Aphorismes 26

Les douleurs trop tardives arrivées dans l'âge d'homme ressemblent à des gesticulations de singe derrière les barbelés d'un cirque itinérant.


La croyance c'est l'escroquerie du sang, c'est le vertige que procure l'encensoir.


Vieux dès mon plus jeune âge parce que je n'ai pas voulu de verticalité,ma révolte tient d'une ristourne,d'une étourderie,j'enjoins ma mémoire de s'adonner à des images de nomadisme,d'errement,je vais dormir loin du monde d'un sommeil plus profond que cet enfer à mon goût .


La nostalgie et le souvenir ont cela en parité,qu'ils arrivent toujours par là où il y a le plus de place à recouvrir.


Certains mettent tant l'accent sur leurs fatuités,que devant moi n'apparaissent plus que des transfigurations.


Dans la musique rien qui ne se fourvoye,si ce n'est Dieu, qui passe par les motets et les homélies pour finir dans les culs de basse fosse de nos cerveaux.


Prédisposé à la lèpre des mots inconsentis,l'Homme surgit du rebut pour s'insinuer dans d'écoeurantes religiosités.


Toutes mes nuits son des archipels de détresse,où mes sens se cloquent,pour se déverser en mélancolie et nostalgie,soeurs jumelles d'un désespoir plus abrupt encore .


Je n'ai rien voulu dans lequel j'aurais pu m'évanouir,si ce n'est dans le Temps ou Dieu, tous deux plus indisciplinés que s'ils avaient eu à compter sur l'Homme .


La douleur est de l'ordre d'un orgue collé à notre oreille,en prise directe avec Dieu.


Dans l'amour toutes les glandes sont rompues,qui nous laissent aussitôt à voir la vacuité de tous nos organes.


Qu'est la profondeur de l'Amour, si ce n'est du temps,du temps,qui ne survivra pas au lavabo.


Dans la liturgie de l'Amour qui prend la forme d'une fornication,l'impérialisme des glandes trace en moi des voies trop accessibles, que je ne peux pas obstruer par de faux sentiments.


Toutes mes anémies sont de la couleur de ce temps grisâtre,jaunâtre,violacé par l'ennui,que je ne sais plus de quel côté me tourner pour le contourner.


La mélancolie et la nostalgie nous montrent jusqu'où Dieu peut aller,de la table d'hôtes jusqu'aux latrines.


Ma nervosité est une atteinte au temps,plus je m'en accommode moins je me sens responsable de tous ses débordements.


Dans mes inconforts,entre la prière et le jeûne,tout est banal,et de ces banalités me viennent tous mes inconforts.


Je me refuse à regarder le monde comme incapable de se mesurer à ses propres médiocrités.


Ma paresse est de l'ordre d'une primauté,c'est une ombre fixée du côté de l'approximation des hommes,et qui leur monte à la tête comme une limite à leurs consolations de paraître.


La nature n'est pas généreuse,elle en souffrirait autant que les hommes,c'est pour cela qu'elle s'en est tenue à l'écart,pour pouvoir garder celui de se tromper,et de ne pas en être remerciée.

Combien j'ai versé de larmes,en ai gaspillé, que Dieu aurait pu recueillir dans ses ciboires.


Tout se qui se veut objet de ma perception me déroule dans de l'insomnie.


Le monde peut évoluer sans l'homme ,ce n'est pas d'un soupir ou d'un souffle qu'est née l'existence,ce n'est pas par eux qu'il s'éteindra.


Nous nous agiterons jusqu'à notre dernière goutte de sang,c'est cela qui est regrettable.


Toutes les philosophies sont infréquentables,on y découvre toujours nos fatuités d'être,et plus on les aborde,plus elles perdurent.


Tous ces apartés où j'ai été vulgaire,parce que seul,c'est peut être de la que m'est venue la maladie de l'ordurier .


Tous les dispositifs que la matière met en place,pour éviter ses propres paradoxes,ne valent pas une supercherie d'homme pris dans ses assises et ses constructions .


La maladie c'est de l'évidence à l'état brut,et plus nous allons à l'agonie,plus ces évidences nous épargnent de les déguiser .


Mes ancrages dans la vitalité font état de ce que je suis,un mélanges de borborygmes et de sang,le reste sert à toutes mes décharges.


J'aurais été un paresseux du temps,un primate de la larme,c'est cette nostalgie qui me vaut tous mes écoeurements.


Tout ce qui prête à la pensée affleure une forme de musique,entre l'altérité d'un parfum et celui d'un symbole.


Rien ne se résume mieux au coeur que le culte de l'amour,quand il ne s'est pas encore tourné vers les relents de nos pouffiasseries ou vers les reposoirs .


A chaque jour mon lot d'inconsolations,entre le vertige de vouloir disparaître et celui de n'avoir pas été .


Ne m'étant protégé de rien,ni contre personne,toutes les blessures qui m'ont été dispensées,sont aujourd'hui les failles de mes espaces sans leurre.


Tant tout se fixe dans le temps,que le plus petit des forfaits est de l'ordre d'un mouvement inapproprié,aussi sombre que la levée des organes de perdition.


Ma misanthropie est mesurable à mes résurrections,plus je m'éloigne des hommes,plus je respire,et plus je respire,plus je me perds en lucidités.


Dire que tout nous oblige aux apparences ne nous éclaircit pas,je doute chaque jour de voir des illuminés ne pas en vouloir au monde.


Peut être notre nature nous oblige t-elle à avoir des idées qui défigurent nos géologies jusqu'à notre quaternaire.?


Combien mes regrets ont été sinueux,et combien dans leurs replis j'ai avancé vers Dieu,pour n'y trouver que la grâce suspecte d'une oeuvre qui décline sitôt qu'on la considère.


Dans le spectacle de la mort,qu'y a t-il de plus vulgaire que la mort elle même.


Vivre atteste d'une tentative et d'un essai transformé.


M'étant accommodé à de molles voluptés,je m'aperçois aujourd'hui que si j'ai tenu le coup,c'est parce que je les ai répétées jusqu'à l'outrance,avant qu'elles n'aient le goût de la synonymie.


Parfois l'azur descend jusqu'à nous,trouble nos esprits,et dans les sphères de notre mémoire,touche à de petits renflements,la musique alors s'y brise comme une lame.


Combien nous avons glissé sur de la lucidité,et combien nous en sommes revenus pour nous perdre ailleurs que dans ses culs de basses fosses...


Manquent à la vie de la distinction,toutes les distinctions .


Rien ne se résume mieux que l'unité,c'est aux côtés de cette présence que ma vie s'est ourlée de décompositions.


Je n'ai jamais tiré parti de l'homme,c'est bien assez de l'avoir remarqué.


Rien de ce qui m'a été insupportable n'a été ennuyeux,seul le coeur,parfois,avec ses fumisteries et ses perditions s'est substitué à mes avancements.


Parfois dans mon sang une substance s'enclanche,un précipité de nausée et d'abjection,et tant tout y progresse,que mon sourire s'aggrave,que mes os virent à de la pourriture,me voilà expliqué...


Malade de tous les crépuscules de l'Ëtre,autant que de ceux du Devenir.


C"est de la souffrance que nous descendons,de la souffrance comme l'ultime forme d'élevation ou d"insolution.


Combien j"aurais voulu que de mes ancêtres anoblis,je garde le goût du sang triste et celui de l'épieu.


La pitié est la forme congestionnée du pardon.


Je confirme n'avoir voulu nuire à quiconque,que mon corps ait mis tant de vigueur à le faire, ne prouve en rien que j'y ai consenti par désenchantement.


Mon existence m'apparaît comme un surmenage,mais mon activité me rapproche si peu des hommes,qu'elle me semble de l'ordre du commerce,un marchandage entre une économie de sentiments et de bienséances.


Je sens que j'ai perdu,perdu quoi,je l'ignore,mais perdu,peut être sur moi tout simplement.


Aux frontières de la transparence le pire peut encore advenir.


Toutes mes suffisances ont été dans la logique d'une contagion que je n'ai pu corriger qu'en me dissociant des hommes,c"est de là que m'est venu le sentiment d"une brouille que j'ai orchestrée en vain.


Dans mes nuits d'insomnie,ce qui me terrifie le plus,c'est le nombre des nuits d'insomnie que je prends en compte,pour déroger à de funèbres veilles.


Est-il besoin de pousser nos impudeurs jusque dans l'attirail des forces aveugles qui nous dirigent vers l'amour ou le néant?


Au dessus de toutes mes révoltes planent toutes mes désespérances,entre la terreur de m'y résoudre et celle de m'y absoudre.


Entre le baiser de Judas et le baiser de Pierre,la dilution des mots, de tous les mots.


Inutile de rajouter que le tout n'a pas mes pulsations.


J"ai sacrifié aux bavardages toutes les faveurs que la parole m'avait faites lorsque je m'y projetais.


Toutes les évidences ne sont pas bonnes à contourner, je ne m'étonne pas aujourd'hui, de n'être éclairé que par les désavantages de mes luxes écartés.


Combien j'ai détonné dans le mot "mort", combien j'ai rôdé autour du suicide, autant en voyeur qu'en renégat.


Si je devais être spontané, je ne me servirais que du mot f.....


Mon devoir est de me contenir, c'est un attentat à mon encontre, une déformation qui me rappelle à l'ordre, lequel je l'ignore, mais à l'ordre.


Une des variantes de ma révolte est le silence, plus j'y réfléchis, plus je me mets à douter de ses capacités à m'instruire de moi-même.


Ma fatigue date, combien j'aimerais qu'elle me réhabilite aux yeux de tous ceux qui ne veulent plus l'excuser.