Journal 1989

Ne pas donner suite à toutes ces crétineries marquées comme autant de murs infranchissables, ma langue est un claquement de trop, du caillot, quelque chose de caillouteux, je cherche à migrer proprement.


Je ne vois plus rien qui vaille la peine que je le saisisse, ni femme, ni file, ni objet, trop lourde condamnation d'un esprit qui ne s'était encombré  de la vie, que pour s'en débecter aussitôt après.


Lumière sur octobre, salissures de l'esprit, combien de feuilles sans orientation, sans les pistes du bonheur, pointes de stylo comme des mailles, comme du resserrement, et tout ce qui était étreint l’était  mal. Voilà tête d'œuf que tu te cognes contre les palissades que tu croyais ouatées, que tu croyais élevées pour y balancer tes rages.


Bombé, lourd, rien de libératoire, raison ocre  toute d’encre et en creux, plus d'appétit, être homme n'est que ceci, persécutions, rails, gares abandonnées. Trop blême, trop fragile pour trimballer autre chose que ta laideur, te voici dans toutes les tracasseries, dans tous les crimes d’ailleurs, dans toutes les chaleurs abominables qui sont le secours des présences abhorrées…


Vingt ans après toutes ces révolutions sous la couette, quand s'accomplissent les prières, les belles révolutions, les bonnes résolutions, quelque sainteté aussi, entre le travail de vivre, de se pencher sur les autres, me voici mort aimé, aigu, avec la patience infecte, celle du biographe, avec sa morne littérature, celle qui est sans horizon, je suis dans la démission, je suis toujours dans un  despotisme modéré.


Prédisposé à la honte cachetée comme un sceau, avec des tonitruances intérieures,  reconstitué par tous les dedans centrés, j'ai toujours auguré d'un mauvais mariage, et quoi que j'ai élargi, ça m'a pété à la gueule, voilà pourquoi je suis resté prostré.


À ma jeunesse minérale qui fut une incitation aux dérapages,aux beuveries, aux fracas, aux insinuations, à la dramaturgie, j'oppose aujourd'hui cet homme  entier, épais, lourd, forcé à être dans les jeux d’animation, et plus je veux de l'enthousiasme, plus je suis dans le frein.


Dans ces sphères où tout s'inféode, géographie de la bande, de la fausse indication, voici mes coupantes  paroles qui apparaissent maladroites, mal élevées, qu'elles s’ourlent, roulent, offrent du faux sentiment, et c'est toute la science radine de ses exercices qui est rendue  minable par mes volontés à me ramollir moi-même.


Du quaternaire resservi où se sont déversées toutes mes mélancolies et mes envies de réticences, ressort une enfance de chair et brave où je n’étais pas sujet à la misère ou à la forfanterie.


Larves bocagères, images corruptives, insectes trop grégaires, si grégaires qu'on dirait des voyous qui se rassemblent, nous voici dans les offices, dans les officines, les lieux clos, là où le vénal est un cadeau, et où toute lice peut mener jusqu'aux étripages.


Toujours la même fermentation putride, voilà des miasmes, l'odeur traînante des déchetteries intestines, des reliquats d’hostilité, et toujours le travail de tout traverser sans en être éclaboussé.


En résumé, journées d'approbation, entre la marmaille qui jacte et les témoignages des anciens qui ont puisé dans leurs archives pour des textes à peine plus grossiers qu'ils ne le furent pendant toute leur jeunesse.


Mes mains sentent le curieux mélange de cuisine et de chiottes, au cinéma un film pauvre, je sors écœuré par son inconsistance et ses supercheries, puis des petits pas pour m'établir aux terrasses, soleil d'automne, des filles toujours légères se prennent au sérieux, je m'alite de bonne heure et intimement lié à mon corps avec du coton dans les oreilles je m'endors comme un privilégié du sommeil.


Bêtes étroites, bête basses, chiens, ce ne sont que des chiens d'incertitude et de vanité, combien sont- ils, cent, des milliers, des millions, des approuvés, beurk ;  je ne vois rien de moi qui leur ressemble, ou si peu, et c'est déjà trop que ce iota de similitude  qui m'écœure, je souhaite ne plus lever de la virilité que pour les enculer.


Insolution, tout pèse, tout est de trop, désengagé, las, rien à quoi je  puisse prendre prise, rien que je puisse à nouveau élever, toutes les immanences ne sont que compromis, je cherche à entrer dans la musique et les rapports endurcis.


On dirait que resté seul trop longtemps m'a mené à ne trouver de l'éclat nulle part, et qu'aspiré par toutes les noirceurs du monde je coule dans les remous,les tourbillons, je n'ai rien  élucidé, et je reste là,ailleurs,vide,seul,éploré.


Le peu de vitalité que je trouve dans ces journées vides, il se retourne contre moi, tout sent le fermenté, les faux agrément, l'insignifiance, celle que je  levais au rang de contagion, c'est bien cela la difficulté d'être.


J'ai senti cette nuit là que je pouvais, que je pourrais dormir auprès de n'importe quelle fille, toutes étant devenues mes mêmes.


Dépouillé, né pouilleux, peut être ignoble et malpropre, toute la saleté du monde est dans mes bras, je ne  tombe pas à la renverse, j'ai beau protester, rien n'y fait, tout me rappelle à ma condition d’homme pauvre, entre l'ordurier et le mensonge, et toutes ces paroles fatigantes ne font qu’étayer mon abandon.

Toujours des historiettes, du sacrifice, des chiotteries compétitives, mon infante m'entraîne vers la fin, la fin débouche sur la feinte, et la feinte n'est que le distique du désespoir.


Et surtout, continuer brutalement, centrer tous les possibles, en imposer, se convertir à de l'éclat, exploiter ces mêmes révélations, et  ne pas se laisser retarder par ses fraternités qui d'emblée ressemblent à des accolades.


Trentaine  à risque, toutefois la même épaisseur faite mienne il y a longtemps, sabler, sabrer le champagne, quant au somptueux,le  laisser aux filles avenantes, puis des départs, des tricheries, la tendresse aussi, mais par plaques interposées, chacun se laisse emporter par de l'exploit ou de l'exploitation.


Personne pour achever cette poursuite, dans cette solitude assurée, cette marche vers du carbone ou vers la grâce abjecte est maintenue, j'exténue par contagion tous ceux qui ne sont pas fâchés contre moi, tous ce qui sont restés dans leur propre malentendu.


Tentations d'intimité entre la branlette le goulot, et cette tentatrice qui dort et que je ne caresse  plus, sinon pour la désagréger.


Confort véreux  des infortunés, braguette, ostensoir; en filigrane, de la prière un peu partout, cette même prendra la forme du dédain,de la condescendance, d'une voix sans opinion, que peut-elle encore ici porter à mon oreille qui ne soit de la participation au dégoût, et qui m'obligerait à me dépassionner d’elle ?


Toute sainte forme, outre qu’elle soit devenue raisonnable m'écœure autant par le souvenir que j'en garde,  par ses afflictions extrêmes, tendance qui prête à de l’incomestible.


Tous mes intérieurs, ce où j'ai attenté des procès contre moi, sont quittés, vidés, d’un nouveau mémorial, ceux qui étaient de magie première, ceux qui étaient d'un premier touché, de velours et de traverses, de pierres et de ballasts, tous mes intérieurs, et Dieu comme j'en oublie, ne valent plus que par les malaises qu’ils soulèvent quand je les regarde au plus près.


Automne aux traits d'une cavalerie qui se noie dans une Bérézina, débandade des affairés, tout se rompt, plie, casse, tombe, sans ficelle, les officiers roulent des mécaniques, et leur tête s'ouvre comme une conserve, ce qui pourrait confirmer la vie est déjà trop loin, le  passé n’est  capital que pour un séjour en attention.


J'abandonne ici à ce jour ce qui me reste de philosophie pour m'achever imparfaitement.


Ça aurait pu finir ainsi « D'ailleurs ce livre n'est pas un livre, c'est une respiration. »


Ce que j'entends, écarts, écartements, jamberies, jambages, métaphores,les combles de  plusieurs jours à saisir à la suite, voyages testamentaires, propositions, je le reprends plus tard  campé dans le canapé du salon et j'en ris, aussi grotesque que tous les décideurs lorsqu'ils sont sur une estrade.


Toujours revenir au ça, à ces plaisirs stupides, touchants, s’étendre dans le vent, vers cette jeunesse détendue, détenue dans une cervelle qui se brouille, que l'oral ne rattrape pas, sinon pour de l'anti production, du poison résistif.


Réduire le pessimisme à de la métaphore, et cette méforme à ce qu'il y a d'humainement possible et passable.


Je retrouve souvent au milieu de mes désastres les petites anecdotes d'hier, les compromis, et les sombres apartés, le ferment nauséeux d’exister, toute la panoplie du soufreur qui se recommande de Dieu lorsqu’il s’est  lâché.


Plaisir sans avoir,sans rouage,sans déclaration,sans déclamation, demain me donnera une autre vie poussiéreuse,mais une vie tout de même, une nouvelle face, de l'entretien ,de l'accord,ceux d’un infirme qui s'affale, qui perçoit leurs fourbes penchants, et qui ne veut plus de ses proches.


Sans  hauteur,et  comme je suis éloigné, je fais dans toutes les gesticulation, toutes les inepties, rien ne peut plus retenir un seul de mes beaux gestes, je tire donc les rideaux, et rengorgé comme un chevreuil qu’on vient d’ abattre, je cherche à dormir, à m'épuiser.


Ravines, noirceurs, obscurités sous le bleu  du ciel, orgueil  d’une époque qui se déploie comme une palme, pour retenir et tout étouffer, sans vouloir descendre parmi les hommes.


Peut-être dans la crainte d'un miracle retenu, celui qui sait le premier est prêt à sourire, il déplie ses gestes, retient dans  sa main ses cheveux épais, et borde de l'autre celui qui dort, esclave des mêmes chaînes, des mêmes chairs, des mêmes ans.


Attendre, attendre qu’une femme moins brisée, avec sa sueur, ses perditions, ses hémisphères, sa sainteté, me revienne, me rende le vide moins vertical et la vie inébranlable.


Mis à part, découpage, rien que du recul, panoplie du rompre, drapeau, draperie blanche, et des filets d’eau laiteuse pour peu qu'on en retire.


Avoir gagné en chute, mes bras ont pris des allures de noeud, le torse ne s'est pas fortifié, et au-dedans tout est  sujet à sang,  aux mains pierreuses  enserrer son corps, vouloir encore y adjoindre d'autres mains, des saluts, des espoirs, de belles choses sur le retour, et cette même détresse de condamner.

Carte du tendre qui se détend, oublier, oublier ce n'est pas rien, je suis partisan de ce dormir où je pourrais hélas être et rester sans éclat.


Rien d'intéressant, si ce n'est ce désenchantement aussi intense que tous les thèmes orduriers que j'ai développés avec celle qui en vrac précisait tous les péchés de sa jeunesse et le nom des arbres des forêts avoisinantes.


En plein milieu, du répétitif, du bruit, du vent, des maux de tête et d'estomac, un intestin qui enfle, et quarante heures par semaine me chercher encore parmi ceux qui rêvent d'accoucher d'alexandrins et d’effronteries.


Nuit blanche toute en acrylique, lever à trois heures trente, lecture, des croisements de mots, si peu de liens avec ce réel qui représente l'ennui et le mal de la vie.


Je m'abats au travail, des heures durant, point d'arrêt, pull doublé, collé au corps, je cogne, frappe, perce, malaxe du plâtre et du ciment, j'y laisse ma force, et toutes ces images accrochées à ce double qui s'est rendu aux autres sont défaites ailleurs, et qui autant que moi étaient dans l'article d'une obsession dont ils ne peuvent se dépêtrer.


Mains cloquées, mains sales, mains de bidets et de lavabos, mains  tachées, paumes ouvertes et crevassées, tout cet attirail du tenir qui est dans la forme du bousillé, c'est ça qui me va, ne rien pouvoir caler entre les doigts, tout laisser filer, et pleurer sur et en cette même chair qui s'adossait à d'autres, et si mal à moi.


Tache absurde que de vivre, tous ces mouvements n'iront pas dans la récompense, rien que dans du retrait, puis du coït sans orgasme, rien qu’un petit complément, encore fléchissant pour les saintes splendeurs que tu m'imposes, que tu m'as proposées, peux-tu encore d'essence divine  juger notre de belle histoire, celle qui te rendait belle et de convoitise ?


Babillages, notes, lectures insanes, celles qui incarnent, délivrent les loufoqueries des idées à s'écarter du métier. Beaucoup de fientes, beaucoup de chimies, toutes fertilisantes pourtant, et je reste dans une affliction, chef-d'œuvre puéril où je me terre, me consterne.


Levé tôt, flibustier d'une aube qui cherche à évoluer comme une détestation, comme une détonation. Tout dort encore, bercé par les sangs de roux et  d'ocre, terre abasourdie, abandonnée aux délices d’une pluie cordiale.


Aux formes approchées du pire ont précédé ces mêmes formes, avec leurs contours, avec leurs sentes, avec tout ce qu'il faut pour être, avec tout ce qu'il faut obtenir pour s'accrocher.


Aux sombres heures du dedans se nouent  celles du  dehors. Saveur parfois illusoire de croire que l'on peut encore être titré, compter pour quelqu'un, outrepasser certains commandements, ce que je m'étais fixé hier, je n'ai plus de souvenirs à convertir, parmi ceux qui parlent et  inventent des demandes comme on savoure des ariettes et des pleurs.


Cette bête qui fait de vieux os peut elle encore masquer quelque chose de plus intime que sa chair ?


La voilà avec une figure plus  amusante qu’une ascension en ballon, introduite dans les eaux académiques, la voici dans la peau d'une jeune mariée qui se farde et que l'harmonie transporte vers des services recommandés.


Vie qui témoigne du faste et fastidieux, moments contraires, tout éclate, tout se fond, tout se  désire et par top,et ces désirs ressemblent à des récréations, les récréations à des patiences, à des inerties, tout est brouillé, pourtant dans cette olympiade il a tant de jardins à escalader.