Aphorismes 51

C’est couchés que le monde nous paraît enviable, debout tout s’évanouit en sentiments.

J’ai essayé le bonheur et ses variétés, je préfère me saborder dès aujourd’hui plutôt que d’y bouger dans le souci de n’indigner personne.

L’intelligence passe par les glandes, je me borne dans cette suprématie, mais ne me satisfait pas dans la dynamique de toutes les exigences qu’imposent le sang et la sanie.

C’est par étapes que j’ai entrepris de ne plus rien entreprendre, ma gloire réside dans cette initiative qui me donne à penser que le dilettantisme reste un fanatisme à rebours.

Tout date dès lors que le gigantisme exténue jusqu’à la plus petite parcelle de conscience que l’objet nous impose.

J’en veux à chacun de me précipiter dans la parole, j’entreprends de vivre comme frappé par l’insupportable erreur de me souvenir du plus petit juron, ne fut-il pas exaltant.

La vie reste une option de la matière qui s’est préparée pour de plus grands projets.

Nul doute que toute objectivité passe par l’inavouable saloperie de l’image et des actes que l’on a traités comme tels.

Quelle déception que l’humilité, j’aurais du vociférer, tout dégrader jusqu’aux veuleries ; je n’ai rien gagné à rester en dehors, à l’écart de tout, je veille sur toutes les maladies de l’existence en ne générant que des apparences .

Je ne fais rien qui vaille, je ne suis pas encore saisi par la vie.

Chiens de salut, est présent à nos yeux tout ce qui nous illumine, puis aussitôt se dispense d’être.

Quand tout m’apparaît vain, être en vie me trouble et m’oblige à quelques stérilités.

J’écris pour m’adresser.

Comme je n’ai aucun but, exister m’apparaît comme une révélation.

Je me consolide à mes périphéries.

J’écris par dégoût d’un dégoût plus grand encore, j’ai le sentiment d’être habité par une incompréhensible lassitude qui me représente comme un désabusé, un pleutre, qu’un Dieu sans expérience a lâché pour lui tourner aussitôt le dos.

Qui êtes-vous, je suis un incurieux qui rend curieux les autres.

Quand on écrit on tient du Diable et l’Ange, du Diable qui par la consonne  se tend et se gâche en superstitions ; de l’Ange qui se désagrège dans les voyelles animées par quelques nostalgies.

Je crève d’une ruine qui ne sied qu’à moi et qui subsiste pour me faire durer.

Après moi, je me déloge.

Plus on opte pour l’affairement, moins on y réfléchit ; réfléchir suppose quelque horizontalité que refuse notre stature d’Antée, ce qui nous oblige à avancer ou à être perdu.

La profondeur correspond à la boue originelle, restons superflus, c’est en surface que la respiration est la plus aisée et qu’on est épargné par les intolérables psychologies.

Dieu me restera ludique, c’est une contagion irréfutable, n’a-t-il pas porté nos corps vers les hauts faits de toutes les représentations ?

J’aurais vécu entre le masque et la litote, entre l’euphémisme et le cliché, dans les encens et les nauséeuses inepties de l’inconnaissance de tout et de tous ; je n’aurais pas été.

On a beau dire, on a beau faire, on restera toujours un faussaire campé dans quelques méprises.

La plus oppressante des contagions reste le mot, une raison de plus de se taire et de ne pas subir le revers des maladies que la phrase rend plus furieuses encore.

L’essentiel réside dans toutes les dissemblances, le reste se diminue par les ultimatums que nous lui lançons.

Rien qui ne me déçoive plus que la réalité, j’opte pour l’inconfort de toutes les ruminations, toutes les disgrâces physiologiques et psychologiques, je me commets dans des inconforts de mon acabit.

Je rage contre mon temps, je compte y dépasser ce qu’il conserve comme conquête et qu’il consent à damner en humanité.

Attitré ; qu’on me donne une raison, une seule, de ne pas y voir la marque des tarés éruptifs.

La curiosité restera cette hypocrisie raisonnable que nos gestes n’ont pas rendu perceptible de peur de ne plus pouvoir s’en passer.

Chaque jour je diffère mon suicide, peut-être n’y a-t-il pas ailleurs d’enfer plus parfait que celui la ?

Tout mérite le rien et s’y démène.

Pense que celui que la chair rend victime et anime pour le sentir, a des idées celui qui à ses propres yeux sait qu’il se pense.

Tout ce qui est vital m’ennuie, je me console de cette infortune en le sachant.

J’ai de la rage en quantité dans cet intérieur où mes histoires ne sont pas justifiées, où ma vie côtoie du désarroi et de la débine.

Pour me tenir loin de tout et de tous, je me suis exercé à de la déveine, tiraillé entre les tragédies qu’elle impose et les dérogations qu’elle évite.

Aucun mot ne peut légitimer ses origines, le mot exclut les commentaires sur sa naissance, le mot fût avant nous, et mourra après nous.

C’est dans l’à peu près qu’on brode le mieux sur l’essentiel qui nous échoit.

C’est la folie de l’abstraction qui a miné le mot jusqu’au lieu commun

Je n’ai pas souhaité être quelqu’un, d’où toutes mes démissions.

C’est le corps qui offre ses facéties au langage, le langage en échange lui offre la douleur et ses éparpillements.

Toutes mes orientations tendent vers la mort, je tourne le dos à la vie en ne générant que des apparences.

Je rêve parfois d’un monde sans mots où nous nous accrocherions à la solidité des cris et des pleurs mêlés.

Le vrai seul est maniable, le faux quant à lui s’inscrit dans la liturgie des fictions qui nous font accéder à de la superficialité.

Passer ses journées à écrire des épitaphes, et ne pas vouloir finir dans une tombe.