Aphorismes 82

Tant d'anges débraillés et déculottés qui font cercle autour de nous les mains tendues pour des sourires sans espérance.


L'apparente fierté qu'on tire de ce moment où l'on s’est cru plus fort n’est en réalité qu'un ego qui danse parmi les ombres.
Les souvenirs il faut les entretenir sans cesse sur ce terreau-là qui vient du fond des mines.


La poésie me paraît révolue ,mais toujours résolue à nous faire fixer les yeux sur un monde éclairé de toutes parts  par ceux qui voient la vérité comme une lumière qui danse.

L’odeur de l’homme quand il tourne au pathétique est une odeur de craie et de naphtaline,celle de ces vieux professeurs pour qui tout dogme était l’exactitude des plus sales de nos conditions.

Tout m’est étroit, je cherche un lieu  pour n’avoir plus le pénible sentiment de piétiner une terre qui ses dérobe sous mes éclaircies.

La chair, il faut la traiter comme on traite l’idée du suicide, dans la méditation et la plus haute de nos vitalités.

Personne ne m’a encore affirmé  qu’il a accepté d’être pris entre un drame sans consolation et un ennui aux douteux résultats.

Quelle que soit l’issue de nos existences, ce qu’on laisse derrière soi ne fleurira pas même sur du fumier.

Demeurons intérieurs de peur de perdre nos exaspérations pour les béates temporalités.
A l’ombre du vivant s’épanche tant de choses qui a un côté religieux, déchirant et transfiguré.

M’étant souvent engagé sur les voies de la médiocrité, comment puis-je encore croire que mes coutumes ne sont nivelées que par le vertige que cela me procure.

J’oublie que j’ai scruté tant d’horizons lumineux et n’y ai perçu que la forme d’une orbe qui illustre les charmes d’un monde qui se meurt.

L’intensité de ce qu’il me reste à vivre, où est-il ,si ce n’est dans l’exaspération de ce cœur qui bat d’un sang confirment une existence d’urgences  et d’inconforts ?

Les chiens exaltés d’exaspérations tirent leur maître vers des temporalités qui sont au cœur de leur propre moelle.

J’ai peur d’être triste, triste devant le monde, là où culminent les caractères d’une divinité morte ,et d’un dieu inflexible sur des ruines qu’ils pourraient porter jusqu’à la consistance.

Nous sommes trop petits, et l’espace devant nous trop grand, restons donc en suspension dans le bricolage de nos étroitesses, dans les travaux obscurs de nos excellences à domicile.


Devant une femme mes pensées qui auraient dû me soutenir s’absolvent en rodomontades je ne peux plus m’engager que sur la voie d’un homme qui est le seul à se comprendre.

Tous les hommes dans la lignée d’une exaspération, celui qui soutient le contraire n’a jamais eu de larmes, n’a jamais serré contre son cœur fut ce les contours et parfums d’une fleur.

J’écoute tous les jours une humanité entière déborder de fins et de commencements monstrueux, j’entends attentif à mes déchirements cette leçon qui réunit et la vie et la mort dans un même élan de ne rie perdre d’elle ni des hommes.

Exaspéré, exaspérant voilà l’homme qui recherche un idéal où il n’épuiserait rien de ses déceptions.

Je n’ai aucune répons à apporter à cette femme dont les déchirements ne sont pas les miens ,j’ai l’avantage de garder pour moi mes cris qui vont à une autre application.

Qu’ai-je a regretter qui ait été naturel en moi ,mon dilettantisme, ma soif de m’étendre, mes beuveries, le regret est sinistre dès lors qu’il est mâtiné par une maîtresse qui pourrait devenir monstrueuse.

Aucun jour un remède qui me rende la vie supportable, je m’applique à ne pas le montrer.
Dieu est mort, vive toutes ces paupières qui ne vont plus aux psaumes ,aux cantiques et aux prières peut- être daigneront elles  à voir le monde tel qu’il est, un aveugle qui danse .

Je ne me suis guéri qu’en pensant que mon existence était un voyage extatique entre les alcools et les somnifères, les filles d’emblée d’intensité et d’effroi.

Les yeux ouverts je ne vois qu’un monde vacillant qui ne me rallie ni à l’air ni à l’amour, je veux dormir dans l’utile sensation d’avoir été un homme qui aura tout étouffé.

Ma fierté est dégoulinante d’actes commis pour sublimer toutes ces filles que le théâtre de la chair a mis dans mon lit, pour que leurs douloureux tissus laissent en moi la trace de leurs désillusions.

L’humilité semble tant me satisfaire, qu’on dirait que même le plus juste des mots ne pourrait la sortir de ce monde pour des satisfactions imbéciles.

Que ce qui m’est contraire s’éparpille au plus vite à mes dépens ,afin qu’une réelle tenson me fasse sentir combien je ne me suis attaché qu’à écrire sur les voluptés vaines.


Faites des concessions à la médiocrité ,c’est la seule façon d’expliquer que la vie ne sera pas courroucée par tous les paravents que vous dressez pour ne pas apparaître dans les plus viles de vos conditions.

Ma nécessité de me taire, je la tiens de ce passé où j’ai si souvent fait le mort pour n’avoir pas à décrire le monde avec ses contenus insanes, ses incontinences et sa façon qu’il a de rajouter de la fiente là où il ne faudrait que de l’éclat.

Accident de parcours, je vais dans la vie avec un corps sain, dédaignant à  montrer ce qu’il a pu et pourrait endurer…

Mes fermentations exigent que je les considère comme une tentation à vouloir montrer que la vie doit être prise au sérieux sitôt qu’on y accomplit rien…

Nous ramener vers nous-mêmes nous ramène t-il vers les autres, et si oui pourquoi ?

Parfois traversé par une idée de devoir ,oui, mais à qui et pourquoi?

Je ne peux rien imaginer qui soit uniforme sans aussitôt avoir envie de saisir un chapelet ou une kalachnikov.
De la tentation de ne rien faire à la tentation de faire bien, il n’y a qu’un pas, mais quel pas surprenant.

J’ai peur que tout ce qui me paraît perceptible ne s’évapore dans le douloureux désir de vouloir être visible
.Se peut-li que nos excuses fussent un pourcentage de notre pitié, de celle qui prend les multiples formes de la grâce ?

La monotonie peut me rappeler à elle à tout moment et dans ce moment précis je sais si peu de choses de moi que je vais bien.
Miracle de la fantaisie d’exister on finit toujours par atteindre l’objectif idiot de  faire,cela suffit à m’anéantir.

L’inquiétude dérive toujours de mon éternel sentiment de désœuvré qui cherche une tragédie qui collera à sa souffrance autant qu’à celle des autres.

L’illusion a des degrés qui fabriquent des paysages de cendres dans un désert qui a pressenti la fin et le commencement du monde.

Curieusement, être, me ramène toujours à moi.

L’espace si je savais en parler je le mettrais à égale distance de la vie et de la mort, la vie parce que c’est une prescription, la mort parce qu’elle l’est tout autant.

Il faut se répéter encore et encore que chacun de nos atomes est une particule de ce vivant là qui cherche à évoluer mais pas n’importe comment.

Mourir verticalement me semble une belle idée…