Aphorismes 23

Mon détachement fait suite à mes vacillations, celles qui me sont venues quand je me voulais dense, sans me rapprocher de quelque lumière que ce soit.


Il y a toujours un temps pour nous révéler et réveiller à la beauté, ce temps est brutalité sitôt qu’il disparaît dans les frémissements d’une marche forcée ou d’un forfait. 

J’ai goûté à la dignité, celle de la rêverie et du songe, quand tout ce qui était vulgaire s’alanguissait aux tropiques du sang.


Lorsqu’on a sommeillé quarante ans durant peut-on sourire, inoculé d’amertume, ou doit-on gagner en nouvelle fainéantise, celle de se taire, autant que celle de se détacher de tout ?


Penser, c’est se révéler être ,et en étant nous sommes portés à des connaissance, celles qui sont oiseuses, ainsi que celles qui mènent à la lucidité.


Je n’ai plus rien à dire que je n’ai identifié comme issu du fourbi de toutes mes insanités.


La vie verse toujours du côté de la fureur, la mienne en certains de ses angles s’y pourrit, gangrenée par mes hontes et mes cécités.


Je n’ai su tirer profit de rien ,et c’est ce rien qui m’emmerde.


J’ai sauté sur la nauséeuse sensation d’être parfois sain, et n’en suis revenu qu’en adulte gâté.


Gargouillis de survivre, et dans cette épaisseur, comment se perdre, comment se retrouver ?


Ma rage m’exténue, je m’y étends comme un sphinx infiguré, sans question, et qui ne cherche que du désaccord.


J’aurais passé mon existence à faire coïncider mes plaintes et mes déplaisirs, dans cet abaissement de jour que ma vue entretenait pour des dissolutions.


Je ne trouve une composition d’éternité que dans cette littérature arrachée à la ténèbre ,et qui m’époumonait par ses funestes vacuités.


Passe encore que dans l’amour nous nous exténuons par nos glandes, m’insupportent les idées qui nous font frissonner des clichés liés aux innommables séductions.


La vie n’a d’élégance que dans l’ennui, dans l’ennui et l’odeur de naphtaline qu’elle traîne jusque sur les linceuls.


Vois dans les moments où ton désespoir est extrême, combien ton esprit s’affaire à tout raréfier et vois combien pour avoir voulu être l’égal de tes semblables, tu n’as jamais été toi-même.


La vie palpite dans tes veilles, et tu ne sais plus si tu frémis de regarder la nuit qui va du bon côté, ou si c’est ton corps qui te rappelle à ta charge.


Toutes tes larmes ont blanchi les sceptres effondrés de sueur, et qui se tachaient de ton néant.

M’est survenu l’âge, je cherche un nouvel empire dans la croyance, l’art, pour m’y intensifier.


Ma violence, je l’ai transformée en larmes, et le temps m’est venu d’en arroser toutes les tombes.


Pour composer un personnage , chien couchant blâmé par toutes ces filles que la perpétuité d’être a blanchi, je me suis fixé dans une décadence sans accord et m’y suis aveuli.


Faut-il rire de soi même quand s’ébauche la fin, cette fin qui adoucit les absences et rend stériles tous nos désespoirs, ou faut-il en rire jusqu’à s’exténuer ?


J’ai vécu courbé , muet, et n’ai trouvé personne pour prendre part à mes inclinations ou à mes vertueuses sensations de délabrement.


J’ai sollicité des filles alanguies de chagrin pour qu’elles s’attardent sur mes somnolences, leur débine a été le ferment de toutes mes retraites et quarantaines.


Je considère tout ce qui m’échoit comme un octroi, un enjeu, et je m’y adonne avec l’anxiété d’un pupille de la négation.


Que rien ne me tente plus, et que je n’existe plus que pour cette modération que tout sceptique rend infectieuse tant il ne peut s’en accommoder.


Au plus profond de la nuit me voilà dans mon élément, comme dans le ventre d’une femme alourdie par le mystère qu’elle porte, et dont elle tait le nom pour ne pas s’en délivrer.


La fatigue est le seul endroit où jamais nul ne me consulte, où chacun ne me pardonne pas d’entrer pour y trouver une récompense.


Je me suis exercé à l’existence comme à la plus extrême des banalités, et en suis revenu plus exténué que si j’avais ravalé du dégoût des années durant.


Je n’aurais abouti qu’à des fins ostentatoires.


Tous mes jours sont des impasses où je me dois de circuler au milieu d’un néant dont je n’ai pressenti que les attouchements.


J’ai perdu en vigueur ce que j’ai gagné en rigueur, me voilà dans la carrière d’un miraculé du camouflet qui apprend que le prestige n’est plus à l’ordre du jour.


Dans la solitude je me suis voulu respectueux et respectable, je n’y ai pourtant jamais goûté à l’exacte salubrité de ces vertus.
 Toutes mes abstinences m’ont dispensé d’aller dans la racaillerie des corps fouillés par de l’irréparable.


 De toutes les voies où je me suis engagé, je retiens celles de ces femmes adultères qui m’ont vicié par leur éternité de malheurs et de pleurs mêlés.