Journal 1984


Vient le temps de l’intimité ou avec de petits mots convenables, magiques, ma fille et moi nous nous encourageons à enterrer nos lassitudes, nos débordements, il est des moments doux comme son sourire qui annoncent qu’elle portera jusqu’à l’excès cette existence si peu prometteuse.


Le ciel salive, Dieu et ses anges sont dans les salles d’eau du paradis et urinent à côté des bidets, tout me ramène au maître de ces lieux obscurs, au désordre apparent que sont l’orage ou  la chasse.


Chaque jour m’apporte plus de difficultés, moins de locution pour parodier les uns, caricaturer les autres, ah que j’aurais voulu aller aux extravagances d’être le seul à contempler ce qu’il reste de beau, de n’appartenir à aucune caste, et de  discrètement sabrer  la désobéissance de tous ces  impropres par nature, le monde moderne apparenté à la sottise m’avait pourtant prévenu bien avant ma naissance, je fréquente aujourd’hui des salons pleins d’enflures.


Comme un canard aux pattes palmées je marche dans les flaques, mes chaussures  baillent et prêchent des leçons de tiroir, le céleste jardinier sur le toit de briques joue de la pompe et du pétard, ma maison ressemble à un  temple plein d’infidèles, je dois ceci à ma fille, cette touche particulière qui fait que l’on retrouve des feutres sans capuchon dans le salon, la chambre, dans la cuisine des boîtes sans couvercle, et des tapis sans propreté.


Je suis trop nombreux en moi dis-je, et je suis bien trop près de tous ceux que je n’aime pas, laissez-moi morfler, m’enfler et me dégonfler, seule la pompe peut m’empêcher de ne plus tourner en rond.


Il faut que cette violence s’exerce à travers quatre, blanc, noir, et violet, qu’elles traduisent une femme allongée avec une main sur le sexe et l’autre dans ses cheveux, que la matière appliquée, grasse et silencieuse  ne laisse apparaître que la profonde rage de son expression, un peu comme une vengeance ou une  tristesse. Les objets que j’aime ont des foulures et des fêlures, mont Saint-Louis pleure un bras qu’il n’a plus qu’à moitié, et son épée  a disparu, ma liberté brandit son drapeau comme pas un pingouin de bronze, ma muse perd ses cheveux et son nez est pelé, mon cheval n’a que trois pattes, mes tableaux décrépissent, bref tout dans ma maison sent la vieillesse et l’abandon ,même mes meubles, solides pourtant, disent des inquiétudes de lames et de parquets.


La fille de Lucifer malgré ses antécédents ne brûle plus pour personne.


J’entre dans les bistrots comme pour me laver et de mes identités vespérales,  celles qui me vont si bien quand j’oscille entre la supercherie et le blasphème, untel dit que les cartes me perdront, que je laisserai ma chemise à table, c’est peut être une vérité offensante,  mais je sais toujours  accepter une défaite et  faire taire le flambeur que je suis lorsqu’il le faut.


Octobre domestique ses pluies et ses brouillards, les antennes de télévision ressemblent à  des sécateurs qui coupent des nuages, j’applaudis ce gris qui s’étale comme une mousse  à raser sur les arbres qui sont glabres.


Je voulais être serviable, ni servile, ni asservi,  assister   Dieu et ses idées de chapelle avec ses charpentes fragiles, mais j’ai préféré Vulcain dans ses lieux maudits, spartiates, avec les  avanies de ceux qui  travaillent dans les forges et qui répètent leurs épreuves de force.


Lundi, une nouvelle nullité, je dois reprendre le boulot, j’avais complètement oublié la nécessité d’aller m’embarrasser dans des lieux de chagrin.


L’ombre des chiens se profile sur leur maître, et les maîtres délaissés se penchent pour caresser leurs maîtres.


La vie exténuée a été mutée en  de sombres maisons, je suis des yeux une jeune fille de vingt ans aux yeux noirs, au nez aquilin, à ma mesure, elle semble faite  pour aller aux amours lentes, j’y pense plus tard, ma mémoire lui fait un nid conçu avec de doux plumetis.


Les jours se rident, la fête est en mon  milieu avec ma fille qui ressemble à une oliveraie, nul artifice avec elle, nul ne peut la plumer et la faire glisser de rires à  fracas sinon moi. La vie est là en ce corps saisissant, de soixante dix centimètres qui va de l’enfant à la femme avec son poids et ses mesures, que nul autre que le temps ne nous précipite hors de ces instants où nous accomplissons des gestes qui nous  retiennent et nous rattachent à un l’autre.


L’idée du travail retombe comme elle me prit. Dans le foisonnement des cors de chasse, des couple alanguis en plâtre, des déités en bronze, que l’on trouve chez  brocanteurs, j’achète une lampe avec un pied en onyx, de la lumière va être chez moi.
C’est un dimanche d’encre avec un ciel comme un grand lit sur le lit des hommes, je me lève avec l’aube comme on sort d’une tente pour me  poster à l’air libre et prends des bouffées  pour accomplir ma journée.


Temps de marbre veiné comme après une engueulade, je chantonne de vieux de vieux airs crus qui avouent mon passé. J’emprunte des idées de serre, de concert, de glossaire, de bréviaire pour des fredonneries, j’ai la nonchalance aiguisée  avec une vague pensée du côté de celle qui s’était parée pour moi afin d’aller aux confessions.


Chaque jour davantage je m’accable délicieusement d’entrefaites  qui occupaient une place que je n’aurais pas convoitée étant enfant. Aujourd’hui je tiens à ne plus protester pour quoi que ce soit, dans mes considérations ou dans mon propos, je vais poursuivre quelqu’un qui me ressemble pour rester identique auprès de lui.


L’imagination célèbre l’apparat, j’annonce prétentieusement un nouveau corps, une nouvelle affiche, un visage offert pour d’autres hurluberlus, rien ne me dépasse, au mot près, je suis un peu dénaturé  comme si des vers m’avaient pourri.


Le vierge, le vive âge et le bel endormi

Va-t-il nous déchiffrer avec un verre qui  livre

Ce  vin doux  oublié qui perce  sous le cuivre

La transparence  gelée  des fioles qui n'ont pas lui 

Un signe d'aujourd’hui  se  souvient que c'est vous

Ma musique qui lève un espoir qui ne givre

Que pour avoir  chanté sa religion où vivre

Naît du  stérile hiver avec tous ses courroux

Tout  le froid secouera cette noire embellie

Par  les lignes infligées à celle qui les lit

Mais non les heures des cols où le gel est surpris.

Fendez l’homme qu'à ce lieu n’y entre sans consigne

Qu’il  mobilise en  songe de qui il fut surpris

Et qu’il aille se frapper à toutes les interlignes.

J'ai déjà entendu qu'on pouvait fouiller dans une âme considérable qui ne fait pas sa chochotte, qui n'enlève pas son enfant malade à un lit d'hôpital, qui n'étouffe pas ses harmonieuses notes, pour cela ,il suffit de laisser sa nature apparaître avec ses entrelacs, ses marées, ses rivières, ses sorbets d'eau courante sur le feutre des prairies, mais je prends garde à tous ces pièges, à ceux de ces rats avec une queue de vilebrequin, ils en disent de ces calembredaines, ils sont d'une humanité basse et affligeante qui ne se rase qu'une fois par semaine et dort avec tout ce qu'elle a oppressé une journée entière quand elle est allée aux mœurs légères. Moi ,bien observé, je suis un semainier malingre, cinq tiroirs, deux manquent, un saurien sur l'arbre aux ronces dentelées comme des encoignures, je tiens aussi de la camisole et du maquisard, la première pour sa forme, le second pour ses hauts faits, j’ai tant de hasardeux ,de nécessité ,de bravache à revendre que je n'apprécie aucune question quant à ces sujets, je ne veux pas davantage qu'on s'enquiert de mes plantes carnivores, de mes pentes inclinées, suspendues au dessus du vide, je veux qu'il en soit ainsi..


Ce sont des créatures avec de grandes fièvres, toutes en paroles premières avec des messages à tête d'épingle, de dé à coudre, ou quelque chose comme ça, un  certain ordre de fin, de subtil, qu’on peut balancer dans de belles conversations. N’étant pas le premier né, ni le premier venu, on m'a dit qu'on pouvait penser à leurs bonnes têtes en noble compagnie, celle qui s'est libérée de ses contraintes et contrariétés. Bref, le débat est relancé un certain nombre de fois, jusqu’a la prise de parole d'un couche tôt qui sur le tapis, d’une main monstrueuse, convaincante, pose une hauteur d'as de pique et trèfle mêlés, tyrannie des seigneurs, nulle victoire ne nous est destinée, une nouvelle occasion de nous  rendre aux bandits manchots avec leur gueule de sphinge, nous on aimerait que ça dure, abattre des bras, connaître la suite qui va du valet à la dame, mais personne n'y consent, alors on reste sur ses gardes, puis on rentre à pieds  en s'appuyant sur un bois sombre, une canne de buis, et chez soi, on appuie sur la seule touche qu'il reste de l'échiquier.


Sortir de mes astreintes, cet ascétisme  imparfait que nul loi n’a orienté vers le populo, mais plutôt m’orienter vers ce désert irradié ou je préfère être mal cadré avec mon héroïne, c’est celle que j’initie à la trempe, et qui servira à la moindre de mes exigences dans un lieu qui ne dispose d’aucune office.

S’il ne fallait compter que sur l’offrande maladroite de son corps, d’ailleurs prédisposé à combler pas mal de solitude, je ne gagnerai rien d’elle, pas même une vue postérieure de ce même détournement.

Combien ai-je convergé vers ces mêmes formes, vers ces mêmes vertiges, combien ai-je percé dans des coups, de gueule, pointé des coups de queue, je n’en suis revenu que plus blessé, plus bas, plus altérable, je vais  finir par ne demander de moi que de la roulure ?

C’est toujours comme si j’étais nu lorsque que j’apparais dans les sphères du langage, j’avance pour un  avis monstrueux, nulle paix que j’affectionnais ne se dresse devant moi, pas une conscience pour me resserrer dans mes enseignements, pas une seule  ne garde pour me relier, pour me ramener aux morts, je parle, je m’agite, je me rive  à la vie et j’en vomis.

Je n’ai de cesse d’aller vers elle, elle c’est  ma légende, celle de cet imbécile oisif, on le  savait d’ailleurs, blanc ou noir, quand il n’a aucun intérêt à le montrer, bref je m’abîme à me pourchasser à me défaire dans cette histoire sacrificielle.

J’ai  conclu seul mais affaires, mon appartenance est de celle de  cet Éros qui dénonce que toute loi lui est insupportable, et qu’au-delà de ces affiliations, celles du séducteur, il n’y a rien que du mal vu, de l’abus et de la glu, de la glu  et des envies dégueulasses.

Ici n’est tout n’est que gêne, vacuité et mon sens, je me serais déporté dans la vie, celle des belliqueux que je n’aurais trouvé de place que sous les tables et dans les soupentes.

Comme celui qui écrivait pour ne pas être un assassin,   je suis constamment en lutte  avec moi-même pour ne pas me refermer sur l’homme.

Ce n’est pas qu’elles puent, leurs moisissures ne seraient rien si elles ne se façonnaient que dans le lit, mais voilà, elles font carrière dans l’or du mauvais lit, sous les tropiques, elles se donnent en pâture, tirées par leur sexe, elles se foutent  entre toutes les jambes,  elles se quadruplent, se codifient en tous lieux, dans cette obscurité que je cultive  pour mieux les retenir ou les bénir.

Je vais du Guignol  Band au spectacle des déchéances les  plus avancées, après ça je sais qu’il aura la nuit, la nuit ou la mort, quelque chose qui leur ressemblera.

Dieu que la merde est belle, partout de le fiente, de la fiction, des  crachats, pourrais je résider en d’autres demeures, voir autre chose que des cimetières sous la lune, prier quelqu’un qui ne se serait aperçu de rien et qui me mènerait dans la paix piètre des conscrits ?

J’ai immédiatement découvert la vie et je m’y suis senti mal à l’aise, non que j’ai été témoin d’études moribondes, de vifs abattages, je l’ai  découverte parce que c’était dimanche, que les dimanches sont agaçants, des agencements de merdes, et que dans cet ennui, cette paresse, chacun est fourbe, fourbu, c’est là aussi que l’image des chrysanthèmes s’est imposée à moi, c’est alors que j’ai pleuré sur le monde, le monde ne m’a pas épargné.

Pour être trop resté seul, trop haut en me rassemblant en moi-même, j’ai du sang qui pourrit dans mes entrailles, dans ma cervelle, je suis né pour être un ténébreux dans cet infernal cratère sillonné par des Styx infranchissables.

Toute idée se matérialise à partir de mon centre, c’est-à-dire à partir de mon sexe,  nul autre que  moi ne doit  trouver ici de rayonnement pour une nouvelle architecture, pour des assemblages, pour du  délit ; pour des ouvrages qui ressemblent à  des amphithéâtres où dégoulinent des vierges qui ont été égorgées.

Dans cette chambre où je garde des chagrins pour l’éternité, apparaît parfois dans sa forme la plus sérieuse, la plus sinueuse, l’idée de la femme, celle qui s’étend, se libère, s’agenouille, fait des pipes, s’abreuve à mes sens, et me voici renouvelé.

Je dépiaute une nouvelle fois le mot « Pute », c’est une des plus belles formes de ma paix intérieure, de  jouissance, j’y vois une indienne sans haine assisse  parmi les hommes, et  qui parle du ciel, de la plaine, des nuages, qui agit pour de nouvelles naissances, et que écoutons parce que nous sommes restés ses enfants.

Dans nombre de mes rêves se révèle une forme d’acuité, magies et mythes augmentent mes spasmes, et ajoutent à mon imaginaire les images cette émotion singulière qui se fondent dans chacun de mes souvenirs, s’adjoint alors au cliché du même jour toute la panoplie de mes décharges, toutes les sources qui sont dans l’imitation, mais ce n’est pas le but que je recherche.

Comme il est odieux de dire quelle est ma décharge, ce lieu où elle se liquéfie, et où je peux balancer, ma peine, mes mots, et mon foutre.

Avec ce qui émarge de moi, je pourrais constituer un énorme foutoir, ce serait mon lieu favori, dégueulasse à souhait, je m’y abandonnerai aux images glanées dans les arènes, dans les rues, dans les terrains vagues, les vaux inondés d’ombres, j’y cultiverai ma passion d’être seul et double d’années, je m’y imaginerai avec des alcools qui me boufferont le sang et les muqueuses, jamais je ne serai assez loin de cette idée qui a pris la forme de l’intolérable.

Que me reste-t-il à graduer, les abandons, ma bâtardise,  ce que je n’ai pas pu justifier, mes erreurs, mes pas, ma paix,, ma colère, toutes les formes de mes regrets, de  mes nécessités, ce que je n’ai pas atteint, les occasions manquées, tout ce qui s’est passé entre rires et fracas, entre farces et  imitations,  que me reste-t-il pour officier dans des lieux orgiaques, dans les chais renommés, le cuissage, les gestes culminants, la débauche essentielle, celle du célibat de l’outrance et du manque ?

Matelot, mot émouvant pour  dire que quelqu’un va se perdre, déjà enfant toute syllabe, tout verbe, tout vocable découverts  provoquaient en   moi quelques magies, quelques démangeaisons, le bien et l’idée d’un voyage exemplaire, l’ élaboration d’une nouvelle planète, et je les broyais, les déchirais, les mâchais, les mastiquais, ces mots pour leurs tensions spirituelles, miracles d’esprit, ils étaient mes miettes, mes repas, mes noces barbares, ils étaient là aussi pour vivre  auprès de Dieu qui se retirait  dans les archipels du cœur, ce lieu où il travaille encore  a former  des lettres, ces notes magiques destinées aux hommes que nous sommes.

Cette autre qui me voulait affamé, creusé, les joues en dedans, elle disait pour mieux me sustenter, c’est ça oui, dans la grâce signée comme des palimpsestes elle lambinait, faisait l’amour, exquise lolotte , moi je me débordais pas d’elle, et je ne voulais plus signer ses pétitions.

Dieu, vue idéal de l’élu.

Elle, elles, et ce sont tant d’autres qui entrent dans mon histoire.

Je ne parle pas, je n’y tiens pas, pas  de lieu, pas de lien, pas de servitude, pas de nœuds, parfois dans les heures lentes ou la vie m’apparaît trop échelonnée, j’appelle un ami, puis tout se perd dans le silence que je nous impose.

Nuit  à défaire les défis, à défaire des saisons, à rendre des hommages, regarder quelqu’un dans les yeux, lui faire remarquer les traces d’ombre qui sévissent un peu partout, ici, dans ma demeure, j’ai le sentiment d’être dans une chapelle je me fâche avec Dieu.

Je vis dans le regret, tous  les regrets, j’y ai pris mes racines, y ai mis  mes temps, mes contagions, mes maigres vérités, cette expérience laborieuse  me brûle, rien que je ne puise trahir de celle-ci, puisqu’elle  a les meilleurs tarifs pour  du repos.

Je vis dans un enfant qui ne compte pas devenir un homme, à prendre cette forme, il se cache, il se terre, il erre, il va, boit, il se sent mal ou bien selon les circonstances, et tout recommence au lendemain des manques.

Il n’y a rien d’autre que je puisse faire de mieux que de regretter, et je le regrette.

Entre  fatigue et  abattement, parfois dans une fausse coquetterie pas trop insistante, un peu  de lien populaire, et puis l’ordinaire, pas plus tendre, pas moins tendre, ainsi va la suite…

Tout ceci prête au comique, je me le répète, c’est du meilleur de moi que vient ce qu’il reste de mes actes, de mes indispositions volontaires, puis vient mon cinoche, et la ceinture doit se déboucler.

Sans projet, dans le rituel décharné des petites agonies, rien, pas d’images élaborées pour parer aux nausées du dialogue, de la bêtise, je ne commets  que de l’ineptie,  des événements artificiels.

Tangente pour de faux intérêts, j’y vois mes beaux  naguères qui n’ont plus leurs pareils aujourd’hui,  j’y avais des désirs, de la  prudence,  et quelquefois j’étais bien orienté dans la tradition de lire, d’écrire cela aussi mérite que je m’y attache.

De l’ennui, de l’ennui, rien que de l’ennui, comme quelques autres produits licites et indigestes, je ne m’y trompe pas, on dirait que c’est une de mes vacations élémentaires.

Fête du travail, bosser pour  rester en vie, voilà un effort qu’il faut sans cesse renouveler, dans  la prison que je me suis construite, toute forme d’intimité prend les allures d’une ancienne souillure.


Bas noirs, toute une terre à parcourir, presqu’île  trop souveraine, rien que de l’apparat, trinitaire sans souci, la voilà éclectique et électrique, voltages, vertiges et émois, moi  épineux de ma petite taille, sans présence distincte, et puis hop, tournedos, embrochages, et parfois un petit peu de perfection.

Je l’aimais, je m’aseptisais, je faisais la route, cent  bornes, itinéraire désespérant, je ne m’arrêtais pas, je la retrouvais avec ses questions, son  taux d’angoisse, sa fatigue, sa morosité, dans sa demeure elle me mettait sur la piste de ses désespoirs, rien davantage, après la baisse, l’amour saccagé, violent, avec ses moqueries, son pied pris, je la quittais, je n’étais plus d’attaque, mais dans mes réserves  j’avais des images pour des bordels à domicile.


Toujours les mêmes noyades, les mêmes faits, les mêmes férocités quand elle défaisait son cordage, son corsage quand elle se réduisait, se cramponnait à mes épaules et à mon sexe, toujours les mêmes ordonnances, les mêmes déités à soustraire de son regard, les mêmes notes, les mêmes entités, les mêmes suavités apparentes, celle du sexe, un peu comme un piano qui pipotte, jambes longues processions d’asphalte, pain béni, le corps du pris et du mépris, l’accompagnement, la strangulation, les jouissances parfaites, simultanées, et puis je m’en souviens, toutes les turbulences et les beuveries inachevées.

Elle serrait les dents, les poings, desserrant les jambes quand je l’enfourchais, ses yeux rectifiés par les codes de la domination objective de mes organes, je l’insultais, la harnachais, nous traitions peu, le lit tenait lieu de pressing et de prestige, c’était dans ma nature de la dominer, de la nommer chienne, salope ou suceuse de bites, puis c’était des histoires miteuses de muqueuses, et une histoire d’endormissement.

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J’étais comme ces chiens terreux, accrochés à leur îlot de solitude, ne dressant la queue que de hautes misères quand le maître rentré soul s’alitait sans passer ses mains dans leurs poils Moi aussi j’avais la peau lisse, j’ai eu des préférences et quelques et habiles fées m’entretenaient, moi aussi j’ai essayé de me remplir, j’ai léché leurs babines, j’ai vu le jour comme un mirage naissant et la force d’en rire. Le monde m’a entraîné sur des routes sablonneuses, dans ses dédales   et ses ogives, j’écrivais jusqu’à épisser la noirceur, jusqu’au mantra des décennies, je disais quoi. Pour ne pas me planquer davantage, il a fallu que je parle, je   me suis  parfois retrouvé plongé dans mes glandes secrètes et donné dans la   compassion, dans un silence de scission, celui des soliloques, c’est plus tard que j’ai dû traîner ma vie, quelquefois encore je halète, je compte-couper court à tout.


Play-back, la première fois  que j’entendis le beau play-back, j’ai le sentiment d’une feintise et d’une tricherie, d’une tromperie, que la  réalité était interchangeable entre l’écho et  le vent, et que dans ce qui était donné à voir il y aurait assez de solitude pour ne plus désirer qu’elle.


Chaque matin le chien s’initie à l’aboi, le chien est une récréation, il y a le chien de bistrot, éthylique jusqu’à ses fondations, pilier aggramal  et porté dès la première heure vers le zinc, vient  chien colporteur, frappé, frappadingue, il trimbale sa peine jusqu’aux ascenseurs et ne se laisse pas caresser, voilà le chien tentaculaire, issu des nobles familles et qu’on imite avec économie pour  ses changements d’humeur et de classe.

Etre soi-même, en fait un couple dans un seul corps, converser seul avec ses  parties et ses fins, s’obstiner dans ce corps parfois trop rigoureux et parfois trop tragique, être soit comme un Phébus idolâtré Simon  qui monte dans le soleil pour y piéger un phaéton.

Solitude centrale et géographique, sociale également, c’est-à-dire que toute représentation d’un espace peuplé me pousse à  vomir, à couler, me retirer dans mon repaire ne me vaudra rien, je me crois plus vertueux que je ne le montre et dans cette claustration je ne fais que branler du désordre.


En remariage abandonné, présenté comme un snobisme, j’ai préféré m’user, mais aussi, ne rien faire dans le couple, j’ai vécu sur la réserve, celle des rancœurs et des compromissions, celles qui ressemblent à des petites figurines salutaires, solitaire pourtant à ma demande je suis rentré dans les abîmes pour nous rencontrer que Dieu et ses confrères.


Comme je la sais inaudible et parfois aussi sotte que tous les sacrifices établis par des dieux aux faux compromis, j’ai pris le parti d’être un amant c’est-à-dire un bulleur un glandeur, mais efficace dans les instants où l’amour l’exige, ce rituel auquel nous avons tant travaillé.

Descente  vers cet étranger qui pour ne pas pleurer, pour ne pas tourner à l’aigre, s’irise aux noirs desseins de ne plus l’amour, hors de moi, fâcheux, fâché, toujours en guerre intérieure, et ceci depuis ma naissance, vers où me mènent mes sinon dans  enfant conçu dans le désamour qu’on supplicie et qui ne larmoie pas.

Complètement à vide pour des bacchanales à rebours, pour des bandaisons outrancières, pour l’abscons et le revers,  je regarde des lucioles qui se sont égarées dans le jour et qui mettent à profit  qu’il leur reste de luisance, pour apprécier la clarté. Après, après tout vient doucement.


Biscottos, haricots, je me mouillerai plus dans les bistrots. Cela ne change en rien mes tâtonnements, mes éclatement, mes creux remplis de sel laiteux, celui de mes origines, de cette nauséeuse  idée du naître et de ne pas être en...

Jadis, j’ai été  curieux, j’ai ri, j’ai été heureux, mes tripes n’y étaient pour rien, rien ne mettait arracher, je dormais, je somnolais aussi, me gondolant comme après avoir dégusté le plus poignant des vins, comment comme ayant saisi la plus belle vérité.


Sexe, tu cours des après-midi vertigineux, ceux où j’aimais me planter, inquiet devant cette même qui jouait  du texte, disait la beauté du soutien-gorge, celle de la fermeture, les pressions sur le bouton, sexe, qui peut et doit comme  qu’aux enchères être élevé, qui s’est enraidi aux goûts subtils de jouir, sexe jouissant qui ne se  privait de rien bien avant les glissades et les langues entremêlées.

Et je la regardais, en regardant mes croûtes, ses longs dessins finissant sur des feuillets humides, comme toute la lumière bue, que reste-t-il pour l’atteindre sinon cette ombre sur ma mémoire et qui se déplie comme la toile d’une tente qui s’effiloche.En dehors de cette eau, que pourrait-elle lécher, que pourrait-elle la per, dans ces baissières que nos corps repliés dessinent comme  des soubassements, il y aura bien assez de limpidité pour la oindre et la déifier une nouvelle fois.


Il s’étranglera par la parole, elle lui bouffera la langue, les mots sont son ignoble panoplie, il ne recule devant aucune esbroufe pour se faire mousser, ou monétiser ses lieux communs, il garde la tête froide dans   de ce qui s’accroît en lui d’abject, comme ceux qui s’engrossent de poncifs, il faudra bien un jour que je le harangue dans le populo des trahisons.