Journal 1989


Cette belle connasse est une espèce en voie d'apparition, à sa valeur ajoutée  j'adjoins la panoplie de tous les pires qu'elle va formuler, comme fouiller dans mes  poches ou lire le Goncourt.


Je ne souhaite qu'une chose, de la pornographie, de la pornographie, et encore de la pornographie.


J'étais une nouvelle fois à la curée, las, presque moribond, je cherchais à mourir, je cherchais à crever, mais je ne mourrais pas, mais je ne crevais pas.


Certes, je bois, je bois pour trouver de l'intérêt à l'humain, pour lui répondre, pour aller dans ses statistiques, me corrompre de lui et de ses idées, je bois pour une connaissance muette et que je tairai, pour une chance raisonnable qui a des impulsions du  côté de la virtualité, je bois pour ne pas être singulier, c'est ça oui, je bois pour m'expliquer avec moi-même et avec les autres, enfin.


Tant de nuit à veiller, peu de rêves, des mots mâchés, remâchés, un certain nombre de rancunes en solitaire pour déplorer le tout, pour m'ôter du désagrément d'être là, bref rien que de la patience à reculons, et je me protège dans mes enclos  pour peindre et m'attrister, puis en rire.


Seul, pitoyable j'ai le sentiment d’avoir bousiller  de belles architectures, d’avoir heurté des filles avec des hôtels à mille balles la nuit, ni délicieux, ni vindicatif, pas plus  délictueux, j’ai épousé la grande tristesse, comme le matador bombe son torse et fait voltiger sa muleta.


Tout m’est dans l'ordre de l'imagination restreinte, de son repli, du masochisme à me taire; j’ai le sentiment d'avoir été banni, je suis effondré ; une telle date, je n’ai plus de temps à consacrer à ses servitudes, plus de rancœur essentielle, non tout cela serait de la malhonnêteté que de la garder, quelque maladie dont je serai l'associé, l'assesseur et le dépositaire.


Elle me revient en mémoire celle qui moussait entre les jambes, blonde sur-le-champ, amuseuse, auburn sur d'autres registres, et puis tous ces verbes que je lui devais, toute cette nécessité lorsque je mettais la tête sous l'eau pour ses rires savants, tous ces cimetières sous la lune,  où nous avions tiré la première fois avec une gêne conforme à toutes les gênes.


Parfois tout m'apparaît disgracieux, pesant, chargé, une telle m'attendrit, l'autre moins, qui est là devant moi et qui m’est énorme, elle, elle et tout son poids, elle avec son cœur tout comme sa cervelle, ses seins sont de sa belle nature, et sa nature toute entière me suscite un bel arroi, une veine, je me tais, j'entre dans l'exigence de ce corps qui dégringole, qui se dégoupille, qui sent le félon et le montre…


J'ai pris la route, sur la banquette arrière mon enfant dort, parfois nos regards convergent, je ne suis plus perdu, je peux parler, j'ai la certitude que mentir ne me sera pas compté.


Fi des convenances, des clairvoyances, des injures,des commandements, des bienvenues, je ne veux plus de cette estime conforme aux intérêts, que toutes les monstruosités de par ma nature même vous parviennent, permettez aussi que je me condamne seul et que seul je m'autopsie.


Je cherche une salope, un idéal, une qui va dans les recoins, les soupentes, silencieuse, avec des couacs, et qui ne dira mot, et qui ne dira verbe, une que je pourrais choper à loisir, obtenir,  franchir, abâtardir, ma chair protégeant la sienne, avec mon double adéquat, irrespectueux, bref une abomination, une telle chose  me paraît essentielle, purulente, nauséeuse, et pourtant…


Serai je moins sot que je m'éloignerai tout autant, je cherche dans le refus, tous les refus une santé, garde tes suspicions, appelle moi salaud, fou, bâtard, tout cela m'importe peu, la moindre de mes faiblesses t’élèvera, cela je le sais, le moindre de mes mots s'achevant cachera tes plaies,et c'est toi qui te rachetais de tous nos jeux équivoques, de nos glissades, de nos frappes, de nos chaux vives,plus nous nous accusions, plus tu désespérais, plus je t'appartenais, et plus j'étais ton obligé.


Identifié au langage l'homme ne peut être libre, c'est inféodé qu’il est incité aux datations du monde et du parler, pourtant rien de cela n’est nécessaire,on peut être digne sans dire, comme un qui va les pieds nus dans la neige et qui s'y ensevelit.


Rien que de la défaillance, de l'inespoir, deux de mes fétiches, j’erre sans mouvement dans des jours à modifier,  je ne m'attaque pas à mes stagnations, j’ai droit à l’erreur, je distingue ce que je ne veux pas devenir, c'est-à-dire seul et borné.


Nature morte, je n'ai plus de sympathie pour personne, je m'établis dans la distance, je ne veux plus d'approche, je veux du desserrement, je tâche mes cahiers avec des signes et des erreurs, je commets des rapports contrefaits, je vague jusqu'au plus concret de la fin, indistinctement, je suis dans l'éphémère, la supercherie de vivre, j’ai'un mal indéterminé, bref ,je suis dans la complication d'être et de devenir.


Les petites filles schlinguent, leurs aînées puent, déjà l'ouate, les chiffons de ma mère, le vinaigre de son entrejambe m'écœuraient, ce sont des chiennes et des déesses assoupies, accroupies, ce sont des vomissures de l'esprit, elles qui nous ont trahi, nous ont mal regardés dans les yeux, passé aux ans trompeurs sans philosophie,elles qui nous ont fait agir, rougir,rugir,elles qui nous ont sucé le groin, léché les babines, je leur en veux, elles le savent quinze après ma quinzaine , titubant sous leur corps,sous leurs coups et leurs sorts, sous leurs abus, sur leurs territoires, dans leurs enfers, je vais vomir sur leur sexe, elles étaient mon pommier, mon arbre idéal, puis elles ont fait semblant, elles se sont allongées dans d'autres lits,fait d’autres courses dans d’autres aires, elles ont niché dans les soupentes, dans les lieux d'aise  avec aisance, avec leurs verbes émancipés, charabia toujours adéquat, mes rivaux, ce n'était pas les hommes, c'était leurs mots,leur beauté, pour des constats déformés, écrits sous  l'éclairage couleur vinaigre de leurs vingt piges, à l'intérieur de leur vie,dans leurs labyrinthes avec ou sans leurs cothurnes, parfois drapés comme des boxeurs, ils s'égaraient en elles pour la chienlit d'un nouvelle litière, voilà ce qu'il en est, je suis resté le portefaix de leurs inconforts, de leurs raccourcis, de leurs rancunes, de leur enfance, de leurs allées et venues dans les Prisunic, de leurs fruits nourris à l’âme roturière, de leurs libertinages, aujourd'hui elles sentent mauvais, je ne veux plus fouiller dans leur ventre, je vais rester seul, intérieur, intérieur, jusqu'au fond de mes os.

J'ai retenu ceci d'un imbécile, « Même les bourreaux sont beaux. »


Que préférez-vous, les lèche bottes ou  tous les lèche cul, les deux, on peut facilement les écraser  du talon et voir leur cervelle fienteuse se déverser là où ils se trouvent ?


Je revois f.x,tangentiel véreux qui  disait avoir  le double de mon âge  et qui n'avait pas la moitié de mes souvenirs.


Toutes les femmes qui aiment et qui embrassent ont les mêmes gestes et les mêmes yeux.


Soif de mourir de tous les instants, plus une seule requête à adresser.


Appeler ses anciens amis et leur parler, leur parler d’eux avec des politesses et grand nombre de sous-entendus.


Si par hasard le mal était dans la communication, la communication et ses relents de pouffiassriees, notre monde ne serait   qu'un no man's land.


Je lui ai répondu que la voiture appartenait à mon chien et comme il avait oublié les clés il l’avait garé à cette place.


Blonde, poudrée,  laineuse avec si peu d'entrain, elle aime se vautrer, marcher avec une jupe trop courte dans les rues, absente, inattentive également, et pourtant je lui   témoigne de cette attention exceptionnelle, celle du tireur planqué.


Tous les soirs la sortir du puits, elle, c'est la légende, la légende de la femme nue, et l'adolescent que je suis a des ciseaux dans les mains pour lui trancher la gorge, c'est vrai que je suis loin du contenu de celui qui va conter, je cherche à m’en approcher, mais la magicien que je suis et sur un vélo et il voudrait rencontrer Fellini.


Les puritains dépositaires d’une fausse sainteté  sentent mauvais, leur philosophie est-elle dans le mouroir ?

 
Toujours à propos d’un nom décortiqué, les lettres des extrêmes me ramènent au mot mais sans l'idée de sa mort.

Suis-je à ses antipodes ? 


Il faudrait aujourd'hui j'oublie l'homme, que je le considère comme une bête à  l’hygiène chacal, de chien errant, et les viser, les tirer, jusqu'à ce que tous les deux s'écroulent.


En dehors de l'absurdité de cette profession que j'exerce et qui consiste à ne pas verser dans l'immobilisme je ne fais qu'ajouter à celui-ci le snobisme du pire, le silence, les deux mamelles de mon désespoir.


Boire avec elle, parler, être aussi sot qu'un défilé ou qu’une possession, et toujours trop vite, trop tôt se tirer pour éviter quelques moisissures, sa langue de vipère lorsqu’elle s'épanche.


J'ai acheté des revues pornos, ma main droite fait le reste.


Il y a bien trop longtemps que je la déteste aimablement, dans les secondes qui suivent je la retrouve dans un film Vadim, après elle crâne.


À quel prix sont ces souvenirs qu'elle me tend et que d'ailleurs  il va falloir que je lui rende.


Ce sont tous des larves qui entretiennent en moi le bonheur de ne jamais leur ressembler.


Line elle est en moi, s'y propager, elle  de l'ordre de la contamination, entre les sentiments et le cul, y a-t-il entre nous assez de place pour ce  désir qui n’est pas à note convenance ?


Combien JP m’est proche, combien aussi il me met dans quelques situations absurdes où je suis à côté de mes pompes.
Petite nuit, petite , trop petite, elle a été dans mes ombres avec l'expression d'une mollesse incurvée, du lancer qui n'aboutira pas, de la ciguë qui m'empoisonnera, trop sotte  pour reconnaître qu'elle ne tient pas du minéral, pas plus que de ma chute, pas plus que de la sainteté, trop lointaine aussi pour qu'elle devienne essentielle, et pourtant combien elle m'immobilise dans le désir de me vautrer sur elle, de la bouffer, de l'enclencher, de prendre mon temps, de faire le chien ou l'ordurier, le libraire dans son arrière-boutique, combien elle s'avère être de  la plus basse flatterie, et mon pouls est malaisé.


Je ne la plante au cinéma, gourde étouffante autour de laquelle je ne danserai pas, en qui je ne ferai aucune trouée, aucun voyage.


Trop d'attente, trop de mots imbéciles, trop de littérature, trop de littéralité morne, trop d'insensibilité, aucune détermination, bref elle est ma mauvaise humeur, elle est de ce moi haïssable, c'est-à-dire qu'elle me confère des façons d'illusions,  des façons d'idiot qui s'est laissé prendre à la supercherie d'une demoiselle dont les négligences ne l'implique en  rien.


Nuit avec M, après l’obus, trop bu, je m’y frotte, m’y pique, il faudra que je passe de moi quelqu'un qui picole moins, qui devra se sécuriser par ses anciennes  mesures. 


Repas avec JP et O, rien que de la communication abâtardie par le silence, cette autre me dit que j'étais tendre, en fait stupide,que je l’ai mise dans mes bras et  l'ai caressée top vite, si vite que  je me suis endormi.


Téléphone à C pour m'excuser de mon manque de tact, j'hésite encore entre cette constance  de lui dire que je suis un effronté, quelqu'un qui se suicide chaque jour, qui se renvoie des mots et des désirs, ou me taire, et me taire ne  laisserait rien entrevoir de mon amour, ni de mon désarroi, rien de ma colère en somme. 


Je remets la main sur des photos où l’on me voit avec une femme, celle que j'avais remarquée lors d'un poste de nuit, je lui donnais beaucoup trop d'importance, je la retrouvais géante dans mes écritures, l'idolâtrais, non parce qu'elle en valait la peine, mais simplement parce qu’elle me submergeait de toutes parts et sans humiliation, qu'elle logeait en moi en des actes généreux, mais combien elle était de petite santé et puérile, combien elle me dirigeait dans des divagations sans nom où j'étais l'idiot porté à l'aimer.


Que la maladie soit une force, la forme même de mon travail, des rouages inébranlables, s’inscrit dans l’ inculture et m'amène à croire que malgré toutes mes intériorités je cherche dans quelque culpabilité à souffrir le monde, et du monde en même temps, pour mieux y renoncer, car cette solitude où je m'agite, où je réfléchis, où je m'entrelace, où je m'appesantis, en  avançant en rien dans l'homme m’est intenable, vivre alors m'apparaît comme un délit, comme une violence, et je ne veux pas qu'il en soit ainsi même s'il m'arrive de penser à des réalisations.


Dans ma course effrénée vers la quête, je ne retiens que de l'amertume, c'est ainsi que je crée des enfers à mon goût en présence d'images essentielles, de celles qui vont s'esquiver aussitôt que je la désirerais, cette femme introuvable et insolvable, je ne vis plus que pour m'agiter  dans la parodie de l'amour.


Je ne me ferai plus à ses images, elle n'aura été qu'un petit  phénomène exigeant trop d'attention,il y a trop de d’inhabilité entre nous, et je ne suis plus en mesure de vivre dans le crédit de nos insanités, de nos astres morts et des intensités qu'elle m'imposait.


La nuit m’apporte un sommeil  corrompu, un coup de bambou dans la tronche, ma cervelle brûle, craque, quelque chose comme une crémaillère me broie jusqu'au plus petit de mes interstices, au matin, je m'endors et je vois que tout aura consisté à n’être que de ma propre intimité, une main sur mon bas ventre, un peu comme un faune dans ses propres mythologies et qui aurait fourré une évanouie pour des claironnages à venir.


A  tout  et tous, je dis, ce que j'ai perdu m’en vient à pleurer.


Trop vieux dans un âge où il aurait fallu que je sois à tous les carrefours avec mon bâton et sans élévation, je m'aperçois que je me couche trop tôt, je momifie mes ennuis, j'en tire parfois des bonheurs particuliers, en fait des inexactitudes.
C'est cela aussi ma science-friction, être ce prince des soupentes, des lieux clos et des cagibis, ceux où je m'agite pour me proposer le bienfait des images, je confonds alors l'humeur et l'humour, les deux d'ailleurs se confondent  et m'amènent dans des germinations qui sont en fait des affaires de fumier.


À la traditionnelle introduction en  moi-même j'ai toujours préféré l'amour qui va à la reculade avec ses colloques et ses préparatifs au kleenex, je couche auprès de moi-même pour me recontacter.


Farces et attrapes, la force et la forme votée pour de  la forfanterie, guerrier  j'aurais aimé faire appel à quelqu'un de plus fort, de plus haut que moi qui aurait témoigné quelque intérêt pour la paix, technique d’un triomphe ou d'un décompte, voire d'un retrait, bref je n'ai pas été entendu.