Aphorismes 101

Me reste encore la vanité, la vanité et ses proximités, comme une suprématie, comme ce que je suis encore capable d’étendre à toutes les architectures de l’esprit, là où il fut question de l’homme.


La plupart de mes préoccupations ont été organiques, et si j’ai centré mes émotions, ce ne fut que pour des vertiges aussi funèbres que lorsqu’on rentre en soi pour y crever proprement.


J’ai parfois considéré l’ennui comme une défaillance de mon corps, ce désenchantement m’a préparé à attendre, mais à attendre quoi ou qui ?


L’envie de ne plus combler les vides de mon existence a pris les formes d’une salacité, prétention absurde à ne plus vouloir vomir que du verbe.

Dans cet automne où mon indigence infléchit jusqu’à ma terreur d’être, je regarde l’existence comme un petit pas vers du néant, comme une vaine occasion, et j’en ris.


N’ayant ni faim ni soif, dans une anémie fantasque, je me débine de toutes les tentations en oeuvrant dans les inepties de la méditation à domicile, et toutes les formes que prend mon corps sont des encouragements à poursuivre ce tourmentage.


Qu’en est-il de l’intelligence quand elle n’est que prétention ou prétendue ?


Mon sérieux est un sérieux d’insomniaque préposé aux somnifères.


Mon désir de gâchis témoigne que tout m’est arrivé gâché.


J’ai la pratique de l’existence douteuse, comme si j’étais né perverti et soucieux.


M’étant jadis appliqué à la réplique, je mets aujourd’hui de l’acharnement à m’en défaire.


Certains de mes mots me reviennent comme d’un pèlerinage, et s’exténuent aussitôt dans le lieu commun.

Plus je me tourne vers hier, plus j’ai conscience que j’ai renoncé à quelques essentiels qui vont de rien au rien.


Vivre est un héritage que tôt ou tard nous dilapidons, sans avoir composé avec ses exigences.Etre tient de la recommandation et du fanatisme.


Tant de racailles que nous devons subir, pour des hideurs dont nous nous rendons compte des années plus tard, et auxquelles nous renonçons pour de la sieste.


Tout m’exaspère, de l’ouverture à la conclusion, de la pause à l’hallali, du soupir à la note, que je ne sais plus si continuer est une extravagance ou un défi.


Arriver tard, bien trop tard, et ne pas savoir, si ralentir ou accélérer compromettent et éprouvent le pas.


Du matin au soir de l’endurance pour n’être pas perdu, pour être cet objet sans carrière et qui va à son terme.


Rien qui ne vaille la peine d’être concilié avec ses organes si ce n’est le vitriol.


Toutes les naissances se sont faites dans la tourbe, foutoir nauséeux, ou dans une morgue anticipée.


Dans cette solitude ou je suis à mon avantage, j’ai le sentiment de veiller sur des antiquités sur lesquelles la science n’a pas de prise.


Mes fatigues m’ont commandé autant de distances que de trahisons.

Etre, c’est choisir d’être.


Mes mensonges dateront, c’est la seule forme de continuité que j’envisage.


Qu’y a-t-il d’obscène et de dramatique devant nous, si ce n’est l’existence ?


Que nul ne me défende, si j’ai tant tenu à décevoir c’était par goût des déboires, parce que j’y ai vu la seule forme de dialogue qui n’atteigne pas à la défiance.


C’est une belle trouvaille que la douleur.


Dans l’hypothétique dessein de me conduire comme un homme avoué, j’ai eu cette clairvoyance qui atteste du cadavre que je suis, et qui subit le temps comme la plus monstrueuse des réflexions.


La fatigue est une définition de ces instants où le corps trop léger ou trop pesant, s’altère aussi bien des enchantements que des détachements de sa propre matière.


Mon goût pour les éternités, rebuts des amours infligés, s’est avéré nauséeux dans les alcools et toutes les idioties frontales ,souillures des esprits agacés par le même goût pour ces mêmes éternités.


Charognards que l’anémie a retenu dans leur repaire, les hommes ont en alternance le goût de la chasse et du jeûne, tous deux, lucidités abjectes de leur métier d’être.


Toutes les présences sont exaspérantes quand elles témoignent.


J’attends inféodé que l’abus de mes transparences fassent de moi un homme du troisième rang.


Plus on se mesure à la vie, plus on est agité, et jusqu’à nos verdicts, la perfection insane qui fait salon, se tient dans cette désolante plénitude, parements de nos façons d’être et de nous contenir.


Il y a quelque fièvre à se conduire en homme irrésolu, comme il faut quelque force pour le combattre.


Du dégoût(conscience d’un temps enfiévré par nos tristesses(je retiens sa redoutable pureté et son odeur de paradoxe.


Je cherche l’apaisement dans les alcools et les soporifiques, anticipation d’un cercueil idéal, d’une tombe où fleuriront toutes mes inanités.


Quelque soit mon extravagance, elle est toujours en étiage de cette inféconde nostalgie, où j’ai placé un enfant dans les bras d’une vierge, et moi-même sous une croix.


Chaque jour m’est un Golgotha en friches, et un Ararat en jachères.


Occupé à vivre dans l’entêtement d’une rhétorique de la vulgarité, j’ai préféré les bistros aux églises, et les filles équivoques à celles qui communiaient ,transpercées par nos vulgarités.


Mes agitations, simultanément à mes propos ,me semblent parfois considérées comme les soubresauts d’une matière singulière déplacée dans l’espace par une puissance sans nom, déçue de ne pouvoir s’endormir parmi les astres.


J’ai pris toutes les précautions pour n’avoir pas un jour à déambuler dans un hôpital, sans connaître les malédictions qui m’y auront conduit.


Falsifiés dès nos naissances, nous cherchons dans les yeux des femmes la trace de ce forfait, pour y remédier en adulte gâté, irrévérencieux et impénitent, sans pouvoir réparer les troubles qui les attendrissent.


La tristesse est substance autant que révélation, chacun s’y baigne comme un nageur averti, universel et gnomique, pris sous l’éclairage d’un projecteur qui ne laisse qu’une ombre sur le tableau de ses nuits grisées de mensonges.


Ma solitude, c’est ma santé, et je m’y dégrise dans ses ornières, parmi les églantines et les orties, parmi les odeurs d’une nostalgie outrancière et terriblement ancienne.


Mes générosités s’étendent jusqu’à ces nuits où le seul moyen de plonger dans Dieu est de devenir l’objet de ses convoitises.


Ma conscience s’altère par ces sonates, que la déception a poussé jusqu’à mes oreilles pour m’affliger de la connaissance de toutes les sonorités inconsenties.


Rien que je n’ai désiré des femmes, et qui ne se soit déverser dans mon sang, jusqu’à la dilatation de mon esprit même.


Je n’ai gardé du souvenir de mes gaietés que ce regard sur moi-même, là où il y avait des cordes et des nœuds pour agiter l’air de mes inconsolations.


Dans la pharmacopée du sentiment, l’amour est un antalgique qui pompe au cœur ce qu’il a de fondé, et à l’esprit, ce qu’il aurait voulu grandir.


Je me suis si souvent et si longtemps éloigné de moi, que du non sens de mes élucubrations sont nées ces insanes envies de crever sans larmoyer, et ces voix intérieures qui me guidaient pour m’en rapprocher.


Sans la souffrance avec toutes ses coutures, j’aurais été envieux, de quoi je l’ignore, mais envieux, bien plus qu’à côté de celle-ci.


Dans mon atelier sous les toits, accoutumé au peu d’espace, il me semble que le mourir y serait moins fougueux que si je m’embrasais dans l’éternité des villes.