Journal 1985

Comme remède contre mes résignations ,le célibat n’a pas de bonnes posologies, je vais balancer mes sentiments dans des livres ou quelque chose qui leur ressemble.

Au terme de notre parcours, nous verrons que nous nous sommes substitués à d’autres, et que nous devrions les saluer, ou faire profil bas.

Hier encore, si pesant, si gras pour exister, pour mettre des traces un peu partout, puis des mirages, des mirages et encore des mirages.

Quand elle a tiré à elle le rideau de la conversation, impossible d’en placer une, et ça durera, voilà ce que font nos enfants…

Taille de guêpe et quelques trucs comme une multitude d’anneaux autour de la taille, cousine d’un animal soyeux et qui me zieute, j’attends la suite avec la patience d’un impatient.

Au contraire de tous les contraires, je ne suis pas contrarié par l’apparente apathie de leurs mots, ceux qui ont de cette vie par intermittence..

Ces milliers de photos de mon enfant de sa naissance à aujourd’hui, je les regarde les larmes aux yeux, tant de lumière dans son regard, sur son visage, que toujours elle garde cet éblouissement, je l’y aiderai.

Ma langue natale avec ses roulis et roulades, ses accents, ses injures fécondes me manque, j’ai beau parcourir la ville, aller dans les bistros, les parcs, nulle part le son de l’endroit où je naquis, je vais me saouler et me parler.

Je déteste la façon qu’elle a de me saluer, de me regarder en coin, comme si j’avais commis quelque chose de malpropre, comme si elle savait de la bouche d’autres femmes celui que je suis…

Avant de dire quoi que ce soit, je devrai aller à mes vérités intérieures, à ces mots que je ne dis pas, que seul j’entends et qui tous tendent à dire « Merde »

Ce que je sais faire bien c’est de peindre mal ou d’aller dans une bibliothèque choisir un mauvais livre pour en extraire les plus beaux des mots.

Celles que je préférais ont toujours été désagréables, je les envoyais paître de mon silence, certaines s’en accommodaient, d’autres non, j’y repense à présent comme si j’avais été puni de n’avoir pas été tenace ou bavard.

Jour de reconnaissance, je relis mes mots, ceux que j’ai envoyés à une telle, je brasse d’anciens souvenirs, m’en débarrasse aussi, certains de mes sens l’admettent, d’autres pas, je vais faire un contrat avec moi.

Autour de moi ce qui ne devrait revenir à personne revient à tout le monde, fragilité de notre espèce, nous croyons détenir, posséder tant, que ce tant est un tout petit rien qui schlingue et persiste en nous une vie entière.

Soleil dans un site propre et approprié, les hirondelles effacent le peu de gris qu’il reste, pas le mien, l’été ne m’est pas accordé, je vais parler, m’adresser à des arbres qui me coïncident plus que les humains.

C’est un grand peuplier dressé comme un sceptre que je regarde parles fenêtres de la nuit et qui me renvoie à mes fausses droitures, comme lui je ne dors pas, je veille et ma veille est électrique, je vais me court circuiter.


Printemps dans les temps comme un pétard qui a la mèche allumée.


Tous ces virlojeux qui bavent au devant des dindes de prisunic, qui se débâclent, j’aimerais qu’un grand fauve les dévore tous et toutes, je vais inventer un nouveau démon.


Dans le confort des mots habituels un juron fait office d’incommodité, c’est un tout petit venin, que dire alors du mot « Foutre » qui nous va si bien à la langue et au palais, et qui retentit comme une grosse clique.


Habitué à vivre, nous laissons de côté l’idée de la mort, elle ne nous affole pas, jusqu’au jour où elle nous rejoint pour un spectacle final, et là, la vie apparaît comme un excrément.


Ma fille dort, c’est un grand silence que son sommeil, presque sans souffle, nous ne devrions pas laissez dormir nos enfants, nous devrions les mettre dans tous les éveils.


Douceur comme en un temps de communion, et ma trentaine, et mes antiques gestes qui vont à la glaise et aux pinceaux.
Je pense souvent à l’eau comme à une bénédiction pour laver nos mains, en serrer d’autres, nous décrasser de toutes nos impuretés.


Nous prenons tant de goût à notre corps, à nos techniques pour le toucher et la caresse, que toute sécheresse nous semble un mal aussi douloureux que l’antidynamisme des mots.

Que l’on juge quelqu’un sur sa triste mine,et voilà que ce quelqu’un sent le vin , dites plutôt qu’à tout rendre vague, sans consistance, incertain , on peut fabriquer un type qui ira au tribunal ou pisser sur votre tombe.


Si je m’en remets à moi-même, je m’en remets à un aveugle ou à un sourd qui se confie à un cul de jatte.


Qu’il est gai ce pinson, ce diablotin qui est dans ma maison, qui a du repos et de clairs commandements, qu’il est léger et tendre son pas, comme si avec un seul verbe je pouvais l’énoncer toute entière, voilà ma fille à qui je ferai éviter Dieu et ses apostolats.


C’est ici qu’habite Vulcain, avec sont attirail de tridents, de marteaux, de trempes, avec la trop lourde enclume que nul ne peut déplacer, c’est ici qu’il cogne dans les cerveaux malades, n’allez pas chercher plus loin, l’enfer est à nos côtés.


J’ignore s’il faut être loup ou brebis, aujourd’hui je me satisferais de mes crocs, demain on verra…


Au milieu des aigres mots, le mot « Délice » et « Antilope » me semblent beaux comme un déherhache qui va se faire bouffer par les requins.


J’ai toujours eu le souci et le détail de l’attachement, le fil qui me relie à ceux que j’aime est de la résistance d’une trévire de marin, quand aux nœuds ce n’est qu’une vague idée d’un suicide à venir.


J’aimerais tant que l’usage de la parole se perde à trop l’empoigner et employer.


La pauvreté que voudrait salir la fortune n’est plus pauvreté, c’est une débonnaireté qui risque un jour de se trouver payante…
J’ai laissé mes cheveux et mes ongles aux mains d’une femme bien élevée, consciente de l’épi et du .grain.


Insensé en qui les pensées ne s’unissent plus lorsqu’il veut parler, me voici prêt pour une vie ordinaire et de réclusion, mon curé me dit que c’est mauvaise foi que trop de silence, mais qu’entend il lors de mes confessions, sinon ce pacte que j’ai noué avec la taisance.

Mon linge sale est lavé par moi seul, je suis de ceux qui usent encore du savon noir et de ses mains.


Je pars pour un long temps, je retrouverai ma fille en lus grande de quelques centimètres, je sais que mon départ la chagrine et qu’elle va garder dans ses yeux l’ombre que je suis et qui se déplace trop loin.


Je dors tout au long du voyage, cassé en deux, le train a parfois des soubresauts de cabotin, je suis sur une banquette d’un bois dur, certainement d’un chêne qui a du en voir des pendaisons.


Ils me font chier et suer, je ne suis pas de et dans leurs attributions, je passe pour quelqu’un qui fait trop d’ombre à d’autres et ça me nuit autant que ça les enquiquine, déjà que je ne vais pas à leurs consultations, quand au reste ils le verrons plus tard.


Les femmes des autres ont des poitrines bien lourdes et bien élevées, des reins aux cambrures de chute, des jambes rosacées, si nous étions moins laids peut être qu’elles nous feraient un clignement d’œil ?


C’est le gel entre elle et moi, des mots à couvert, des rapports sans complicité, du trucage quoi sur une pellicule trop fine, et dire que je vais en rester là.


Tant d’indifférence finira par leur peser, et mon poids d’existence les écoeurera, ils voudront alors ne plus rien avoir à faire avec moi.


Je la retrouve dans la peau où je l’ai quittée, elle me rappelle les voiles des aurores où je me suis voûté pour regarder le ciel, que passent encore les années et je la percevrai indemne de ce que ne lui avons pas insufflé de sale.


Il n’y en a que pour elle, et j’ai tant à lui donner…


File le temps comme acoquiné à une vitesse qui nous dépasse, me pèsent ma trentaine et ma quarantaine toujours semblable et indissociable de mon peu de penchant pour l’homme, je gravis des marches qui me mènent vers un je ne sais pas où…


Le lit est défait, je m’y jette épuisé, hagard, les yeux bien en dedans, comme un lépreux qui s’endort sur sa limonière oublié de tous.


Je peux aisément parler de tous ceux que je déteste, ils peuvent aisément me haïr…

Je n’ai pas d’arme pour parer aux coups que je me porte, restent les cris sourds poussés en dedans et que nul ne perçoit…


Printemps dix neuf cent quatre vingt et des poussières, plus de poussière que de printemps.


Je rêve d’un nouveau lieu, d’un appartement plus étendu, avec cette joie u déménagement que j’ai toujours eue, je prends rendez vous avec la banquière.


Je parle haut, je parle fort, je jargonne toujours avec les hommes, ils sont trop droits et trop retors, j’ai le verbe en chatoiement et ça les défrise…


Mon ennemi habite chez moi et a mes traits et mes fulgurances, avec ses gerbes de mots arides, crus, et qui est toujours de mauvaise foi.


L’argent du pendu roule à terre, celui qui l’empochera se fera appeler par un nom qu’il ne faut pas prononcer de peur qu’un jour nous lui ressemblions.


Temps en douceur, comme si le printemps voulait qu’on le nomme comme tel.


Je dis souvent que je peux mourir sans que quiconque l’apprenne, au fond d’un bois ou d’un ravin, c’est une constance de mon absence du monde, j’y respire mal, ma vérité n’est ni bonne à dire pas plus qu’a entendre, faites venir et vomir vos chiens…


Ils s’appuient sur une canne de bois tendre, ils s’affaissent, voilà les hommes et leur intelligence de vieillard avec une cervelle de sauce jaunâtre.

Celui qui prie, communie, prend un repas avec Dieu, les anges jaloux prennent un train infernal…


Je ne tiens pas à rire de moi, d’autres le font à ma place, et bien mieux que je ne saurais le faire si j’étais un peu déraisonnable, je reste dans la consistance d’un limaçon qui laisse une traînée derrière lui.


Je me fais mes propres déclarations entre guerre et retrait, rien ne m’est salutaire, ni manger, ni boire, je reste en cale et en rade dans un bateau qui n’a pas d’erre.


J’ai démonté une armoire pour la déplacer, ça couine de partout la vieillerie, ça sent le bois ciré, la naphtaline, et tout ça sans horizontalité.


Au beau milieu des écœurements un rire peut nous détourner de l’idée du travail de la vie, qui n’est qu’une perpétuelle condamnation.


J’ai changé de domicile, une semaine dans un ailleurs qui m’évite mon voisinage, ces crétins de vieux espionneurs qui se prennent pour les fourmis de Dieu et qui ont même des antennes dans le dos.


J’habite un troisième étage, je vais à de nouvelles croyances, je peins fougueusement des formes humaines, du rouge, du bleu, du jaune et puis le violet de la désolation de ne pas savoir faire, les tableaux ne chantent pas…


Je m’entretiens dans moi-même, dans des hystéries sans consistance, je me voyais attendrissant à vingt ans, à trente je suis déjà au ralenti d’aimer, restent les ivresses qui font vivre mon épicier.


Elle me dit que tant de surface aide à vivre lentement, l’appartement est de grande superficie, je reconnais que cette impression est conforme à la mienne.


Malheur à moi et à ce commerce de lassitudes que j’entretiens comme les moussaillons le pont d’un navire, ce n’est pas de la belle oisiveté, non , c’est la vie, un point c’est tout…


Grisaille comme un jour d’abandon ou de rentrée scolaire, j’ai dans la tête l’image de cette femme occupée à être un courant d’air.


Elle tire à elle toutes les couvertures, je bats en retraite lui laissant le loisir de faire place nette, je vais accéder à cet écrivaillon et peinturlureur qui se tape de tant de choses.

Le temps est à sa toilette des  vieillards fiévreux, torchons et serviettes qu’un dieu essore, ça dégouline de partout, les vitres se plastronnent, j’y vois des visages enclins à séduire, après je m’endors irrégulièrement porté dans mon sommeil vers ce que jamais je ne pourrais acquérir, l’amour quoi !


Voici qu’il cherche à se rendre, à se vouloir heureux, il s’y prend comme un manche, ce n’est pas dans la parole qu’il se trouve, cela nous le saurions dès notre naissance.


Ils sont haillonnés , habillés de loques mais parlent avec Dieu, du moins c’est ce qu’ils disent, à chacun ses berlificots, les miens vont bien à mes propres colères si désuètes.


Je leur donne chaque jour une piécette pour un grand merci, ils me font un beau geste de la main qui va au cœur, j’espère que la bouteille sera dive.


Ce n’est pas un fou ordinaire, ce n’est pas un gouverneur ordinaire, l’un parle avec sagesse, l’autre vitupère, l’un réfléchit son âme, celle de l’autre est déjà promise au diable, j’oscille entre les deux.


C’est presque le temps des cerises que l’on ramassait en grappes lorsque nous étions adolescents, dans les vergers il a neigé des pétales il y a quelque temps, j’ai souvenir de ces printemps où l’on appelait déjà les filles avec des mots que l’on regrettait aussitôt.


Elle me doit autant d’intérêt que je lui porte, j’aime l’excellence des égalités…


Je peins à nouveau jusqu’à en être excédé des filles nues alanguies sur des divans, avec des seins couleur cuivre, ces cheveux auburniens, des membres pourprés, puis du calme vient comme me vient à l’idée les couleurs et les figures des peintres que j’aime.


Je fouille dans d’anciens documents, j’y retrouve les fiches de paie de mes premiers chantiers, aide maçon, aide plâtrier, fleuriste, serveur, poseur de voies, éboueur, l’oubli m’en était venu…


Soleil, soleil barré d’un frêle mouchoir de nuages, j’y vois de gigantesques lapins qui tendent les oreilles pour écouter nos plaintes et nos rires.

Sous le paraître se cache toutes les sommes de nos bafouillages intérieurs, ce côté vieillot de nous-mêmes avec nos cols empesés, nos confessions obligatoires, nos dimanches à la messe, nos pantalons étroits, et notre peau déjà grasse.


Quand éternue l’alligator, les oiseaux qui s’attellent à le dépucer, à le déparasiter vont haut dans le ciel, moi j’y vois mes façons d’échapper aux appels que me lance l’homme pour m’obliger à commettre des manœuvres indélicates ou un forfait.