Aphorismes 97

Rien qui ne m’éprouvent d’avantage que tous ses ratés qui ont pris l’initiative d’être.


Dans la disgrâce, enflammé pourtant, que de crimes à commettre afin que toutes les tragédies se fondent dans la mienne.


La réalité ne me fait pas sincère, encore moins bavard, je passe par l’astuce pour aller jusqu’au bout…


L’ennui nous conduit vers le sang, vers cette angoisse d’où jaillissent nos anémies ou nos extases, en fait vers des meurtres tombés à l’intérieur.


On meurt de trop vouloir s’étendre dans cette incompatibilité d’humeurs devenue une expérience.


Lorsque ma déveine porte les traces d’une initiale démesure, vanité et opprobre m’apparaissent comme les faces d’une identique langueur, où j’aimerais tordre le cou de tous ceux qui ont mesuré mes déceptions.


L’idiotie du pathos se diffuse dans, et par tout ce qui est objectivé, et ne supporte pas la verticalité de toutes nos réprobations.
Toute musique rend persistant mon désir de vouloir mourir intoxiqué.


Tous les actes me semblent être des démesures, celles d’un cerveau qui cherche à évoluer impunément.


C’est aux endroits où s’est répété l’ennui que nous revenons toujours, pour prier ou vomir, selon qu’on soit enclin au salut ou à l’ivrognerie.


Je manque d’ardeur, mes incuriosités sont des ailleurs où l’aise est une réserve, et le déclin une forme de savoir qui m’érode et me ronge.


On ne saurait être que ce que l’on est, c’est en cela que consiste la sagesse, et si l’on fait un détour, il ne faut revenir qu’à soi.


Toutes les apparences ont ceci de remarquable, qu’elles ne se font face qu’à nos intersections de solitude et de superficialité.


Ne commettre que de l’irréparable, comme naître.


Il m’a été donné de participer à la vie, et combien je cherche à me faire pardonner cette déficience.


La souffrance, si elle était de l’ordre d’une initiative ne tenterait que les fous ou les saints.


Rien n’est plus déchirant que de se sentir superflu, cette lucidité devrait pour le moins nous effleurer, fut ce pour n’en garder que la trace du souvenir.


Le cœur est le seul endroit où tout peut se pétrifier et se putréfier, sans que nous fassions l’effort de comprendre ce qu’il adviendra de ce tout.


Ma conscience est une exaspération de prières.


Dans la désolation nous regardons la mort comme un droit à la dernière et véritable somnolence.


La musique est un prétexte d’absolu, et plus nous nous en approchons, plus elle s’éloigne de nos limites à la reconnaître comme habitée par une âme, qui tour à tour résiste à nos désastres et à son propre déni.


Une nette application à crever, oui ,mais proprement.


Le printemps comme l’été m’amènent à de funèbres spleens, et jusqu’à ma façon de me vêtir, j’y ai le goût de la substitution.


Je suis un antique de l’imploration, quelqu’un qui agite des carillons et désespère de la modernité des orgues.


Si tu veux éprouver quelqu’un, flatte le !


Coexister et cohabiter, états de mon impuisssance à vouloir être deux.


Dans ces réduits où ma médiocrité a pris les proportions de quelque férocité à l’égard des hommes, mes commentaires restent la dernière instance qui soit normale.


La plupart de mes pensées, fussent-elles à mes antipodes ont échappé à de l’existant.


Quelle belle idée que de ne fréquenter que soi !.


Quelque soit le temps, ma conscience en appelle aux ruptures, et le ciel réfractaire me réserve malgré tout des entrées pour mes vulgaires prosaïsmes.


Tous les objets précis auxquels j’ai adjoint mes idées,se sont un jour métamorphosées pour n’être pas en contact avec mes ostentations.


Fantaisie de la création, mon moi besogneux transporte l’image de ses discernements jusque dans mes sommeils.
Trop souvent obligé aux inconséquences.


Cancer de l’acte, la parole s’immisce jusqu’à nos témoignages, et ne peut plus même représenter nos paix ou nos revanches.


Quelles que soient nos générosités, elles ne sont pas à la hauteur de ce luxe ostentatoire fait dans la parole, que nous entretenons pour compenser d’invisibles désordres.


Au plus fort de mes détachements, le chaos me persuade de nouveaux saisissements, d’une nouvelle épaisseur où mon corps s’englue et se dissout.


L’habitude m’a détourné de toutes les formes du devoir et du vouloir, et je l’honore tant je peux y cultiver les affres de mes inconsolations.


J’ai balayé de ma conscience une profondeur sans orthodoxie, et je m’y suis endormi.


Qu’ai-je construit à quoi je me sois attaché, et qui ne soit dans la lésion des devenirs sans vitalité ?


Je me suis essayé à de l’esprit, cette entreprise ne m’a pourtant pas réconcilié avec les délices de l’organisation de ces cerveaux enclins à ne rien vouloir voir disparaître.


Il ne m’appartient plus de m’inquiéter, c’est aussi une forme de despotisme qui supporte le mieux toutes mes dégringolades, spectacle ancien de mes philanthropies.


A l’examen de mon mépris des hommes, je décèle combien j’ai manqué d’occasions et d’opinions, et combien cette subtilité m’ a valu d’être réduit de courir après des excuses et des apitoiements.


 Au spectacle de cet esclavage empressé où l’image a affaissé et rabaissé l’homme, qu’y a-t-il de plus sot, de plus exact aussi, de plus accablant, et que je n’ai regardé comme la consolation de mes inaccessibles saluts ?


Toutes les dimensions du paraître s’accommodent mal de la restriction.


A mesure que je m’enfonce dans la vie, toutes les affaires que j’ai voulues réduire à la modestie, donnent sur une mauvaise part de lucre ou de butin mal acquis.


C’est précisément ce qui est précis qui m’emmerde, et ce qui ne l’est pas m’emmerde davantage.


Coupable de m’insinuer dans l’existence, et de m’y vautrer comme une hyène sur une charogne infecte et amorphe.


M a verve s’est établie sur des sophismes inemployés, de douteuses litotes, et des regrets sans substance.


Quand l’homme s’abaisse à ses pires essentiels, convulsion ou révélation, j’illustre sa chute avec un supplément de verve et d’ironie.


Dans cette continuité d’être, où mes convulsions sont des enfers fournis, mes impudeurs éclatent entre la note et le mot ;je tente alors d’adoucir mes maux avec d’autres châtiments plus élevés, entre le célibat, la prudence, le jeûne, la solitude et l’ennui.


Le cœur est une boucherie où nos arrières pensées incarnent le primitif de ces bêtes abattues à la masse, et qui bruissent, suintent, et meurent par nos lois obligées.


Que faut-il considérer, et qui ne soit pas stérile, sinon tout ce qui se substitue à la vie et par ses lois oblige aux formes méprisables des nouveaux absolus ?


Entre la frénésie et l’essoufflement, nos vies n’auront été justifiées que par du geste, et les rehauts de ces paroles qui mènent au culte ou aux neuroleptiques.


La liberté exhale les parfums d’une suée collective.


Gangrené par les modèles, les pauses ,les séances ,les affiches, voici l’homme qui pourtant recourt encore et encore à de la proclamation.


Souscrire pour du verbe jusqu’à en supporter les abîmes, les vitalités et les culs de basse fosse.


Se peut-il que n’ayant plus de véritables souffrances, l’homme devenu une métaphore d’un mal plus ancien et gourd, cherche dans ses pharmacopées à se cacher d’une nouvelle perplexité dont il ignore jusqu’au sens. ?


Je ne peux plus rien affirmer qui ne soit passé par mon sang, et l’astuce guerrière que mes ancêtres maîtrisaient comme une correction, comme une conviction.


Mes rancunes sont des variations de bonheurs biologiques ,et je ne m’en déchargerai que pour d’autres déballages aussi insanes que mes résignations.


Penser haut est un mélange de cruauté ,et de maîtrise de cette cruauté même, qui fait que si nos vigilances défaillent, nous admettons que parler tient de la méprise.


J’ai prospecté dans la douleur comme un chercheur sans accomplissement, et n’y ai trouvé que de molles voluptés, de fausses ferveurs ,me voilà dans le malaise de quelqu’un qui tâtonne.


C’est l’entreprise de créer qui est séduisante, créer reste l’accomplissement d’une sourde vengeance, indescriptible aussi, lorsque nos objets d’équilibre prennent place entre les hommes et Dieu.


J’aurais sacrifier à l’absence une vie entière de silences et d’aveuglements, cet art de ne m’accommoder qu’à des illusions, celles d’une perfection sans bruits, ni heurts, je la vois aujourd’hui comme un escompte, une rancune d’initié.


Je me retrouve et me découvre parfois à mes antipodes et n’en laisse rien voir de saillant.


Je dois à l’oubli ma faculté de n’être pas éprouvé par l’homme, et de demeurer dans l’inconséquence qui compense mes creux avec l’exubérance d’un étourdi.


L’art m’évoque la révolte et le rachat ,et je le regarde avec mon esprit tourné vers de l’esprit et du cœur.


Excédé par les parodies d’un monde voué au culte de la parole trompeuse, je me contrains à des silences d’avaricieux, et en suis tout autant affecté.


Combien d’avanies j’ai du subir, sans que jamais elles ne me poussent vers de l’irrémédiable.


S’il me fallait recourir à l’homme, ce ne serait que pour de l’effarement et de l’enterrement.


Tous mes détachements, de la destitution au désistement, ont eu à voir avec mes hontes, et les pardons que je n’ai su livrer.


Je resterai un primitif sans compensation, écartelé entre un empire de sensations, et un autre de révolutions.


Sans vitalité, comment accéder à ces renaissances qui sont aussi arbitraires que ces parcelles où je décrois, où je reste dans la crispation des tentatives et des essais.


Il y a des esprits sans un seul organe en profondeur, sans charme sans instinct, pétris par du rejeté et de l’inassouvi, et qui sont, qui demeurent.


C’est parce que divaguant dans l’inconsistance d’une parole révélée comme de bon goût, que j’ai encore la certitude que mes errements et mes vagabondages, peuvent encore me conduire dans la félicité d’un taiseux, voire d’un sourd et d’un aveugle.


Ces fades animations qui sont dans le bonheur du dire et du voir ,combien je les exècre et combien j’ai de vertiges quand je leur emprunte leurs couleurs et leurs mots !


Résigné, et dans l’épaisseur, dans la glu d’une syntaxe de superstitieux, je cherche à me faire valoir, à me prévaloir, oui, mais de quoi ?


Je considère que ma fantaisie et mon dilettantisme ont été le négatif de toutes les instructions où j’ai autant appris à me fondre dans un homme, que de m’en détremper.


Il est vrai que tous les textes sans ponctuation m’apparaissent comme le débraillé d’une littérature qui s’essouffle de ses propres considérations, pour se débiner de je ne sais quoi.


Fallait-il que je songe à cette réserve de bien portant, pour n’ y entrer qu’en malade répertorié ?


Ce qui parfois surgit au milieu de la mélancolie est d’une telle nudité, qu’on dirait un intérieur si écorché, qui nous fait aussitôt vomir ou prier.


Je dois à tous mes scrupules la précision de tous mes arrêts et de mes arrêtés, et la séduisante inertie de toux ceux qui ne tendent pas vers l’acte, avec toutes les expressions qui l’aggravent si on se commet à la commettre.


Je me suis insinué et institué dans l’existence dans un cadre approprié avec des intérieurs sans ouverture.


Toutes mes considérations sur la discipline ont été des phénomènes d’ineptie, où j’ai mêlé les ingrédients consubstantiels de la défaillance à des mécanismes de supplice.


Je considère que sans prise sur le monde, tous mes raccourcis sont une forme d’aboutissement.


Je me suis tant évertué aux consentements et contentements, que parvenu à des édulcorations, je ne peux plus admettre que mes pitoyables visées.


C’est parce qu’il existe la possibilité de nous perdre en tout, que nos abattements sont des prestiges de cadavre anticipé, et qu’un de nos rares talent passe par de la conversation.


Le spectacle de la lassitude illustre ce qui nous relie à l’humain, en passant parfois par des hébétudes et des impudences.


Toutes mes intentions entre la chair et l’Eros consenti aux ordalies, ont été encombrées par les infamies d’une mémoire que je n’ai su ni adoucir ,ni captiver, tant je me suis à un moment déporté de ces mêmes intentions.


Est inférieur et intérieur à moi, tout ce à quoi je me suis attaché et qui ne m’a pas rendu imprescriptible.


En visite dans l’existence, me voici pétri d’échecs, et cherchant un nouveau principe, marque d’un autre ridicule.


Rétrospectivement je m’apparais comme secondaire, dans un intemporel quaternaire.


C’est parce qu’il m’a fallu coopérer que je n’ai pu faire irruption dans ces éternités, que l’amour projette comme la seule histoire qui vaille.
Contraint à être et à devenir, c’est suffisant pour être abattu.