Aphorismes 31

Je suis un antique de l’imploration, quelqu’un qui agite des carillons et désespère de la modernité des orgues.


Si tu veux éprouver quelqu’un, flatte le !


Coexister et cohabiter, états de mon impuissance à vouloir être deux.


Dans ces réduits où ma médiocrité a pris les proportions de quelque férocité à l’égard des hommes, mes commentaires restent la dernière instance qui soit normale.


L plupart de mes pensées, fussent-elles à mes antipodes ont échappé à de l’existant.

Quelle belle idée que de ne fréquenter que soi !.


Quelque soit le temps, ma conscience en appelle aux ruptures, et le ciel réfractaire me réserve malgré tout des entrées pour mes vulgaires prosaïsmes.


Tous les objets précis auxquels j’ai adjoint mes idées, se sont un jour métamorphosées pour n’être pas en contact avec mes ostentations.


Fantaisie de la création, mon moi besogneux transporte l’image de ses discernements jusque dans mes sommeils.
Trop souvent obligé aux inconséquences.


Cancer de l’acte, la parole s’immisce jusqu’à nos témoignages, et ne peut plus même représenter nos paix ou nos revanches.


Quelles que soient nos générosités, elles ne sont pas à la hauteur de ce luxe ostentatoire fait dans la parole, que nous entretenons pour compenser d’invisibles désordres.


Au plus fort de mes détachements, le chaos me persuade de nouveaux saisissements, d’une nouvelle épaisseur où mon corps s’englue et se dissout.


L’habitude m’a détourné de toutes les formes du devoir et du vouloir, et je l’honore tant je peux y cultiver les affres de mes inconsolations.


J’ai balayé de ma conscience une profondeur sans orthodoxie, et je m’y suis endormi.


Qu’ai-je construit à quoi je me sois attaché, et qui ne soit dans la lésion des devenirs sans vitalité ?


Je me suis essayé à de l’esprit, cette entreprise ne m’a pourtant pas réconcilié avec les délices de l’organisation de ces cerveaux enclins à ne rien vouloir voir disparaître.


Il ne m’appartient plus de m’inquiéter, c’est aussi une forme de despotisme qui supporte le mieux toutes mes dégringolades, spectacle ancien de mes philanthropies.


A l’examen de mon mépris des hommes, je décèle combien j’ai manqué d’occasions et d’opinions, et combien cette subtilité m’a valu d’être réduit de courir après des excuses et des apitoiements.


Au spectacle de cet esclavage empressé où l’image a affaissé et rabaissé l’homme, qu’y a-t-il de plus sot, de plus exact aussi, de plus accablant, et que je n’ai regardé comme la consolation de mes inaccessibles saluts ?


Toutes les dimensions du paraître s’accommodent mal de la restriction.


A mesure que je m’enfonce dans la vie, toutes les affaires que j’ai voulues réduire à la modestie, donnent sur une mauvaise part de lucre ou de butin mal acquis.


C’est précisément ce qui est précis qui m’emmerde, et ce qui ne l’est pas m’emmerde davantage.


Coupable de m’insinuer dans l’existence, et de m’y vautrer comme une hyène sur une charogne infecte et amorphe.


Ma verve s’est établie sur des sophismes inemployés, de douteuses litotes, et des regrets sans substance.


Quand l’homme s’abaisse à ses pires essentiels, convulsion ou révélation, j’illustre sa chute avec un supplément de verve et d’ironie.


Dans cette continuité d’être, où mes convulsions sont des enfers fournis, mes impudeurs éclatent entre la note et le mot ;je tente alors d’adoucir mes maux avec d’autres châtiments plus élevés, entre le célibat, la prudence, le jeûne, la solitude et l’ennui.


Le cœur est une boucherie où nos arrières pensées incarnent le primitif de ces bêtes abattues à la masse, et qui bruissent, suintent, et meurent par nos lois obligées.


Que faut-il considérer, et qui ne soit pas stérile, sinon tout ce qui se substitue à la vie et par ses lois oblige aux formes méprisables des nouveaux absolus ?


Entre la frénésie et l’essoufflement, nos vies n’auront été justifiées que par du geste, et les rehauts de ces paroles qui mènent au culte ou aux neuroleptiques.


La liberté exhale les parfums d’une suée collective.


Gangrené par les modèles, les pauses ,les séances ,les affiches, voici l’homme qui pourtant recourt encore et encore à de la proclamation.


Souscrire pour du verbe jusqu’à en supporter les abîmes, les vitalités et les culs de basse fosse.


Se peut-il que n’ayant plus de véritables souffrances, l’homme devenu une métaphore d’un mal plus ancien et gourd, cherche dans ses pharmacopées à se cacher d’une nouvelle perplexité dont il ignore jusqu’au sens. ?


Je ne peux plus rien affirmer qui ne soit passé par mon sang, et l’astuce guerrière que mes ancêtres maîtrisaient comme une correction, comme une conviction.


Mes rancunes sont des variations de bonheurs biologiques ,et je ne m’en déchargerai que pour d’autres déballages aussi insanes que mes résignations.


Penser haut est un mélange de cruauté ,et de maîtrise de cette cruauté même, qui fait que si nos vigilances défaillent, nous admettons que parler tient de la méprise.


J’ai prospecté dans la douleur comme un chercheur sans accomplissement, et n’y ai trouvé que de molles voluptés, de fausses ferveurs ,me voilà dans le malaise de quelqu’un qui tâtonne.


C’est l’entreprise de créer qui est séduisante, créer reste l’accomplissement d’une sourde vengeance, indescriptible aussi, lorsque nos objets d’équilibre prennent place entre les hommes et Dieu.


J’aurais sacrifier à l’absence une vie entière de silences et d’aveuglements, cet art de ne m’accommoder qu’à des illusions, celles d’une perfection sans bruits, ni heurts, je la vois aujourd’hui comme un escompte, une rancune d’initié.


Je me retrouve et me découvre parfois à mes antipodes et n’en laisse rien voir de saillant.

Je dois à l’oubli ma faculté de n’être pas éprouvé par l’homme, et de demeurer dans l’inconséquence qui compense mes creux avec l’exubérance d’un étourdi.


L’art m’évoque la révolte et le rachat ,et je le regarde avec mon esprit tourné vers de l’esprit et du cœur.


Excédé par les parodies d’un monde voué au culte de la parole trompeuse, je me contrains à des silences d’avaricieux, et en suis tout autant affecté.


Combien d’avanies j’ai du subir, sans que jamais elles ne me poussent vers de l’irrémédiable.


S’il me fallait recourir à l’homme, ce ne serait que pour de l’effarement et de l’enterrement.


Tous mes détachements, de la destitution au désistement, ont eu à voir avec mes hontes, et les pardons que je n’ai su livrer.


Je resterai un primitif sans compensation, écartelé entre un empire de sensations, et un autre de révolutions.


Sans vitalité, comment accéder à ces renaissances qui sont aussi arbitraires que ces parcelles où je décrois, où je reste dans la crispation des tentatives et des essais.


Il y a des esprits sans un seul organe en profondeur, sans charme sans instinct, pétris par du rejeté et de l’inassouvi, et qui sont, qui demeurent.


C’est parce que divaguant dans l’inconsistance d’une parole révélée comme de bon goût, que j’ai encore la certitude que mes errements et mes vagabondages, peuvent encore me conduire dans la félicité d’un taiseux, voire d’un sourd et d’un aveugle.


Ces fades animations qui sont dans le bonheur du dire et du voir ,combien je les exècre et combien j’ai de vertiges quand je leur emprunte leurs couleurs et leurs mots !


Résigné, et dans l’épaisseur, dans la glu d’une syntaxe de superstitieux, je cherche à me faire valoir, à me prévaloir, oui, mais de quoi ?


Je considère que ma fantaisie et mon dilettantisme ont été le négatif de toutes les instructions où j’ai autant appris à me fondre dans un homme, que de m’en détremper.


Il est vrai que tous les textes sans ponctuation m’apparaissent comme le débraillé d’une littérature qui s’essouffle de ses propres considérations, pour se débiner de je ne sais quoi.