Journal 1984

 

 

Cycle cinématographique, réunion de sortilèges et de thérapies, ce sont toujours les mêmes effets, les mêmes opérations de l’esprit, quelque chose entre la bandaison et l’ostentation, entre le rêve et la catastrophe, sorti de la salle le jour est reçu comme une gifle retentissante, scandaleuse, et que je ne sais pas à qui retourner.


Dans cette progression qui va du jeu à la traîtrise, combien sont hommes de métier, je cherche en apposant mes digitales un peu partout, que l’on puisse me saisir comme un voleur, et me conduire dans un intérieur  où plus rien ne m’atteindra.


Economie des sentiments, et que cette pubère qui se démarque et qui s’ébranle comme mue par la force de ses intestins n’aille pas jusqu’à moi, j’ai une douteuse pathologie.


Pour achever mon infortune je ne m’embarrasserai de personne, je jouerai du barillet comme de la breloque, un pendentif autour du cou, une grosse bagouze au doigt, pour le reste on verra.


Elle est revenue, voix violette d’un espoir ou d’un désespoir, je l’ignore, elle s’est assise, a plié, replié, déplié ses jambes,  fuseaux de haut format dans le plan de sa mauvaise éducation, elle boit, elle s’enivre, et elle le sait, plus tard elle me fourrera la langue dans la bouche, descendra jusqu’à mon sexe, florilège des beaux gestes de   ma belle pornographe, infidèle et vulgaire tout à la fois, mais j’aime cette légèreté et elle aime la mienne.


Parc, les enfants sont dans l’âge de la considération, chacun les regarde comme de beaux jouets dans l’équivoque  de paraître, un jour, ils ne le savent pas encore, ils seront poussés dans la folie ou le néant.


Sieste, entre le vide et l’émoi, aucun des deux ne me correspond, je vais être obligé de me balancer dans une correction
.

Douces beuveries dans les anciens bars où je m’éprouvais par la conséquence de  mes inepties, des verres et encore des verres, je roule sous la table là où je suis quelconque.


Yeux pers, quelque perversion aussi, presque enfantine, la trentaine tout au  juste, douceur et émoi d’une collégienne, l’emmener sous les tilleuls, lui agrémenter la vie, la faire bouger et tanguer, puis la baiser sans artifice, ne pas parler, rien que de la pulsation au radar, et puis rentrer chez soi et ne plus y  penser.


Aucune crainte de cette horizontale qui ne verrouille pas grand-chose, volontaire, agrippée, elle a un visage de dolorosa quand elle jouit, et dans sa lenteur et lourdeur je suis cloué comme un animal excessif qui n’a d’humain que sa nécessité.

Je déborde d’elle, poison délicat savamment répandu, m’en méfier ne me vaudra qu’une nouvelle misère,la grandir serait de l’ordre d’une nourriture essentielle, et que je pourrais porter à ma bouche.


J’oublie mes obscurs travaux à domicile pour me réchauffer  d’elle, belle bête enroulée dans ses œillades, mon sexe est bouleversé en dessous, à son plus petit rapprochement, et dans le désir que j’en aie, je mets toujours quelque chose de l’ordre de la fatalité.


Peut-être sera-t-elle la gardienne qui me permettra d’exister et de grimper les étages, d’exclure de mon salut toutes ces portes étroites, cette noirceur qui fait que j’ai l’air d’un profanateur, peut-être me guidera-t-elle cordiale et amoureuse vers les marches étincelantes que gravit la beauté ?


Elle se meut en moi, elle est ma nouvelle croyance, mes antiques pensées quand je voyais dans les images à venir celle de la femme hypothétique avec ce qu’il faut d’infernal et de ressemblance pour des bienfaits liquides.


Elle m’emmène dans sa demeure, m’appelle, me coordonne, elle est ma nouvelle mise en abîme,  tous mes éboulements, dans mon monde d’aveugles je ne suis plus dans la cécité,un nouveau mandat m’est donné, elle  surgit de la vie comme la plus exquise métaphore, la plus évocatrice des sournoiseries.


Ma petite devise,  si maligne et si singulière, j’ai de demain cette peur immodérée quand se dresseront devant nous nos pâles figures, nos redoutables obscurités, et même jusqu’à nos errements, c’est à ce moment-là que tu préféreras quelqu’un qui est au bon  endroit.


A l’évidence, elle a quelque chose de définitif, c’est ma nouvelle ressource, rien d’emblée pourtant ne me rapprochait d’elle, et dans ses absolus qu’elle déverse comme d’un ostensoir, mon Dieu ce qu’elle  a de joliesse et de naïveté.


Je me conduis et ceci depuis des années comme un vaincu sans grâce, qu’une céleste inertie dépossède des connaissances qu’il aimerait avoir, et qui se lamente sur ses propres lacunes.


Au rythme de sa fonction  à vouloir que je ne sois pas, elle a l’inclination des nouvelles apparences, tendre apparition ,elle me donne l’illusion d’être sans aucune épreuve à exécuter, léger et drôle, je la retrouve parfois dans mes archéologies, mes extrémités, nue et sans voile.


Tout ce qui vient d’elle est abouti, rien de formaté , rien de rude, tout est de belle substance, et bien qu’elle avance avec dans les mains des airs de passionaria furieuse, je veux être dans sa démesure, une espèce d’apôtre, elle me renouvellera sa grâce et ses arithmétiques.


Il faut que je garde à l’esprit et sans affolement aucun ,que même si elle transforme mon existence elle touche un monde qui n’est pas le mien, cette façon qu’elle a de me demander d’être dans son quartier m'est déjà une terrible lassitude, je veux bien aujourd’hui lui accorder des circonstances atténuantes, oui, et demain qu’en sera-t-il ?


Ma jeunesse  fut de déchirements et de déchirures, aujourd’hui dans cette même gamme celle  où je m’adresse à ma propre étude ,je vois que je n’ai aucun devenir, qu’ai-je à attendre d’elle sinon qu’elle me survienne  comme un réflexe, comme un bref attendrissement...


Nous parlons d’aller voir un parent éloigné lors d’un week-end, je la garde encore dans mon sommeil avec ses ondulations et ses formes détachées, dans les vapeurs saumâtres de ma raison, elle est aujourd’hui mon calme et le précipice où je ne tomberai pas…


Mon bonheur je le dois parfois à ces regards que je porte en arrière, là où j’avais dix ans, où j’avais de la gouaille, un peu de discernement, avec des mots crus et drus, des cochonneries quoi, et la malchance d’avoir était mal aimé.


Ma nature est dans l’exil, dans la sauvagerie, le quadrillage des lieux où nul ne m’atteindra, où nulle intimité ne viendra me nourrir, où que je  mette la face je ne vois que des inconnus monter les marches deux à deux, je sais où ils vont, un  jour je ferai de même.


Quelques soupçons, des immoralités dans mon téléphone, elle est en train de vider sa besace,  je ne veux plus l’entendre, je n’ai rien à lui expliquer.


Dans cette réalité devenue légère, je vais à nouveau vers d’autres, presque souriant, ce nouvel  état va à ma santé, elle, elle m’endort sans mes neuroleptiques, je sais bien que je l’exagère, mais je sais aussi que je vais me nourrir d’elle dans un avenir proche.


Boissons idéales, translucides, du poison, ou bien le paraissant, vénéneuse comme la douceur, et de me voir dans les beaux gestes, lui donne cet allant confortable dans des journées sans danger sans hargne et toute en langueur.


Nous allons en promenade, nous sortons aux terrasses, nous  nous serrons les mains, et les craintes  ne sont pas de mise, le lit est un lieu idéal et plein d’idées ou partir vaut  par ses croisements, ses dérapages, son  corps tranchant  comme un couperet.

açon là.