Journal 1989

Cette autre  a des seins ramollis par des années le tripotage, presque liane avec dans sa jungle primitive tout le système de la roture et celui qui s'en approche, celui qui la touche, celui qui la  tapote, n'est pas un objet récupérable. Pour moi rien que de l'épuisement,  j'ai une plainte qui se confirme et qui est conforme à mes désunions, une enfance qui  me remonte à la gorge avec ses stupeurs, ses femmes à talonnettes, ses filles à chansonnettes, ses hontes, et tous ses voyages ennuyeux qui se transforment en du désenchantement.

Firmament, une géométrie qui flambe.

Ni  courtil, ni coutelas, sur qui se retourner si ce n'est sur ce clandestin qui a mal à son espace avec un pas pressé.Aux couleurs nocturnes que l'orgue dénoue, répondent les bêtes de la tempête avec leur théâtre d'ombres, la verve vierge de leurs sentiments, et cet enfer comme le fonds plat des rats   qui se grisent en mangeant,puis  qui pleurent,un révolver sur la tempe...

Entre la boucherie de la parole et moi, les mêmes complicités, les mêmes termes intenses et internes, de l'abattement, ce qui coule entre les draps comme un sang violet, une influence pour aller se mettre dans le brouillard, et le sens des monstres éclaircis par le jeu.

Je m'y rattache avec l'obstination de la mort qui a modelé la terre, qui a modelé sa démesure pour en faire un lieu où foisonne l'esprit.

On a beau faire l'échoué, le conscrit qui décroît tant il a bu, l'adulte honteux quand sa main s'est plaquée sur les seins  qui ne l’ont pas voulu, on a beau faire le désenchanté, tout nous complète  incomplètement jusqu'à cet enfant dégueulasse qui s'est accompli dans la prière et a détesté sa mère.

Tout au centre, les outrages, le prix qu'il faut payer pour ne plus la subir, moins de berceuses, moins de balbutiements, moins de signes pour aborder les saisons nouvelles, moins de portes ouvertes, moins de pas feutrés pour aller vers les amis, et tout ça contribue à ce que je me mette en parenthèses.

Parce que le malheur, il suffirait d’en prononcer la première syllabe pour le voir avec ses godillots, et sa gestuelle déclinante d'un Pompée qui se meurt.

Je viens du désert, j'ai combattu les saintes images capturées par la folie d'imaginer, ma tête a brûlé, mes pieds et mes mains ont eu des mycoses, je garde pourtant encore le vertige de la marche pour me porter sur les hautes montagnes où le vent lui-même parle pour te rencontrer.

Au labeur d'exister j’oppose le travail d'être, je veux que toute œuvre née de mes mouvements aillent jusqu'à la folie du bien faire, et que je trouve enfin un  regard pour se satisfaire de ce que je commis, un feu pour la consumer.

Même reproche, même morale à m'adresser jusqu'à en rire, jusqu'à en être désabusé, jusqu'à me débiner, je ne me souvenais pas que  les suppressions et les impressions n’étaient que des décalcomanies.

Elle rentre à quatre du matin,  ultime et ivre, elle  procède comme à chaque fois qu'elle me trahit,elle va  en puissance dormir dans un autre lit, héroïne qui m'abandonne dans le plus froide des terreurs et  le plus sales des remue-ménage outranciers dont  je n'ai que faire.

Hit parade des emmerdements, les miens, cet espace contaminé où je me pousse presque anéanti comme un fauve piqué dans sa  crinière ,plein de prurits,terrassé,pauvre,inconsolable quoi !

Rien que des exagérations, toute la panoplie des formes conformes aux entractes, quand au lavabo je laisse couler mes épilepsies, ma roture, toutes les algèbres de mon inconsistance , de mes faux assauts et de mon inconséquence.

Plus de conte d'été, plus d'indulgence, plus de réconfort, plus de regard sur moi-même, plus d’alignement, rien que de l'inconséquence, une photo qui ne vaut même pas la peine qu’on l’envisage, juste une convivialité mal orchestrée, bref des enfantillages. 

Aujourd'hui partout, des points, des virgules, des  guillemets sur mon passé, du stoïcisme, un peu comme lorsque j'étais au lycée et que les grands me coinçaient dans les chiotte pour m'embrasser sur la bouche avec obscénité, je n'ai jamais eu le courage et la force d’en témoigner.

Elle me rejoint sur la couche, c’est Europe qui s'attaque au taureau, le hèle, l’altère, l'épouse de la langue, lui fait le coup du débat nocturne, en courants et en degrés, en effluves majestueuses, auguste et délétère à la fois, avec une formulation de Tartuffe qui a des profondeurs, qui a du louvoiement, toutes ses pénuries sont comblées, elle est vaillante, me voilà dans l'équivoque de faire avec ce qu'elle me donne.

Filiation avec des douleurs habillées comme des Hébuternes, je retiens encore toutes leurs intensités, toutes leurs noyades, cette cage que je ne quitte plus et où je dilapide ce qu'il reste de mon confort.

C'est avec une frénésie contemplative que je me saoule, j'ai des contraintes, fi des contrariétés, fi des contraires, que tous les couillons abreuvés de substances ne soient aux plus mes frères, mais des  bâtards d’écervelés, ceux qui vont sur le bitume en boitant, qu'ils ne me fassent plus le coup de la clandestinité, que tout m'apparaisse au diapason, avec la netteté de ce passager qui se détache dans la fenêtre d'un train la tête rejetée en arrière.

J’ai les pommettes saillantes, j'ai des veinules académiques, j'ai l'air d'un déguisé dans l'ombre des lapsus du temps qui me détend, qui me taille comme un minéral ou m’enduit de liquide vitreux, je me persuade que tous ces nouveaux accommodements me mènent jusqu'à la vieillesse, en vérité j'éprouve de la répulsion pour ce que je suis, voire un attrait morbide.

Elle s'assied mes côtés, pour une feuilletée et un survoltage,brunette en  surchauffe et en jean  avec des yeux verts et tout ce qu'elle y planque, de la suavité,des délits obscurs, les brousses de la pitié, les nacres des beaux objets, les meubles qu'on déplace à l'endroit il faut, son genou parfois heurte le mien,ses déséquilibres me sont connus,c’est une dame bis  qui va une séance de photos ; la nuit je brode avec cette dernière une histoire de cul et de fesses, je fais le désorienté,le taciturne, le dépravé l'enjoué, je me réveille au matin en rupture avec une violence que je n'ai pas pu  témoigner.

Comme je n'étais pas écouté, j'ai écrit avec insistance, avec fougue, dans de nombreuses prétéritions et répétitions, j’ai changé de pays, changé de langue, changé de vitesse, j'étais le capitaine d’un  vaisseau aux erres erratiques, j'étais coupable de filer et de me défiler ce qu'il y avait à faire au jour, je n'ai plus eu d'égard pour les hommes, et j'en ai ri.

Ma mère était une pute, maman était putain, pas une pute ordinaire, non une pute qui recevait les hommes aux belles faïences,aux belles cravates ,aux belles chevalière, elle s'échinait à les revoir dans les galeries qui communiquaient entre elles dans des magasins feutrés, elle s'imaginait loin devant elle, dans un avenir où elle serait encore belle,désirable, où elle resterait étendue sur le lit, et où son double la quitterait pour se porter vers les hautes latitudes, une église peut-être où elle s'installerait sur un prie-dieu et parlerait au très haut.

Je l'ai appelé Cime parce qu'elle était la plus grande, parce qu'elle voyait tout de haut.

Pluriel de désinvolte, kilowatt.
Voilà une dérive accomplie pour des orages à venir,  pour le cirque des compromissions, pour l'injure à naître, et pour ne pas témoigner de ce qu'ils sont.

Sans ordre, ma cervelle et sans ordre, j'entreprends des replâtrages que mon manque de minutie fait échouer, je m'assigne à des responsabilités et m’en défile aussitôt, j'ai rentré ma vie dans de l’invisible avec de  la bonne volonté et surtout  pour ne pas m'en dévier.

Je déborde probablement de trop de souvenirs, de trop de retenues, de trop de rapidités qui m'ont fait échouer là où il ne fallait pas, de trop d'encombrements, de trop de fluidités, de trop  de bras dans lesquels je n'ai pas su me déverser, de trop de constitutions qui ne m’ont en rien constitué, me vient à l'idée que la lumière de toutes mes profondeurs est séquencée par un diable qui ne veut pas se montrer.

Elle me dit « Léchez moi comme vous lécheriez votre propre sang, buvez moi comme vous boiriez la vie »

Je traverse le parc pour me rendre en ville, les singes derrière leurs grilles ont des culs gonflés comme des outres et des intentions d'homme, j'exècre cette place où tant est coupable de regard se tient et se  met à la vue.

Je m'alourdis, je m'étourdis, je suis tout entier en moi avec une forme de  virginité inventée, un faux fardeau, et qui pèse, ce que j'ai mis au service des autres, c'est-à-dire mes peurs, mes vertus, ne m’animait en rien, j'ai fait de grotesques mensonges et m’en suis étourdi, alourdi, puis les années venant je m’aperçus que j’étais en état de siège.
Celle-ci n'est que de la fiente dans un corps de flasque et qui pue, l'autre à des seins sans téton comme gonflés à l'hélium, deux globes inertes, ce sont deux connasses aux algèbres tronquées qui font partie de la famille des outardes à rhétorique.

Si la terre était carrée nos  yeux  seraient peut être plus ronds encore, avec des gueules triangulaires, ce qu’on  commence à droite, on le commencerait peut-être à gauche, au gré des poissons sur les trottoirs, des crevettes et des coquillages également qui marchent avec des jambes bleues sur l’asphalte des villes,  et nous on aurait l'air de quoi.

Je répète en tout et à tous  que je ne veux pas faire d'efforts, c'est une forme de ma part honnête que de rester chtonien, une organisation de mon système de défense où figure l'apprentissage de la vie et la lenteur, afin d'en sortir et ceci sans soutien.

Je n'ai aucune colère à témoigner, je l'ai trop tue, mais  elle reste en moi, éprise de ce corps incendiaire, je ne me transporte pas en elle, elle ne m'agite pas, il faut bien que je paie toutes ces installations puisque effectivement elle-même travaille à me transmettre du dégoût. En fait je recule en moi-même, je ne vois pas la gueule de cette mal aimée, je ne suis pas insolite, je veux de sa forme   simplement confondue, je ne rien obtenu de ce que je cherchais, peut-être l’ai je cherché beaucoup trop tranquillement.

Pays de monstres, de monteurs d’orages, de menteurs congénitaux, de manèges désenchantés, pays sans veine, pays d'outrance, pays de discordes et de d’indiscernements,m’ apparaissent comme le mouvement du seul bonheur qui me va, celui de penser à cette fille qui est dans le bon temps,dans le beau teint, mais voilà je dors mal , rien en moi ne se fortifie et qui m'amène dans le sublime des rêves auxquels je ne peux pas subvenir...

Bien qu'ils fassent rire, je m'épargne les rictus impropres à rougir, dans quelque colère  que je m’établisse, ma poussière reste une inertie de plus, elle va à la discorde, il ne me vient aucune pénétration dans la raison, je m'allonge, reste infécond, je cherche un signe pour me porter plus haut et plus loin.

Soirée avec elle, toute conversation est l'occasion d'aller dans la tromperie,  sur soi-même et sur les zones des autres, qui disent surtout du n’importe quoi. Nous buvons, nous buvons déraisonnablement, c’est de l'ordre d'une espèce de nécessité, il entre dans notre conversation et dans notre histoire des incohérences, des faces qui nous font vibrer, qui font penser à autre chose, à d'autres maladresses que nous avons commises lorsque nous étions jeunes, des fautes de goût quoi en fait une erreur de vivre.

Carnage sentimental, pas de collation, pas envie de corps, pas d'envie de haine, détaché, quelque chose entre la peur d'ici et la fausse audace excessive, je me range parmi ceux qui sont descendus de croix et qui sont débauchés le reste de leur vie, moins s'occupés par les enchantements de l'écriture que par ce mois d'août qui est déraisonnable et sans passion.Je n'ai plus personne à convaincre, encore moins de crédit à accorder à qui que ce soit et même à moi-même, j'ai de bons et beaux vides, je me retire, je m'y allonge, je fais le cercle, j'ai des beuveries  sans envergure, je tiens à me rassurer en me persuadant que toute complaisance à mon égard  me vaudra  du reclassement, aussi une fois que je suis dans le détestable qui reste, c'est la seule forme d’actualité qui m’aille.


Il en est des villes comme il en est des amantes, certaines nous prennent, nous enveloppent comme on le fait pour un nouveau-né, certaines nous calomnient, nous heurtent, elles ont tant de façon de rancunière que nous préférons  les oublier.Jamais aucune halte dans cette traditionnelle inertie qui va du déjà vu à des demandes que je ne peux pas exaucer.

Monique avait du cidre entre les jambes, c'était un vrai pommier, un pommier avec des odeurs blanches pour faire bonne figure, mais une figure qui ne s’inclinait pas et qui doutait.

Il y a d'abord cette chimie ordurière du corps qui cherche la grâce dans un autre corps, le sexe sert à ses exigences, il cherche l’esprit et s’en remplit, il cherche aussi  une séparation et une manipulation au plus haut des degrés, il est parfois le vrai désir suspect et sans-culottes avec une tête de singe, voilà pourquoi la vie à mes inimitiés, et je ne veux pas les atteindre, et pourtant je le fais lorsque je bois.