Aphorismes 22


J’ai un faible pour Dieu ,Dieu s’affaiblit en moi.


C’est la fiente des phénomènes de la parole qui hélas m’alimente, dans un monde de muets, je me serais déjà tué de ne pas en souffrir.


Tous les jours, altéré par ce mieux imprenable, je cherche dans l’existence un lieu pour y abuser de maintes beautés mortes, que je porte encore en moi par dérision et forfanterie.


Au-delà de cette mélancolie que je fréquente depuis que je suis sorti de l’enfance, il y a la crainte d’être un adulte qui se fatigue de ce qu’il étreint ou enserre.


Quoique j’ai exagéré, l’amour, l’épuisement, l’ennui, la langueur, j’ai toujours gardé sur eux les avantages d’une gratuité sans nom, et que je sais distribuer voire donner.


L’amour me met dans la position d’un besogneux de la caresse, que la nature oblige aux sudations autant que dans une dévastation, affection suprême de ceux qui se prosternent devant des idoles sans aspérités.


Dans mes soliloques je m’entretiens avec toutes les ironies d’un devenir sans prospection, avec celles que j’élevais pour des vétilles, puis pour des crimes sans commanditaire.


Tout devient Dieu sitôt qu’on l’approche avec des larmes.


Toutes les souffrances sont insalubres.


Du détachement, rien que du détachement ,du détachement et l’ancienne banalité d’un désespoir sans commandes.
J’aurais tour raté jusqu’à cet intérêt que je vouais à l’existence quand j’étais inculte.

Dans mon univers de peurs et de néants, mes interrogations sont sans perspective, et mes réponses sans lucidité.
Au crépuscule de cet être que je regarde crever, et qui prie..


Brouillard matinal, café, le temps est dans cette emprise que les boulevards tournent en vulgarité, c’est ainsi que ma tristesse se charge de déceptions.


Plus je consens à la vérité, plus je me vois en épave réflexive, que la conscience rend à l’immanence d’un devenir sans fraîcheur et sans amour.


J’ai été séduit par des filles sans connaissance qui ses sont penchées sur la mienne pour n’y voir que les infectes traces d’un trublion aspiré par ses grotesques raffinements.


Ma fainéantise comble ma suffisance, toutes deux s’affranchissent du poids qui me forçait à y penser.


La maladie est une des dimensions tragiques du savoir, lequel, celui qui nous met dans la torpeur d’être, et rien d’autre.


Toutes les nuits supportent mon tourment, comme une femme alanguie et qui pardonne ;le jour quant à lui est un trop plein de cette vie qui m’exaspère jusqu’aux hémorragies de souvenirs et de remords.


Au dessus des pensées qui suggèrent le vide, du néant, toute chose diffuse qui sent l’excès ou la naphtaline, puis la pâleur de tous ces sentiments qui nous ont conduit à douter, à douter et à redouter.


Nos naissances sont des contaminations, mieux eût valu ne pas naître ;bref, n’être point, nous ne serions aujourd’hui que de l’azur en cloques, un mélodieux chaos, un vague altéré par tous les jugements que nous auraient portés ceux qui sont.


J’erre grave et superficiel dans une vie où ne fermentent que du confort ou de l’assassinat.


Tout ce qui est à distance des hommes est à distance de Dieu, et par là même inconsolable d’avoir été crée, inconsolable d’être et de devenir.


Je cherche dans l’homme ce à quoi il aurait renoncé s’il n’avait été que cette chair et ce sang qui participent à ses vertiges et à ses prosaïsmes.


Chaque jour qui me vient, se profile en moi un suicide que je repousse faute d’y penser avec de la profondeur.


Je range mes soudaines vitalités parmi de similaires paresses, qui toutes deux me donnent l’apparence d’un être obnubilé par ses primautés et ses façons de gaspilleur qui ne sait où vivre et comment.


Ce qui est constance en moi est l’idée d’un mort porté en terre un matin brumeux, dans un cercueil ceint d’aubépines et de pleurs, parmi toutes les pouffiasses atteintes de cécité.


Lorsqu’on déplace sa vie de langueurs en ennuis, tout ici bas meurt dans le prosaïsme des matières destinées à ne pas être prises en mains. 

Que chercher parmi les hommes qu’on n’ait pas trouvé, si ce n’est cette insanité, mirage des notes et des mots?


Ma paresse ,j’y goûte à chaque fois qu’elle retombe, et que je dois vaquer verticalement parmi les hommes, parmi leurs éboulements.


La matière de mes ressentiments est une trace physique, écarts et écartèlements dans un demi sommeil, sous des pierres répandues comme après une lapidation.


Je me suis enténébré dans de sombres secrets comme en une femme, dans du veuvage, de la nostalgie, de la musique, après, après je me suis endormi dans d’ignobles manières.


Tout ce qui vient de moi et va vers les présences est voilé d’une discrète douleur, inscrite dans la matière même du plus infimes de mes atomes.


J’ignore jusqu’où je me suis borné.


Tel est porté vers les évidences comme vers une femme qui s’est déchirée dans l’amour, et n’a pas réalisé que l’amour est une évidence corrompue.


Ma tristesse est consécutive à tout ce que j’ai falsifié, et à ces résistances qui ne m’ont pas permis de gravir l’écrasante hauteur des hommes.


Il y a quelque obscénité dans la solitude, celle de se voir tel que nous sommes, faibles, veules ,et si directement pauvres.
Je ne me consolerai jamais d’avoir été utile, et de m’être ramifié dans cette vaine salubrité.


L’amour est fièvre, et nous l’atteignons autant dans la générosité que dans la pitié, tous deux vains sentiments, arrangés comme des sentiers lumineux pour notre salut.


Je ne sais que vivre dans l’inquiétude, celle de tout perdre, et tous les instants me sont comme autant de triomphes sur ceux qui se prolongent, sur ceux qui durent.


Tout est conçu pour disparaître.