Journal 1984

Journal 1984

A voix basse, presque écrasée je lui parle de demain lorsqu’elle aura dix ans, puis quinze, puis vingt, elle m’écoute dans la confusion de ses sens d’enfant qui baragouine encore, elle rit, elle est triomphante, elle le restera.

Aux grands sentiments, les grands d’Archimède, ceux qui ne se planquent pas sous l’eau pour ne pas entendre nos mensonges, impossible de garder mon souffle, je remonte à la surface, tout y est dégueulasse. Le savoir, mais quel savoir, imaginez vous qu’il y en ait des milliards, et alors ?

Grand moment pour moi seul dérobé au temps que je ne dois pas aux autres, j’y entre en apnée, je ne m’y appesantis pas, je vais prendre un stylo et écrire sur l’humain, sur les singes quoi !

Le trait le plus constant de l’homme est le mensonge, soit, eh bien considérons le comme une vérité.

Les livres que j’ai sur mes étagères sont des mythologies à domicile qui disent tous que l’homme a été soit un impotent, soit un invalide, oui mais de quoi ?

Mars aux doux équilibres d’arbres et de fleurs, d’idées aussi, j’ai la conscience dans cette douceur et ça me va bien.

Qui est victime, qui est bourreau, que celui qui l’écrit me balance le premier tome à la face et il aura ma réponse, de plus je rajoute que je ne retiendrais rien de ma langue ?

A m’être trop pris d’amour pour les hommes, les avoir tant frôlés, avec cette chance particulière d’être sous le bon angle et éclairage, je n’ai eu qu’une vision déformée de tout ce voisinage, je ne suis pas allé plus loin, la vie ne s’atteint pas à la lumière des lampes.

La fatalité est toujours sincère, c’est effectivement un poison, et alors, devons nous réellement être prolongés ?

Combien j’ai voulu être transparent, sans ambigüité, faire des trajets qui m’auraient menés aux corrections, ni trop loin, ni trop proche, combien j’ai cru que dans ce cirque idéal de l’homme avec ses belles imageries intérieures et qu'il aurait pu m’accompagner, combien j’ai cru que nous ne composions qu’avec nous-mêmes en dehors du personnage qui chercherait à noyer son chien galeux, oui combien j’ai cru, j’ai aujourd’hui le cœur et l’âme affectés par des idées plus saugrenues encore.

Détester, haïr, affronter l’humain et crânement, avec de la suite dans les idées et dans les poings, puis rentrer chez soi et renoncer à y penser. La tendance est à la déformation, à la transformation, tout ce qui change fait trois petits tours et puis revient avec une queue de vermisseau, à mes points initiaux j’ai des attributs sur lesquels se fixe mon choix, toujours mauvais, c’est une sorte de machine à se geler les burnes et qui fonctionne quand les traîtresses s’assoient dessus, puis vient la démonstration du mouvement, et là…

Comme les lettres nous élèvent où nous abîment, les miennes sont de puissants narcotiques qui ne vont pas à la boîte, je passe à côté du monde avec un rictus de gibbon à ma face, cette trentaine ne va qu’aux répétitions.

Un poète peut devenir terrible si Dieu lui demande de s’arranger avec les hommes.

Départ avec de la marmaillerie et des mots pour les apaiser, des consultations à tous propos leur viennent en bouche, où va t-on, quand arrive t-on, c’est quoi l’océan, et puis le baratin de ceux qui savent et le montrent…

Ils disent

Un chien plein de bavures

Un obsédé axuel

Une escalerie

J’ai dévalorisé l’escalier

Je souhaite que chacun d’eux garde cette suavité des mots que ne porte que l’enfance et que plus tard nous nommons par ce qui ne leur ressemble plus.

Il fait le mariole sur la glace, feint de patiner, court, se jette en avant pour d’infinies glissades, ce con me fout la pétoche, mais môme j’étais pareil, l’eau est profondément gelée, mes craintes se barrent.

La grosse dondon avec ses linges sénatoriaux me prend le chou, elle me gonfle, elle pérore, et discourt sur l’éducation comme on va à un cours de grammaire, elle me met dans de mauvaises dispositions, je la ferme, ça irait trop loin.

S’il fallait se contenter de ce bonheur là, on n’irait pas plus loin que le bout de sa rue, la mienne schlingue, il faut bien que je me dépêche de me débiner…

Notez que nos monstres les plus fondamentaux peuvent être des jeunes filles qui se déculottent pour une fessée, j’ai d'ailleurs souvenir de Sylvie la lascive qui alivait sur la couenne du porc que j'étais et qui ne se lavait pas

 Mon ironie est un loup hors de la meute et qui guette une proie moins performante que lui.

 Que l'on mette toutes les femmes du monde dans les livres ne changent rien à ce qu'elles sont, je préfère en rester là.

C’est du feu qu'il s'agit, de celui qui s'étend, s’entretient par le souffle du vent, il est en odes capitales là où il doit l'être, bien plus fort qu'une rumeur il enfle, gonfle, je suppose que j'en parle mal.

Supposons que les descriptions qu'il en fit soient fausses,qu’Emma n'ait pas eu de mari, qu’elle ne paria pas sur l'avenir mais sur un vaurien, qu’elle n'ait point été dans la littérature, que sont sort n'ait été qu'une réputation mal établie, vous voyez où je veux en venir.

Hiver en geôle, pas de carapace, grands gel et froid, effrois aussi, je joue à de grossiers jeux avec cette vie aux petits souffles.

Je laisse de e côté ci de moi un autre modèle de suspicion, quelque chose de strictement personnel et qui tient de la mésassurance,

Vouloir tout salir ne m'a mené à rien, pas plus que l'embellissement, voilà que tout est confusion, cela m’emmerde.

La luxure en somme c'est avoir du papillonnage du côté de la bretelle et de la braguette.

Que tous eux qui s'abiment dans la prière se lavent par la suite les mains dans la chaux et qu'elles les bouffent jusqu'aux os.

L’hiver m'est un siècle avec des crachats de neige, du dégueulis sur les trottoirs, je préfère les manières mordorées des automnes, c'est là que j'ai mon ministère.

Je ne badine plus avec les troubadours.

Versatile et incohérent dans mes excuses, je ne veux pas que me remettent les points là où ils doivent être, je joue au plastronné, la plupart du temps la main en d'innommables endroits.

La dive bouteille est d'une noble cérémonie, mes amis la rende plus fameuse encore avec cette tendresse particulière qu'ont les hommes ente eux lorsqu'ils s'enivrent, ah comme nous aimons irriter et refaire le monde dans ces instants avant d'aller dégueuler sur lui.

Il me reste à me poser dans les latrines de l'âme et voir de quel côté pissent les hommes qui n'ont pas été circoncis

Ce sont les comptoirs de palissandre  chèrement boudinés qui supportent le mieux mes mains, ce sont eux aussi qui déforment mon point  de vue sur le monde et c'est bien comme ça .

Voilà qu'une autre chiffe molle se voit dans la peau d'un peintre, comme si peindre pouvait ne séduire que ceux qui foutent des natures mortes dans  les chiottes.

La jonglerie avec des billets de cent gagnés au casino se termine par une apothéose du côté des putes, nous rentrons les poches elles mains vides.

Les femmes palindromiques ne sont pas nombreuses, ce sont celles qui ne se rendent pas à nos domiciles pour les supercheries que les autres font en grandes théoriciennes de nos propres histoires.

Celle ci incarne une laideur tortueuse, si bien que je devine peu à peu ses grossières alchimies, elle ne m'aura pas dans son lit, je ne la pratiquerai ni avec mes mains, ni avec ma bouche, elle le sait et me voit plus dégueulasse que je ne le suis.

C’est dans le vin que j'ai des élans de romantisme légèrement ordurier, je fais des pactes avec une telle que je promets de parapher dix fois s'il le faut, dis à cette autre qu'elle pourrait être dans mes lendemains, à celle ci encore que je n'ai pas encore de rhumatisme, puis des gestes de faussaire, des débordements et une autre rive et ruche.

 Sur une autre rive, pas de gué a traverser et attendre là où tout ne serait qu'interminable à force d'y penser .

Culbuter ,voilà un mot qui m'anime, qui vit, qui me déchirerait les mains, un mot d'évocation de bas en haut et de dextre à senestre, voilà un mot rond avec sa bobine de pute amicale et qui ne rend pas la monnaie de sa pièce.

Craque, crique, croque, que les grands singes qui triquent et triquent en prennent plein la gueule, qu’ils pissent contre les comptoirs quand ils crèvent d'ivresse, qu’ils se reproduisent sur le mode du monde, qu’ils se multiplient, moi je n'en ferai pas une goutte.

A la vitesse où va ma lassitude on me liera dans un grand lit aux souvenirs mal accordés, je considère tout ce que je touchais comme indécent, je n'ai plus de plaisir, les mensonges sont les copies des unissons que j'ai eues et qui m'ont fait mal.

Que ce qui est propre le reste, j’ai suffisamment de dégout pour le lustré et le bien léché, j’irai bien en avant dans un âge où j'accomplirai mon métier d'homme et sans jamais que ce qui est de l'ordre du divin ne m'apparaisse comme une nécessité.

M’acharnant encore et toujours contre de vieilles croyances, j'ai l'air d'un bougre étourdi qui sort d'une église après qu'il eut volé la quête

La grosse truie enquiquineuse et qui se dit femme est malade d'une portée de gorets qui mettront son lit en portefeuille.

Vivre tous les jours bourré de neuroleptiques, de matières à endormir, voilà à quoi j’aspire.

Qu’est ce que je leur dois, de marcher la tête basse, de me taire, de m'incliner et de ne pas prier, de respirer moins nettement quand je les croise, de froncer les sourcils, d’abattre mes yeux vers le sol oui, voilà ce que je leur dois, mais je n'ai pas de flingue au ceinturon ?

Ils usent tous de " Quelque part" pour ne parler qu'en vide d'eux, d’un corps étroit comme un texte sans signataire, ils n'ont pas de solution pour dire, alors qu'il se taise ce genre humain qui me conduit aux calculs.

La craie des champs pour dessine des plaintes d'herbe.

A cet être que je suis cet si rapproché des autres je dis de prendre garde, chacun est trop loin ou trop particulier pour en saisir la teneur ou la retenue, chacun peut faire des dégâts en moi et de façon professorale et professionnelle, je crois que la vie ne s'atteint pas par ce bout là.

La fatalité a beau être sincère, je n'y vois qu'un train express qui file dans le brouillard.

Combien et combien faudra t-il de mots bien placés pour ces vaudevilles où l'amant n'est pas en tête à tête avec moi, mais avec mon double qui lui en mettrait une pour le théâtre de mes paix intérieures ?

Demandez moi d'être honnête et bon par moments, mais pas de le rester, je n'y prendrai pas goût, je marche vers ceci vêtu comme un scaphandrier, comment voulez vous que cela m'atteigne, j’ai du mal à respirer et c'est bien suffisant que d'être un spectateur qui a les mains prises.

Ils disent tu es obscène et le sont davantage, ces lécheurs de bottes et de culs, et encore, ils sont sans particule

A cette jeunesse qui se démarque par ses grossières injustifications je dis, fais attention, je suis passé par là et on en revient que rarement indemne, tous nos écarts et certitudes nous mènent à la désolation.

L’humain ne m'a jamais passionné, pas plus que ses humeurs et son humour, je laisse la bile et les bons mots à ceux qui y travaillent

Avec tout le peu de respect que je leur dois comment voulez vous qu'ils m'entendent  ou m'écoutent, ces hommes touchés par la grâce de dieux impotents, potentats de démarque.

La paresse ne me déçoit pas, pas plus qu'elle ne me coupe des travaux que j'ai à accomplir, vivre n'en est-il pas un, c’est là que je remplace pointure par peinture.

C'est le bal du pire, le vent a encore une fois mal tourné, dans la tourmente je regarde comment il va falloir que je ne nous nous exige plus, comment m'appliquer à devenir vieux dans la condescendance, mais je ne veux pas me caser dans un fauteuil à bascule, cela me semble indécent.


La vie ensemble c'est une manière de se composer, de se renvoyer sa propre vie, ses méconnaissances, c'est n'avoir d'incidents qu’avec soi, se donner l'allure de tous les paraîtres, c'est avoir le sens des mauvais compromis, des subversions aussi, parfois de la suspicion, la vie ensemble c'est pour les autres.

Je finirai par dire que j'étais singulier si je n'avais pas atteint tous les pluriels des salacités que j'ai gardées en moi pour d'autres formes.

Les rosses roses s’essorent par un Eros qui sort de la cuisse d'un dieu mort étouffé.

À l'origine il y avait ce que nous sacrifions aujourd'hui dans les poubelles de la raison et que nous avons appelé la raison même.

Au cul la fatalité avec ses paquets de viandes à la ceinture, avec à l'autre bout la sinistre fascination pour les corps en marche, les comateux, ceux qui marchent droit dans le cimetière, là où les troènes ont des odeurs de camomille, qu'on foute aux chiottes toute notre préhistoire avec ses acidités extrêmes, ses lascivités obséquieuses, qu'on aille  pisser sur les sépultures sur lesquelles d'autres urineraient aussi s'ils en avaient le temps et le loisir.


Il est à cent lieues d'ici cet autre qui serait moi s'il était à ma place et qui s’est donné un exil moins feutré puis s’est reconnu dans un malade qui a pris des filtres ainsi qu'une habitude de type ridicule.


Ne laissez pas s'approcher de vous ce qui se mélangerait dans votre sang et ferait de vous un sage ou un salaud, les humeurs ont toujours des largesses et des grandeurs selon des circonstances qui nous échappent.


Comme tout ce qui est absurde m'emmerde, je me dépêche de l'être aussi, c'est ainsi qu'on se fabrique une vie, que l'on prend une voie fut elle dans la pollution des aboiements et dans l'apparition de pulsions improvisées et qui serviront  les jours où le soupçon sera un chien qui dérange avec ses perpétuelles inepties.


Je fais des propositions à domicile, une ristourne à des prostituées qui ont la grâce de monstres fondamentaux, vierges de forfanterie, elles n'ont pas de revolver dans leurs petites culottes, puis la digitale, le vent et le soufre.


Et si mes conditions étaient que vous vous foutiez à poil et que vous me dérangiez de façon consternante, c'est-à-dire avec un goût de chèvrefeuille dans votre bouche, dans nombres de positions jusqu'à ce que je fasse tout en bémol.

Toutes ces femmes qui seront dans nos pages sans rature, elles ne s’attendent pas à ce que nous les rendions muettes, c'est pourquoi notre savoir est une abjecte suffisance, quelque chose entre la défection et la déjection.

La fortune de nombreux pourceaux s'est faite dans le feu, dans les latrines, dans la soue, ce sont ces mêmes qui se veulent d'une race circonstanciée, je leur donnerai bien le coup de grâce.


Supposons que la description qu’elle fait de moi soit fausse, qu'il n'y ait rien à voir entre ce qu'elle nomme la génétique et l’amour, que la réputation qu'elle voudrait m'adjoindre n'ait été que parce j'ai eu une  consultation avec un prince, alors, je la verrais comme pitoyable, le reste je le  mets entre guillemets.


Un hiver dans une geôle dérisoire, elle ne me donnerait ni à boire et à manger, elle ne laisserait crever amplement, et mon souffle petit à petit s'éteindrait, ceci n'est pas un pire.