Aphorismes 68

Mon goût pour le mensonge m’a ouvert aux perspectives de la sagesse, plus j’ai menti plus j’ai été en rapport avec l’homme, plus j’ai cherché à ne pas m’esquinter des démoneries liées aux prestiges du savoir.

Plus que disparaître, il faudrait désaparaître, c'est-à-dire ne subsister en rien, ne rien laisser subsister.
Résigné de et par nature, mais respirant malgré tout, parfois même surpris de n’être pas anéanti par cette résignation.

Tout ce que nous acquérrons comme savoir est souillé d’avance, j’envie davantage les fous que les outrecuidants.

Parfois vivant comme un anémique, d’autres fois comme un boulimique, cette oscillation fait tous mes inconforts.

Toute douleur éblouit, une douleur qui n’est pas signe d’émerveillement tient du charlatanisme.

A quoi bon encenser l’homme, chacun de ses actes tient du discrédit, autant celui de la matière que de Dieu.

A l’égal de tous c’est ce misérabilisme qui m’indispose, et que je formule comme un silence, en fait ma lie.

Vivre, c’est se différer.

En prise avec mon âme et mon statut de mortel, Dieu, quelle merde, et quelle fanfaronnade.

Ménageons Dieu de peur qu’il ne se venge en nous faisant bosser dans ses latrines.

Je sombrerai avec et dans le réel, n’ayant pu m’y établir, c'est-à-dire me ranger parmi les comédiens, les comparses et les souffleurs.

La réussite est une option que je ne prendrai pas de peur de me voir juché sur une estrade.

Un évènement c’est du temps qu’on place et qu’on déplace, un grade de plus sur l’échelle de l’avenir, bref c’est une anomalie pour les mémoires à venir.

A la suprématie de dire, je préfère celle que confère l’admirable perfection de la prière silencieuse.

Est petit tout ce qui prête à une autopsie.

Il a bien fallu qu’à un moment je m’entende avec moi, pour n’être pas trop violent à l’égard des autres.

Ecrire est une forme d’emblée d’un suicide sans passer par la maladie des mots morts nés.

Je n’ai aucun goût pour la saloperie et je le regrette.

Le bonheur de trahir, peut-il répondre en mieux à celui de s’user dans la réplique ?
Ayant rompu tous les ponts, y compris celui qui mène à la désespérance, mais n’ayant pas expulsé l’homme hors de moi, alors à quoi bon ce ratage ?

Improductif mais cérébral, aux antipodes de tous eux qui s’expulsent par de la glose et de l’idée, mais alors à quoi bon vivre, fut ce dans un corps de larve promis à la science?

La moralité est de l’ordre du vernis, le cirage une fois que le froid le craquèle disparaît, voyez alors combien nous nous inscrivons dans l’ignominie ou la rage.

Etre un fugitif qui ne soit pas paralysé dans une patrie, par une terre, et ma vie durant errer, jusqu’à être mâtiné par le monde et ses occurrences.

Prévoir, c’est se modérer.

Chaque fois que j’use du mot « Famille »,l’envie d’en finir avec le monde.

Etre n’empêche pas de renoncer au devenir.

Pour aller à l’essentiel il faut n’être à la portée de personne, leur survivre, et user de son propre avis comme pour une épitaphe.

Provocateur, c' est- à -dire créant autour de moi des dissolutions qui me ramènent sur des mutineries à mon encontre.

Le rien est toujours dans l’autre.

La chimie même des mots est de l’ordre de l’urée, du déchet, de l’ordure, et si nous en usons tant, c’est parce qu’à défaut d’en être affectés, notre équilibre passe par nos propos et non par notre silence.


Dégringolade de l’esprit, voici que le mot s’arrange autant pour nous enquiquiner que pour nous divertir.


Dans cette perpétuelle grogne où je ne génère que du superlatif, parfois la sensation d’être est en connivence avec l’homme ;et puis la honte de m’en être aperçu.


Le discernement mène à l’intolérable.


De mes aveux anathémiques, je retiens ce pessimisme organique, et la magie des verbes orduriers où affleure l’inconscient.


Je me suis débiné du doute pour n’en pas détester les avantages, mais voilà que plus j’avance, plus il me transmet quelque attitude qui est loin de la béatitude liée à cette réduction.


Dans tout sommeil, outre que le moi se désagrège, apparaissent nos inconforts et nos inepties, c’est alors que j’estime l’homme avec ses parités.


Je songe à ce que j’aurais été si j’avais changé de sexe, et j’en vomis.


N’être qu’une glande avec ses chimies ordurières, et schlinguer, sans que rien ni quiconque ne puissent intervenir.


« Être capable de »,notre équilibre en dépend, mais équilibre éprouvant.


En route pour un enfer à mon goût où agonir durerait toute une éternité.


Les manques sont conçus pour que nos grognes apparaissent comme des fautes de goût.


Les mots ne manquent de rien, c’est pourquoi ils triomphent de tout.


Etre, c’est se tenir compagnie pour parer au danger de la solitude.


Comment dissocier la douleur de cette lueur qui la constitue, et en fait son attrait ?


Au milieu des rires, la hyène s’effraye parfois de n’en pas être affectée.


Le sérieux me donne des insomnies.


Promulguer que tout est irréel, puis se vautrer dans les inepties des rêves inépuisables.


Quand tout nous apparaît vain et ridicule, une formule donne raison à cet amoindrissement « La vie se rappelle à nous par ses échecs ».


J’ai recours au mot, quand le refuge dans lequel je me suis planqué m’apparaît comme le lieu idéal de mon désarroi.


Nos apories sont de l’ordre de nos réactions physiques ;plus on les constate, plus on les déforme.


Ne rien avoir accompli, ne rien avoir entrepris, croyant à cette liberté inhérente à ceux qui la commentent et la commettent ;et pourtant faire preuve d’un fanatisme oeuvrant pour des illusions comiques.


C’est affligés par notre conscience que nous mourrons, et c’est bien là qu’est un degré de notre malaise.


Dans le but de me réhabiliter aux yeux de tous ceux qui me prirent en défaut, je parlais.

Quelle belle saloperie, me voilà dans une anxiété liée à ce qui est incommunicable.


Vie :expérience de la matière pour tenter de trouver un concept à sa mesure.


Aimer nous laisse impunis.


La vie restera un joujou de la matière qui pour ne pas trop lui ressembler a mis Dieu entre ses mains.


Quelques soient nos descendances, leur choix nous a englués dans des postures et des respirations d’assassin.


Entre la science inféconde et toutes ses impunités, toute la panoplie des découvertes qui ont avili l’homme et donné à la bête des airs de descendance.


Sacrifier à l’imagination cette pensée qui se féconde elle-même et qui prête au cas.


Entre le soupir et la pause, parfois la portée des assassins.


Aucune philosophie ne vise à se saborder, voilà pourquoi je m’y réfère, mais subjectivement.


Dans ce lieu idéal qu’est le cerveau, parfois une ténèbre ou une lueur, nous voilà fantôme ou fanfaron.


Je garderai toujours cet air de déçu, dussé-je réussir en quoi que ce soit !..


L’ennui m’a lavé de toutes les exagérations liées à sa saveur et à ses probités.


Être, c’est se subir.


Méditer sur le n’importe quoi vaut bien une consultation avec n’importe qui.


Plus j’avance dans la vie, plus je suis amer et consterné ;mais voilà, je veux encore être, et c’est en cela que résident toutes mes insanités.


Entre les connivences et la trahison, toute la panoplie des « Rhétoriqueurs »et de leur matière à leurrer.


Tant la solitude m’emploie, qu’elle me dessert jusqu’aux relégations.


Pour prouver mon intérêt à la vie, je l’ai servie ;j’ai en connaissance d’avoir été spolié, et plus encore, dans une position qui m’interdit tout blasphème.


Conserver, c’est se consulter et méconnaître les subtiles sensations liées au prestige de se taire.


Me saborder !En ai-je quelques motifs, non, en inventerais je que je n’abuserais personne.


Où chercher Dieu si ce n’est dans la prière, le jeûne ou un désert, ailleurs même, peut-être dans la science avec ses entraves et ses enclaves ?