Aphorismes 52 Bis

Rongé par le mot, par ses vacillements, par les cauchemars qu’il engendre, et dont nous ne revenons pas, voilà l’homme, presque lucide qui cherche une réplique à cet univers qui se corrige sans lui.

L’ennui lorsqu’il n’est pas intérieur, est un ennui auquel nous survivons pour mieux durer.

Exaspéré par des misères sans envergure, j’ai le sentiment d’être un animal dégénéré, singe en démonstration, que l’équilibre ne rend pas plus énigmatique qu’un homme qui marche et avance. .


Aimer, c’est donner suite à ce virus d’exister.

Les mémoires déficientes sont les plus convenables
.
N’avoir le recours à la parole qu’après les méditations ,ou les accès de folie, le reste n’est qu’une usurpation, un nouvel échec.

Mission :fait imbécile pour se donner une raison d’être.

J’use pourtant de cette indécence là, qui rend molles les convenances.

Survivre à la manie, au tic d’exister.
Exemple :la première des absurdités dont nous ayons besoin.

Rogner le « Tu » .de tous les côtés, à toutes ses surfaces ,pour se sentir mieux malaisé dans le « Je ».

Qu’y a-t-il d’effrayant dans le mensonge, outre qu’il fortifie toutes nos excuses d’exister, il est solidaire de tous les actes que l’on commet pour soi seul, à qui l’on donne le nom de survie.

Se désagréger dans la sagesse, et augmenter les vides ,tous les vides ,avec ce bonheur gras et lourd d’exister en dehors des mots et des images.

Ma place est à l’abri des souvenirs, rangé d’eux, plus de supercherie, le passé ne se présente plus à moi que sous la forme d’insomnies.

Ce sont les esprits tordus qui sont les plus aptes à donner la définition du nœud.

L’admiration est un des premiers degré de l’imbécillité , après on gravit les marches de la sujétion et des esclavages..

Espoir :suivez un cortège, un enterrement, voilà la réalité et la monstruosité de vivre qui nous poussent à espérer.

L’excès est le premier degré de l’être.

On ne peut s’élever jusqu’à nos anciennes saintetés sans considérer que dieu, est un méthodiste distrait, qui est aux antipodes d’un auréoleur.

Voilà des mois que je me soupçonne de vouloir périr honorablement.

Destin :nid tiède de la prétention de durer.

Un dilettante qui n’exploite rien. .puis la juste conjonction du dire et du médire..

L’homme ce piètre animal anobli pour ses crimes..

Evoluer, oui mais vers quoi ?

Cette sensation de ne pas survivre à la morve, à la sanie, à la gangrène des mots, la voilà qui nous encense jusqu’aux condoléances.

Interrompre ses rêves, et s’ennuyer de soi.

Au dessus du scrupule, la peur des «ébriétés du verbe, que le sens rend généalogiques.

Exister en dehors de toute rage, sans éprouver notre propre esprit, témoigne de notre mesure pour de tout petits néants intérieurs, tout autant que pour leurs exagérations.

Etre aux antipodes de l’humanisme, et se conduire comme quelqu’un qui l’exagère.

Je m’use à ne pas m’éveiller.

Au-delà de nos drames inaboutis, nos errements vers cette impunité de vivre en le sachant, puis en l’oubliant.

Et si nous ne décelions rien d’autre que la trace de nos impostures !

Que jamais je ne m’incite à bien vivre !

Je n’ai rien saboté je m’endors en dehors de tous les complots, sans souffler sur les mèches,
 sans agrémenter la poudre.

Je m’exploite, je persiste à me résigner, à me saigner ;point de gémissements, pas davantage de cris ou de larmes, c’est cela aussi une façon de mes malaises, c’est cela mon arrangement.

Je ne me suis pas encore mis au monde, je cours après une grossesse syncopée ,l’hypothèse du nœud, nombril oblige ,me voit prostré, clos, je passe mon temps à broder des épitaphes sur des linges qui sont en fait des suaires.

Etre lucide, c’est se taire, ce goût pour le silence ne peut être abject que s’il est garé du côté de la philanthropie.

L’excellence curieusement craint le hasard..

Avoir été happé par l’existence ,et vivre au ralenti !

Après la prolixité, l’échec de cette prolixité, qui par définition triomphe de l’intarissable soubresaut d’être.

Etre en constance dans la déception, s’en disjoindre pour entrer dans une autre déception, moins inaltérable.

De l’autre côté des généralités une autre généralité, plus désinvolte, plus à notre mesure ,nous voilà expliqués !

L’avantageuse position de ceux qui se sont penchés sur eux, sur leur corps, voire en deçà de lui..

Je simule, je feins, j’entre en agonies accommandantes , ma vie est en dehors de la vie, mes rêves, en dehors des rêves, c’est cela l’immobilisme vacillant des oublieux du mot !

En esclave du mot, nous sommes astreints à l’essentiel,les indécences de la parole, qui passe par une extrémité, puis deux, et ainsi va la suite.

Dans toute divagation qui se prononce comme telle, qui se veut impunie ,il y a l’exaction du mot,et l’extinction du sens, rassemblez les en cette unité qui fait la parole, et la divagation s’épanche en sénilités !

Les mensonges ne sont pas malsains, un mensonge malsain se fait appeler forfait

L’écriture est la version atomique de la parole qui passe par cet aveu de détourner notre équilibre, pour se faire appeler simulacre.

Dans la débâcle d’exister pour soi seul, et en dehors de toutes les définitions, l’homme s’avère être le plus fumeux de ses inconvénients.

L’univers tout entier se déséquilibre en s’inscrivant dans l’homme.

Le sérieux est encombrant, il nous donne un air de victime qui entretient des insomnies.

Se glisser dans ces vulgaires existences, pour approcher l’existence même !

Subir l’idée avant que nous ne l’abaissions, avant qu’elle ne nous subisse !


J’ai passé des nuits entières à me discréditer, à me déséquilibrer, pour parer au grand jeu des démonstrations outrancières, pour ne pas entrer dans les facéties de mauvais aloi.

Etre en proie à cette noblesse ouatée qui nous oblige aux molles existences, et nous conduire comme des princes hallucinés qui prennent leur revanche sur la plèbe !


J’ai mal à mon âge,  je suis un retardataire de la paralysie d’exister, un myotonique de nature, un impuni du vivre, je suis en villégiature dans un corps et un siècle qui ne me sont pas bénéficiaires.

Aucune forme de pouvoir ne me sied, je cherche à m’en guérir, à m’en débiner par du silence, mais qu’est le silence, sinon cette charge qui me rend lourd et intolérable, un autre pouvoir ou je suis incapable de couver le plus petit des secrets.

J’ai le goût de la lucidité, peu s’en satisfait, le flou est à mes yeux de cette vacance qu’on ne peut combler qu’avec tout ce qui peut advenir et qui n’advient pas.

Je ne peux supporter la parole plus d’un quart d’heure, après je perds toutes mes civilités.