Journal

Journal 1983

C’est parce que nous sommes faits pour l'amour que nous cherchons la haine, à trop la chercher nous la trouvons, elle est si proche de notre humanité que nous ne pouvons rien y changer.

J'ai bu, j'ai la gueule de ce matériau dont on fait une arche, je vais dans le sommeil où grommelle un ramier.

Que le tort reste ce type tyrannique qui pue des aisselles et ne se lave pas les pieds.

Toujours de petites révolutions en intérieur, les places toujours avides sont des voleurs d'enfance, le temps procure quelques saveurs, il est un engagement et un crédit, je m'enterre dans un présent qui manque de souvenirs.

Inguérissable, ni les astres, ni les nouveaux lieux, ni les nouvelles femmes ne m'apparaissent comme un puits où je pourrais me désaltérer, je vais à la recherche des livres que j'ai prêtés et que l’on ne m'a pas rendus.

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Journal 1983

Petite maquerelle qui se signe qui singe tout ce qui passe par les livres qui avilissent les yeux.

Plus on se place plus on se tasse, avec ça garder au creux des paumes la trace du feu, cultivatrice de maladies et de rancunes qui ne nous conviennent pas.


Tireur solitaire, rien qui ne m’aille, pas même ce visage emprunté à celle que j'aime, à ceux qui sont vautrés dans mes sanctions, dans mon insane philosophie et  toutes mes littératures vouées à l'ordinaire.


A jour dans mon ventre, au chaud dans mon échine, dans cet égout du dormir où je tiens moins à mon dessein de balanceur qu'à celui de balancier.

C'est une femme exceptionnelle qui se noie dans les excès, voire les excédents.

Ils sont de cette espèce trop quotidienne pour qu’elle m’encombre comme elle devrait le faire.

La seule chose que je sois capable de faire c'est d'être dans la mesure, mais outre, voilà pourquoi j'entre si facilement dans la monotonie.

J'appelle miracle le total abandon de toutes les choses, si nous songions une seule seconde à nous en affranchir le miracle se nommerait ennui.

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Journal 1983

 

Lorsqu’on entre  dans un cloître on tient hautement la rampe, on marche posément sur les escaliers, ceux-là mêmes qui mèneront à des écœurements plus grands encore.


Libertin illuminé je veux aller là où les mots sont curieusement placés, là où ils font bloc, puis j'aimerais les rouler comme un Sisyphe qui les rend savoureux en bavardant.


Je ne m'accommode plus de personne, plus d’aucun mot, j'approuve  jusqu'au dégoût l'incertitude du vocabulaire, tout ce charabia qui rend les autres beaux.


Parfois au réveil, au sortir de mes rêves, ou tout labyrinthe évoque quelque sandale effilochée, il me vient à l'esprit que mon histoire est celle de ce touriste qui cherche encore ses godasses.

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Journaux 1983-1988

Journal 1983


Spasmes, linges séchés, torrents de colère, je ne crois plus aux légendes . Tout est trop grave, trop de déchets, de défaites, pour entrer dans une nouvelle paix, il me faudrait de la haute voltige, quelque chose de plus élevé,  de plus noble aussi, j'ai renoncé à boire, renoncé à manger, quelle est la lie qui ne soit pas à la plus haute des bouteilles. Spectateur exagéré sur le déclin, je n'ai plus droit qu'à un strapontin et qui est sans ressort, les écrans ne sont pas colorés, je suis trop loin de l'image, trop loin d'écouter, je me contente d'ignobles conséquences, j'entre dans l'âge de la surface qui jamais plus ne sera polie, je vais dans la supercherie.


M’échapper encore plus, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de limites, jusqu'à ces nuits sans impunité. En cascade, j'entre dans le vif de célébrer tous les nons, toutes mes colonnes sont dans l'antique, rien de redressé, pas même un bonheur où brûlent de nobles essences, je suis sous la tempête, je ne veux plus caresser aucun essentiel, cette permanence d'avant, cette subtile utilité d'être, mes revers sont des horloges contraignantes, rien n'est acquis, rien ne me manque.

Rire semblable et épée nue
dans tous les noms je te chéris
ombre habile sur ma trace
quand je pénètre dans les jardins
où le sang des plus hautes demeures
a lui pour un autre besoin
suis-je écarté pour autant
du ruisseau qui devient fleuve
de ce but  contraint à la ténèbre
de cet autre
qui épaissit
les objets avoués
je cherche un héritage
dans l'aplomb et la guerre
de mes nouvelles audiences
rien de moins encombré
que tout ce qui point
à la merci d'un partage
quand aimer avec besoin
naît d’un sommet
où se défait une fête
dans le brouillard
des fausses témérités.

Tu cherches à congédier mes fauves
tu emplis mes jardins
tu te veux mon égale
avec tes plaies et tes relations
tes réseaux acidulés
que le sang convainc
de cogner plus fort encore
tu apparais sur mes terres
tu creuses dans mon enfer
un nouveau tombeau
tu pries je m'engloutis
tu veux plus que le marbre
tu veux de l'Antiquité
avec ses statues grêles
ses sales panoplies
je vois bien qu'avec tes sens
tu  te résignes à me réveiller
recentrée sur ton corps
sur ces autels où  brûler
ne servira un jour
qu’un trouble meurtrier.

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