Journal 1985

 
Peu de lecture,pas  davantage de peintures, quelques vestiges,des gribouillages,des esquisses, je ne suis qu'une absence, en vacances en somme, comme si décembre s'annonçait déjà et me ramène à tous mes phénomènes d'inertie.

Elle ne se présente pas, ses traits sont ronds, éclatants, c'est un cas social, une fille enfante avec des bannières et des barrières dans sa circularité.

Je ne conçois plus ma vie sans elle, tant d'efforts pour m'enquiquiner, pour m'ennuyer, et rester dans ma mémoire comme un grelot, une étincelle, la mèche qui mettra le feu.

Je me prononce en faveur de la cassation, ainsi je pourrais encore feindre de l'aimer, feindre les fêlures, les lézardes, là où des animaux débiles se glissent pour un néant, voilà ce  qui me prend , ce qui ne me surprend pas ne m'éclaire en rien, elle  me déteste imparfaitement.

Déraisonnable, éteint, j'attends le miracle d’une qui me désarticulera pour aller sur une piste comme un clown à ses sottes facéties et en même temps  originales.

Il ne faut pas confondre contusion et confusion ou confondre foutre et foudre, quoique clairement ça fonctionne plutôt bien, c'est un peu comme une imposture, mais on y croit.

Ce qui est parfait ne m'intéresse pas, je n'ai d'intérêt que pour les torcheries, les torchis, les torsades, les torches, et toute la ribambelle des torts et des travers.

Je suis né du côté de l'usure, ma tête a été très tôt un cercueil où j’ai déposé, dépensé tout ce qui était trop   stable de moi, quelques noms, des détails, des monceaux d’hier, c'est ainsi que de preneur je suis passé à souteneur, mais souteneur de quoi ?

Voilà  des mois qu'elle fait mauvaise entreprise de la parole comme si le mot se confrontait avec le râle.

Bouffée d'air dans ma maison avec ma petite naine démesurée qui a élu domicile dans mon lit, un oisillon qui veut se mettre sous mon aile, qui tousse et  tousse encore, une petite maladie s'annonce.

Ordinairement je prends part au oui avec elle, juste le temps d'une halte pour respirer, je la regarde, je la vois, ses mots m'atteignent via le long silence, une sorte de conversion, puis  les mot  tanguent et le malheur sied à ma tête, comme un curé défroqué qui montre son séant  aux demoiselles  de son entourage.


De Babel je retiens le mélange des genres et des langues, la vaste orgie du vocabulaire, la fiente et la fin originelle du mot dont nous allons nous servir pour les pires des bienfaits.

Détaché, m’exerçant à ne m’apercevoir de rien , tel un oiseau hagard qui cogne  la vitre, plus solitaire que je ne le voudrais, je me sens pris au piège, lequel je l'ignore, j'ai beau lancer des appels, personne ne m'entend, c'est bien fait pour ma gueule.

Né bâtard j’accouche  d'une route qui me conduit en moi, rien qu'en moi, voilà le début de la survie, du rouge, du feu qui me tiennent éveillé, quel détour emprunter, où bifurquer, d'où balancer ma vie, et ce chemin qui ne mène nulle par ailleurs qu'en moi, en moi et en mon système de perditions.

Plus on y monte, plus on y voit, à cela opposer le verbe descendre, plus on va bas, moins on y voit clair.

Il se trouve  que l'idée que la terre  soit ronde me convienne, colorée, compacte, bien roulée, en fait bien montée, je peux ainsi dire que me préférences vont à ce globe, c'est parce qu'il supporte très bien l'idée de la femme dite proprement. .

Bâclés sont mes souvenirs lorsqu'ils évoquent cette Babel, cette Savannah Bay, à cela je veux ajouter qu'il faut séjourner longtemps parmi les siens afin qu'ils aient envie de rapporter ce qui fut nommé comme tel dans la langue qui est la nôtre.

D'une manière ou d'une autre, je suis toujours en vacances, je suis un adepte apte à demeurer chez moi dans des pièces  lisses et glissantes. 

Du travail, de l'idée même du travail, ils me dérangent, et pourtant il faut que j'y aille dans ces affaissements.

Quelques soient mes droits et mes devoirs envers elle, elle  n'en est pas moins ce poulpe qui pourrait rompre avec ses tentacules, et cela  d'un seul bras.

Si nous n’avions pas d’épaules, qui porterait nos emmerdements, nos griefs, nos crimes, nos erreurs, nos santés fragiles, et tout ce bataclan qui nous fait gerber ?

Bonjour famille, architecture disciplinée, vitrage presque résistant, lampes étroites, éteintes ; vos petits esprits qui ne me colportent rien de beau, que de l’ indécrottable, bonjour les saintes familles aux crânes sédimentaires.

S’il s'était douté de tous tapages, de ces noces barbares, de ces orgies, de toutes ces vomissures, de toutes ces participes  sans salut, il n'aurait jamais rien démoli,  jamais saccagé des étals, insulté les marchands, qu'à cela ne tienne, il a pour lui de  n'avoir pas été devin, mais proche de la bière.

Ce que l'on cherche ailleurs est toujours en nous, faut-il donc que tout ce temps perdu ne serve qu'à arroser des départs, des départs et des retrouvailles, ou les deux à la fois ?

J'habiterai un appartement aux tentures bordeaux, avec des portes peintes en blanc, pleins de douceur, de fresques, de tableaux, de napperons violets, de livres, et j’en tirerai un immense plaisir. 

Par l'aspect pauvre que j'ai, que je donne, ils disent, que je suis un  produit sans consistance, je coupe court ici à tout cela, pour dire que plus on est profond moins on veut se noyer dans ses propos, ses propres tares, ses propres malpropretés.

La gloire reviendra à nos pères qui ont triché, et non à nos mères qui les blanchirent, et qui ne se sont  pas lavées les mains dans l'eau de leurs propres larmes.

Les jours sont comme des catalogues où l’on voit des mannequins se jouer de nos sens, avec leurs gorges fictives, belles, que le rêve des coucheries nous vient au  ventre mal défini,elles si  sures,si vertueuses ailleurs,du moins le croit on, il y a aussi celles sur qui sont inscrits le basalte, l'asphalte, les planches sur lesquelles jamais on ne mettra les pieds, leurs jambes sont des ouvrages de corruption, parfois aussi elles officient comme des poupées gonflables avec une tristesse qui n’est pas feinte,on ne sait plus rien de leur bonheur.

Tel  fait l'inventaire de l'homme pour l'homme qui compte, qui lui est propre, ou malpropre, il s'agit pour moi de penser davantage, comme un petit bouddha connu, pour mieux me voir et mieux me poursuivre.

Pas question pour moi de m'accommoder avec celui  qui me donne de l’eau  à boire, c'est une connerie, je préfère  pour sauver mon cerveau, picoler un mauvais vin, manger de la mauvaise croûte, et me tenir éveillé quand il faudrait dormir.

L'habitude est un mélo où tout ce qui nous a modelé nous donne une image finale qui n’est qu’une fumisterie, qu’une pelletée de terre, de sable, où l'on s’enlisera.

L’an pire déjà s'annonce, avec son superflu,la folie de ce monde, ses coups, faut-il alors broyer tant de noir sur cette page, affadi, dépouiller le mot qui se propage avec le hasard et la nécessité d'être soit en retard ou alors retardé ?

Tant de science et si peu d'humanisme, quelle tracera laissera cette évidence à nos enfants, et qui déjà nous font des procès.
Aussi loin  que vont mes souvenirs, j’ai toujours aimé et haï à la fois, je suis un prototype aux limites du phénomène.

Quelques figures nouvelles me rappellent celles d'hier et le temps que je mettais à les chérir,  j'ai un nouveau discours, une autre parole pour cette dernière, ça prend, avec des mots par degrés, et tant de silences ou de frêles bombardements.

Il faudra que je reste dans l'attente jusqu'à tout oublier d’elle, celle qui me fit rougir, les textes que je ne lui enverrai pas, je les écris pour vous, se sont des pensées, des produits qui serviront pour d'autres pièges, et quitte à me perdre, que ce soit avec  vous ou dans la tristesse de l'eau. 

Aujourd'hui encore à découvert, et cette même qui est à mon corps a de sérieuses raisons de parodier la vie, littéralement cela s'appelle être burlesque, réellement cela s'appelle être moribond.

Ni trame, ni dessin,ni niche, pas de suite, tout est monstrueux, rien pour faire surface, la plupart de mes gestes sont des gestes de rationnement, que même un aveugle n’en voudrait pas,  mon crâne établit des carrés, des triangles, des circonférences que mon sang signe, mes textes sentent les apartés, et c'est toujours la même vie.

Je  retiens un dessin de Granville où chaque animal est double, il en est ainsi des mots et de ceux qui les disent, ce lieu commun flexible qui va à tous est également celui que nous empruntons pour nous signaler hors de nous et de notre assiette.

Je toujours cru que mon nom était un nom d'écrivain, c'est pour ça que je me suis décidé à écrire, savoir ce que je voulais dire, ce que je voulais soumettre, chaque temps qui m’était donné c'était simplement d'écrire, de dire les mots et leurs exemples avec les cohortes de vie, les voyelles et les consonnes, les accents, les détours, je sus très vite  que j'avais un bras de mer à traverser et que je ne savais pas nager.

Lente journée pour  pouvoir pour mieux comprendre le pire, des amis vont et viennent dans la maison, c'est un passage agréable où chacun prend les dispositions pour le grand jeu du devenir de la vie, de la vie même quoi.

Temps gris comme pour encenser un deuil, mieux, qui irait à des vieillards célestes qui pissent dans les caniveaux du ciel...
Avec ce si peu de temps comment se tenir tranquille, comment se vêtir en scaphandrier, comment hurler et d’où, comment emballer ces filles qui sont si jolies, comment se mettre en rogne contre ces deux vieilles gouines qui secrètent lent poison qui a pour nom délation, je les fais sales et davantage parce qu’elles sont nauséeuses, grossières sablières, elles ressemblent à d’anciennes institutrices grises et indispensables pourtant.

Ne touchez plus à mes phrases, ni à ma vie, elle vous ressemble parce qu'elles sont les premières réalités d'un qui va parler en termes d'économie.

Je comprends le mot amour lorsque j'ai vacillé en le prononçant, elle l’avait émis  siècles avant, celle de si près, elle me met entre ses bras, et c'est tout mon monde qui est un lieu commun qui va du tutoiement au vouvoiement et inversement.

Je vais vous montrer comment on aboie lorsqu'on est un chien et que les jappements  des autres sont de la nature à nous apitoyer les maîtres qu'on appelle par des noms de chien.

L'esprit qui est en geôle se meut horizontalement dans le sens de s'endormir à l'homme pour contempler  la bête.

Il faut se faire à l'idée que nos rêves d'enfant ne furent que des images intransportables jusqu'à  cet âge si avancé qui fait de nous ceux qui seront toujours séparés de l'homme et de l'enfant à la fois.

Tout ce qui est conçu comme tiède, froid, chaud, peut-être détourné  de l'image que s’en font les suceurs de métaux, je rirais donc encore de ces orgasmes comme de petits lieux qui illustrent aussi bien la débandade que la débandaison.

Voici ce que je vous propose cette semaine, un petit suicide en bouteille,  une crevaison en pastilles, une pendaison su style sauter d’un pont, des coups de flingue pour la perpette.

J'ai une nouvelle peur en trop, voué à présent à l'idée du superflu, quand le tonneau n’est ni vide,  ni plein et que les Danaïdes s'y baignent à moitié à poil, la pente à gravir a un trop un haut pourcentage, et puis tous ces demis en surnombre, tout ce qu’on remet au  lendemain et  qui n'en finit pas, et ces  illustrations de ce qu’on peut ou ne peut pas. 

Vivre, vivre, s'il n'y avait que vivre, mais il faut encore s’y épuiser.

Par saccades, par soubresauts, par accélérations, par décélérations, il faut une nouvelle fois aller aux noces barbares, où la mariée en noir n’aura pas de sang aux cuisses pour les grands mensonges, pour le plus grand des outrages.

Que revient le temps des sentiments avec ses majuscules, ses salutations  distinguées, ses à peu près, ses catastrophes, et la grand course à  l’hirondelle comme l'endroit de gloire de celui qui l'envoyait au soleil.
Je pense souvent que tout est trop lent, traversier, la fadeur du temps contribue à ma maladie et à ne plus aimer que les saucées et les gels, j'ai aujourd'hui la stature du discobole qui en ras le…

Brusquement comme une envie de vomir et de m'étaler dans les glaires comme un chien dansson urine.

Ma vie a le souci de celle-ci et de la ribambelle, autant que des chiennes suceuses de macarons.
Je rabâche et rabâche encore les leçons de l'air, de la sève qui alimentent tant de sommets, à quoi cela sert-il d'être le portefaix, portant tout sur son dos, quand les crétins tout humides encore du baiser de la bête  s’étourdissent sous les potences avec des expressions de saules et d'arrosoir.

Plus d'argent, tant déchéances et des envies de boustifaille, de bombance et d'allongement.

La maison éternue de toutes parts, ses branchies sont larges ouvertes, autant que les fenêtres, biaisent, baillent, on dirait un navire rapatrié où des hublots on entend des cocoricos et voit des étendards.

Je me mouille davantage, j'ai des expressions moins légères, jaunes, mais à quoi oser sert-il quand chacun n'est qu'un comparse qui officie dans les trois chapelles des dieux désargentés ?
Ma mère ôtez-moi d'un doute, putiez vous réellement ?

Ma fille, un écureuil sans caisse d'épargne avec l'inquiétude d'une cigale l'hiver venu.

Depuis combien de temps êtes-vous mort, je suis mort depuis que je suis ridicule !

L’adjudant s’adjuge une dent contre un appelé, l’appelé laid de surcroît croit que l’adjudant a des médailles de pacotille, à chacun son point d'honneur et de vue, et merde à ceux qui ont tant de  défauts et à ceux qui les  leur alloue.

Ça schlingue les élections, les évictions, les amitiés purulentes, insincères, la grande série des je vous salue ô hommes, on va regarder toute cette dégueulasserie de près, ces démesurés qui coûteront, qui bravent les passants avec des gestes d'automates et des élans de campagnols, beurk, absolument tout l’attirail du méfait et du mensonge, et dire qu’on voit sur les trottoirs des femmes et des hommes de soixante dix piges qui dans leurs mains fendues ont des piécettes de dix centimes.

La nuit, toutes les nuits, elle me prend, me suce, au lever j’ai des réveils d’ours au sortir de l'hiver avec les yeux pour les pincettes et les bras pour des espaliers.

Délivrez-moi mon Dieu, délivrez moi de mes dissociations, de mes océans de gênes, comme lorsque naguère je crachais dans les bénitiers et me saoulais dans des vocalises avec l'idée du thème central qui est le vôtre, délivrez-moi mon Dieu de mes trente ans, voire à peine davantage.

Autrefois encore je faisais jeune et on ne donnait pas mon âge, aujourd'hui j’ai l’âge que j'ai, c'est presque l’âge de la crucifixion.