Journal 1984

Grand sommeil, aurais je fais un décisif jeu, je cherche dans l’agencement de l’indicible les analogies avec ma vie, des voûtes pour m’y abriter ?


Endormi une nouvelle fois et par nécessité, lorsque j’aime bien, je tais bien, je voudrais qu’avec les mots de la neige me vienne, que les fumées s’inclinent, que la vie se suspende, que quelqu’un passe pour me tirer le portrait, j’attends, et c’est bien comme ça.


Lorsqu’on est dans le trouble de l’existence, qu’est-ce qui nous regarde, qu’est-ce qui nous atteint, dans quelle cession rejoindre les hommes, et ce silence vaut-il par ce qu’il nous  éclaire, ou par tout le venin qu’on voudrait y cracher ?


Gris de détente et de tentation, mon esprit est tourné vers hier, dans ce pays dont j’étais le natif, où je me déplaçais pour rentrer d’une maison une autre, pour me détendre, aujourd’hui je n’attends plus personne pour la ligne droite.

Comment par un autre forfait, un autre dédain, cet amour qui me blâma peut-il encore dans ses sas  m’appeler, me nommer, sans croire que je triomphe dans ce noir et qui indique que rien n’est clos ?


Tentant désossifié, tantôt  n’entendant rien, agressif dans ma laideur, obnubilé par les annulations, tout ici me convient puisque j’y ai fondé mon autonomie, cependant si satisfait que je sois, je dois faire me glisser comme un serpent dans ce monde auquel je ne veux pas appartenir.


C’est lorsque je ne  m’y attends pas que chacun me renvoie tous les rythmes brutaux de ma singularité qui va du singe probe au marsouin, ceci est une vision  un peu organique de toutes mes suspensions d’être.


Courroucé  par la magie de la simplicité, être loin de ça, loin des mariages, des petites ivresses qui  restent impénétrables, et pourtant quoi que je fasse je reste visible et ça c’est dégueulasse.


J’ai fouillé dans ma vie avec le calme qui précède la colère, je n’y ai trouvé que ce qui ne regarde personne, un homme modéré, des  elles, toujours en baisse de régime, presque en sursis de temps et qui  considère que rien ne vaut, que rien ne va.


Il est curieux que ma colère ne tombât point, curieux que j’ose le dire, demeurant sous mon propre égard, dans ce mélange d’observation et de mécontentement, ce sentiment m’est cher, combien avec l’humeur d’hier, avec les mêmes étroitesses, je suis resté un homme de si peu de foi.


C’est à nouveau un lendemain, rien d’essentiel, un printemps hybride presque désossé, la réalité d’une partition sans orchestre, sans l’harmonie parlante des humaines qui furent aimées, je me résigne à des méthodes graphiques que je pose sur des lignes que d’autres effaceront.


J’ai la certitude que toutes les eaux ont été pompées par des esclaves pour des maîtres qui eux sont persuadés que le désert est à leur porte.


De la méthode même pour du rêve, de l’exigence aussi, mettre la borne là où elle doit être, dans les exactes dimensions, ce qu’on apprécie en plein jour s’est levé dans  même histoire une nouvelle fois, moi je vais rester au sol avec celle qui rit quand je lui écris quelque chose d’incompréhensible.


Ça ne vaut toujours pas la peine d’être un homme si aucune paix n’est dans nos concessions, or voilà que  quelque part ailleurs qu’en  moi je trouve encore plus  plus de bazar que celui que j’ai en-moi et où je vis au tragédien et dans la paix.
Il serait bon parfois que ma vision des choses, avec ses néologismes, ses fausses méthodes, finisse  dans les latrines et qu’elle amuse enfin quelqu’un.


Dévoyé de la résistance, plébéien outrancier, luthérien sans contestation, dérangeur sans façade, et quelle autorité plus baroque que celle-ci pourrait géographiquement mieux me situer au nadir des modes accommodantes ?


Il n’y a aucune belle chose  au nombre des souvenirs sur lesquels je me suis interrogé, reste celui où j’ai souffert d’asthme, où je me ramassais, où je me tassais, où je ne pouvais me dépasser sans me mettre à pleurer, comme constitué autour d’une ossature mal défendue, c’est là que j’ai découvert que je pouvais être celui que l’on enfermerait, et que l’on devrait  aller  voir pendant des années dans un sanatorium, même si on connaît tous les mœurs de ces mêmes qui s’astreignent à respirer le moins possible.


Je vois bien qu’ils grandissent trop vite, qu’ils deviennent trop vite des adultes, des troupes groupées, toute la panoplie des consciences mal établies, comme autant de jeux sur la piste des séductions, je vois bien qu’ils sont vieux  trop vite et que ça leur passera, que ça leur tombera sur la gueule bien avant qu’ils s’en aperçoivent, et dans leur voix et dans leur façon et dans leur sexe.Rien d’enthousiasmant, c’est-à-dire un divorce  déterminé, je peux pourtant croire que la plus précieuse des séparations reste cependant dans le sommet d’une carrière à deux, d’une carrière et d’une correspondance.


Projet d’imposture, pour ne plus serrer les mains, ne plus rien étreindre, porter sa casquette en arrière, dire merde plusieurs fois par jour, ne plus rien développer, pas même l’idée, ni même un idéal, ne briller que dans les chiotteries, tout ça parce que ça n’en vaut plus la peine.


Je ne suis pas un philanthrope pas plus qu’un humaniste, je ne dis pas que je fais le mal que j’ai fait le bien, en fait je n’ai pas bougé, c’est ainsi que j’ai commis le moins de souffrance possible.


Plus d’émoi, plus de mots à vous donner, à moutonner, plus le cœur en gerbe, même ma sincérité est vaine, je garde les mécanismes de ces menteurs assermentés pour rester dans la distance et ne plus tendre la joue ...


Paranoïa sans signification et sans discernement, presque un enchantement, cette convention me sied, ce type de situation m’élève plus qu’autre chose, assistant installé dans un lieu constellé d’une humanité sans soleil, sans  paysage voilà ce qui m’écœure, je-rentre dans le crépuscule et dans le brouillard.


Mauvais ouvrier, sommé de commettre ce que je n’ai pas compris et pourtant il me faut reprendre  force et rendre aux hommes un regard propre à voir leurs propres inepties.


Que rien ne m’ait pénétré ne prouve pas que j’ai erré comme une ombre dans les décombres,  que j’ai centré ma vie sur les soliloques, petits pistils d’apparence, dans un univers de collages et de fugitives apparences, entre les glaces piquées, et le temps ensevelisseur de tout ce que j’ai bien nommé.


Tant de panique adjointe à ma parole lorsque je dois la délivrer, mon tout est cerné de limites infranchissables, je suis comme dans une cécité de dire, je ne serais qu’un réflecteur d’une grâce portée à tous ceux qui viendront me voir dans mon fauteuil dans un âge avancé.


Exacerbé de mots et de vocables sans destinataire, je me contiens dans l’irrationnelle sauvagerie qu’a eue le monde dès ses premiers pas.


Ma misère est incompatible avec mon corps, et pourtant je la porte assez haut pour qu’on puisse la mettre en marge loin de ce qui est légitime et comparable.


L’homme est un lapsus de la nature, de la rature, de la rognure, avec un esprit de caporal qui évoque la rampe et la pompe.


J’ai juré de ne jamais me montrer menaçant, que jamais je ne serai un  Samson avec la raison charbonneuse, des idées menaçantes, j’ai juré que ma  réalité ne serait pas malsaine, insensée, et si elle l’ était, je m’y opposerais, j’ai juré que les filles en jupons, en proie à des présences sans cœur ne serait pas du mien , j’ai juré que dans les différents espaces je nagerai en poison géant  , j’ai juré, tant juré, qu’ une intranquillité m’est venue comme un regret quotidien..


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