Aphorismes 74


Dans ces éclaircies où mes élans vers les hommes sont des virtualités de larves, je presse mon cerveau d’y réfléchir et de me montrer jusqu’où peut aller cette négligence. 

Toutes mes tentations vont de l’erreur à la maladie, en passant par les diligences de la parole et les anecdotiques chaos d’en rire insalubrement. 

Ma fatigue tient de l’absence, c’est un mélange plein d’une étrange vitalité en soubassement, et d’une barbarie qui verse dans la planque ou la neurasthénie. 

Je me suis assoupi dans l’existence quand tant d’autres y sont entrés, pour des ardeurs que je ne connaîtrai que les veines tailladées. 

Mes sentiments me semblent être les seules perfections que je puisse mettre en avant, tout le reste va avec de l’homonymie ou de la litote. 

La matière même est sénile, mais se débrouille pour n’en rien laisser transparaître, sinon les impitoyables thérapies dont elle use pour trouver des solutions afin que l’univers entier ne soit pas gangrené de pureté. 

Dans le respect qui caractérise les premiers élans de l’amour, un serpent et un singe se réconcilient pour par la suite gagner en sauvagerie. 

Dans ces nuits, cancers agrandis à la lueur des souvenirs, ma vie me semble être un jeûne où j’ai rogné jusqu’à de la déception. 

Lorsqu’imbibé de la cruauté d’exister sans l’élan d’être, je me lève et oscille entre la course et le piétinement, mon corps tout entier s’englue dans les molles festivités d’un paraître affecté par des relégations. 

La pratique de la vie est une pratique obscure, quand elle s’éclaircit, c’est dans la peur ou dans l’ennui, tous deux architectures d’un corps qui cherche à s’en dégager pour rejoindre l’esprit. 

Tous les gaspillages du corps, gaspillages qui vont de la respiration aux douloureuses inerties de la parole et du sang, sont en nous pour prendre une autre voie que celle où s’est dissipée notre plus grande part de nuit. 

Je ne me consolerai jamais d’avoir cru possible un entretien avec les hommes, je compte bien en rester là. 


Faut-il se surmener dans l’impossible terreur d’exister ?


Tout est terreur, et exister, terreur rythmée parles non sens du décor où elle s’anime. 

Entré de plain-pied dans les excès qui font rire ou pleurer, ceux qui vont de la soulographie à l’anathème, ma vie s’est étagée dans les phénomènes d’une déraison propre à me prolonger si intérieurement que cela en est une véritable péripétie. 

Tout est maladie, et la maladie un feu éternel et intérieur, c’est un des rares intérêts que j’y porte, et d’où je tire la vanité d’y penser plus lourdement que si j’avais mille ans. 

Chuter si bas qu’on entrerait dans la mémoire des anciennes vitalités et civilisations ou tout était possible. 

On est parfois quelqu’un, voire quelqu’un d’autre, et cela sans le savoir. 

Se compromettre jusqu’à la distinction, et lassé par toutes les perspectives, d’enchantement, se laisser voir tel qu’on est ou tel qu’on naquit. 

Coûte que coûte, vaille que vaille, il nous faut de la vie, mais la vie n’est que l’application d’une matière à être, et parfois même, elle est cette idée éthérée d’un horrible au-delà. 

Qu’y a-t-il de plus absurde que toutes ces volontés qui obligent à la terreur du taire, et se mettent à nos cotés pour douter paresseusement ? 

Où est la preuve de l’existence, si ce n’est dans l’étant même, dans l’odieux devenir, dans l’excitation exacerbée de nos membres qui attestent déjà d’une rigidité à venir ? 

Toutes mes décisions se sont faites dans l’étroit et lourd secret d’y revenir sur le tard, c'est-à-dire dans cette banale faiblesse qui me verra m’ouvrir les veines, et m’aura rendu plus objectif de cette même décision. 

La mélancolie est en suspension dans mon sang et y a noué un pacte pour des éternités sans objet. 

Tant ma pensée s’accélère que mes mots se chargent de la poussière de toutes les bornes et de tous les péages, de tous les arrêts sublimés dans la déception. 

M’étant tant vu autre et autrement, qu’ai-je répandu d’identique à moi sur la fréquence des possibles ? 

Je conviens que nulle part ailleurs que dans les cosmogonies de l’âme, la tristesse est cet endroit où Dieu est atterré. D’une main tenir la bride, et de l’autre fouetter, voilà la vie devenue sensible. 

La poésie est souvent faite par ceux qui sont nés déterrés.


Dans la vulgarité de ces bonheurs de privilège, notre condition peut nous apparaître comme un vaste instant entre l’amour et la noyade, entre le dégoût et la conscience de ce dégoût. 

La musique est une douleur inachevée, qui de sorte qu’on l’aime se mesure à nos occurrences, nos pauses et nos inconforts. 

Parallèlement à l’existence s’accroît en nous une autre nature, qui se situe entres les archipels célestes et les cosmogonies avérées. 

Quand j’aime vraiment, mon corps est superflu, et ce que j’aime l’est tout autant. 

Plutôt que de m’arracher à ma douleur, de la perdre, j’y ai mis de la frénésie, c’est ainsi que ma paresse de vivre a pris les proportions d’un vide vertical, d’un mausolée clos par une  pierre tombale. 

Toutes nos souffrances sont si intermédiaires, qu’elles nous feraient passer dans l’autre monde sans souffrir pour en revenir en adulte gâté. 

J’écoute me perdre dans une nostalgie approximative, que mon corps symbolise par des procédés de récupération, de rodages et de poussées. 

Gaspilleur de solitude, je m’y suis démené en fanfaron, pour en sortir dans la logique d’un singe exténué par ses propres peurs. 

Tel fait l’aveu de la plus extrême des idioties, et s’éloigne dans le faux semblant d’une force, acculé dans la terreur de ses réflexions obscènes. 

Tous les jours me sont si incomplets, qu’en me projetant dans la matière même d’être, il me semble que je sois intoxiqué par un demain déjà en flammes, et un passé avec ses peurs ancestrales. 

La santé serait une forme d’intelligence que les biens portants se mettraient à roter comme des gorets. 

L’idée même d’avoir manqué tant d’occasions m’amène à l’idée de n’en point parler. Ne parle de toi-même que lorsque tu es un autre, et lorsque tu es un autre, fuis le !


Souffrir est la seule et exacte correction qui nous a été donnée, comme l’entretien le plus juste avec ce que la vie a inventé d’implacable, la solitude et la mort. 

Je m’éteins dans des tristesses dont j’ignore l’objet, peut être sont ce les vaporeux évènements de ces jours où je me retourne sur le sommeil de celles qui ne m’on pas donné de permission et de faveur ? 

Ce qui manque à dieu, c’est l’exhibition, elle nous aurait permis de comprendre jusqu’où l’acte d’amour peut conduire sans que nous le considérions comme la profanation d’un corps échoué. 

Le suicide repose sur l’idée qu’en pulvérisant son corps le sang s’irise jusqu’aux organes par où on s’est vu narcissique. 

Mourir dans le fauteuil d’un psy que j’analyse ! 

La vie s’aggrave par l’intensité qu’on met à vouloir sourire de nos tristesses, et qu’on a pas su nommer comme telles. 

Si las de m’être arrêté sur moi pour y voir celui qui aurait tant aimé s’accorder aux autres sans passer par la parole ou la grâce, toutes deux gesticulations organiques et éthérées ! 

Lorsque la vie s’apaise par les appendices, monstres ou éros, que sommes nous, et que l’amour n’a pas oublié dans les latrines de l’âme ?