Aphorismes 88 Bis

Dans ces jours où toutes les expressions de mon cynisme ont des relents de pouffiasseries établies dans les crépuscules, je vais tel un prince défroqué crever dans les latrines.

Vivre demande quelque force bien employée, et quelques faiblesses mieux appliquées encore.

Heureux, qu’aurais je pu promouvoir, que me serait-il venu en esprit, qui n’aurait été dépositaire ni de la mort ni du néant, et que j’aurais du montrer comme venu à moi en une seule face ?

Rien d’intense n’aura jamais été à ma portée.

Ma haine du genre humain est édifiante, et plus je la confronte à la foi plus elle m’envenime jusqu’aux ricanements.

Combien après les plaisirs m’est nauséeuse toute cette chair entretenue, prescription de sang et de mensonge, et qui toujours me conduit aux anémies.

Toutes mes attitudes sont des attitudes de retrait, j’ai beau faire l’obligé, je reste toujours comme un enfant retenu après l’étude et qui n’apprend rien.

 J’ai tant manqué de repos, que je ne sais plus si la proximité d’un lieu idéal pourrait redorer ma fatigue d’une exaspération dans ces mêmes éternités.

 
Tous les jours, atteint par le dégoût ocre d’exister, je vais dans l’idée d’un devenir désastreux, pressé d’y installer mes ostentations, d’y dégueuler toutes mes hémorragies.

L’idée d’une pureté originelle m’apparaît comme l’accoutumance à un Eden, où l’on ne serait tenté que par le métier de mentir proprement.

Mes désenchantements cachent tout ce qui est inaccompli et que j’ai déplacé comme des suggestions d’ennui, comme des vides construits sur les ruines des possibles contraints à être observés.

Plus j’ai perdu en vivacité plus j’ai gagné en crépuscule, dans cette geste apurée de solitude, la déchirante suprématie des mots m’a davantage écœuré que si j’avais du pathos à toutes mes embouchures.

De même que dans mes excès d’alcool, le ciel m’apparaît comme la chape de tous les cercueils, la terre m’est le ferment de cette déraison qui s’ourle de tous mes dégueulis.

Rien plus que d’attendre ne m’embarrasse, et embaume mon existence de toutes les odeurs roturières qui s’élèvent des allées d’un cimetière.

J’ai sacrifié à l’amour cet apaisement que j’avais quand par goût de la discrétion, je m’endormais dans les fougères, après avoir honni chaque jour de ne pas en savoir davantage sur l’amour.

Toutes nos garanties sont de surface, et la parole, fut-elle  donnée, n’est qu’un flux d’ardeur qui monte au ciel sans révéler la grandeur de l’absolu qui l’engendra.

Veule parce que sans conviction aucune, mes commerces avec l’homme valent par cette conscience, et rien d’autre.
 
Lorsqu’on a erré une nuit entière dans une ville aux volets clos, l’existence toute entière nous apparaît comme un vaste cimetière qui se réduirait au cerveau d’un dieu mort d’ennui.

Les unités m’affligent, la parité faute de me reposer m’emmène aux périphéries du désespoir.

J’ai très tôt su que je serai un indisposé sans le sens des proportions.

S’il me fallait passer le restant de mes jours à inonder le désert de mes larmes, quelle entrée dans le pathétisme de la matière !

J’ai été inondé d’ennui.

Peut-on parler avec les hommes, sans que leur présence ne brouille les principes mêmes de cette solution qui nous endorment d’eux !.

Il arrive que les choses aient tant de poids, qu’on dirait des planètes mortes embaumées par nos funestes certitudes.

Je me suis consolé de mes erreurs en les anoblissant.
 
Plus j’ai voulu être profond, plus je suis resté en moi, malade de toutes les surfaces, de toutes les vanités.

Trop excessif, je concède aujourd’hui m’être poussé dans la désolation pour m’impressionner, et voir combien tout ce qui est ultime peut correspondre à Dieu.

Une fois que l’existence devient commune, il vaut mieux y frayer.

Vivre est un mode qui va de la fatigue à l’aveuglement, en passant par les formes extérieures que prend l’hallucination lorsqu’ on se veut réaliste.

Le temps est dissolution, et l’ennui, dissolution suprême.

Que faire, quand séparé de l’envie d’exister, tout en appelle pourtant à la barbarie de l’amour, à un monde agité, et plein de toutes les musiques sur lesquelles nous avons mouillé des mouchoirs, et fait nos commissions ?

Mon besoin de banalités obscurcit jusqu’à ces anéantissements, seule bienveillance qui ne soit ni ma décharge, ni mon naufrage.

La mélancolie offre des horizontalités aux vaporeuses existences, que toutes les inerties ont poussé dans le sofa ou vers la littérature.

Lorsque je penche pour la vie, j’y penche du côté gauche, c’est ce côté-là d’ailleurs qui est le plus fragmenté, le plus linéaire et le plus impitoyable.
 
Je rêve que ma vie s’organise impétueusement dans les narcotiques et les alcools,  que dans cette vitalité, la mort est un uppercut de Dieu, et rien d’autre.

Toutes les questions tournent autour d’un vide initial, catégorie de tourment, que seul l’aveu d’un désenchantement peut porter jusqu’aux bêtes savantes.
Parler, prier, écrire, vomir ;activités excrémentielles.

Dans toutes mes constructions quotidiennes, la nostalgie fait figure de provocation, sans que j’y puisse même divaguer nettement.

Tout arrive à point,il n’y a de pire moment que le bon moment, combien je préfère les intoxications de ces heures où je cherche la perfection dans l’insanité de toutes les théologies, de toutes les philosophies où l’homme n’est qu’un idiot identitaire.

Plus je comprends, moins je m’adresse aux hommes, c’est ainsi que s’accomplit ma vie, en suspension dans la fatigue et la nostalgie que j’expie dans les nocturnes fuites.

J’ai trop attendu qu’opérant à partir de mes propres vides, du détachement me vienne, qui me révèlerait combien je pourrais m’ennuyer sans l’émotion liée à cette usurpation.

Tant soit peu le taire serait une nostalgie de l’infini, que j’en userais pour gaspiller de la manœuvre et de l’esprit.

Dans cette torpeur d’être, parfois la duperie tient de la construction de ces passages où l’on peut s’altérer consciencieusement.

Le fait d’être et lui seul prête déjà aux soupçons.

La singularité des hommes ne s’accommode pas de la pluralité de leurs cellules.

Parfois je ne ressens rien que je ne puisse comprendre par ma chair et mes os, c’est le côté abrupt de mon être, le versant adressé de ma propre matière.

Dans l’extase, on est grandi à l’intérieur de soi, et nous cognons, nous nous heurtons à nos propres parois, comme des êtres saouls, qui ont accumulé tant d’efforts et qui se retiennent de gerber.

L’aspect poli de mon épuisement m’ouvre davantage aux yeux des filles mélancoliques qui ont pensé la zoologie comme un succédané de mes conduites antérieures.

Dans mes cauchemars la vie frissonne de toutes mes insanités, et j’y rosse des anges dévoyés voguant vers l’éternité, après avoir remplacé l’amour dans les yeux des femmes, par la merveille des abandons funèbres.

Trop loin de l’existence, tout se détache et tout va l’amble.

Ma lassitude ajoute à mon ennui toutes les formes prématurées de ce temps illusoire, où j’ai considéré la vie comme une intrusion de la matière, et ceci jusqu’au plus profond de mes organes.

Le café est mon lieu favori, c’est là que je retrouve les couleurs et la légèreté de tous ceux qui cherchent à s’y dissoudre.