Journal 1988

À mon oreille la musique atteste que le monde vaut, et du matin au soir, les trémolos d'un chagrin qui dure, et que je multiplie sans y prendre garde.


Matinée, pluie en chalumeau, aucun plaisir ne me vient sinon le sommeil qui me rend infiniment laid, la matière même de mes plis ne passe plus que par de sales éclats, ma gêne d'être, je peux plus rien lui dire de vertigineux, je n'en veux plus.


Idées d'automne, de gris, de l’infortune, rien de limpide, tout est clairsemé, le lit du souvenir est un grand vide, l'écho d'un crépuscule et d'une douleur, et dans cet autrefois je vois un enfant qui pleure et qui se cache.


Décodeur, joueur d'abîme, se meurt l'horizon, le reste sert de viatique à des destinées parallèles.


Pour ramasser cette douceur qui se déplie, qui vibre, voici mon chien de chevalet, voilà mes gouaches et ma boîte à marchandises, il s'agit, quand je peins de la déconsidérer, d'y voir une traîtresse verticale et qui vieillit, et dont je ne peux prendre le revers.


Ne rejoindre que son lieu, son espace blanchi où le doute s'insinue comme toutes les trahisons ramassées, s'y retrouver sans superbe, et ne plus voir ses gestations, celles qu'on a fait rimer et tamisées de ses propres misères.


Rien qui ne puisse davantage me conduire à la ruine que ce lent poison d’être, ce veuvage, cette lassitude qui se répète, ces faux replis, ces louvoiements, ces tensions, ces torsades, et ceci pour ne rien dire, comme on fait bouger au soleil son corps, et comme tous ces rapports   sont mal identifiés individuellement et dans l’infortune dans les coulisses même du temps.


Tête lourde et courte, médicinale, seul l'œil s'éprend du lire. La vie est tout ce qu'il y a derrière, des collines, de la peine, un encensoir, un tabernacle, j’ai une nouvelle fois posé mon front contre la vitre, la rue et comme un linceul que l'on déplie jusqu'au sommeil de l'homme tronc, trompé, ma figure est  de lourdeur, j'ai peu d'air expiré. Demain encore me maintenir dans les disques dans cette discrétion, dans les abandons forcés, tout est de trop, et le tout adossé à ce trop et à ce tout. Je vais chercher à ne plus bouger  pour me planquer de tous.


Journée proche d'une récréation indexée à une petite décadence entre les épuisements et les adhésions à la lucidité, temps pour sombrer ou s'assombrir, pourtant me vient une  sérénité annoncée par le sourire de certains, par la conscience des choses vraies.

 
Ceci m’est venu en tête « Dans la fureur d'une facétie primitive, dans la terreur d'une facétie nocturne »


Jeux de mots et menteries, mirages, virages, du basalte et de l’albâtre, du secret, les bras bandés ont des calices dans leurs mains, ils ont en franc-parler et des tours de passe-passe, bref de l'initiation comme lorsqu'on a repêché un noyé et qu’on lui fait du bouche-à-bouche.


Désabusé, ne plus évoquer que des souvenirs, des entre deux, de  l’infection, comment se vouer à la vie, comment atteindre au sommeil sans passer par la honte la rancœur.


Face osseuse, la même qu’il y a vingt ans, qu’il y a dix ans, je brûle mes dernières cartouches, quoique je touche,je le touche mal, je me je dis que tout finira par une croix, autant dire par les assises.


Toujours et encore sans direction, dans les fausses et les mauvaises directives, prisonnier mal  accepté de moi, d'une identité clé qui pas la mienne, puis après du vague à l'âme, je ne sais pas si péter les plombs me fera tenir le coup me vaudra.
Pédaler, le ciel est bas, et se rit entre les lignes qui s'évanouissent aussitôt, le soleil ne s'est pas encore levé, voilà de belles altitudes, de beaux côtés, comme quelque chose qu’on poserait sur un piédestal, si tu t'enroules une corde au cou, tu avances contre le vent, il ne peut plus vient arriver que tu n'aies pas connu, et que tu n'aies pas exagéré.

Je suis en permanence dans des lieux où je ne suis pas assis, à peine debout, ici je suis dans l'absurde rédemption de celle qui me regarde continuer, de celle qui me voit faire des gestes de souvenirs, de désespéré, j’ai pris la forme de toutes les méditations, de tous les leurres, ma gorge n'est plus accordée, mon sexe est effroyable, je suis furieux, je cherche des excuses et ne trouve que de la désunion. Me voilà  porté à plus d'écart que je ne le  voulais, je sacre de l'antique volupté, demain je serai soûl et je me coucherai tout naturellement sur la paillasse ou dans l'herbe, comme un cadet tragique, comme un piéton de la gondole, je me fais remarquer par mon monde à moi et je m'y tiens.


Trace la tiare serait à l'écart.


La vérité s'étire Val.


Rien pour me nourrir l'esprit, incliné vers de la rigueur, du désaveu, dormeur qui s'attelle aux formes que prennent les questions entre l'étroitesse d'un qui revient au bercail  et les pénibles certitudes de cet autre qui se terre dans sa liberté, je m'incline, je me décline selon le sommeil qui me guette, ou que je suis dans le cran du menteur.
J'ai toujours appris à être enfermé en moi-même.


Pierrailles par-ci, reg  par là, tout est à escalader, mais tout crisse, mes pas sont faits pour la marche de celui qui se déplie ou qui se débine.


Le jour fait figure de nain qui est debout devant la barrière à attendre que passe un tortillard, une locomotive, quant à moi, faute avoir accès aux mêmes horizons que ce tortillard et que cette locomotive, j'attends et j'attends encore.
Ma place met trop de pieds dans le réel et pas assez dans le vent qui court, qui fuit, qui bruit et sans qu'on sache le nommer correctement.


Tu n’es, tu ne seras qu'une banale poussière avec les yeux baissés pour épaissir la nuit où tu doutes, qui glisse, loin de ce que tu méprises, avec le faux atout d’un seigneur qui ne peut plus cacher sa misère.


Comble d’une misère attribuée par moi seul et pour moi seul, que cette même doublure s'imprègne du temps et qu’elle me montre sa face désaccordée, afin que je sache à qui je dois attribuer mes épaisseurs.


Toujours cette marche à la limite de l’usure, je ne  tiens rien que la main ne puisse soulever, peser, immobile, sans balancement, je me traîne jusqu'à la cendre où je pose les pieds, rien que de l'angoisse, de la  noirceur et le bleu du ciel pour l'exagérer.

Travail par paliers, petitement et grandement, mais quelque chose de trop que j'ai tiré de mon sang et que je ne sais où jeter, je vais vomir tout mon bismuth.


Vie par ricochet, cailloux et caillots, c’est un jour  un jour pour de la consolation, pour aller sur un autre un autre site et y déverser son sang et sa sanie…


En résumé, guerre de mouvements, mais tant de faux mouvements.


Mains branleuses, mains adéquates, mains pour absoudre tout ce qui est entre les cuisses, mains absurdes, mains en plus, mains en moins,  mains pour les miches, mains palmées, mains cracheuses de feu, mains sacrificielles qui  vérifient la chaleur, maintiennent la mort lorsqu’elle nous serre à la gorge, mains qui prient pour que cela n’advienne pas.


Saute-mouton criminel, une centaine d'égorgés, toujours pas fermé l'œil, puis un aller-retour à la pharmacie, je ne m'endors parmi des ovins qui viennent me lécher les pieds.


Premier août en apport d’inertie, chaleur, gouttelettes, jusqu'à cet oubli à caution qui ne veut pas me laisser en paix, ici ce n'est qu'un directoire, une allée qui mène aux cibles et cribles aussi, où que je sois je suis toujours appelé à fonctionner, mais je n’y suis pas prédisposé, mais je n'ai pas le choix.


Tout au long des jours où je reste en demeure, là où baigne la lumière jaune d'un lustre en rupture d'être, j'ai l'esprit de noir cousu,  et je pense à cet homme de la tombée du jour qui est peut-être mon père et qui se tait.


Je  ne peux, ni ne pourrai m’expliquer. Tout ce que je dessers m'a tant concerné, et pour le comprendre j’ai été industrieux, amené à de bonnes des dispositions sans pour autant convaincre qui que ce soit de mes activités de vivant de métier.


Langue, palais, et tout son charabia de dériveuse, mais elle est d’un amour convenu, un point c’est tout.


Corps exigeant de petite impudique avec ses entrechats, sa toison de fox terrier, ses aisselles proprettes, puis la saisir, la dessiner, la prendre et la peindre au couteau avec tout son attirail de volubilité pour des corps à corps à coups de chaînes, cachettes et encensoirs, et moi je m’y suis adapté, j'aime ces mécanismes qui vont du flanc à sa face mais je n’en veux rien garder.


Terrasse à la  tombée du jour. Quelque fraîcheur se pose en tous lieux, à qui se fier si ce n'est à cette première qui de toutes parts et malgré son abondante cécité assume de me donner une invitation.


Bistroteries, moins d'existence, plus de canapé, toutes les parties ont des matières de honte et à scandale, on ne tire pas droit, on exige du  quatre pattes, un quatre quarts, sur le coup de midi on s'arrête, on n'a aucun motif pour le faire, si ce n'est de sortir de nous, et aller voir ailleurs si ça chante mieux.

Au petit zèle du départ, le petit zèle du revenir. Ce ne fut pas une échappée, rien  qu'un parcours sans plainte où je pourrissais de l'attente du contentement simulé. Je vais dans les prochains jours m’alléger de toutes les contraintes pour un fardeau plus adéquat.


Rien que de la représentation, plus ils veulent séduire, plus ils schlinguent, ne vaut-il mieux pas que sous le couvert de leurs gestes, de leurs paroles, ils s'éloignent les uns des autres,à des semaines de moi, j'ai trop connu leur façon de rat et la fièvre du retenir,et ça me pèse?


Algèbre en petits carrés, je dois et vais retrouver ma chambre, cette Ninive voulue où volent des oiseaux sur des nappes d’or et de sang. Je crois que d'amour empêché, je n’ai que trop détaillé les constructions où je me désaccordais, j'ai trop compté sur les couleurs, j'ai mangé trop de couleuvres, pour pousser mes extraits et ma honte de mon être dessaisi vers du n’importe quoi.


Gonflé de rapports et de vapeurs cotonneuses j'interroge ma sexualité, cartonnage de rougeurs, beaux soubresauts d'un ibis rouge qui se trouve dans l'homme fou, dans du démembrement, dans une terre impropre pour y jouer de la perfection, sinon de la putréfaction.


Telle apparaît à nouveau dans la soumission de celle qui n'a pu faire merveille et s’est courroucée. Je reste dans son attention, j'ai la place de celui qu'elle a mis en ses distances, ses discontinuités. Demain, dans cette permanence où elle veut que je demeure, je me rétablirai, saura-t-elle que je n'ai plus rien de lunaire, et que tous les solides que j'aimais partager avec elle ne vont pas dans sa navette, le seul tort que j'ai, aura été de m'être rendu véreux dans son accablement, je retiens d’elle les attributs qu'il faut maintenant porter, et tous les enquiquinements qui m'attendent et dont je ne connaissais pas les façons, ni l'entretien.


Frein à la bête ordurière que de grosses mains ont saisie à l'encolure, et qui émet des cris rauques, qui attend quelque chose dans le ventre,un peu comme une épée.


Exemplairement en place dans un quadrilatère assez grand afin que j’y entaille mes lubies et ma quarantaine. 


Je n'ai jamais connu de réelles délectations, il faut que je cherche des meilleures conditions d'aventure pour m'établir dans un bien-être sans analogie, là où je pourrais  sentir jusqu'où et comment les transformations, toutes les transformations sont une réelle faveur.


Comme tout arrivera à son terme, et dans ces conditions qu’est la vie, sinon un rapprochement, voire du détachement, j'imagine que passer par là est un acharnement  dans l'imagerie caduque des excès, et où je me borne, y aura-t-il quelqu'un pour relever de la pellicule le seul cliché  où je suis expressif, et qui me dira que je me suis substitué à moi-même pour être plus indigne que je ne le suis en réalité...

Au désert sombre, pergola, Golems en chemise courte et chansons à boire, là quelqu'un se retourne sur des abandons, ici tel autre se présente dans une oasis  avec ses théorèmes, avec le thème de l'accueil à domicile, dans un tempo trop lourd, et que je ne peux aborder avec la constance d'un maître de maison qui  par ricochets zieute sur les petites bâtardes de la berge qui entrent dans la réflexion.


Rues  dans la torpeur, quoi qu'il advienne la journée expirera par convention. Au plus vert du vert dont je me souvienne, je retiens ce baiser d'une adolescente debout contre un cerisier et toutes les stries qu’elle fit sur ma chemise blanche et sur ma bouche.


Écrire par et pour celle qui me nomma capital. Écrire pour elle et par celle qui me fit. Écrire pour et par celle qui m'envoya paître et dont je retiens l'odeur quand elle s'appuyait contre ma poitrine.


Je n’aurais fait que longer la vie comme on longe les avenues, dans la nuit, sans rien voir, sinon des rabatteurs, des racketteurs, des filles  de nacre et de salissure, avec mon sac sur l'épaule et le rouge à lèvres  de mon inanité sur ma bouche et la leur aussi.


Frappé d'incohérence, toutes les coïncidences sont des appels à gober de la vie mal offerte, cheveux au vent comme à vingt ans, jeté dans le monde et la  mode, ceux que les grands recentrent sur les grands chemins à suivre, dollars, pépettes et pépées,puis finir dans la peau d'un cueilleur de pommes.

Route indésirable, on file, on  roule vers un autre soleil, une autre terre, là où je serai encore moins éveillé, encore plus en colère, je désespère déjà d’un oui octogonal.


Soleil, on ravale les stores, des enfants lisent, les grands débattent  dans des herbes sur lesquelles ils ont craché, et ça dure, ça dure, il faudra bien  que j’ouvre une nouvelle fois les yeux sur eux et aille sur le parcours qui m'attend et où je ne rencontrerai que du strip-tease oral et redondant.


Parfois l'idée de ne plus être me prend comme  la plus forte des nausées, je me tais par vocation, mon cerveau peut voler en éclats que je ne pesterai pas, mon corps est pris dans ses propres viscosités, c'est ce que je m'inflige. Je dors dans l'herbe ou s'accrochent les notes  des grillons et dès les premières lueurs du jour je me lèverai humide , pour poser, peser encore sur un jour ordurier.


Toujours les bandes et  les couloirs, des routes blindées de poussière, ma patience est celle d’un  remplaçant. Encore quinze jours à tirer, à n’être tenté que par de la disparition,  de mauvaises dispositions. Je pense déjà à tous les emmerdements qui m'attendent entre la parole et les attentes, entre les  fanfaronnades et les forfanteries, entre la patience le jeûne et la jubilation, encore des attentats à mon encontre, tout prend la  forme d’un désaccord ancien qui va vers la rédemption, tout se confond à ce continent à qui je donne une forme, une forme et du format.


Jours d'océan avec ses tournures déchiquetées, les batailles et les baptêmes de l’eau  prennent la l’aspect de fausses confidences, et des plus grands des outrages, qui s'avèrent être un sacre courageux, ou un inexplicable saccage, bref je m'emmerde sous le soleil.


Plus aucune saison sans agression, sans encaissement, plus de lignes partagées. Les souliers à pointes ne font pas crisser mon parquet, le lit n'est pas cette grande rive où s'étaient postées les plus belles des tireuses, plus rien qui ne veuille de ma grâce, je garde les mains froides et les plante dans mon cœur.


Nuit étoilée avec mon engagement pour le feu, l'amour tout droit sorti des forges a pourtant une odeur d’égout, ah mes  chers amis, vous restez comme ces postiers qui vont me donner une lettre en main, et que je déchirerai, malade jusqu'où viscères, exaspéré, je fais pourtant  le tour des églises et des beaux lieux, j'y vois que Dieu  y a toujours des turbulences.


Il aura bien fallu que tous ces avertissements me servent à quelque chose,  non que je n’y suis pas attaché, mais  me voilà en permanence d'immobilité, mon dernier rayon s'est affaibli, de cette face il ne me reste que des jours d'un figuré de solitude, mon  regard est par derrière avec les yeux morts.


Ombrageux, je ne réponds à personne,  toutes mes apparences sont dans la chronique d’un jour sans merveille. Demain il aura un autre décor, une autre ville, d'autres visages, quel  dommage que de supporter  cet homme que je suis…


D'un seul tenant ce corps, toutes ces voiles, carrés tendus d'un seul tenant, ces nappes avec leurs plis,ces châles qui s'enroulent autour d'une femme qui dort et ne se soucie pas de moi.


Vie trop étroite, questions laborieuses pour des réponses d’arpenteur, je reste devant la grille  de cette maison où ma compagne se fait les ongles et sauter par un autre.


Celui qui me sourit  me dérange, je reste ce mousse à la  vareuse blanche qu'il a salopé parce qu'il a tant lustré les coursives éclaboussées par de l’eau sale.


Celle qui dort frappée par  le sommeil que je lui ai rabattu a de belles façons,  les jambes comme en carlingue, elle  passe les mains dans la raideur de mes cheveux,  les pose sur mon bas-ventre,  voilà ma recharge, elle  va monter les marches pour bénéficier d'angles morts ou je la battrai de  mon corps, puis j’irai au sommeil,  transparent de partout et sans nervure, et non pas sans mes énervements.