Aphorismes 115

Mon corps s’est déchiré dans le désir et dans l’amour, tous deux introduits en moi comme la révélation que dans chaque femme le visage de l’infini et de l’éternité se dessinait pour me donner à voir, à comprendre la démesure d’un monde établi dans le berceau du mensonge et de la cécité…


Combien j’aimerais m’enfouir dans un seul souvenir, celui où je n’aurais été ni bafoué ni vaincu, pas même regardé avec les yeux d’un opportun…


Je n’ai pas su me protéger de cette obscurité dans laquelle se sont répandus tant d’espaces, tant de révoltes, tant d’amertumes et tant d’effrois, et le tracé de ces ancêtres qui ont renoncé au courage de me soulager de cette obscurité…


Tous mes jours imaginés comme des abus ou des brutalités, je les ai déposés sur un promontoire aux pieds d’une croix ,et levant les yeux vers les nuées j’ai cru qu’une nouvelle dimension d’être me serait donné impunément…


Au registre de mes nuits sans aspérité, je range celles où j’ai dormi avec des filles de joie, révoltées de leur trop peu d’espace, de leur trop peu de matière à émotion…


Quand titubant après des heures d’ébriété je regagne mon lit, il me semble que ma vie entière s’est orientée vers la désolation et le crime….


Je me rachèterai de m’être montré si morveux en étouffant jusqu’à mes plus petits bouillonnements, quand empressé de penser gaiement ou de fanfaronner, je puisais dans mes entrailles de l’hypocrisie et de l’insincérité à des fins ostentatoires…


Mon contenu est invérifiable…


Cette maladie qu’on regrette comme une sainteté qui nous a échappé et qu’on a nommé « Amour » tant elle nous rendait le monde accessible… 

Ce regard sur l’infini, s’il nous donnait simplement à voir qui, et ce que nous sommes, combien il s’approcherait de l’idéale perception de l’ombre et de la lumière…


Mes douleurs ,plus j’y pense, plus je fond en elles comme en une tourbe, et j’en ressors hagard de n’avoir su prolonger leurs plénitudes…


On oublie tout de sa propre vie par devant le monde obscur de celui des autres…


Que ne me suis-je perdu parmi toutes ces âmes troublées par un autre que moi ?


Etre exige que l’on soit ignoré de tous, pour comprendre combien nous aurions pu ne pas être…


Au contact de l’homme je me fluidifie, et mes sinuosités retombent comme des prières que j’ai détournées de leur destinataire…


Fasse que ma vie s’établisse dans le chuchotement d’une nature à qui j’ai confié les poisons de tous mes devenirs !


Sourire béatement de toutes ces transfigurations qui font de nos faces la trace d’un corps sur un suaire…


Tout ce qui m’échoit est trop extérieur à ce moi coupable d’exister dans la trivialité voire l’ignominie…


Ma mauvaise conscience est bien trop proche de ma bonne conscience pour que je la considère comme une unité hors service…

Qu’ai-je à expier et que je n’ai placé sur les plateaux de cette balance où mes tares n’avaient pas de nom précis ?


Tous les jours altéré par ce mieux imprenable, je cherche dans l’existence un lieu pour abuser de toutes les beautés mortes par héroïsme et forfanterie…


Au-delà de cette mélancolie que je fréquente depuis que je suis sorti de l’enfance, il y a la peur d’être un adulte qui se fatigue de ce qu’il étreint ou de ce qu’il enserre.


Quoique j’ai exagéré, l’amour, l’ennui, l’épuisement, la langueur, j’ai toujours gardé sur eux les avantages d’une gratuité sans nom, les avantages de celui qui a acquis et sait distribuer…


L’amour nous met dans la vigueur d’un besogneux que la nature oblige aux sudations, autant que dans cette détestation, affection suprême de ceux qui se prosternent devant des idoles sans aspérités…


Dans mes soliloques, je m’entretiens avec toutes les ironies consécutives au devenir, avec celles qui s’élevaient pour des vétilles, et se taisaient sur leur propre crime…


L’amour nous console de nos sauvageries, et justifie qu’on soit saint ou démon, quand les sens s’aiguisent dans la plus saugrenue des extases.


Tout devient Dieu sitôt qu’on l’approche avec des larmes…


Je songe que si j’avais connu la rage et la démence, je me serai détruit depuis longtemps…


Tout passe, restent les palliatifs liés à ces passages.


L’été, emprunt d’une pauvreté sans nom mais d’une fréquentation écœurante et j’y vis à la manière d’un singe affecté par son propre déclin.


Toutes les souffrances sont insalubres…


Dans cette solitude qui sape jusqu’à mes fondations, la musique ressemble à un étranglement, et tout mot s’est abaissé à de la pourriture.


Plus je m’approche de l’homme, plus j’ai la conviction que l’on m’ôte quelque chose de l’ordre d’un organe…


Du détachement, rien que du détachement, du détachement est l’ancienne banalité d’un désespoir sans commande…


J’ai tout raté, jusqu’à cet intérêt que je vouais à l’existence quand j’étais inculte…


Dans mon univers de peurs et de néants, mes interrogations sont sans perspective et mes réponses sans lucidité…


Des certitudes me sont venues avec le temps, me manquent les fondations pour les soutenir, des charpentes et des ossatures pour qu’elles ne s’affaissent pas…


Au crépuscule de cet être que je regarde mourir et qui prie…


Il arrive que je veuille disparaître si théoriquement que c’en est une injure aux suicidés…


Où est-elle, et qui est-elle, celle qui pourrait s’interposer entre mon chagrin et ma religiosité puis me donner la paix sans que j’ai à la veiller?


Toutes les musiques me semblent avoir aujourd’hui les vicissitudes de cette veille où j’agrémentais le visage d’une femme qui renaissait aussitôt de toutes mes considérations…


Tant ma raison décline que chaque mot me donne le goût d’une absolution…


Mon goût par la vie n’est pas développé, je n’ai connu que de petits bonheurs en fioles et en flacons qui ont fait de moi un singe exténué qui court dans les pharmacies.


Heureux ceux qui restent inintelligibles, ils peuvent rire avec les enfants et s’épancher avec les vieux…


A toutes ces souffrances comme des épreuves sans halte, je réponds par des drames tels que l’enracinement dans le silence, la méfiance, et des préférences qui vont vers les moribonds…


Je n’ai rien pu dire qui ne m’ait aussitôt accablé autant à l’intérieur qu’à l’extérieur…


Et dire que toutes ces atteintes à ma vie n’ont fini que par me rendre malade, c'est-à-dire assujetti.


Ma vitalité dérange ma verticalité, toutes deux participent à mon inconsolation de mes excès à m’en défaire…


Tous mes actes sont des actes de sabotage virtuels, comment dès lors entreprendre sans aussitôt vomir ?


Ma tristesse sape mes assisses, je manque de substance pour peser sur l’existence ,je suis sur un chemin qu’empruntent des promeneurs férus de subterfuges et qui ne me voient pas..


Ayant dégradé jusqu’à mes ivresses, celles où je me voyais tel un permissionnaire ,autant que celles où je me dévoyais pour toucher à des saintetés sans nom, je me perds dans cette existence en ne sachant m’en défaire, et je songe que si je réussissais il s’agirait en fait d’une ellipse et non d’une disparition…

rapprocherait des hommes, un compromis pour m’en faire des alliés, ou de véritables ennemis…
Etre ,c’est toujours traiter avec du pire…


Toutes les opinions puent, les miennes puent davantage parce que j’y mets de la frénésie et de la répétition…


La vie a traité avec la matière pour une carrière d’éternité…


Ayant répugné au savoir pour rester dans mes impropriétés, j’augure d’un nouveau mal, celui de l’ignorance qui fonctionne comme un manque de libre arbitre à partir d’un grand dam qui anticipe sur tous mes débordements…____________________________________________________________________________________