Aphorismes 25

Rien que je n'ai privilégié,et qui ne m'ait conduit dans le supplice ou la supplique.


Conçu pour un jour dévier,j'ai pris le goût de n'avoir ni maître,ni tuteur,et de ne ployer que sous la charge de mes propres discernements.


Mon impertinence est un sauf-conduit,ma nature est toute entière dans ce discrédit,ce Waterloo,je ne m'en accommode que pour rester à jour,à l'heure,l'heure d'être moi et sans équivoque.


Perdre son temps et ruminer sur cette perte.


La mort c'est du rattachement,le nouveau lien d'avec la matière.


J'ai pris le parti de la folie douce,pour décrier le miracle de me savoir sain,mais illusoirement.


Je hais l'Homme,,et plus je m'interroge sur cette haine,plus je lui pardonne,plus j'ai hâte de m'en éloigner .


Un désert perpétuel,mais où il fait bon douter,mais honorablement.


Je hais l'homme ,et plus je m'interroge sur cette haine,plus je me hais moi même,voire davantage.


Mot après mot,passage après passage,gré après gré,de la rage,ou quelque chose de pire. 


J’ai un faible pour Dieu ,Dieu s’affaiblit en moi.


C’est la fiente des phénomènes de la parole qui hélas m’alimente, dans un monde de muets, je me serais déjà tué de ne pas en souffrir.


Tous les jours, altéré par ce mieux imprenable, je cherche dans l’existence un lieu pour y abuser de maintes beautés mortes, que je porte encore en moi par dérision et forfanterie.


Au-delà de cette mélancolie que je fréquente depuis que je suis sorti de l’enfance, il y a la crainte d’être un adulte qui se fatigue de ce qu’il étreint ou enserre.


Quoique j’ai exagéré, l’amour, l’épuisement, l’ennui, la langueur, j’ai toujours gardé sur eux les avantages d’une gratuité sans nom, et que je sais distribuer voire donner.

Du détachement, rien que du détachement ,du détachement et l’ancienne banalité d’un désespoir sans commandes.


J’aurais tour raté jusqu’à cet intérêt que je vouais à l’existence quand j’étais inculte.


Dans mon univers de peurs et de néants, mes interrogations sont sans perspective, et mes réponses sans lucidité.


Au crépuscule de cet être que je regarde crever, et qui prie...


Brouillard matinal, café, le temps est dans cette emprise que les boulevards tournent en vulgarité, c’est ainsi que ma tristesse se charge de déceptions.


Plus je consens à la vérité, plus je me vois en épave réflexive, que la conscience rend à l’immanence d’un devenir sans fraîcheur et sans amour.


J’ai été séduit par des filles sans connaissance qui ses sont penchées sur la mienne pour n’y voir que les infectes traces d’un trublion aspiré par ses grotesques raffinements.


Ma fainéantise comble ma suffisance, toutes deux s’affranchissent du poids qui me forçait à y penser.


La maladie est une des dimensions tragiques du savoir, lequel, celui qui nous met dans la torpeur d’être, et rien d’autre.


Toutes les nuits supportent mon tourment, comme une femme alanguie et qui pardonne ;le jour quant à lui est un trop plein de cette vie qui m’exaspère jusqu’aux hémorragies de souvenirs et de remords.


Au dessus des pensées qui suggèrent le vide, du néant, toute chose diffuse qui sent l’excès ou la naphtaline, puis la pâleur de tous ces sentiments qui nous ont conduit à douter, à douter et à redouter.


Nos naissances sont des contaminations, mieux eût valu ne pas naître ;bref, n’être point, nous ne serions aujourd’hui que de l’azur en cloques, un mélodieux chaos, un vague altéré par tous les jugements que nous auraient portés ceux qui sont.


J’erre grave et superficiel dans une vie où ne fermentent que du confort ou de l’assassinat.


Tout ce qui est à distance des hommes est à distance de Dieu, et par là même inconsolable d’avoir été crée, inconsolable d’être et de devenir.


Je cherche dans l’homme ce à quoi il aurait renoncé s’il n’avait été que cette chair et ce sang qui participent à ses vertiges et à ses prosaïsmes.


Chaque jour qui me vient, se profile en moi un suicide que je repousse faute d’y penser avec de la profondeur.


Je range mes soudaines vitalités parmi de similaires paresses, qui toutes deux me donnent l’apparence d’un être obnubilé par ses primautés et ses façons de gaspilleur qui ne sait où vivre et comment.


Ce qui est constance en moi est l’idée d’un mort porté en terre un matin brumeux, dans un cercueil ceint d’aubépines et de pleurs, parmi toutes les pouffiasses atteintes de cécité.


Lorsqu’on déplace sa vie de langueurs en ennuis, tout ici bas meurt dans le prosaïsme des matières destinées à ne pas être prises en mains. 

Que chercher parmi les hommes qu’on n’ait pas trouvé, si ce n’est cette insanité, mirage des notes et des mots.?

Ma paresse ,j’y goûte à chaque fois qu’elle retombe, et que je dois vaquer verticalement parmi les hommes, parmi leurs éboulements.


La matière de mes ressentiments est une trace physique, écarts et écartèlements dans un demi sommeil, sous des pierres répandues comme après une lapidation.


Je me suis enténébré dans de sombres secrets comme en une femme, dans du veuvage, de la nostalgie, de la musique, après, après je me suis endormi dans d’ignobles manières.


Tout ce qui vient de moi et va vers les présences est voilé d’une discrète douleur, inscrite dans la matière même du plus infimes de mes atomes.

J’ignore jusqu’où je me suis borné.


Tel est porté vers les évidences comme vers une femme qui s’est déchirée dans l’amour, et n’a pas réalisé que l’amour est une évidence corrompue.


Ma tristesse est consécutive à tout ce que j’ai falsifié, et à ces résistances qui ne m’ont pas permis de gravir l’écrasante hauteur des hommes.


Il y a quelque obscénité dans la solitude, celle de se voir tel que nous sommes, faibles, veules ,et si directement pauvres.


Je ne me consolerai jamais d’avoir été utile, et de m’être ramifié dans cette vaine salubrité.


L’amour est fièvre, et nous l’atteignons autant dans la générosité que dans la pitié, tous deux vains sentiments, arrangés comme des sentiers lumineux pour notre salut.


Je ne sais que vivre dans l’inquiétude, celle de tout perdre, et tous les instants me sont comme autant de triomphes sur ceux qui se prolongent, sur ceux qui durent.


Tout est conçu pour disparaître.


Mon détachement fait suite à mes vacillations, celles qui me sont venues quand je me voulais dense, sans me rapprocher de quelque lumière que ce soit.


Il y a toujours un temps pour nous révéler et réveiller à la beauté, ce temps est brutalité sitôt qu’il disparaît dans les frémissements d’une marche forcée ou d’un forfait. 

J’ai goûté à la dignité, celle de la rêverie et du songe, quand tout ce qui était vulgaire s’alanguissait aux tropiques du sang.


Lorsqu’on a sommeillé quarante ans durant peut-on sourire, inoculé d’amertume, ou doit-on gagner en nouvelle fainéantise, celle de se taire, autant que celle de se détacher de tout ?


Penser, c’est se révéler être ,et en étant nous sommes portés à des connaissance, celles qui sont oiseuses, ainsi que celles qui mènent à la lucidité.


Je n’ai plus rien à dire que je n’ai identifié comme issu du fourbi de toutes mes insanités.


La vie verse toujours du côté de la fureur, la mienne en certains de ses angles s’y pourrit, gangrenée par mes hontes et mes cécités.


Je n’ai su tirer profit de rien ,et c’est ce rien qui m’emmerde.


J’ai sauté sur la nauséeuse sensation d’être parfois sain, et n’en suis revenu qu’en adulte gâté.


Gargouillis de survivre, et dans cette épaisseur, comment se perdre, comment se retrouver ?


Ma rage m’exténue, je m’y étends comme un sphinx infiguré, sans question, et qui ne cherche que du désaccord.


J’aurais passé mon existence à faire coïncider mes plaintes et mes déplaisirs, dans cet abaissement de jour que ma vue entretenait pour des dissolutions.


Je ne trouve une composition d’éternité que dans cette littérature arrachée à la ténèbre ,et qui m’époumonait par ses funestes vacuités.


Passe encore que dans l’amour nous nous exténuons par nos glandes, m’insupportent les idées qui nous font frissonner des clichés liés aux innommables séductions.


La vie n’a d’élégance que dans l’ennui, dans l’ennui et l’odeur de naphtaline qu’elle traîne jusque sur les linceuls.


Vois dans les moments où ton désespoir est extrême, combien ton esprit s’affaire à tout raréfier et vois combien pour avoir voulu être l’égal de tes semblables, tu n’as jamais été toi-même.


La vie palpite dans tes veilles, et tu ne sais plus si tu frémis de regarder la nuit qui va du bon côté, ou si c’est ton corps qui te rappelle à ta charge.


 Toutes tes larmes ont blanchi les sceptres effondrés de sueur, et qui se tachaient de ton néant.


M’est survenu l’âge, je cherche un nouvel empire dans la croyance, l’art, pour m’y intensifier.


Ma violence, je l’ai transformée en larmes, et le temps m’est venu d’en arroser toutes les tombes.


Pour composer un personnage , chien couchant blâmé par toutes ces filles que la perpétuité d’être a blanchi, je me suis fixé dans une décadence sans accord et m’y suis aveuli.


Faut-il rire de soi même quand s’ébauche la fin, cette fin qui adoucit les absences et rend stériles tous nos désespoirs, ou faut-il en rire jusqu’à s’exténuer ?


J’ai vécu courbé , muet, et n’ai trouvé personne pour prendre part à mes inclinations ou à mes vertueuses sensations de délabrement.


J’ai sollicité des filles alanguies de chagrin pour qu’elles s’attardent sur mes somnolences, leur débine a été le ferment de toutes mes retraites et quarantaines.


Je considère tout ce qui m’échoit comme un octroi, un enjeu, et je m’y adonne avec l’anxiété d’un pupille de la négation.


Que rien ne me tente plus, et que je n’existe plus que pour cette modération que tout sceptique rend infectieuse tant il ne peut s’en accommoder.


Au plus profond de la nuit me voilà dans mon élément, comme dans le ventre d’une femme alourdie par le mystère qu’elle porte, et dont elle tait le nom pour ne pas s’en délivrer.


La fatigue est le seul endroit où jamais nul ne me consulte, où chacun ne me pardonne pas d’entrer pour y trouver une récompense.


Je me suis exercé à l’existence comme à la plus extrême des banalités, et en suis revenu plus exténué que si j’avais ravalé du dégoût des années durant.


Je n’aurais abouti qu’à des fins ostentatoires.


Tous mes jours sont des impasses où je me dois de circuler au milieu d’un néant dont je n’ai pressenti que les attouchements.


J’ai perdu en vigueur ce que j’ai gagné en rigueur, me voilà dans la carrière d’un miraculé du camouflet qui apprend que le prestige n’est plus à l’ordre du jour.


Dans la solitude je me suis voulu respectueux et respectable, je n’y ai pourtant jamais goûté à l’exacte salubrité de ces vertus.


 Toutes mes abstinences m’ont dispensé d’aller dans la racaillerie des corps fouillés par de l’irréparable.


 De toutes les voies où je me suis engagé, je retiens celles de ces femmes adultères qui m’ont vicié par leur éternité de malheurs et de pleurs mêlés.