Aphorismes 102

Je m’agite dans un monde où le cours de mon existence est en étiage de toutes les sensations,et vais du pathétisme au vulgaire sans passer par du vœu ou de la prière.


Dans l’odeur âcre et la fumée des bistros il me semble que je suis parfois un Narcisse doctrinal qui ne sait plus où est son infortune.


Au silence auquel je m’adresse quand le pathos de l’évidence me pèse comme une absurdité,j’adjoins ma douleur d’être un gnome exténué,et qui rougeoit dans son chagrin.


De tous les regrets organiques,je retiens celui où le sort s’acharne dans mon sang,et procède de la mélancolie ou de la conscience d’une fatigue importée.


Le paradis,tous les paradis ont été conçus dans la santé et la sérénité de ceux qui en ont été tentés.


Tout ce qui est normal fonctionne selon des dispositions en degrés,combien j’aime la monotonie des automnes du cerveau,ses courbes sans apothéose,et combien déjà aujourd’hui j’en traduis toutes ses circonvolutions.


Parfois nous rencontrons des hommes fatigués dès l’aube,que la verticalité ennuie autant que ces allers retours réitérés parmi les leurs,et qui tendent vers un autre lendemain,comme de animaux abasourdis que l’on conduit à l’abattoir.


La peinture tire sa vanité des prérogatives du sang,des profondeurs grisâtres abattues de faux enchantements,vulgaires hébétudes,et je la regarde comme le déroulement insane de ces chairs que l’obscurité même de saurait recouvrir de ses propre pudeurs.


Le temps m’est organique, il déborde de mes vaisseaux comme un surplus de tentations, et plus je vois en l’avenir de nouvelles saisons, plus sa charge me confère des allures de portefaix affaibli par des années sans conscience et sans leurres.


Hypertrophié par de la fatigue, celle de n’avoir su trouver Dieu, je suis dans les dispositions d’un homme intemporel qui prête l’oreille aux morts.


Tout ce qui me pèse a été dans mon incuriosité, et s’est cristallisé sur les cadavres bleuis de ceux qui ont eu toutes les bonnes occasions.


La musique fait entrer en elle d’ascendantes divinités qui s’élèvent dans les dièses et s’absolvent dans les soupirs.


L’amour suscite un écoeurant tournis, entre l’éternité et l’écume, deux des formes impures de notre besoin de superposer Dieu et le temps ;Dieu dans le déroulement infini de nos larmes, qui adjoignent des étoiles au tapis des prières, le temps pour s’y user en usurpations.


Dans la perfection et la lumière glauque des cathédrales, il me semble qu’être vivant, c’est détourner de la vulgarité de tous les lieux où l’homme prie et s’arrange avec ses morts.


La souffrance est une intimité qui échappe à toutes les restrictions posologiques et recouvre notre lucidité, jusque dans le désir de rester dans l’ivresse d’un devenir embaumé de dégoût.


Les passions sont terrifiantes d’ego, elles tiennent place d’extinction, et nous y entrons comme mus par le désir de ne pas y échapper pour de vaines glorifications, et nous épuiser de cette double conscience qui va du haut vers le bas, et du bas vers le plus bas.


La musique est en moitié une énergie d’entrailles, un tiers d’irrévocables soubresauts du temps, et pour le reste, cette part de Dieu entrée par distraction dans toutes les matières qui s’élèvent.


Je compte bien m’égrainer en paresseux pour mon restant d’années, et j’y échangerai mes regrets contre un chapelet.


La pluie m’ouvre à des religiosités sans nuance, et comme dans l’expiation, je pousse mon regard vers les hommes et le verbe vers Dieu.


Dans ces réduits qui me suggèrent des idées incantatoires, je pose des mots sur des lignes et les considère comme les seules tensions, comme les seules voluptés que les hommes ne tourneront pas en épilepsie.


Mes nuits sont des pluies de sensations déclinées de mon sang, et tout s’y répète à la manière de ces grains de sable ,qui engloutissent un ludion, déplacé par une intelligence qui cherche à se planquer dans d’identiques endroits.


Il doit bien exister encore des anges malades de leur éternité et qui voudraient se planquer parmi les hommes, pour s’étendre dans une même solitude.


L’expression de mes limites est une horizontalité spirituelle.


J’oublie parfois jusqu’à l’effritement de mes os, cette concession que m’offre mon corps me brouille davantage avec les hommes que si je devais me consoler d’une insolence que je ne peux plus avoir, sinon en présence d’ un témoin obligé.


La nuit illuminée par mes nostalgies crée des enfants qui en secret se conduisent jusqu’au puits, ou jusqu’à la mine.


Libérons les heures de leur carcan ,allongeons nous, voyons combien leur mécontentement est dérisoire à côté du nôtre.

Dix millions d’idéologies ne suffiraient pas à me corrompre, à m’ancrer dans une foi, j’ai le désir de ne m’en remettre qu’à moi, et de ne m’allonger qu’à la fin, tout à la fin.

Généreux, sage ;raté, oui !j’ai voulu y parvenir me voilà engourdi et plus complexe encore, comme si je m’étais endormi dans l’indolence d’un animal qui hiberne.

Le réel est insupportable, le virtuel tout autant, simplifions nous l’existence dans une hystérie à notre mesure.

Singe rêveur que la dégénérescence des hommes pousse au rire, j’ai parfois quelque stupeur à la pensée de me planquer dans ce type qui réfléchit et n’en tire aucune force, aucune farce.

L’absurde sensation d’être nous dévie du dessein de victime.

J’écris par devoir et déception, je suis cet imposteur disloqué entre le plagiat et l’authenticité, tous deux transfiguration d’un état d’ébriété ou parfois de larve munie d’une plume.

Tout ce qui ne dure pas en nous, nous tient éveillés ,tout ce qui y est en suspension étend sa morve et sa sanie.

Cette obsession de la louperie, de l’échec ;comme si en exagérant leur objet, j’avais la possibilité extrême de m’allier à Dieu sans le contrarier.

Double tristesse, celle d’être et de ne le pouvoir que sans profondeur.

C’est un fait que toute conversation me fixe dans une épreuve que je n’ai pas regardée d’assez près.

A mes yeux toute vérité diminue dans l’empathie, la seule qui mérite quelque attention est celle que génère mes détracteurs.

Le dire ne me console pas de ce silence auquel je tiens, comme à une vénérable maladie.

Si je devais ajouter un exemple à tous les exemples qui m’ont été donnés, je ferais dans l’insalubrité, et rien d’autre !.

Si je manquais de manques, combien je serais malaisé, voire triste, avec des motifs pour l’être.

Dieu absent, malade, les bénitiers font dans l’énurésie.

Toutes les confessions me ramènent à moi, vers ce conspirateur qui chuchote et s’étrangle.

Que de fautes qui nous donnent du prestige !

Scélérat lié au néant, j’ai des écarts consacrés, que la machinerie du subir pousse vers des dégringolades.

Insatisfait, las, aucun évènement, ne peut, ne pourra mieux m’arranger que ma dernière exposition.

Il m’est impossible de dialoguer avec moi, la saveur de le savoir me donne quelques prérogatives sur mon corps.Prendre une pause, s’arrêter entre la litote et le masque, dans le linéaire de leur hantise.

Tout récit traduit la forme obscure du dire, qui se définit parfois par une psychologie qui ne nous est d’aucune contribution.

Les ascensions suggèrent l’œuvre.

L’écriture et la peinture, j’y ajoute l’amour, trois des formes que j’ai choisies pour m’épuiser.

L’action nous place au centre de tous les manques.

Si je pouvais de quelque manière que ce soit contribuer à la vie, je contribuerais à la rendre impossible
Je crains de ne pouvoir être qu’ incertain.

Inanité de mon émancipation, j’oublie toujours que je me suis fixé dans les anomalies du verbe, dans ses manques, et qu’il m’est impossible de traduire toutes ses érosions.

Le désespoir, c’est l’expérience du centre de toute vie.

Toute œuvre invente un nouveau monde qui se régénère en elle.

Toutes les exigences de mon corps se font en dehors de la parole, je me tais et je suis, mon salut est dans ce tassement.

Je me reposerai des vérités à répétition dans cette vieillesse du corps, et m'endormirai dans l'illusion d'un plein idéal sans déranger les morts.

J'ai tant déprécié le tout, qu'il m'est devenu douloureux de remédier à ses promiscuités.

L'homme incompatible avec la vie, s'est vengé de la puissance de l'éternité des astres, en niant l'existence de leur ardente coloration.

La mélancolie donne un sens à nos territoires hostiles à l'existence.

Inanité de mon émancipation, j'oublie toujours que je me suis fixé dans les anomalies du verbe, dans ses manques, et qu'il m'est impossible de traduire toutes ses érosions.

Le désespoir, c'est le centre de toute vie.

Toute oeuvre invente un nouveau monde qui se régénère en elle.

Toutes les exigences de mon corps se fondent en dehors de la parole; je me tais et je suis, mon salut est dans ce tassement.

Il y a tant de terreur en moi que je ne sais plus où projeter ce qui me dépasse, et consent à tonifier mon coeur pour des accords ou des élans.

Dans la discrétion des solitudes, le silence apparaît comme la pointe empoisonnée des orgueils, le pic des vanités.Notre indéniable fonds de décomposition éthère ce suicidé perpétuel que nous sommes, et qui ne s'altère que dans ses liquoreuses vapeurs.

Crier est de l'ordre de l'hémorragie d'un corps dissocié, où le sang atteste qu'on est toujours trop loin de tout, en adhérant en n'importe quoi de l'existence.

Mes replis atteignent à l'agonie quand mon instinct tire vers le néant ses verticalités, virtualités d'un autre moi.