Journal 1990

Mémoire sortie de l'ombre avec le visage obscur, tes nauséeuses inerties, mémoire sans face au jour,  tes nuits ne s'embrasent plus, mémoire parallèle de tout prévoir, candide mémoire débile tant tu veux aller vers hier, mémoire, il faudra que jamais tu ne me satisfasses.

 

Que nulle rage ne m'atteigne, que grandi par le peu de grâce convenue  j'aille sur les sentes où des brasiers noircissent les rats, que la neige où s'altèrent les chiens à la voix nue rougissent, que j’aie froid, que je prenne feu, dans les lieux,obscurs, dans les soupentes, dans les chiottes où je la baisais, que je n’entre plus dans les églises et les cathédrales, que ne dure plus l'éternelle amitié de ceux qui m'ont entravé par leur absence, que toutes les traînes que je laisse derrière moi pour me consoler de ce que je suis soient autant de pièges, quant à mes vertus,cette petite troupe de saloperies,je te l’offre pour obscurcir ta mémoire.

 

Au noir glissant où des manieurs de verbes font des chutes, je préfère mes rougeurs, mes traînées d'introverties, celles de mes premiers mots, mes louvoiements à trous,  mes treilles et mes floraisons, comme je ne suis qu’un homme qui ramènent à lui ses aubes, celles où il veille avec sa chemise humide, je veux rester dans cette idée comme autant de pas menés vers la mort.

 

Amour tendu et triste, tant tu fuyais la seigneurie, l'attente de l'étreinte , la rigueur du sel, tous les novembres pris dans les brasiers du ciel, ô mon amour si solitaire dans le sens du labeur, reste ma soif et mon premier prix, reste là où je mangerai du pain rassis,où mon  trouble me conviendra encore, tant il est mon pillage,mon sac lourd, que je trimballe dans l'ombre, les silences imposés,avec une tranquillité proclamée pour m'en extraire, tant elle est hors de moi qui va, qui viens et me suis impropre.

 

Ce sont des chiens terreux accrochés aux abois de leur maîtres, auxiliaires noués, noueux,désabusés, ils sont ici,là,autour de nous, ils sont dans des flots d'injures, le clair de leur vie ils la passent dans la discorde, acceptée et  sans réponse, ce n'est pas cela que je défendrai.

 


Silène, voici le temps de revenir à tes particules, éructe, pète, sois ivre, vomissant des traîtrises, fais des odes au moindre effort, Silène, voici ton heure, entends geindre les fauves pris dans la folie des mots, grands trousseurs de sottises, Silène me voilà, je te rejoins, proclame tes approches et ne commence rien, fait de moi ton double, celui qui sera plus fertile encore, et n'aura plus de sens…

 

Voici des évidences, je dors mal, j'ai mal aux reins, je jeûne, je ne cherche aucune bonne partition, je n'ai pas de stratégie, je me tais pour n’avoir pas d'égal, sinon moi-même, c'est là, dans le silence qu'est mon lieu favori, dans cette chambre où j’entends se déverser des poisons lorsque la fenêtre est ouverte, ses ratures et sa roture, et le grotesque alphabet qui rend mes cahiers  plus sombres encore que je ne voudrais.

 

Mon enfant reste mon monde, ma prédominance, cet avantage  plus haut que tout, toute forme contenue et continue de moi-même, dans ma vie et en dehors, que ce beau dessein auquel elle se destine lui mette de belles images en  tête, et que frénétiquement jamais elle n’y renonce.

 

Anachorète débile dans son désert, au lieu où j'ai les yeux fermés, je crois que toute idée ramenée à moi ne vaut que ses farces et pour ses facéties.

 

Vue sur les toits qui me rappelle des gestes importés par de prétendues fictions, cette fenêtre évoque mille tiraillements, cette autre les fragments d'un sentiment que je ne sais dévoiler, là il y a des faîtages,  là y a des arêtes, des chiens assis, des œils-de-bœuf, de pures et belles créations, mais ou va la vie, où se porte elle, où se cache l'homme avec ses réponses ?

 

Voici un nouveau confiteor, je baisse les bras, je deviens d’une mauvaise adresse avec des pauses, sans flèche, étonné du peu de baroque dont je puisse encore bien témoigner.

 

Comme je serrais entre les mains cette flèche que je voulais destiner à cette autre, elle s'est retournée contre moi, s’est plantée dans mon flanc, j'ai encore des choses à expier, je ne m'épaissis plus que dans les faux contes de celles qui font des arbalètes à domicile, je veux migrer une nouvelle fois.

 

Quand tout se confond en nous, ce que nous fûmes, nous le devenons une nouvelle fois, nous sommes les rêves que l'on fait, que l'on parcourt, en ouvrant ou refermant les bras, nous nourrissons des requins, nous n’assistons plus ni père ni mère, quand tout se confond en nous, et que la nuit avec ses gemmes et fausses pierreries évoque un belle rage,  nous nous élevons à nouveau, nous sommes dans la spleen idéal pour d'autres partitions.

 

Presque des  excuses pour ce taire idéal, de mes viscères à ma bouche rien ne va à mon entendement, mes nuits sont étouffées par de  la solitude, les respirations de mon sang, je m'adosse à des ombres, elle, elle est encore là, près de mon lit, avec sa démesure, ses certitudes, nous sommes à nouveau deux sexes qui crèvent de ne rien  se dire.

Est-ce l’approche des fêtes, ces lieux où je vais devoir figurer qui m'embarrassent ou simplement de comprendre ce qui continue sans s'achever en moi, cette sourde peine de ne pas savoir  recevoir ?


Le plus clair de mon temps est sale, ma parole est boueuse, mon cœur à des gestes latéraux, rien de plus entre moi et moi, je considère que l'amour,  que l'amitié, ne vont pas aux noces,  et s'il y avait quelque chose à éprouver ce serait bien moi.


O les belles-familles, les douces assurances, de celles qui servent des repas, des cadeaux, dans de beaux emprunts, les beaux emballages, avec de la santé aux tables , ô les belles-familles accordées aux enfants, leurs parents à leur droite, les chaudes paroles, mais totalement amères, mais qui  me font calmement divaguer.


Je suis  chez un vieil ami qui chemine autant que moi, avec des retenues, il me ressert les cartes de la vie, un repas où je m'inonde de boire,  aucune bague n’est à mon doigt mais à la sienne.


Bistrots, cartes, billards, j’aime ces lieux où les injures fusent, où les rôles sont distribués, l'abjecte beauté qui n'est pas à la hauteur,où le silence n’est pas accoudé comptoir, et combien me sont chers ces serrements ; on se comprend ,on s'écoute des heures  tressaillir des chiennes qui nous ont blessés.


Orant désabusé, qui prier, que prier, mes dépressions sont de granit et  de marbre, là où la pierre geint, grandit en moi un hiver, et  ma peine y va  comme un haut pardon.


Je suis de ma propre rumeur, j’enfle, je gonfle, mes nœuds passent au gibet, j’ai mauvais air, un mauvais devenir, je m’enfonce dans la glaise, absent, mais plus je progresse en elle, moins je fouille en  moi, je défaille sur des amours que je ne sais plus  commenter.


Que close tu sois en moi, qu'aucune porte ne s’ouvre,que ton malheur d'antan reste aujourd'hui le même, là où tu crias, je ne  veux pas que tu hurles de ta lente stupeur, je veux que tu appelles la mort, je veux que tes lèvres où apparut mon se gercent, que tu ne puisses plus rien clamer ni acclamer, que défaite tu deviennes pour ne plus chanter tes insalubres psalmodies, que déversée tu deviennes une orfraie, un arbre, que plus rien ne t’apprête, que manger te soit refuser, et que passant au-dessus des horizons,là  où les octrois s'érigent, tu pleures sur tes plaies,dans la plus infecte des orangeries.


J'entends déjà sonner avec des hous funèbres les armes retentissantes de toutes les bouches amères.


Nomade,c’était ma quête, je voulais être spontané et solennel, je n'ai nommé personne Judas, j'ai élevé des aigles que j'ai envoyés dans les airs, et non pour la chasse, j'ai peint et jeté toutes les  logiques dans les ornières, les histoires considérables où j’étais l’archer dans les hivers d’aveugles, j'ai eu des nausées, le souffle coupé, n'ai frappé personne, ma parole proposée était propre,je n’ai voulu atteindre aucun but, je berçai mon désarroi incliné, quiconque, j'étais quiconque, indécent, mais sans être graveleux, capital parfois, mais pouvant m'échapper ,j’ai aimé celui qui s'approchait vers moi les paumes levées pour le pardon, j'ai dormi dans les caves pour comprendre les chiens, séché des larmes, pris l'ignorance comme une soif obligée, je suis allé à la marche, morcelé par les démangeaisons, j’ai fui les angles et les arrêtes, j'ai fumé des herbes odorantes qui me redonnaient des sens, pas avec l'abjection de celui qui s’en lave les mains, mais au réveil qui étais je, si ce n'est ce voyageur inaudible tant son pas ne crissait pas sur le sable , tant le pavé ne tintait d’aucun son  ; tant il allait  sans viatique vers des capitales ignorées.

A propos de l’action, cette vertu cardinale, pourquoi n’ai-je  rien fait pour la commettre, plutôt que de me retrancher et de ne rien laissait apparaître.


Un barrage contre le monde, contre les paradoxes, les contradictions, quand tout me semble être un réduit d’esclavage qui va de la patrie imbécile à celui qui n’en prononce que les thèmes les plus imbéciles. 


Puis il y a les reprises ancestrales auxquelles je me livre, le poison pillulaire, l'alcool, entre autres, et après je vais dégobiller.


Pauvre liberté, vieille, tu fais la belle, tu marches sur les trottoirs, tu les arpentes, tu éructes, tes lèvres humides au milieu de tous les sésames,de toutes les sciences, que des rendez-vous ratés, tu gardes toujours tes   mains sales, tu triomphes d'inventions, mais qu'es tu,  sinon du malheur bienvenu et la pire des formes d'exclusion.


Voir et boire en fait ne me noircissent ni ne m'élèvent, j'aime cette clôture qui m'amène à des despotismes à mon propre égard, je me vois tel que je suis, lâche, sot, incohérent, débile, tout en retrait, et mon trône  n'est qu'un tout petit siège où je m'assois vaincu par la vanité, l'embonpoint, la faconde,en fait ce que j'aurais aimé nommer des vertus.


Kermesse humaine, quand Guillaume décochait ses flèches, altier, droit, moi je vois comme tel, voulant lancer des pointes ; mais je suis petit, incertain,parfois nécessaire, et c'est cette esthétique de la nécessité que je recherche, mais cette nécessité m'est encombrante.


Tout est réel, trop réel, et je manque d'audace, et je manque de souffle.


D'autres fois c'est celle là même qui est mon enfer, humaine, avec un visage qui définit  mon goût, pleine de mécontentements, de cette conscience qui ne s'est épurée de rien, et qui fait les vindicatifs, ces éléphants de métier.


En manque d'appétit, coupable de je ne sais quoi, je suis dans une mauvaise résolution, je repense à cette mise hors de ma demeure et comme il serait bon à nouveau d'être invité par cette autre qui acquit la présence de parler, qui se recommandait de mes mots, comme il serait bon de la  bourrer autant que ma gueule, de la nommer par toutes les injures du monde, et qu'elle s'en accommode, mais bien plus encore, comme il serait bon de désespérer avec elle.


Amarres rompues, je vais vers une autre terre, sans joie, seul, faut-il qu'au milieu de tout ce désert je ne rencontre que les molles images brassées par les filles qui me firent si mal.


Mon vieil amour cède sa place aux rancunes que j'avais hier, j'ai recouvré le silence comme lorsqu'on entre dans  un hôpital, et ce même silence est mon espace et mon épée.


Je ne suis pas à corrompre, je suis dans un royaume où nul ne tient le coup, c'est le silence, me voici tel un vieux loup fieffé par le clair de la nuit et par les réponses qu’il ne donnera qu'à l’amour.


Un mois déjà sans ses griffures, sans ses raclures, sans sa gorge, sans ses écoutilles, ses écouteurs, sans être devant l'âtre où s'échauffaient nos corps et nos envies, nous n'avions pour viatique que du rêve et du mouvement, ce que nous employions à oublier la vie en lui donnant la part la plus frelatée des choses.


C'est mon côté rajouteur enragé qui m'enquiquine, quelle autre formule pour refuser  cette vie, pour qualifier cette incessante impression que je m'emmerde, et que j'emmerde les autres, que je n'ai goût à rien, que rien n'a de goût, et que cette sensibilité qui va de mes épanchements à ma colère n'aura de force que si elle me fait rire.


Entre cul, culte et écrits, je joue au vieux sage, celui qui va encore tenir le coup, il est vrai que je pourrais mettre de ma  trempe à une belle qui se réconcilierait avec moi, qui serait dans l'expansion, pas dans la fadeur des propos, pas inerte, pas dans la cécité, mais dans mes attitudes, avec des propos qui m'équilibrent.


Elle me fait une démonstration plus qu'aimable, et cette façon d'être maternelle va à mon plaisir et mon sentiment à son égard n'est plus dans le retrait.


À nouveau qu'une idée grandie par du vide, rien que du saugrenu, quelques pulsions dans l'inconfort, rien que des apparences qui vont jusqu’aux sens sales.


À ce môme que je convie aujourd'hui, amer,je sais qu’il n’a pas déplacé le  jargon de son vocabulaire, je ne suis pas passé à côté des choses,ce sont  les choses qui n'ont pas voulu de moi, il faut que je mette de l'ordre dans cet aujourd'hui et dans ce demain.


Il m'arrive parfois d'entrer dans une église, j'aime cette invitation que je me fais , m'asseoir sur des bancs vieux de langueurs et de longueurs , ces passages, regarder les tableaux hauts perchés,les quatorze station du Christ qui tend déjà à une nouvelle vie, puis je me recueille et je me sens moins oppressé.


Ce n'est pas parce que je suis convaincu de voir le monde comme une bombarde à bobards que le monde m'emmerde, c'est simplement de marcher dans ses combines, dans ses rires, ses clauses, évidemment que je ne suis pas le seul à le faire, mais je suis beaucoup trop absorbé par mes fadeurs, je ne cherche pas justifier mes écarts, mais en partie minime, je suis un solitaire salutaire et je le resterai.


Ce sont des louangeurs qui énumèrent tout ce qu'ils entendu ailleurs, et dire qu'ils sont légitimés par  des imbéciles qui leur ressemblent.


La plupart de mes événements restent dans le silence, ma soif de désastres est née de cette solitude, je ne suis pas aperçu que l'existence était, mon apparence est celle d'un singe qui tient tout autant d'un dandy désabusé que d'un loup cervier qui entre dans son entrepôt.


Ode à la violence, à celle que j'aimerais qu’elle subisse, mais ce n'est qu'un demi malheur qui la frappe, en fait j'en ai rien commis de pire en comparaison de ce qu'elle me  fit, elle m'a menti, à triché, elle m'a raconté des histoires d’époque souterraine, elle disait qu'elle allait confesse, en fait elle allait se faire foutre et rien d’autre d'autre.


Obscur dessein que le mien, je me souviens qu'enfant je restais le nez aux carreaux des heures durant, l'esprit ailleurs, je ne sais où, regarder parfois le ciel s’embraser, les choses me convenaient ainsi, et voilà qu'aujourd'hui je compose à nouveau avec cet enfant silencieux et coi, certes avec amateurisme, mais le ciel gris et là, sale, et il me rappelle à ma condition de fuyard.


Les mots je les ai toujours considérés comme des fruits, un  commerce de sens, comme quelque chose qui s'épaississait sous ma langue, qui allait si bien à ma bouche, mollement, comme va le sexe trouble au coït, comme  un léger et doux tremblement, comme l'envol des grèves, comme le vent avec son peuple de notes qui le grandissaient, je suis resté sur ses impressions, je veux qu'il reste ainsi.

Tous sont dans les carrières contagieuses, cette bêtise, ces éditions, ces échelonnages, une lie en somme, et occulter toute forme d'être et ne pas me sentir semblable me chaut, faut-il que je m'altère encore et encore pour ne pas les relier jusqu'à l'extinction de leur oubli. ?


Entre libertinage et l’élégance, lié au prestige de le savoir, craquelé mais pas poursuivi, j'invente des gestes, des séries à venir, pas encore familier, toute forme de dialogue unit l'amour à un autre amour,et l'amour aussi invisible soit il se sacralise, m'enchaîne à l'inévitable du dédoublement de disparaître.


L'homme n'est pas favorable à l'homme, chacun est un rapport et rien d'autre, les rapports choisis vont de la l'amitié à la haine,  de la haine à la roulure, la seule forme de vivre consiste alors à défaire tous ces liens, et  nous ne pouvons plus que faire figure  d’âne philosophique.


C’est de mon bilinguisme que sont nées mes mythologies, mon vision froide, ma façon de regarder le monde dans le dérèglement, dès mon plus jeune âge j'allais dans les placements des syllabes qui m'étaient impropres, j'ai compris que parler n’était que figure de comparaison, de compromissions, je  me suis pas essayé plus tard à entrer en scène,parfois  me décaler, c'est ainsi que j'ai mis au jour une forme de vertu, de neutralisme, mais l'absence de dialogue outre qu'elle m'a fait anticiper sur tous les  désenchantements m'a également avili, j'aurais dû m'assassiner dès ma naissance.


Toutes les liaisons sont dangereuses et à plus forte raison celles qu’on fait avec soi même.


Accalmie dans ce gouffre où je m'approche seul et malgré tout de cette humanité qui me fatigue.


Ce ne sont pas tous les abandons qui me font peur, ni les façons dont je suis trahi et bafoué, ce sont mes allées et venues parmi les morts,  c'est d’oublier ma langue, ses signes, ses allitérations, le mouvement  de mes idées dans celle là même, c’est d'en être dégarni et désolé que j’y erre, bref c’est de me situer en des endroits où je ne suis pas vraiment.


Personne avec qui correspondre, personne à qui je puisse correspondre, et peut-être que  je n'y tiens pas, d'ailleurs qu'est-ce que cela changerait ?


Comme je n'ai pas eu de vues infaillibles, je suis resté dans l'immobilité, dans l'immobilisme comme une cause à laquelle j'ai relié mes immoralités et mes incommodités,  mon énergie à les présenter, je suis resté dans de petits mouvements internes, dans des sphères où me sont apparues toutes les mésententes que j'ai eues avec le temps.


Tout cela ne serait-il que le mensonge de tous les inconforts auxquels je tiens, drapé comme pour des parodies, et cette conscience aussi pleine de mes propres domaines passerait elle par mes gestes, pendant mes souplesses conscientes, et ne me rapprocherait-elle pas malgré tout d'une existence vouée à rêver d'un preneur de sons qui voudrait élever le nom de femme.


Pauvre Gaspar qui voyage vers  son passé, transversalement, avec des archanges au dessus de lui, et qui trouve sur tous ses passages le sang des héros qui n’ont pas eu de stratégie.


Le sentiment que rien n'est vrai m'a rendu vain depuis bien longtemps mais également patient, dans la retenue, je fais nombre de choses pour m'arracher de tous et du monde, cette sensation de passer à côté des gens, des décors, des idées, m’est pourtant déséquilibre, mais je préfère marcher à côté de l'homme  qu’avec lui.

Maintenant qu'elle va dans l'injure elle ne me concerne plus,  ce qui était elle est en elle ne m’émeut guère , lui adresserais je la parole qu'elle n’aurait pas l’ insistance et la constance de toutes les lettres que je lui destinais.


Rien de qualité, rien qui en vaille  la peine, rien qui ne m'intéresse, rien, sinon ce qui monte moi comme un excès de fatigue.


Une exposition est en cours, pour faire valoir quoi, que décider de mettre aux murs, quelles peintures vont plaire, celle où j'ai posé mes vagabondage, celles où aucune parole ne tient, ou quelques toiles qui vont faire figure, rien que de la figure.


Celui  là qui me témoignait quelque amitié, s’il savait comme au plus fort de mes nuis il me revient en mémoire, mais j'ai choisi de ne plus le revoir, et je garde dans la bouche goût amer du regret.


Toutes ces filles que j'ai élevées, de la plus douce à la plus enhardie, de la plus patiente à la plus effacée, elles m'ont inondé la cervelle, me l’on cramée, elles ont voulu corriger mes défauts sur le tard, elles n’ont  fait que mettre du rouge à mes joues, des pleurs sous les paupières, elles ne m'ont pas donné le moyen d'y réfléchir, si à toutes je dois quelque dévotion , je garde les yeux ouverts sur ce qu'elles commirent de beau et de moins beau à mon encontre.


C'est couché que je veux bien tendre la main aux hommes, c’est debout que je les virerai.


Celle-ci trop jeune, trop idéale avec son accent bien aigu, sa sainteté et son puritanisme, ses vocalises,cette autre aigrelette, monsieur dit elle est sans indice ambulant, celle autre encore donne envie de l'injurier, de pleurer sur son ventre, c'est là, lorsque je la mets en cause du regard qu’elle me trouble, cette autre plus longue, plus élancée, avec tant de veines qui s'altitudent sur chacune des ses mains paraît plus volubile, la plus juste peut-être, la plus digne, je cherche à ne pas perdre de mon allant, à ne pas me taire à foison, j'ai par moment des gestes d'obliques,  lever un verre, le remplir à nouveau, et les voilà parties, bisou bisou, le culte de l'espace à creuser, des mots de pas assez, les malgré malgré, de la douce musique, et j'en passe. Vivement être ma propre compagnie. 


Je resterai ce majordome en culottes courtes qui a campé sa vie sur le parvis des hôtels puis  s’est rendu dans les maisons closes en faisant le coup du type  léger qui joue contre la montre.


Au début était mon ennui, irréductible, sain et en même temps vain, me voici en  des formes de renoncement qui me troublent, j'augure d'une nouvelle saison où je serai un gavroche débile qui tinte sur le gravier avec son pas de boiteux, sa faconde de Monoprix, et son esprit ouvrier.


Je rejoins Roger Caillois dans ses propos, horripilé par les mots de plus de trois syllabes, il disait que c'était des mots du dehors, du travail que de les prononcer, une désespérance, qui va de l'adverbe en "ement' au glossaire des médecins.