Aphorismes 70

L’ennui me confère cet air de religieux déçu, qui plus il regarde vers Dieu, moins il veut s’en approcher.
Dépossédé, mais pas monstrueux.

Engage gagne.


Ce sport trop sec.


Constitué par tous les échanges entre embonpoint et félicitations, comment pourrons nous goûter à la débâcle si un tout petit emmerdement nous fait reclus ?

A l’évidence tout ce qui m’est intolérable nourrit certains, mes déficiences sont alors entre amnésie et anémie.
Vivre dans l’insulte, survivre dans son surmenage.

Toute lucidité sépare en nous le dormeur du raisonneur, pour donner au premier la saveur de calomnier.

J’ai renoncé à être ignoble, je survis dans du mécontentement.


Dans ces arrêts répétés, strates ignorées, quel sang plus bas que le mien pourra me donner la grâce de renoncer à la vie, sans m’en apitoyer ?

A portée des amitiés complémentaires, comme autant de regards sur ses propres latrines ;est-il dès lors nécessaire de chercher une autre pestilence ?

La curiosité m’a poussé aux méprises ;je me contente désormais de lieux communs pour plonger mes yeux dans leurs insalubrités.

Évitez les temps morts, ces repos pour vous livrer au cauchemar de crier vos propres défaites.

Entre les autres et moi, un enfer de subordination, un complément de trop.

La littérature insolente, perverse pousse jusqu’à l’obscurité le lecteur honteux de n’y trouver plus d’ignominie.

Inspirer, expirer, inhalation, exhalaison ;au risque de subir le souffle comme un substitut au verbe, je préfère renoncer au premier plus qu’au second.

Certains culminent dans cette propreté d’être, et voudraient que je me compromette dans le commerce de leurs pommades.

Le hasard tient de l’imposture et du superlatif.

La tristesse m’a assuré du service de la raison, et par là même d’être et de me réduire.

Plus je fréquente l’homme, plus je cherche dans la désinvolture à mêler rêveries et réalités.

Tous en expansion, quand il ne faudrait qu’une régression de  et homme qui récidive.

Replié sur mes gouffres, sur mon idéal, je garde malgré tout l’aisance d’un qui a tenu ses promesses.

J’aurais recours à la parole quand la parole sera un recours ,et non une obligation.

Qu’elles nous élèvent ou nous amoindrissent, les épreuves, toutes les épreuves ont besoin qu’un dieu nous y subordonne pour avancer.
Je n’ai plus aucun doute sur mes répulsions, l’homme en est la plus parfaite.

Temps d’abjections et de déjections, élevé en hymnes et en farandoles.

En lutte avec mon sang et cette momie prise dans ses positions larvaires.

L’alcool et la fatigue m’ont souvent amené à vouloir quitter ce corps enraciné dans le réel et le présent.

Aux habitudes j’ai préféré le dérèglement ;je mène une vie d’agité qui ne se satisfait que dans l’artisanat de la parole et de ses degrés.

Toujours en actes dans cette terreur de la fatigue ou de l’effondrement, je cherche à m’évaporer dans Dieu, dans Dieu et ses propos sur la création.

Abattu, mais dans cette rage de dynamisme qu’est le silence avec ses prostitutions.

Tôt ou tard quelque chose nous réussit, nous voilà sujet dans cette efficacité que redoutent les pêcheurs et les suicidaires.

Dans un monde sans trottoirs, où marcheraient les putes ? (Voir Cioran)


Ne jamais demander de l’aide dussè-je sombrer dans l’agonie.


Je suis un pantin haineux qui roule pour une langue oubliée.


Évoluer, pour se convertir aux suspicions et suspensions.


La lucidité restera ma seule véritable initiative, celle qui ne jamais me conduisit aux catastrophes de l’esprit.


Tout est vicié d’avance, d’où notre appétit du vice.


Combien j’aurais aimé pratiqué le silence qui ne mène qu’à soi.


J’ai la volonté de ne rien commettre, d’où ma suprématie sur le silence, voire sur le mot.


Toutes les supercheries sont savoureuses, la vie elle-même est chère aux thèmes dont elle s’abreuve et qui sont passés par cette même supercherie.


Si les mots nous rendaient malades, il faudrait installer des pharmacies à tous les carrefours.


Je vieillis, j’ai troqué mes injures pour des monosyllabes et quelques litotes trop légères pour qu’elles soient prises au sérieux.


L’époque est à la répulsion, à la philosophie comme une affaire à traiter, l’égard se convertit en provocation déjà je ne veux plus parler, déjà je ne sais plus être.


Je fais dans l’artisanat de l’angoisse comme d’autres font dans celui de l’ambition.


Soyez sot, soyez le sans motif, c’est une façon néolithique de rester vivant efficacement.


Ma fatuité, mes insolences, si elles sont jugées en profondeur ne sont que cette peur de finir en troglodyte.


Faute d’avoir quelques humeurs qui nous tiennent éveillés, constamment en péril ou hagards nous nous étourdissons avec le mot, retraite anticipée de notre fonction de furieux virtuel.


Obsédé par le moi, et pourtant ne rien vouloir faire ou commettre.


Je suis en  paresse de dieux, je me contente du peu d’esprit que j’ai sous la main, dans l’intention d’un autre devenir.


Nos maux tour à tour nous lassent et nous élèvent, je cherche un promontoire d’où contempler le peu de profondeur de nos croyances en ces mêmes maux.


Dans ce grand foutoir que la littérature corrige ou assassine, la déveine d’être m’apparaît comme le seul cauchemar à thème.

Mets de l’application dans ton horreur, ça n’aura plus l’air que d’un forfait.


Virtuellement curieux, je pousse jusqu’à l’obscénité ce regard qui témoigne d’une vie encore plus méprisable.


Tout ce qui est essentiel est caduc, voyez la vie, qui devient objet sitôt qu’on y réfléchit.


Être lucide en permanence, c’est s’acharner à démolir son corps et son esprit sans l’idée du martyre.


A l’écart du paroxysme d’un monde qui se plie et se déplie à souhait, je m’insinue dans ces horizontalité qui sont le marque des gisants.


L’éclat des apparitions nous met dans la position de ces ataraxiques là, qui ont l’air d’avoir réussi des cours d’extase.


Tout pouvoir est une fraude qui nous fourvoie dans cette action de la parole et du geste que nous aurions éviter sans elle.


L’insomnie en bonne élève, répète les leçons du sommeil et les projette dans cet avenir là où nous n’aurons plus ces faveurs.


J’écris par restriction de la parole, j’ai l’esprit occupé à des commandements autres que ceux de la langue et du palais.


Je me glisse dans ces journées comme un singe maladroit et en crise, qui se réserve des détachements pour faire figure d’humain.


J’économise sur Dieu, c’est le seul moyen que j’ai de ne pas le perdre jusqu’à la quarantaine.


Le tout se gargarise du quelquefois.