Aphorismes 67


Au nom de la vérité nous brandissons toute complexité comme des hauts faits, quand il ne faudrait qu’une toute petite rigueur avec son infini de constructions pour expliquer tout acte, toute parole pris dans leur essence.

Tout devenir nous fait entrevoir comment il faut s’agiter, et combien il est ardu de ne pas se prêter à cette contamination.

Imagination : fille qui chante dévêtue dans une combe.

Au suicide j’ai préféré les faux espoirs, ceux que j’ai remâchés et ressassés, qui m’ont rendu oppressé et non oppressant.
C’est d’être en vie qui est une tare, la mort plus objective ne va pas jusqu’aux condescendances, ni jusqu’aux manquements.

Impulsif, irrésolu, je touche aux mots en vacillant, j’en sors avec l’intention de m’arrêter pour mettre Dieu dans mon viseur.

Sois bon prince ; est-il meilleur prince que celui qui halluciné se penche sur la raison pour en extraire de la glu ?

Entre la matière et Dieu nous avons érigé l’irréparable.

Faire faillite dans tous les regards, puis thérapie accomplie, se couler dans la prière ou l’obscénité.
Plus je cherche à en finir, plus tous mes mouvements justifient la vie, plus mes élans et mes mots la figurent toute entière.

Être, c’est ne rien préserver et enfreindre les essentiels jusqu’à l’exagération.

Toute conviction m’indispose comme s’il n’y avait rien après.

Pour trouver Dieu, j’ai renoncé aux scrupules autant qu’aux éloges, j’ai plongé dans toutes les pestilences, celui du mot, de l’image, j’ai fait l’examen de mon corps, de mon âme, ni l’un ,ni l’autre ne m’ont porté vers les intérêts qu’il aurait pu avoir en me jugeant comme le plus désespérant des hommes.

Garde toujours le poing levé, mais n’abat jamais personne !

La méditation demande des efforts qui peuvent nous emmener jusqu’à l’exténuation.

Incapable d’avis, en incapacité d’idées, j’entends, et c’est une tâche tout aussi incommode tant elle fait éructer le cerveau.

Asservi, et pourtant dans des sursauts, se peut-il que toute ma volonté n’affecte que mon sommeil et les formules qu’il me dispense pour être ?

Tous ces chichis, ces méta et pataphysique de l’idée, de la connaissance et qui passent par de la conséquence !

Penser et le diffuser, se sentir concerné et consterné, c'est-à-dire vouloir conclure, donc ne plus se plier au mot est à ses avantages.

De tous les aspects que j’ai eus, je retiens celui de religieux, qui pour témoigner de Dieu a fui les enchantements.

A quoi bon s’interroger sur le fond, cet intérieur aussi nauséeux que toutes nos primitives sanies dont est pourtant pourvue l’élégance.

J’ai beau eu me plaindre, aller dans la prière, m’acharner sur un tel, avantager cet autre, je suis toujours resté imperméable aux conséquences.

De tous les charmes oraux que j’ai daigné conserver sans aucune forme de ménagement que le dormir, je retiens le blâme et la prière ; la prière pour opacifier mes monstres, le blâme pour les pousser jusqu’à la verve.

Timbré au sens où l’est la musique, et rester dans l’illumination de ses sonorités.

Un Saturne qui égorgerait sa femme et boufferait ses enfants.

Tout entier dans le mot « Dieu » ou le mot « Foutre ».

Vie : mixture d’un végétal, d’un minéral et d’un animal, dont le pluriel est désespérant.

S’il y a une chose vers laquelle la nature ne s’est pas tournée, c’est bien vers l’infaillibilité.

A défaut d’être dans une indécence perpétuelle, je porte toute nudité comme un esclavage, et toute droiture comme du nomadisme.

N’ayant aucun goût pour la permanence, ne voulant pourtant rien changer, ni en rien évoluer, toutes mes nuances portent sur le danger qu’il y a à se pencher sur les réponses de ces mêmes permanences.

Immobile, sans passion aucune, et pourtant sous le charme des figures qui se sont satisfaites des attablements et de la prière.

Toutes les évidences s’expliquent par quelque malaise qu’il convient de nommer simulacre de la matière.

Tous ces jugements que j’ai portés et qui tenaient de la pitrerie et du charlatanisme.

Plus je me tais plus je fais corps avec ces mots qui sont à l’origine de mes malaises et de ma misère.

Croire, c’est vouloir prendre part à quelque correction ,à quelque perfection.

Au-delà de mes espérances, d’autres espérances, comme au-delà de la vie citadine, une autre vie citadine, où tout ce qui est à prévoir est déjà résolu.


Pour l’amour du ciel, et puis quoi encore !

Pour sacrifier à la poésie j’ai fait dans l’épistolaire, hélas tous deux et quoi que je fasse m’amènent soit à la fatigue, soit à la méconnaissance.

L’idéal se déplace jusqu’à nos présomptions !

Quoi que je fasse je ne peux me passer du sentiment, et si je l’exagère tant, c’est afin de le dominer comme un animal rétif qu’on a flatté.

Par souci d’économie je grignote sur mes folies, ne sont elles pas de ces matières qui frisent quelque intelligence et dont l’occurrence est de ne s’expurger que petit à petit ?