Aphorismes 65

Tous les jours où nous sommes au sommet, sont des compositions de l’ordre d’une littérature écrite sur le ton doctrinal d’une oraison.

Dieu fasse que je n’en finisse pas de m’exténuer !


J’ai bien mieux à faire que d’exister, oui, mais quoi ?


Nos raisons d’être sont toujours au dessus de nos raisons de disparaître, c’est pourquoi nous subsistons et nous nous leurrons.


Je me suis attaché à ne pas montrer toutes mes vacuités, toutes mes inanités, ce fut hélas dans ces excès que j’ai le mieux fait part de mes vides, de tous mes vides.


La mort est le taux d’usure de nos propensions à tout vouloir rendre éternel.


Certains mettent tant l’accent sur leur fatuité, que devant moi ne subsistent que des hommes.


Dans la musique rien qui ne se fourvoie, si ce n’est Dieu qui entre dans nos cerveaux pour y rêver nos vies.


Prédisposé à la lèpre de la parole, l’homme surgit du rebut pour s’insinuer dans les écœurantes religiosités des prières qu’il fait pour se redresser.


Toutes les nuits sont pour moi des archipels de détresse où mes sens s’attroupent, pour se déverser en mélancolies et nauséeux souvenirs.


J’ai voulu que rien ne m’évanouisse de ce qui valut la peine que je m’en embarrasse, or le temps s’est arrogé le droit de m’en desservir, et de modifier jusqu’à mes dépotoirs d’envies.


La douleur est de l’ordre d’un orgue assourdissant en contact direct avec la conscience.


Dans l’amour les glandes se rompent de toutes parts, pour laisser transpirer jusqu’à la vacuité de nos organes, la suprématie du chaos.


Qu’est la profondeur de l’amour, sinon du temps, un laps de temps qui ne survivra pas au lavabo ?


Dans les liturgies de l’amour, la fornication est une imprononçable évidence, et l’impérialisme des glandes est une voie que nous n’osons pas avouer, tant elle est obstruée de caducs sentiments.


J’ai trop souvent été dans l’implaisir de l’amour, et c’est ce souvent qui m’amène à dire que c’est une pouffiasserie érigée en systèmes de faux sentiments.


Parfois mes anémies sont de la couleur du temps, jaunâtres grisâtres, glaireuses, comme toutes ces amours insanes qui m’ont mis dans leur incuriosité.


La mélancolie m’a montré où je pouvais rencontrer Dieu, des latrines à la table d’hôtes.


Ma nervosité est un attentat de temps, plus je m’en accommode et moins je me sens responsable de tous mes débordements.


Dans mes inconforts tout est devenu banal, entre la prière et le jeûne, et la vie même une affaire de méfaits et de philosophie.


Une des formes de l’expérience est de considérer que l’on peut s’excuser de n’importe quoi et n’en rien ressentir.


Dieu m’est un témoin obligé.


Déceptif de nature, en quoi ai-je eu à m’en réjouir, qui ne m’ait aussitôt mis sur la trace d’un sicaire, qui n’aurait pour obligation que de déroger à sa propre suffisance ?


Je ne m’explique pas mes inefficacités, sinon par le fait que je n’ai été soucieux que d’engendrer des tragédies, celles qui me dévient et me délient de l’homme.


Je me refuse à regarder le monde comme incapable de se mesurer à ses propres médiocrités.


Dans mes silences je me penche sur ce qu’aurait été ma vie si j’avais été plus discret encore, dans une autre vacuité, j’en suis certain ,aussi détestable que mes tribulations.


Ma tristesse a corrigé jusqu’à la plus petite saveur de mes propres insanités.


Frondeur d’éternité, l’homme reste cloué au sol, happé par de la religion ou de la nervosité.


Ma cure, c’est mon cerveau, et je m’y trimballe à la manière d’un singe exténué, peu enclin à se fier aux spécialistes de la couillonnade.


Dans les matins pluvieux, la vie me semble indélogeable de ses déserts de sens et d’eau stagnante.


Ma position est exemplaire, ne rien vouloir commettre, ne rien vouloir comme être.


L’espoir est toxique, il se débine, puisque nous ne nous y accoutumons pas, quant à moi, je mise sur l’immédiat succès de cette voie qui me pousse dans les bistros et sur les strapontins.


Toutes ces années où je me suis cramponné à la religion, si au moins je leur avais associé plus de prières, combien aujourd’hui j’aurais l’air intact, combien j’aurais gardé Dieu jusque dans mon sommeil, jusque dans mes étreintes.


Que tout ce qui est et figure, s’abstienne du désir de me voir dans la restriction de celui qui survit, les mains calées contre son front et qui attend un corbillard.


L’existence est la prescription d’un univers sans confident, qui s’ajuste par les étirements, les divagations d’une chair impropre à se loger dans ses solennités.


Combien je suis resté ce vigoureux de la déception, et combien cette déception s’est nourrie de mes fréquences à voir un despote dans chaque homme qui s’établit.


Toute musique tient de l’étranglement et de la strangulation, quand nous l’écoutons dans la cacophonie des mots dévolus aux hommes pour bien se nommer.


Fatuité de prédateur, je cherche à surprendre des femmes dans la perspective de saccager leurs instincts.


Ma lâcheté est indéniable, invisible, pourtant combien elle me révèle jusqu’où je suis saisi du désir brûlant de m’en apitoyer.


J’aime commettre sans raison des actes que j’aurais réprouvés si j’y avais réfléchi, agenouillé sur un prie-dieu.


Epoque de démissions, je ne sais d’ailleurs plus si je fuis, et si je fuis, ce que je fuis et qui je fuis.


Ma fièvre touche toujours à la débâcle de mes imitations.


Il y a des matins comme d’ignobles voluptés, et d’autres doux comme des étranglements, où je m’accorde à de filles dérisoires et sans voix, pour des inconforts qui me transfigurent jusqu’aux vomissements.


Je ne veux plus avoir d’allant, et dans la peau d’une charogne violacée m’ennuyer, m’ennuyer. .


Tout m’agace, et je rumine tel un maquignon sur le sourire des bêtes avenantes et qui n’ont pas de prix.


Le temps m’est organique, il déborde de mes vaisseaux comme un surplus de tentations, et plus je vois en l’avenir de nouvelles saisons, plus sa charge me confère des allures de portefaix affaibli par des années sans conscience et sans leurres.


Hypertrophié par de la fatigue, celle de n’avoir su trouver Dieu, je suis dans les dispositions d’un homme intemporel qui prête l’oreille aux morts.


Tout ce qui me pèse a été dans mon incuriosité, et s’est cristallisé sur les cadavres bleuis de ceux qui ont eu toutes les bonnes occasions.


La musique fait entrer en elle d’ascendantes divinités qui s’élèvent dans les dièses et s’absolvent dans les soupirs.


L’amour suscite un écœurant tournis, entre l’éternité et l’écume, deux des formes impures de notre besoin de superposer Dieu et le temps ;Dieu dans le déroulement infini de nos larmes, qui adjoignent des étoiles au tapis des prières, le temps pour s’y user en usurpations.

Tant tout doit s’appuyer sur des avis, que je ne sais si m’adresser à l’homme me vaudra quelques nœuds, quelques effondrements et jusqu’où dureront ces inconsolidations qui vont poindre.


Laissons croire que la force est grave, mais gardons nous de juger cette gravité comme des élans vers Dieu.


Légitimons les tares et les infirmités, que les fous soient préférés aux chanceux, que les chanceux soient préférés aux miraculés et les miraculés aux moribonds…


Vivre prive de sommeil, j’ai toujours été un guetteur inconstant anéanti par sa charge et ses implications.


Comme je n’ai pas su démêler le bien du mal, je n’ai affronté que des individus que je considérais comme des êtres dépravés et débiles tant ils exécraient les manifestations spirituelles…