Journal

Journal 1989

J'ai retenu ceci d'un imbécile, « Même les bourreaux sont beaux. »


Que préférez-vous, les lèche bottes ou  tous les lèche cul, les deux, on peut facilement les écraser  du talon et voir leur cervelle fienteuse se déverser là où ils se trouvent ?


Je revois f.x,tangentiel véreux qui  disait avoir  le double de mon âge  et qui n'avait pas la moitié de mes souvenirs.


Toutes les femmes qui aiment et qui embrassent ont les mêmes gestes et les mêmes yeux.


Soif de mourir de tous les instants, plus une seule requête à adresser.


Appeler ses anciens amis et leur parler, leur parler d’eux avec des politesses et grand nombre de sous-entendus.


Si par hasard le mal était dans la communication, la communication et ses relents de pouffiassriees, notre monde ne serait   qu'un no man's land.


Je lui ai répondu que la voiture appartenait à mon chien et comme il avait oublié les clés il l’avait garé à cette place.


Blonde, poudrée,  laineuse avec si peu d'entrain, elle aime se vautrer, marcher avec une jupe trop courte dans les rues, absente, inattentive également, et pourtant je lui   témoigne de cette attention exceptionnelle, celle du tireur planqué.


Tous les soirs la sortir du puits, elle, c'est la légende, la légende de la femme nue, et l'adolescent que je suis a des ciseaux dans les mains pour lui trancher la gorge, c'est vrai que je suis loin du contenu de celui qui va conter, je cherche à m’en approcher, mais la magicien que je suis et sur un vélo et il voudrait rencontrer Fellini.


Les puritains dépositaires d’une fausse sainteté  sentent mauvais, leur philosophie est-elle dans le mouroir ?

 
Toujours à propos d’un nom décortiqué, les lettres des extrêmes me ramènent au mot mais sans l'idée de sa mort.

Suis-je à ses antipodes ? 


Il faudrait aujourd'hui j'oublie l'homme, que je le considère comme une bête à  l’hygiène chacal, de chien errant, et les viser, les tirer, jusqu'à ce que tous les deux s'écroulent.


En dehors de l'absurdité de cette profession que j'exerce et qui consiste à ne pas verser dans l'immobilisme je ne fais qu'ajouter à celui-ci le snobisme du pire, le silence, les deux mamelles de mon désespoir.


Boire avec elle, parler, être aussi sot qu'un défilé ou qu’une possession, et toujours trop vite, trop tôt se tirer pour éviter quelques moisissures, sa langue de vipère lorsqu’elle s'épanche.


J'ai acheté des revues pornos, ma main droite fait le reste.


Il y a bien trop longtemps que je la déteste aimablement, dans les secondes qui suivent je la retrouve dans un film Vadim, après elle crâne.


À quel prix sont ces souvenirs qu'elle me tend et que d'ailleurs  il va falloir que je lui rende.


Ce sont tous des larves qui entretiennent en moi le bonheur de ne jamais leur ressembler.


Line elle est en moi, s'y propager, elle  de l'ordre de la contamination, entre les sentiments et le cul, y a-t-il entre nous assez de place pour ce  désir qui n’est pas à note convenance ?


Combien JP m’est proche, combien aussi il me met dans quelques situations absurdes où je suis à côté de mes pompes.
Petite nuit, petite , trop petite, elle a été dans mes ombres avec l'expression d'une mollesse incurvée, du lancer qui n'aboutira pas, de la ciguë qui m'empoisonnera, trop sotte  pour reconnaître qu'elle ne tient pas du minéral, pas plus que de ma chute, pas plus que de la sainteté, trop lointaine aussi pour qu'elle devienne essentielle, et pourtant combien elle m'immobilise dans le désir de me vautrer sur elle, de la bouffer, de l'enclencher, de prendre mon temps, de faire le chien ou l'ordurier, le libraire dans son arrière-boutique, combien elle s'avère être de  la plus basse flatterie, et mon pouls est malaisé.


Je ne la plante au cinéma, gourde étouffante autour de laquelle je ne danserai pas, en qui je ne ferai aucune trouée, aucun voyage.


Trop d'attente, trop de mots imbéciles, trop de littérature, trop de littéralité morne, trop d'insensibilité, aucune détermination, bref elle est ma mauvaise humeur, elle est de ce moi haïssable, c'est-à-dire qu'elle me confère des façons d'illusions,  des façons d'idiot qui s'est laissé prendre à la supercherie d'une demoiselle dont les négligences ne l'implique en  rien.


Nuit avec M, après l’obus, trop bu, je m’y frotte, m’y pique, il faudra que je passe de moi quelqu'un qui picole moins, qui devra se sécuriser par ses anciennes  mesures. 


Repas avec JP et O, rien que de la communication abâtardie par le silence, cette autre me dit que j'étais tendre, en fait stupide,que je l’ai mise dans mes bras et  l'ai caressée top vite, si vite que  je me suis endormi.


Téléphone à C pour m'excuser de mon manque de tact, j'hésite encore entre cette constance  de lui dire que je suis un effronté, quelqu'un qui se suicide chaque jour, qui se renvoie des mots et des désirs, ou me taire, et me taire ne  laisserait rien entrevoir de mon amour, ni de mon désarroi, rien de ma colère en somme. 


Je remets la main sur des photos où l’on me voit avec une femme, celle que j'avais remarquée lors d'un poste de nuit, je lui donnais beaucoup trop d'importance, je la retrouvais géante dans mes écritures, l'idolâtrais, non parce qu'elle en valait la peine, mais simplement parce qu’elle me submergeait de toutes parts et sans humiliation, qu'elle logeait en moi en des actes généreux, mais combien elle était de petite santé et puérile, combien elle me dirigeait dans des divagations sans nom où j'étais l'idiot porté à l'aimer.


Que la maladie soit une force, la forme même de mon travail, des rouages inébranlables, s’inscrit dans l’ inculture et m'amène à croire que malgré toutes mes intériorités je cherche dans quelque culpabilité à souffrir le monde, et du monde en même temps, pour mieux y renoncer, car cette solitude où je m'agite, où je réfléchis, où je m'entrelace, où je m'appesantis, en  avançant en rien dans l'homme m’est intenable, vivre alors m'apparaît comme un délit, comme une violence, et je ne veux pas qu'il en soit ainsi même s'il m'arrive de penser à des réalisations.


Dans ma course effrénée vers la quête, je ne retiens que de l'amertume, c'est ainsi que je crée des enfers à mon goût en présence d'images essentielles, de celles qui vont s'esquiver aussitôt que je la désirerais, cette femme introuvable et insolvable, je ne vis plus que pour m'agiter  dans la parodie de l'amour.


Je ne me ferai plus à ses images, elle n'aura été qu'un petit  phénomène exigeant trop d'attention,il y a trop de d’inhabilité entre nous, et je ne suis plus en mesure de vivre dans le crédit de nos insanités, de nos astres morts et des intensités qu'elle m'imposait.


La nuit m’apporte un sommeil  corrompu, un coup de bambou dans la tronche, ma cervelle brûle, craque, quelque chose comme une crémaillère me broie jusqu'au plus petit de mes interstices, au matin, je m'endors et je vois que tout aura consisté à n’être que de ma propre intimité, une main sur mon bas ventre, un peu comme un faune dans ses propres mythologies et qui aurait fourré une évanouie pour des claironnages à venir.


A  tout  et tous, je dis, ce que j'ai perdu m’en vient à pleurer.


Trop vieux dans un âge où il aurait fallu que je sois à tous les carrefours avec mon bâton et sans élévation, je m'aperçois que je me couche trop tôt, je momifie mes ennuis, j'en tire parfois des bonheurs particuliers, en fait des inexactitudes.
C'est cela aussi ma science-friction, être ce prince des soupentes, des lieux clos et des cagibis, ceux où je m'agite pour me proposer le bienfait des images, je confonds alors l'humeur et l'humour, les deux d'ailleurs se confondent  et m'amènent dans des germinations qui sont en fait des affaires de fumier.


À la traditionnelle introduction en  moi-même j'ai toujours préféré l'amour qui va à la reculade avec ses colloques et ses préparatifs au kleenex, je couche auprès de moi-même pour me recontacter.


Farces et attrapes, la force et la forme votée pour de  la forfanterie, guerrier  j'aurais aimé faire appel à quelqu'un de plus fort, de plus haut que moi qui aurait témoigné quelque intérêt pour la paix, technique d’un triomphe ou d'un décompte, voire d'un retrait, bref je n'ai pas été entendu.

 

Journal 1989

Ne pas donner suite à toutes ces crétineries marquées comme autant de murs infranchissables, ma langue est un claquement de trop, du caillot, quelque chose de caillouteux, je cherche à migrer proprement.


Je ne vois plus rien qui vaille la peine que je le saisisse, ni femme, ni file, ni objet, trop lourde condamnation d'un esprit qui ne s'était encombré  de la vie, que pour s'en débecter aussitôt après.


Lumière sur octobre, salissures de l'esprit, combien de feuilles sans orientation, sans les pistes du bonheur, pointes de stylo comme des mailles, comme du resserrement, et tout ce qui était étreint l’était  mal. Voilà tête d'œuf que tu te cognes contre les palissades que tu croyais ouatées, que tu croyais élevées pour y balancer tes rages.


Bombé, lourd, rien de libératoire, raison ocre  toute d’encre et en creux, plus d'appétit, être homme n'est que ceci, persécutions, rails, gares abandonnées. Trop blême, trop fragile pour trimballer autre chose que ta laideur, te voici dans toutes les tracasseries, dans tous les crimes d’ailleurs, dans toutes les chaleurs abominables qui sont le secours des présences abhorrées…


Vingt ans après toutes ces révolutions sous la couette, quand s'accomplissent les prières, les belles révolutions, les bonnes résolutions, quelque sainteté aussi, entre le travail de vivre, de se pencher sur les autres, me voici mort aimé, aigu, avec la patience infecte, celle du biographe, avec sa morne littérature, celle qui est sans horizon, je suis dans la démission, je suis toujours dans un  despotisme modéré.


Prédisposé à la honte cachetée comme un sceau, avec des tonitruances intérieures,  reconstitué par tous les dedans centrés, j'ai toujours auguré d'un mauvais mariage, et quoi que j'ai élargi, ça m'a pété à la gueule, voilà pourquoi je suis resté prostré.


À ma jeunesse minérale qui fut une incitation aux dérapages,aux beuveries, aux fracas, aux insinuations, à la dramaturgie, j'oppose aujourd'hui cet homme  entier, épais, lourd, forcé à être dans les jeux d’animation, et plus je veux de l'enthousiasme, plus je suis dans le frein.


Dans ces sphères où tout s'inféode, géographie de la bande, de la fausse indication, voici mes coupantes  paroles qui apparaissent maladroites, mal élevées, qu'elles s’ourlent, roulent, offrent du faux sentiment, et c'est toute la science radine de ses exercices qui est rendue  minable par mes volontés à me ramollir moi-même.


Du quaternaire resservi où se sont déversées toutes mes mélancolies et mes envies de réticences, ressort une enfance de chair et brave où je n’étais pas sujet à la misère ou à la forfanterie.

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Journal 1989

Carte du tendre qui se détend, oublier, oublier ce n'est pas rien, je suis partisan de ce dormir où je pourrais hélas être et rester sans éclat.


Rien d'intéressant, si ce n'est ce désenchantement aussi intense que tous les thèmes orduriers que j'ai développés avec celle qui en vrac précisait tous les péchés de sa jeunesse et le nom des arbres des forêts avoisinantes.


En plein milieu, du répétitif, du bruit, du vent, des maux de tête et d'estomac, un intestin qui enfle, et quarante heures par semaine me chercher encore parmi ceux qui rêvent d'accoucher d'alexandrins et d’effronteries.


Nuit blanche toute en acrylique, lever à trois heures trente, lecture, des croisements de mots, si peu de liens avec ce réel qui représente l'ennui et le mal de la vie.


Je m'abats au travail, des heures durant, point d'arrêt, pull doublé, collé au corps, je cogne, frappe, perce, malaxe du plâtre et du ciment, j'y laisse ma force, et toutes ces images accrochées à ce double qui s'est rendu aux autres sont défaites ailleurs, et qui autant que moi étaient dans l'article d'une obsession dont ils ne peuvent se dépêtrer.


Mains cloquées, mains sales, mains de bidets et de lavabos, mains  tachées, paumes ouvertes et crevassées, tout cet attirail du tenir qui est dans la forme du bousillé, c'est ça qui me va, ne rien pouvoir caler entre les doigts, tout laisser filer, et pleurer sur et en cette même chair qui s'adossait à d'autres, et si mal à moi.


Tache absurde que de vivre, tous ces mouvements n'iront pas dans la récompense, rien que dans du retrait, puis du coït sans orgasme, rien qu’un petit complément, encore fléchissant pour les saintes splendeurs que tu m'imposes, que tu m'as proposées, peux-tu encore d'essence divine  juger notre de belle histoire, celle qui te rendait belle et de convoitise ?


Babillages, notes, lectures insanes, celles qui incarnent, délivrent les loufoqueries des idées à s'écarter du métier. Beaucoup de fientes, beaucoup de chimies, toutes fertilisantes pourtant, et je reste dans une affliction, chef-d'œuvre puéril où je me terre, me consterne.


Levé tôt, flibustier d'une aube qui cherche à évoluer comme une détestation, comme une détonation. Tout dort encore, bercé par les sangs de roux et  d'ocre, terre abasourdie, abandonné aux délices d’une pluie cordiale.


 Aux formes approchées du pire ont précédé ces mêmes formes, avec leurs contours, avec leurs sentes, avec tout ce qu'il faut pour être, avec tout ce qu'il faut obtenir pour s'accrocher.


Aux sombres heures du dedans se nouent  celles du  dehors. Saveur parfois illusoire de croire que l'on peut encore être titré, compter pour quelqu'un, outrepasser certains commandements, ce que je m'étais fixé hier, je n'ai plus de souvenirs à convertir, parmi ceux qui parlent et  inventent des demandes comme on savoure des ariettes et des pleurs.


Cette bête qui fait de vieux os peut elle encore masquer quelque chose de plus intime que sa chair ?


La voilà avec une figure plus  amusante qu’une ascension en ballon, introduite dans les eaux académiques, la voici dans la peau d'une jeune mariée qui se farde et que l'harmonie transporte vers des services recommandés.


Vie qui témoigne du faste et fastidieux, moments contraires, tout éclate, tout se fond, tout se  désire et par top,et ces désirs ressemblent à des récréations, les récréations à des patiences, à des inerties, tout est brouillé, pourtant dans cette olympiade il a tant de jardins à escalader.

 

Journal 1988

À mon oreille la musique atteste que le monde vaut, et du matin au soir, les trémolos d'un chagrin qui dure, et que je multiplie sans y prendre garde.


Matinée, pluie en chalumeau, aucun plaisir ne me vient sinon le sommeil qui me rend infiniment laid, la matière même de mes plis ne passe plus que par de sales éclats, ma gêne d'être, je peux plus rien lui dire de vertigineux, je n'en veux plus.


Idées d'automne, de gris, de l’infortune, rien de limpide, tout est clairsemé, le lit du souvenir est un grand vide, l'écho d'un crépuscule et d'une douleur, et dans cet autrefois je vois un enfant qui pleure et qui se cache.


Décodeur, joueur d'abîme, se meurt l'horizon, le reste sert de viatique à des destinées parallèles.


Pour ramasser cette douceur qui se déplie, qui vibre, voici mon chien de chevalet, voilà mes gouaches et ma boîte à marchandises, il s'agit, quand je peins de la déconsidérer, d'y voir une traîtresse verticale et qui vieillit, et dont je ne peux prendre le revers.


Ne rejoindre que son lieu, son espace blanchi où le doute s'insinue comme toutes les trahisons ramassées, s'y retrouver sans superbe, et ne plus voir ses gestations, celles qu'on a fait rimer et tamisées de ses propres misères.


Rien qui ne puisse davantage me conduire à la ruine que ce lent poison d’être, ce veuvage, cette lassitude qui se répète, ces faux replis, ces louvoiements, ces tensions, ces torsades, et ceci pour ne rien dire, comme on fait bouger au soleil son corps, et comme tous ces rapports   sont mal identifiés individuellement et dans l’infortune dans les coulisses même du temps.


Tête lourde et courte, médicinale, seul l'œil s'éprend du lire. La vie est tout ce qu'il y a derrière, des collines, de la peine, un encensoir, un tabernacle, j’ai une nouvelle fois posé mon front contre la vitre, la rue et comme un linceul que l'on déplie jusqu'au sommeil de l'homme tronc, trompé, ma figure est  de lourdeur, j'ai peu d'air expiré. Demain encore me maintenir dans les disques dans cette discrétion, dans les abandons forcés, tout est de trop, et le tout adossé à ce trop et à ce tout. Je vais chercher à ne plus bouger  pour me planquer de tous.

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Journal 1987

Émiettement ; et si ce n’était  que cela les modalités de vivre, chacun se ramasserait et chercherait à ne plus ramper.

Rien que le goût de la fiente, de la fiente, et de l'ancien par cœur, lorsque près du tableau le maître faisait crisser la craie qui me poussait jusqu'à la jaunisse.

Meurtre de la fatigue, bal tragique d'être toujours debout sous les lustres, de cligner des yeux, faire parfois le somnambule, se dégager vers les quartiers autour du sexe, autant de mort est déjà soulevé par le temps et par les tempêtes.

Dans cette Byzance anéantie fleurit encore quelque forme ancestrale, le bruit des gens qui se croisent et se décroisent évoquent la plus belle déperdition.


Ici un groupe qui fait scandale, là un autre qui prend parti, là encore un cultivateur en vacances et une jouvencelle sans goût pour le partage en viennent aux mains, certains pas toujours dans le bleu du ciel, tout ça dans un tableau de brûle-gueule, vu dans une galerie encombrée, constellée de merdes et que chacun partage.

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