Aphorismes 72

Déçu en profondeur, je me perds dans ces gouffres où j’aurais aimé rencontrer plus déçu encore que moi pour me consoler de ne pouvoir m’appuyer que sur mon propre personnage.


Tous les désastres sont providentiels, il n’y a qu’après eux que l’on peut se renouveler et démentir cette inertie qui nous poussait à du détachement.


La raison nous gouverne comme si nous avions quelques profondeurs qu’il fallait désigner comme telles.


Né pour ne pas s’interrompre, l’homme s’égare dans le terrorisme de sa propre vie, de ses propres vues.


La colère fut une manière de cette force là qui fut noble, et que l’on a abâtardi pour des séances de distinction.


Toutes les obsessions sont normales sitôt qu’elles sont mâtinées par l’ennui ou le désespoir.


On habite un corps, on y abrite sa propre ténébre.


Indemne d’idéologies, de ces charlatanismes qui nous éclairent, je cherche dans la blancheur des nuits les garanties de ne pas faillir dans cette modernité.


Expérience : vacuité des expériences.


Le fait sans conviction nous pousse à la fierté.


De quelque clarté qu’on témoigne, elle est toujours la marque de cette délicatesse qui nous a chargé de créer.


Déçu de la réplique, je me ruine outrancièrement dans ces effacements qui sont aussi mes martyres et mes victoires.


Mourir en surface et n’être jamais sondé.


En fraude dans une vie qui me paraît abuser de tout et de tous, je recherche une forme d’acte qui ne soit ni une divagation ni un errement.


Le déséquilibre, c’est le dialogue subi.


Les généralités produisent des suffisances qui voudraient dégringoler dans du discernement.


Le contentieux des siècles dans un siècle qui doute.


C’est lorsqu’il ne se passe rien que notre nature se montre triviale et indécente jusqu’aux corruptions de sa propre vacance.


Depuis des années quelqu’un me chourine, je pousserais jusqu’à la déception le fait qu’il ne m’ait pas tué si je ne le dévalorisais tant.

S’abîmer dans l’exécrable paix de ces civilités qui ne sont pas originelles.


Dans le dénuement de la parole je décline la responsabilité de ces actes là qui se dégénèrent en vérité.


Heureux ceux qui n’auront pas le caractère des envieux, ils resteront dans l’horreur de la lumière leur vie durant.


Exister, c’est s’inscrire dans le dégoût du temps de tous les temps.


Je fonderai ma foi sur les corruptions qui dérivent toutes de ma fatuité.


C’est parce que la vie nous regarde de trop près que nous sommes les incurables de celle-là même.


Personne n’est digne de foi, la foi dès lors qu’elle est l’apaisement contraire de ce qui nous divertit de Dieu doit tendre à tout effacer de lui et de ses empreintes.


Chaque fois que je me prépare à flatter quelqu’un,je cesse d’être dans ma nature, c'est-à-dire organique et misanthrope.


Concevoir la vie comme autant de naissances, et tout dégénérer en prestigieuses défaites.


J’aimerais que dans les déchéances existentielles ,les réussites se fassent loin de toutes les lumières originelles.


Se présenter en sujet, et finir dans les vicissitudes du complément.


J’ai tant réfléchi sur cette verticalité prométhéenne qu’elle finit par me gâcher toute idée d’horizontalité.


Tous ce qui nous constitue prête à rire, c’est l’attrait même de cette existence qui est notre non être, notre non soi.


Hors de toutes douleurs, qu’y a-t-il de glorieux si ce n’est le processus de la douleur même?


Tout arrive trop tard, même lorsque nous faisons figure de celui qui a osé croire.


Tout fatalisme confronte notre idée de vague et d’absolu, qui se renouvelle dans des proportions identiques selon qu’on soi dans le sommeil ou éveillé.


De toutes les leçons que j’ai eues à retenir me reste celle de cette fièvre là qui m’aurait aidé à mourir si j’avais eu plus d’énergie.

Rêver d’un ennui interminable et ne savoir le régir.


Si j’étais tortionnaire, je flatterais.


A toutes ces misères puériles qui nous qualifient comme des êtres de néant et de lumière je préfère ces sentiments imbéciles qui nous tournent tout d’abord vers nos propres ténèbres.

Les biens portants sont de ce curieux mélange de convictions et de généralités sans examen.


Les lettres figurent cette emblée que la parole transfigure jusqu’à l’écœurement.


Je n’ai pas le goût de la permanence, j’incarne ce portefaix que l’on calomnie tant il se délecte de sa propre charge.


Je ne réponds de rien, si ce n’est de ce rien même pour le dénier jusqu’aux effacements.


Les jargonneux coupent court à la réplique.


Je me prépare à vivre : je suis déjà rompu.


Nous sommes tous des assassins posologiques imaginés selon des formules que nous seuls connaissons.


Je me figure la connaissance comme une trahison de nos manières de primitif, comme une surenchère de boutades et de suffisances.


Toutes les descentes dans l’homme se terminent dans en spirale dans le bête.


Se ruiner en habitudes, pour finir dans cette suprême barbarie que la vie a placée sur sa route pour se donner un adversaire à sa mesure.


Les faits, tous les faits me stupéfient, j’y vois cette rage de la vérité à s’ancrer dans nos esprits, pour donner à nos stupeurs nos raisons d’être, et transfomer nos mensonges en litotes ou en hyperboles.


Nous allons de mal en malgré, comme des itinérants imbéciles que l’on atteint plus, si ce n’est quand ils respirent.

Je suis un déçu spontané, s’il m’arrive à réfléchir sur ces déceptions, me voilà aviser d’autant d’existence molle et inutile.

Toutes mes stupeurs, mes craintes, mes hantises, viennent de cet autre qui est contenu tout entier en moi et que j’abandonnerais s’il me faisait moins mal.

La vie se gâche, s’essouffle dans les métamorphoses et les prodiges qu’elle corrompt sitôt qu’elle les comprend.


Le processus de toute imagination ne saurait dégénérer en névrose s’il n’a pas connu le miracle du vague et de la nonchalance.


La calomnie de vivre passe par ce partisianisme de la matière, de ce corps que l’on bafoue pour qu’il serve à nier l’univers qui le tient pour portefaix de sa propre grandeur.


Je me dérobe à la tragédie de vivre mollement en faisant de mes os et de ma chair une affaire au caractère funèbre.


On meurt de trop vouloir s’étendre dans cette incompatibilité d’humeurs devenue une expérience.


Lorsque ma déveine porte les traces d’une initiale démesure, vanité et opprobre m’apparaissent comme les faces d’une identique langueur, où j’aimerais tordre le cou de tous ceux qui ont mesuré mes déceptions.


L’idiotie du pathos se diffuse dans, et par tout ce qui est objectivé, et ne supporte pas la verticalité de toutes nos réprobations.

Toute musique rend persistant mon désir de vouloir mourir intoxiqué.


Tous les actes me semblent être des démesures, celles d’un cerveau qui cherche à évoluer impunément.