Aphorismes 110


Le dégoût de nous-mêmes est un moyen de se soucier des autres et de leurs dégoûts. 

Vie :trop plein de la matière, dégueulis des origines, épanchement de Dieu. 

Le silence incline à la lice. 

Secondaire, essentiellement secondaire, je puise dans mon néolithisme ce qui un jour me révèlera. 

Spectateur imparfait d’un présent qui se coule sans y parvenir dans des gloses ordurières, aucune de mes répliques n’aura ses essences dans le mode inférieur de la parole. 

Les nuances participent de l’effacement et du retrait, autant dire d’une modestie incarnée en décharge. 

Tous les artifices nous survivent, au spectacle permanent de nos simagrées, préférons l’idiotie inhérente à nos actes, et cet insupportable besoin d’être déçus ou incontentés. 

J’ai fraudé sur ma langue, mon langage aussi, poussé par ce goût maladif voire ordurier pour l’insulte ou l’interjection, j’admets pourtant que mon existence est vouée au virus d’une forme de parole que je décrie sans pouvoir m’en passer. 

Entre temps, entre temps quoi ?

Est-il un autre temps, et peut –on s’y immiscer dans cette stupide conviction qu’il est la plus parfaite des alchimies qui nous momifie à sa guise ? 

En rupture avec les hommes, en totale rupture et depuis fort longtemps, qui s’en plaindrait, si ce n’est moi qui ,tant ce qui m’en a rapproché a été pénible ? 

J’ai la sensation que j’abandonne, qui , quoi, je l’ignore ;mais cette sensation est si vivace qu’elle est la matière même de mes inconforts ,e mon éloignement, de ma simultanéité d’être proche et lointain pour aussitôt m’en plaindre. 

Tout ce qui est sérieux est pour moi de l’ordre du phénomène, m’ennuie et me dérange ;ce degré de l’existence, que ne m’amène t-il pas à me dérober au monde pour entrer dans la maladie ou la grâce?  

En dehors de ce qui nous épuise, l’acharnement qu’on met à être est un tour de force, que seule la réplique à la vie ,à toute forme de vie parvient à contrôler. 

Ma veine est d’être crispé, d’arriver au plus haut degré de la crispation sans en être excédé, voilà pourquoi mes outrances sont de l’ordre d’un manège et d’une révélation. 

Ces instants d’avant l’instant, et dire qu’il a suffit d’un seul souffle d’une seule de mes secondes, pour à jamais le regretter.  

Je m’éparpille à mes dépens, défunt j’aurais dans l’éternité cet air de parcellaire mais sans ses rafistolages. 

Je m’épuise à perdre ma volonté, tant d’heures qui ne m’ont servi qu’à voir jusqu’où une malchance idéale aurait dû m’aider à servir la conscience d’être. 

Je fonce dans le malheur comme si en dépendaient toutes ces maladies qui m’incommoderont au point d’en faire un « néanmoins » de la mort. 

Manquant d’envergure, mes secrets retournés à leur limon d’anonymat, que me reste t-il pour être indisposé ,si ce n’est ce peu de raison, parodie d’une déveine à mon goût? 

Ecœuré dès ma naissance, écœurement suspect dès lors qu’il est identique à tous, mais combien il m’ont aidé à sévir au nom du « non être ». 

Combien j’exècre les sérieuses divinités éprises d’un portefaix, d’un sicaire, ou d‘un néant dont elle n’ont pas mesuré l’envergure. 

Ce qui m’a conduit à la littérature m’en écartera, ainsi disposé à l’acte et à l’ambition, les mots s’écarteront de moi pour une perte dont je ne saurais me contenter. 

J’ai en permanence le réflexe de la réflexion, après coup, après tous les coups je m’endors dans l’acte, je devrais dire dans l’irréparable, dans son irréparable. 

M’est hostile tout se qui s’érige en dehors de toute réflexion, et fait figurer la vie comme une étincelle et non une éclaircie. 

Où trouverai je assez de méthode pour poser le soupçon sur tout acte dont la primordialité est de nous sortir du lit ou de nous y atterrer ? 

Gâté dès ma naissance, rien ne m’a paru plus grotesque que l’existence est ses affinités avec toutes ces matières qui bavent. 

Rester en vie. Est-il notion plus absurde que l’on puisse concevoir ;nous ne restons pas dans la vie ,pas plus que la vie ne reste en nous, nous sommes en fait des souffles suspendus à la matière ou au zéro absolu ? 

La philosophie déguise ses significations pour nous donner à réfléchir sur quelques exceptions dont le rayonnement va de la lie aux lieux obscurs de nos êtres.

Héritier au rabais d’une langue qui va de l’échange à la crucifixion, l’homme dispense pour de nobles poisons ses sentences, ses mots et leur posologie pour d’inquiétants contentements. 

Plus que tout ce qui est vain, l’ennui nous amène à, penser sur nous même pour que nous puissions nous passer des souverainetés du vide. 

Je soutiens qu’ignorant je pouvais assister à tous les débats sans être malheureux de ne pouvoir les rompre, mais voilà qu’en sachant je deviens interdit et insolent ,comme ce Prométhée qui a insulté les dieux tant il s’est senti leur désobligé. 

Que la philosophie donne de l’éclat à toute vie me paraît une loi nécessaire, qu’elle fonde ses vérités sur tous nos mensonges également, qu’elle veuille mettre de l’ordre en toute chose me semble être du venin dans la bouche des verbeux. 

Tout ce qui est capital se remarque par la consternation dans laquelle il nous plonge, tant nous nous en sommes éloignés. 

On peut réussir dans l’ennui autant que dans l’espoir, l’un est le triomphe du repli, l’autre celui de l’exposition.

L’obsession, outre qu’elle se distingue e toute pensée fécondée sans cesse est la revanche de l’individu et de ses distinctions, sur l’autre avec ses rages.


La prière est parfois de l’ordre d’une provocation, qui se voudrait passer pour messagère, quand elle n’est qu’une thérapie contre le foisonnement des faussetés.


Mal prier et s’en repentir pour ne plus oser regarder une tombe ou une église avec effroi.


Inappréciable destinée que celle des malades, de toutes les misères ; la santé défaillante m’apparaît comme un contre désir à la vie, lié au prestige d’être reconnu par Dieu et de le crier.


Ecrire tient de la décharge autant que de l’élévation.


Rien n’est extraordinaire de ce qui a été conçu dans l’exagération ou l’hyperbole, l’extraordinaire réside tout entier dans la permanence de nos vides.


Je suis contre toute forme d’exactitude, je suis pour les larmoiements contre les sourires qui s’opèrent dans les excès liés aux réussites, je suis pour les débâcles, ce qu’on gâche, c’est d’ailleurs ainsi que l’existence se poursuit et se répète dans l’infernal circuit des répliques qu’il faut élever jusqu’à Dieu, témoin de sa propre déchéance, de son déclin, image de ce monde dégradé qu’il a négocié comme une partie de cartes avec une seconde main.


La musique est inexplicable, c’est pourquoi elle ne s’épuise ni par le commentaire, ni dans le secret.  

Au nom de la vérité nous brandissons toute complexité comme des hauts faits, quand il ne faudrait qu’une toute petite rigueur avec son infini de constructions pour expliquer tout acte, toute parole pris dans leur essence.


Tout devenir nous fait entrevoir comment il faut s’agiter, et combien il est ardu de ne pas se prêter à cette contamination.
Imagination : fille qui chante dévêtue dans une combe.


Au suicide j’ai préféré les faux espoirs, ceux que j’ai remâchés et ressassés, qui m’ont rendu oppressé et non oppressant.

C’est d’être en vie qui est une tare, la mort plus objective ne va pas jusqu’aux condescendances, ni jusqu’aux manquements.


Impulsif, irrésolu, je touche aux mots en vacillant, j’en sors avec l’intention de m’arrêter pour mettre Dieu dans mon viseur.


Sois bon prince ; est-il meilleur prince que celui qui halluciné se penche sur la raison pour en extraire de la glu ?


Entre la matière et Dieu nous avons érigé l’irréparable.


Faire faillite dans tous les regards, puis thérapie accomplie, se couler dans la prière ou l’obscénité.

Plus je cherche à en finir, plus tous mes mouvements justifient la vie, plus mes élans et mes mots la figurent toute entière.


Être, c’est ne rien préserver et enfreindre les essentiels jusqu’à l’exagération.


Toute conviction m’indispose comme s’il n’y avait rien après.


Pour trouver Dieu, j’ai renoncé aux scrupules autant qu’aux éloges, j’ai plongé dans toutes les pestilences, celui du mot, de l’image, j’ai fait l’examen de mon corps, de mon âme, ni l’un ,ni l’autre ne m’ont porté vers les intérêts qu’il aurait pu avoir en me jugeant comme le plus désespérant des hommes.


Garde toujours le poing levé, mais n’abat jamais personne !


La méditation demande des efforts qui peuvent nous emmener jusqu’à l’exténuation.


Incapable d’avis, en incapacité d’idées, j’entends, et c’est une tâche tout aussi incommode tant elle fait éructer le cerveau.


Asservi, et pourtant dans des sursauts, se peut-il que toute ma volonté n’affecte que mon sommeil et les formules qu’il me dispense pour être ?


Tous ces chichis, ces méta et pataphysique de l’idée, de la connaissance et qui passent par de la conséquence !


Penser et le diffuser, se sentir concerné et consterné, c'est-à-dire vouloir conclure, donc ne plus se plier au mot est à ses avantages.


De tous les aspects que j’ai eus, je retiens celui de religieux, qui pour témoigner de Dieu a fui les enchantements.


A quoi bon s’interroger sur le fond, cet intérieur aussi nauséeux que toutes nos primitives sanies dont est pourtant pourvue l’élégance.


J’ai beau eu me plaindre, aller dans la prière, m’acharner sur un tel, avantager cet autre, je suis toujours resté imperméable aux conséquences.


De tous les charmes oraux que j’ai daigné conserver sans aucune forme de ménagement que le dormir, je retiens le blâme et la prière ; la prière pour opacifier mes monstres, le blâme pour les pousser jusqu’à la verve.


Timbré au sens où l’est la musique, et rester dans l’illumination de ses sonorités.


Un Saturne qui égorgerait sa femme et boufferait ses enfants.


Tout entier dans le mot « Dieu » ou le mot « Foutre ».


Vie : mixture d’un végétal, d’un minéral et d’un animal, dont le pluriel est désespérant.


S’il y a une chose vers laquelle la nature ne s’est pas tournée, c’est bien vers l’infaillibilité.