Journal 1989

Carte du tendre qui se détend, oublier, oublier ce n'est pas rien, je suis partisan de ce dormir où je pourrais hélas être et rester sans éclat.


Rien d'intéressant, si ce n'est ce désenchantement aussi intense que tous les thèmes orduriers que j'ai développés avec celle qui en vrac précisait tous les péchés de sa jeunesse et le nom des arbres des forêts avoisinantes.


En plein milieu, du répétitif, du bruit, du vent, des maux de tête et d'estomac, un intestin qui enfle, et quarante heures par semaine me chercher encore parmi ceux qui rêvent d'accoucher d'alexandrins et d’effronteries.


Nuit blanche toute en acrylique, lever à trois heures trente, lecture, des croisements de mots, si peu de liens avec ce réel qui représente l'ennui et le mal de la vie.


Je m'abats au travail, des heures durant, point d'arrêt, pull doublé, collé au corps, je cogne, frappe, perce, malaxe du plâtre et du ciment, j'y laisse ma force, et toutes ces images accrochées à ce double qui s'est rendu aux autres sont défaites ailleurs, et qui autant que moi étaient dans l'article d'une obsession dont ils ne peuvent se dépêtrer.


Mains cloquées, mains sales, mains de bidets et de lavabos, mains  tachées, paumes ouvertes et crevassées, tout cet attirail du tenir qui est dans la forme du bousillé, c'est ça qui me va, ne rien pouvoir caler entre les doigts, tout laisser filer, et pleurer sur et en cette même chair qui s'adossait à d'autres, et si mal à moi.


Tache absurde que de vivre, tous ces mouvements n'iront pas dans la récompense, rien que dans du retrait, puis du coït sans orgasme, rien qu’un petit complément, encore fléchissant pour les saintes splendeurs que tu m'imposes, que tu m'as proposées, peux-tu encore d'essence divine  juger notre de belle histoire, celle qui te rendait belle et de convoitise ?


Babillages, notes, lectures insanes, celles qui incarnent, délivrent les loufoqueries des idées à s'écarter du métier. Beaucoup de fientes, beaucoup de chimies, toutes fertilisantes pourtant, et je reste dans une affliction, chef-d'œuvre puéril où je me terre, me consterne.


Levé tôt, flibustier d'une aube qui cherche à évoluer comme une détestation, comme une détonation. Tout dort encore, bercé par les sangs de roux et  d'ocre, terre abasourdie, abandonné aux délices d’une pluie cordiale.


 Aux formes approchées du pire ont précédé ces mêmes formes, avec leurs contours, avec leurs sentes, avec tout ce qu'il faut pour être, avec tout ce qu'il faut obtenir pour s'accrocher.


Aux sombres heures du dedans se nouent  celles du  dehors. Saveur parfois illusoire de croire que l'on peut encore être titré, compter pour quelqu'un, outrepasser certains commandements, ce que je m'étais fixé hier, je n'ai plus de souvenirs à convertir, parmi ceux qui parlent et  inventent des demandes comme on savoure des ariettes et des pleurs.


Cette bête qui fait de vieux os peut elle encore masquer quelque chose de plus intime que sa chair ?


La voilà avec une figure plus  amusante qu’une ascension en ballon, introduite dans les eaux académiques, la voici dans la peau d'une jeune mariée qui se farde et que l'harmonie transporte vers des services recommandés.


Vie qui témoigne du faste et fastidieux, moments contraires, tout éclate, tout se fond, tout se  désire et par top,et ces désirs ressemblent à des récréations, les récréations à des patiences, à des inerties, tout est brouillé, pourtant dans cette olympiade il a tant de jardins à escalader.