se dissout.

L’habitude m’a détourné de toutes les formes du devoir et du vouloir, et je l’honore tant je peux y cultiver les affres de mes inconsolations.

J’ai balayé de ma conscience une profondeur sans orthodoxie, et je m’y suis endormi.

Qu’ai-je construit à quoi je me sois attaché, et qui ne soit dans la lésion des devenirs sans vitalité ?

Je me suis essayé à de l’esprit, cette entreprise ne m’a pourtant pas réconcilié avec les délices de l’organisation de ces cerveaux enclins à ne rien vouloir voir disparaître.

Il ne m’appartient plus de m’inquiéter, c’est aussi une forme de despotisme qui supporte le mieux toutes mes dégringolades, spectacle ancien de mes philanthropies.

A l’examen de mon mépris des hommes, je décèle combien j’ai manqué d’occasions et d’opinions, et combien cette subtilité m’ a valu d’être réduit de courir après des excuses et des apitoiements.

Au spectacle de cet esclavage empressé où l’image a affaissé et rabaissé l’homme, qu’y a-t-il de plus sot, de plus exact aussi, de plus accablant, et que je n’ai regardé comme la consolation de mes inaccessibles saluts ?

Toutes les dimensions du paraître s’accommodent mal de la restriction.