Journal 1987

J’aide à me refroidir, je livre à d’autres des armes qui me déchireront, je me propose à de mornes défilés où l’on verra mon corps moribond se tendre vers mes origines, je suis ce suicidé perpétuel qui jamais ne renoncera à mordre la poussière, qui voudra de frêles racines afin de se fonder dans le sol à l’ombre d’une église.


La lune comme une bague à cent balles aux doigts de la nuit, et dire qu’il ne faut pas aller plus loin pour se rappeler le théâtre, le style, les pâles constructions du jour quand tant de noirceur le fréquente.


J’emprunte d’anciens rêves à des jours plus tranquilles, j’ai soif d’être plus désolé encore pour écrire cette date là, ce retrait dans mes basses chambres, comme lorsqu’à dix ans j’étais déjà dans une mélancolie où je déplaçais le monde jusqu’à moi, pour m’y poser en taciturne avec tant d’omissions contraintes et contraires.


Je ne suis pas préparé,pas prêt,pas frais,trop fragile ,presque essoufflé,qu’on me laisse alors accueillir quelques déesses égarées qui auront du caractère pour traiter avec mes petits drames,à cette place où elles officieront comme des apothicaires qui dans leur soupente travaillent à exagérer des potions.


Que puis je faire de mieux que de respirer,de renifler comme une bête qui demande du soin,des ravalements perpétuels,des flatteries particulières, et des pommades médicinales ?


Je suis un déshabilleur dont la vocation est de porter de sales vêtures, un point c’est tout.


L’ambition lorsqu’elle a les yeux mouillés reste toutefois aussi crapuleuse qu’une opulence qui se ceinture.


A quelques pas d’ici je ferai mon devoir.


Arrive que le travail m’accapare, qu’il me fasse sentir l’odeur de l’agréable, que le temps accordé aux autres ne soit plus de ma faiblesse, que les murs que j’élève ne vont pas aux pièces borgnes, que je partage des formules d’honnêteté, que je veuille partager des idées de bienfaisance et de bienséance, jusqu’à oublier mon goût pour la fange et les rebuts.


Et dire qu’un jour il sera un nouveau jour où je ne pourrai plus aller dans mes provinces reculées,q’une sale lumière collera aux serviettes,qu’elles ne m’épongeront plus,que tout ira à mes dégoûts,ce jour là je m’allongerai et j’attendrai.


A force d’usure et d’usage la vie se fait plus agréable, on parle avec sa propre langue, enfin on est bien dans sa peau qui colle à une autre peau, et puis l’on s’étire, on baille, on va dormir dans un nouveau bien être, ce jour là n’est qu’une fantaisie de plus.


Je vais parfois si réconcilié à mon propre corps vers ceux que j’aime, que ça en serait une indécence si ça durait, comme une vulgarité de plus, quelque chose de grave et d’imposé pour des politesses exagérées, ces temps là sont rarement à mes tripes, heureusement.


En société je fonctionne comme une pendule qui donne la bonne heure deux fois par jour, avec un bonjour et un au revoir.
Trop visiblement amoral, et ça m’amuse de me dédoubler,d’offrir des carrés blancs à ceux qui n’ont pas de cinoche intérieur, à ceux qui découchent de leur mémoire, à ceux qui sont légers et stupides de leurs contrepèteries, à ceux qui ont des obligations, bref à ceux qui me ressemblent.


Il y a des temps et des temps où tous sont inamicaux, et sans que j’ai fait quoi que ce soit pour les livrer à ces extrémités.
Les lieux où l’on dort sont les plus beaux, son propre corps, les hospices, les morgues, les cimetières, tous dans le culte du vrai sommeil, je les vois à l’image d’un monde merveilleux où il doit faire bon de se lier d’amitié avec qui que ce soit.


Nous prenons tous des options sur le temps et ses profondeurs, pour n’y pas être enfouis, pour ne pas aller dans ses indécences ou dans ces vertus, puis c’est Dieu qui décide avec ses bouffonneries, son attirail à malices, quelle chienlit de plus.


Je n’ai jamais su m’employer à bien les aimer, à les polir tous ces imposteurs de l’existence, reclus dans leur insanité et imbécillité, en fait je rougis et m’emporte à leur rencontre, puis je bois pour me taire, sinon j’éructerais.


En surplus de moi et de cette bête qui mugit avec sa lourde tête, et qui va s’épuiser dans le silence.


Quel dommage pour eux qu’ils ne sachent pas qu’ils appartiennent à un temps donné, et qu’ils sont déjà sur la route de leur sépulture.


Parole d’untel «Je me tuerais si j’en avais le temps »


Nous nous entretenons avec habilité dans des espaces pleins de drames et d’orages, nous défions la terre et le ciel, puis nous nous endormons sans rien avoir accompli.


La chair est triste hélas et j’ai pris trop de livres…


Nous paraissons tous pauvres dans ces vêtements d’usurpateur, dans ces décors en papier mâché, pauvres dès le foutre de nos naissances,pauvres de nos père et mère indécents de leurs petites abondances, pauvres parce que pressentis à des glorioles,et ainsi de suite.


Nous descendons toujours vers Dieu sur des pentes glissantes qui nous ramènent toujours à un corps dont il n’a cure.
J’écoute d’anciennes chansons  comme on va sur une table d’opération, les larmes aux yeux, le cœur à la chamade comme à douze lorsqu’on allait au premier baiser.


Tout ce que j’ai de beau et qui est derrière moi a été conçu dans du rêve, le reste est allé aux latrines et aux dépotoirs.
Voici qu’ils usent encore de la parole comme en proportions de terrains bouseux, le mot ne leur a jamais été sérieux, qu’ils restent ce qu’ils sont ceux là, ceux là et rien d’autre.


J’ai la mémoire en cargaison, en ponts de navires entretenus, en cales sèches, cette mémoire là est de belle utilité, quant à l’autre trop immédiate, elle ne contient qu’un surplus, un pardessus de vie mal organisés.


Le propre de l’homme serait qu’il réside dans l’extrême lucidité et lividité du moribond et qu’il se taise.


T.S,clone ritalisé,un mètre cinquante,comique,moustachu,presque chauve,une savate avec des émotions,un phoque sur une estrade,uniforme avec sa parole lancée comme se dévisse un accordéon,incrusté dans la vie,dans son petit labeur de laborantin qui divague,ventru,ventripotent,et je ne sais si je dois lui cracher à la face, le honnir,l’injurier,je me débats avec mes sens pour ne pas lui balancer mon humide baratin.


Et l’on a vu des hommes se chouriner l’un l’autre le cœur avec un schlass de vingt centimètres, et qui étaient des amis.
L’équilibre est aux champs, rat servile de toujours paraître, les clous sont sanguinolents,les songes monocordes et désaccordés, tout double érige une crainte, cette obligée de la désespérance, abolir la vie tiendrait de la grâce si elle était d’une main divine, me décider à être est un sursaut de plus…


Le malheur il faut toujours voir par où il arrive, s’il arrive de la gauche c’est un crochet qui part de la droite, s’il arrive de la droite c’est un crochet qui nous atteint à gauche, de face c’est un uppercut, et celui là c’est toujours un ami qui le décroche.


Chacun dans son humaine comédie fouille dans ses moralités pour en tirer un poignard avec lequel il ira trifouiller dans les nôtres.


Si désolé que l’ardeur est un effeuillage désuet,un épluchage, un lieu brûlé où le repos se prolonge dans un corps déplié sur un transat, puis des revenants…


Plein d’alcools anciens et de drames, plein de cette misère qui s’étire et se déplie comme un crucifié, la main serré sur mon sexe, puis dormir, dormir…


Tiédeur du temps ,échappées sous un ciel bas, jeté dehors dans la vie molle,sans témoignage à apporter, dans la mauvaise habitude des tours de force et des ficelles, le tout correspond au mot….


Esprit dans de la vacance, vacuité peinte sur du velours, sur des mauvaises intentions, sur de l’inattention, puis tout se qui se dessine et devine en contrebas n’est plus que de l’ordre d’une pâle copie d’une imagination qui dégueule toujours et encore sur tout et tous…


A cette pensée, éponge sans le parfum de la mer, j’oppose cette autre pensée, fleur suave de rhétorique, idéale inertie qui dit jamais en serrant les dents.


Ensablé jusqu’au ventre, du sous sol où l’on me regarde on voit mon froc baissé, mes jambes comme des traînées de poudre qui iront se frotter à l’or du célibat.


Zéro sous le nombril,belle pourriture qui s’étend entre la vase et l’argile, écueil d’être dans l’erreur d’être, et puis des reculades avec les yeux pochés de noir pour ne rien voir de ce qu’il va advenir de cet esclavage.

J'aimerais me borner, me bourrer la gueule, me bourraher, ou quelque chose comme ça, simplement me barrer, mettre  une croix sur tout ce qui m'échoit et qui m'est difficile, sur ce que j'ai promis et n’ai pas tenu, sur septembre aux chandelles et décembre aux mouroirs.


Sois tranquille, laisse  le lendemain faire son office, qu’il se passe encore et encore autre chose, que les heures t'enseignent la patience, la légitime loi d'être cramponné au sol et à ses airs de doublure et de roulure employées à tout rendre visqueux, comme lorsque la littérature bave sur la page gonflée de sperme de salive.


Dragon est onagre en moi, que chacun  use avec le plus grand bien de sa langue et que l'ennui ne soit pas une nécessité   pour entrer en moi et faire ses saloperies de spectacle, avec sa grande queue et ses feux d'artifice.


Je prends congé une nouvelle fois, au revoir mes chers amis, mon bûcher travaille pour moi, s'il m'embrase autant   que l'enfer pavé de bonnes intentions, il ne pourra rien contre l'épaisse cuirasse cuivrée que je vêtirais  pour parer aux jeux du confessionnal. Aussi je vous salue avec ce qu'il me reste d'entrailles, d’entrain  et de diableries.


Peu de goût pour ce tout, à certains moments cette part accordée à autre chose que moi, je me dois de l'éviter, c’est une forme d’oisiveté que je nomme «  Paresse supérieure » faite pour se regarder de près, s’examiner le nombril quoi, et le pronom personnel « Je » qui est un  coup de poing sur la gueule des ambassadeurs de la médiocrité.


On pourra dira à sa mort, «  Il a commis » comme si commettre s'apparentait à être, à  occuper son temps à feindre, être un agneau et un loup à la fois, quelle supercherie. 

La terre est un lieu de fausses gloires  où nous rognons la sincérité par les deux bouts, et trois fois sur quatre nous nous limitons  à bien nous nourrir avec nos façons d'ogre répétitif, il m'arrive de me montrer à mes propres risques dans ces positions, comme un chien à bicyclette sur l’arène du cirque qui considère la course contre la montre comme une poursuite, alors qu'il ne s'agit que d'émouvoir un public qui croule sous le poids de ses hésitations.


Inutile pour moi de me coller à d'un personnage attachant. La faute en incombe à mes facéties, fabulations, erreurs, farces que je montre pour des castelets dérisoires, quand le public s'attache à trouver là où est l’imposture et non la posture.


Nulle part ailleurs qu'en moi-même je ne trouve réunies en de   vastes espaces, mes dominantes noires, la trace de mes parents familiers et buteurs de sons, de mes chers amis qui ont tant contribué  à effacer mes pas.


Il faudra bien que l'ombre m'occupe encore et encore, pour que j'y trouve ce que la nuit  a de ressemblance avec elle, comme une espèce de résistance au temps et à ses facéties.


Automate contradictoire aux  poumons perforés, voilà à quoi j'aspire, ceci  ça me rend pourtant stérile et con, mais je dure et perdure dans cette idée.


L'éternel ennui de lui-même et de ses démons intérieurs conduire à l'homme aux dépotoirs, voire dans les charniers du ciel et des peines mêlées, là où un dieu à la voix qui mue  nous regarde et s'indigne de nous avoir prêté quelque habilité.


Je crois que quelqu'un de très haut à inventé l'homme pour nous réconcilier avec la bête, quant à moi je me réconcilie avec celui qui applaudit, m'applaudit lorsque je vais trop loin, qui m'exprime l'essentiel par l’excès de rides de  son visage, qui accomplit la paix, quand la paix est nécessaire.


Se retrouver, comme si se perdre consistait à s'égarer à deux pas de soi-même, pour un temps et une attente minimes,pour aller jusqu'à soi et s'asseoir dans sa réputation de perpétuel chercheur qui ne voit pas que le ciel est au dessus de lui. 


La pomme a inspiré la bête,la bête se cale et colle au monde comme un ver à son fruit, la bête et le ver ne font qu'un, l'homme déjà s'alimente d’un fruit douteux, les yeux clos , comme ceux des reptiles qui couvent un œuf duquel naîtra un démon.