Journal 1984

Journal 1984

D’ailleurs la  lésion efflanquée de la tendresse est sournoisement cumulée, chacun n’intervient que pour chacun, pour le simplifier, le dénuder, le mettre hors de lui, la vie c’est effiler la mort de quelque façon que ce soit Chacun mène sa vie devant soi, comment, en fait avec complexité, la vie est une fausse attirance, cette vie est faite de miasmes, c’est dire de frottements, de faux vêtements, de phosphate, elle est enterrée, presque trop souterraine, elle est viciée, variée, mal entendue mais le prix de la vie est d’une chère cherté , les enfants meurent mais sont peu à peu sous le coup  des meurtres creusés d’emprunt, la vie s’écoule toujours de trop par derrière, par devant soi, demain c’est toujours demain, hier c’est toujours hier, ça sent  la frontière, ça sent toujours la raison du tas, de l’oraison furieuse, la visite attendue debout, ennuyeuse, en nuances, mais située trop à gauche ou trop à droite,  elle sera nommée ainsi, sa vie de nettoyage, sa vie de frottements ou de flottaisons.
 
 
La vie c’est  l’empilage des documents, l’arbre trop sec,  la généalogie quoi, le flottement, ce bruit qui va et ce sans ou avec souci, la vie se situe toujours entre lance-pierres et l’unité d’offrande, entre la foi et la raison, l’oraison restée assise pour des sensations à étages, la morphologie en somme. Nous fumions des pétards gros comme des néons, comme des tubes dynamite, nous parlions peu, les prismes  étaient trop froids, trop profanes, nous étions divertis de façon cardinale, ça nous énervait, j’avais en tête des nombres supérieurs, les drames de chez moi, des parties de cours sans logis,  des lopins que personne ne pénètre, mon réduit quoi, ma chambre miteuse ,unité de lieu sommaire, la calamité du temps en  trop, trop long avec son robinet défectueux et son évier aux borborygmes barbares.
 



Pois chiches jetés au sol, haschisch dans des emballages en carton, singe apprivoisé dansant pour des culbutes payables, intérimaire de la brièveté, tout dans l’étalage et l’étalement, la rhapsodie des siècles d’esbroufe. Presque aucune application dans la gravité. Le commerce outrancier au juste, le grand après du n’importe quoi, dans l’absolu du complot. Le stupre, en fait, en juin saisonnier pour de petits effets. Tournicotis, premier quota, trois petits tours et mal au bas. Nous mangeons avec les mains, grossièrement, devisant, avec des grands, les dégoulinades sous la langue, le palais, la vie site de rachat,  qui tombe de haut avec des traces et une salive défendue.

Les autres cherchent un miroir à se mettre sous la main, pour le grand délire visité, pour le grand dévidoir des idées, de l’histoire avec ses volumes intérieurs, sans famille, moi je feins la belle époque, la fronde, l’utilitarisme idéal, la sauvagerie ; la connaissance à force d’être et de dire, de ne pas savoir, l’endroit démasqué, désossé, accroché à ma grammaire admirable,  menacé de le dire, d’autant que la communion est commune sous un ciel de droits.


Elle n’appelait Lolo, elle aurait aimé me voir avec les nichons, c’était ma mère, toujours dans le déséquilibre, dans un monde qui sent le soin, dans le grand boudoir des saloperies intimes, le sadisme et la sodomie, toujours dans les degrés de la déraison, de la scène noire, dans le cinéma du glissement, jamais une pièce glissée dans la main, puis me vint  mon cinoche, je grimpe aux arbres comme un grand insecte  pour éviter le baratin des femmes.


La lente descente vers les entendements, vers le de l’étroitesse, les petits droits, la petite vie, quelque chose de bon ton de ne pas le dire, dans les gestes, un garde au fond de l’œil, avec en tête des fioritures de merde,  un tournant dans le compromis, le pilote passe au rouge, passe par mon passé, allez savoir, avoir oxygène, c’est ce que je voulais, le groupe désire le groupe, pas moi passager sur les traces d’un crime commis pour moi seul, assez appliqué, aussi, j’aurais aimé avoir une clé en main pour me  livrer aux espaces, mais rien n’existe,, ce matin, je vais à un assaut de zone sans relâche enfilant du ciel, ce  siècle est lourd, j’ai le mal global de la globalité J’ai la  liberté du côté le moins sur, j’ai mis la main dans la main, dans le grand terreau des années perdues , de celui de ne pas parler, de passer au déséquilibre ,à  l’épilepsie chrétienne ,à l’autisme, odieuse forfanterie avec les panoplies bibliques des grands rendez-vous,  voici qu’en grand malade je redécouvre mon  nom, et je collecte tous les non-sens.


Le grand archipel de l’aisance presque jusqu’aux dents, substitution de l’appareil à peler les orties, Satan traverse des ponts séculaires avec des femmes savoureuses à son bras, glaires, gloutonneries, l’universalité du cordon musical, la grande vérité des alliés, l’influence universelle des sens de nos ancêtres , l’écrabouillage où l’on  peine ou on laisse les siècles, où est notre mémoire en méandres  contraires, dans la littérature où vont les gâteux de la poésie divine,  sentencieuse, de l’ordre de la réquisition, c’est un impératif de notre bas instinct, aura-t-il dans l’extension de l’air, extravagant, extraits d’yeux pour  les grands chiens de l’ordalie judiciaire , jamais salutaire, de la sagacité dans regard, dans la nonchalance, les dieux se plantent là où on s’engraisse du commerce des faux sens, la ville est brumeuse, presque religieuse et ne vient pas vers moi.

C’est un temps à se  repasser  dans le sang, dans les veines les miasmes, dans les grandes artères à y mettre du défi,  les charniers du corps et de l’esprit sont également les dépotoirs de nos idées les plus pures, il n’y a plus personne de double qui nous regarde, nous sommes tous morts, tout se passe autour de nous sans que nous puissions nous en passer, je ne  suis  que ça, un homme, accumulé, gras, jamais prospectif, un petit réceptacle de bourreau chargé pour du débat , consommation  obligatoire, un cuistre en somme.

À quel beau monde, argentier de son état devons-nous nous livrer, avec ses tripes vernaculaires,  parallèles, les femmes sont surtout des amandes trop longues à digérer, le tralala de la poitrine en sus, puis les devoirs pour des vertus mêlées, j’avais trente  ans, elle aussi, nous ne sonnions aucun départ pour un ailleurs, les contemplations c’était pour les autres partants, les  saboteurs de métier qui  ont négligé l’envers du décor quand les décors sont des enfers.

J’ai mis mon rapport sous ma chemise, je suis toujours en avance, dans les règles, c’est ça, je suis seul, je descends les marches de l’enfer, personne ne m’appelle, mais c’est ma façon de vouloir le voir pour le noyer , le détester, rien que je ne  veuillent chérir, tout est lumineux improprement, tout est trop sentimental,  la lance-sert elle   aux blessés qui vont vers  des tâches conservatrices, Vulcain donne des bêtes à ses chiens barbares, il tape dans mon cerveau un rappel au désordre, je me  pousse dans le nord du verbe, là où  il des heures durant des cinglants benêts qui nous montrent leur savante face, sonnés  comme des cloches, le temps est une  décharge pleine de créations sur les routes de la déraison.
 
 
J’ai fumé, j’ai joui ,: j’ai été soul, j’ai trahi,  enculé des  mouches, à gauche à droite, d’autres encore je ne sais à quel endroit, gérer sous l’aînée des amours clandestines , traîné les godillots un peu partout, poussé le rocher avec Sisyphe, j’ai fait le choix, j’ai fait de la pluie avec la main droite dans le slip de  ma voisine, j’ai fait semblant, j’ai été titré, menti, débattu, combattu, il est à présent temps de rompre ce contrat, pas sous la contrainte, de tous ces faiseurs de saynètes aux ignobles contrefaçons et contrepartie, je  ne veux plus du monde avec ses escales sanieuses, je vais dormir dans un sommeil de plantigrade.
 
 
Paroles, phtisie d’un siècle sans lumière, mémoire qui ne se rachètera jamais, vibrations du dedans, femmes pour  un centigrade de plaisir, passant du désir à la décoction, tout ça pendant une demi-heures, c’est vicié d’avance, petits prix, la roucoulade du nom ,puis des aboiements, le sentir du dessous des aisselles, avec la douceur lourde des essais qu’on examine sans vraiment les lire.
 
 
Moi toujours dans l’embout fumant, de l’aube à la nuit, l’estomac noué, des amphets à retardement, et puis des sieste légères,  après le parent pauvre du jour , dans les difficiles quartiers , Pinocchio à un nez à la place du zizi, écho qu’il fasse c’est toujours en dehors de  l’école, dans des endroits proprets je  boulote avec une Sissi de prisu, je me  fait un petit bout de bien, je bois du café avec un berbère qui trempe ses moustaches dans la mousse débordante, cet homme des hauts lieux, un type sec, grand, orgueilleux presque un quaternaire en somme, un petit côté vosgien et j’en passe…
 
 
Train de nuit, lundi du retour, beuverie céleste avec trois hollandais qui chinoisent, moi viré de première classe cherchant des noises dans les compartiments crasseux. des places en coin, près de la vitre, la traînée du wagon analyse les rails à, j’adresse des mots mauvais exagérés à de vieilles femmes édentées, je n’ai qu’un chiffon sale pour effacer le vin, nuit de l’ombre, je vois des animaux et des insectes longer la mer, et  obtempérer dans mon sens, à une température élevée, le voyage  va jusqu’au bout de la nuit, clavicule et jambe droite démontées, je brasse du langage gestuel avec des grossièretés minérales, des légèretés d’asphyxié, le prêt, le prix de la dislocation, fumeries, arrondir les angles, plus la force à faire mouliner l’espièglerie du son, de la sonate en parallèle, droite, serrée, volontaire, dans mon idée, j’ai la fin plurielle, j’ai failli à apogée du délire, de la dyslexie, du dysfonctionnements , de l’autisme révélé comme une bafouille mal écrite ,entre mes deux coups, l’intransigeance est dans ma volonté d’être rêvé comme un homme d’assise et de corruption, on se disait atrocement comment  revenir de cet autre monde sous l’angle obtus que les alcools ont rendu plus sales que les  lieux épineux.
 
 
Qu’est-ce que j’ai acquis, qu’est-ce que j’ai compris, rien de la vie,cette  vie de grand désespoir, au dam des dames, promptes de saisons à vivre, pour l’instant de la  miroiterie,  je n’utilise que des noms propres pour dire des saletés.
 
Le grand almanach des idées,  le falbala des sécrétions intenses, intimes, toute la famille du cerveau dans la parole, dans les mots, dans son quasi intérieur, le grand matraquage des enchères, les élus de Satan à nos portes, la parole phtisique  de ce siècle lunaire, de ce peuple infect qui boit, qui mange, qui se salue, se gratifie, qui fait du baisemain ,qui pond des schismes rocailleux, à grand profit des jeunesses dévastées par l’ennui, les palindromes  énoncés à la manière d’une reprise , la commisération guerrière, tout est croupissant aux coupoles, dans le fief des obsédés du bouton, des obsédés du verbe, après le mot fantoche est devenu un quasi dictionnaire, de la monocordie quoi, on  mange ,on dort, on tire des coups et un flingue de sa poche , à raison ou à tort, la chair a toujours été froissée, pliée, plissée, nettoyée par des mains ancestrales, tout est devenue une chute, le standard Dieu ne répond plus.
 
 
Je me souviens de cette choupette haute comme trois pommes et un poème à dire, je me se souviens de ses ailerons avec lesquels on aurait pu faire un linge, fière de sa latininité, un peu zen, un peu voyante aussi, avec les yeux humides.
 
Homme de peu d’hommes, homme qui en appelle à rentrer  dans le tronc des grandes idées et de l’âge, un sur deux est un suppôt en fin  de vie, dans la grande lessive du sentiment, de l’ avoir, dans l’ouate funèbre, dans les temps détendu, homme de crimes ,jamais dans les rimes et les signes célestes, toute la panoplie de la rixe guerrière colle à votre peau, homme de ravisement, dans l’encadrement d’une porte qui donne sur l’enfer, ou dans les chiottes,homme de luisance, de l’entrejambe qui neige, homme laiteux collé au lavabo de poudre, homme d’obscénité, d’ années qui passent ,allez hop, hors de moi, va tamponner ailleurs de la fibre et des abandons, ta grande diffusion, ton naufrage, ta liberté glandue sur les nénuphars, dans des piaules aux formules sulfureuses, j’en ai plein la tête, je veux dormir seul et t’ignorer.
 
 
Je tiens à ma fibre d’éplucheur, je suis allé voir clair ailleurs, j’ai des livrées à mon domicile, jusqu’à ma piaule, j’ai des odalisques qui se reposent de leur  Bolivie dans mon pieu, chez moi il neige en été.
 
Ma bouée de sauvetage elle est, entre mes draps crasseux et mes piteux vêtements,  dans les dévidoirs  obscurs de  ce réel céleste à domicile, j’ai toujours eu l’air d’avoir un sujet de communication, il n’en était rien, je passe par la délégation de ma bourse, bien sûr que je suis pour le bas.
 
 
Bourricot, âne peu efficace, chevalier retors et asservi vagabond, baudet moribond, preux aux cheveux de paille, tous avec un visage de miteux, et puis toute cette eau, cette blanche saloperie d’entre vos cuisses, ces volumes, toutes ces roulures, cette bouillabaisse d’idées dans vos livres, vos écrits, le tracé de vos  membres ne va pas dans l’ ordre, sinon dans le schisme des chiens, votre mensonge est votre miroir, il vous satisfait, le massage d’un Vulcain mourant vous amuse, vous vous prenez la main pour la broyer, Titan est outre de votre solitude, je ne vous  évoquerai plus tant que vous n’aurez de votre esprit terrestre là où il faut.
 
 
Les déesses se  sont assoupies sur de ottomanes, plus de dîner aux chandelles,  on a mis des bougies dans les bergeries, dans les cathédrales, dans les bouches des bourrés de la fête qui sont à poil, dans les sacristies, les pervers sont là, dans les soupentes d’élevage  où salivent des porcs d’élevage, où le jour a raison, puis tout disparaît dans le grand estomac de la science.
 
 
La marge pas si  vite , bon, peut-on alors de la citation, que reste-t-il sous l’orage, du  sperme, on reste dans l’équation, la paresse  de vestibule, la précédente heure à des travers et des litanies liquoreuses, des oraisons funèbres, la mort avec ce débat entend engendrer des champs de moribonds, le haut sentiment de l’automate a apposé son plus haut cours à nos angoisses, dans nos détroits imaginaires, dans nos  inepties terrestres, dans nos métiers, dans ce  que l’on veut ressortir  sans passion, les fleurs orgasmes ou  raison , les deux dans le  délabrement, dans  les atermoiements, chacun sa démesure et s’aiguise à la salle de dépenses, les livres ont-ils leur mi-temps avec des désirs de cours, les fécondations in vitro se font avec des carreaux sur place, les mots sonnent, résonnent comme des moelles épinières, on va de la monosyllabe à l’anesthésie, retardataire qui apporte le flash et le retient, photo, plasma, Phoenix, pour tant de résultats impersonnels, les lettres aux festons bleus n’ont plus cours, la faune est  piétinée par la moiteur des hommes, c’est le côté impair de sa parité, d’entre eux je veux fuir, de quelques autres aussi, que le niveau du  rien me revienne, émettant des monocouches pour moi seul, Louise de Millevauriens me revient et me retient, tout comme  l’attrait, d’Armstrong , il voulait du roulis, du vague à l’âme, moi aussi, tout cela implique que l’on donne de la tendresse et du flux aux femmes.
 
 
Bigarrure de l’esprit,  comme un charpentier jésuite, et ce jour délicieux pour caresser dans l’aveuglement gauche un sein de la femme, de ma malhonnêteté de la réalité j’ai fait une feintise, tout ceci sans affection, sans affectation particulière ,je me téléphone pour la punition d’être un homme, personne ne répond ,un peu par fainéantise, un peu aussi par  lâcheté, ce  siècle est par là un petit bonhomme qui n’a aucun rapport avec un boxeur sonné sinon le jeté de l’éponge ; je peux donc m’ autoriser  l’éjection brève de l’opération de la vie quoi ,avec la chaise vide pris à. son propre jeu.
 
 
 

Et le sage dit pour les endormir « Dormez et vous deviendrez » et ils le firent.


Certaines d’entre elles rêvaient de belles éloges, l’homme lui ne demanda pas une légende à sa mesure, les deux moururent du même sang.


Je les aime ces antiques livres qui en parlent, ils sont sans solution, idéal, lourds, aqueux, pleins de corps de cris et de crimes, ils me nouent du cœur aux tripes et ça me va.


Je n'y peux rien, les détails me font peur, voyez ces particules, ces petits éléments de merde, comme ils nous enquiquinent, comme ils sont de l'autre bout, c'est une hallucinante racaille de choses pleines de bruit qui devient fureur.


Les animaux sont de mon étonnement, moi qui dors les bras repliés sous les aisselles comme un chien calé dans sa niche, cette convexité osseuse me convient, c'est aussi là que je leur ressemble, que j’ai comme eux des peurs indescriptibles, et je fais l'effort de parer aux jeux de la gent humaine, mais je ne réussis en rien dans ces commodités, ma vie je la vois comme un jour particulier où je ne suis ni proche ni lointain.


Je dors tant et tant que des étonnements ne parviennent jusque- dans mon sommeil. J'y vois mon âge comme une facture pessimiste, je me figure que les beaux jours ne seront- plus de mon avenir, que cette multiplication d'heures est au service d’un compositeur salace qui rassemble mes faits et gestes en se faisant passer pour quelqu'un qui est à peine se bien plus haut que moi.


Sur les hauts plateaux du cœur on croit au soleil qui vient goutte-à-goutte, et tout ce rouge  nous convertit sans nous offenser, c'est aussi du rouge de l'idée que vient le désespoir qui comme un seul homme ne recule pas sous le vent.

Je lève parfois des armées de mots qui se couchent aussitôt sous les balles des adversaires plus planqués que moi.


L'aurore est au compte-gouttes et à l'économie, c'est dans tout ceci que se rétrécit mon amour pour l'homme, hors de ses frontières, je lui cracherais bien à la figure, le flinguerais, mais mon pistolet n'est qu'un petit pistolet de voyage et le voyage ne se fait que dans la méprise.


Peu à peu nous brûlons toutes nos idoles, nos totems emplâtrés, il me faudrait de la chaux pour en faire autant avec les hommes.
Je sors dans la rue, je ne regarde ni à droite ni à gauche, j'ai droit devant moi, j'ai une chair troublante de fausse netteté, un avenir pour comploter à souhait, je veux que personne n’intervienne pour me donner la mesure.


J'entendais le coq battre de ses frêles ailes le vent qui s'étalait dehors dans le froid, ce pathétique mouvement m'évoquait le sommeil qu'un coureur de fond va avoir après qu'il eut perdu sa course.


Mains blanches dans la basane, dans le noir idéal du corps qui a trompé dehors pendant toute une nuit, celui-là il ne faut pas qu'il aille sur la moquette.

Barcelone grouillante, Saint-Joseph avec le nez en trompette, puis des voitures, des prières, des mélopées, des routes et encore  des routes, des flics, des flibustiers plantés comme des énarques  ayant de la merde au cul.


Premier salut, premier bonjour, premier rire, premier sous sol, premier hammam, puis des corps qui se frôlent et se frottent, du noir, du jaune, des damiers en carrelage, un éventail d'hommes qui se distraient, Ali m’astique pour me laver de mes anciennes souillures, pour écarter le blanc de ma peau, pour laisser choir tout ce que j'ai au-dedans, puis vient du rouge avec les élans du cœur, c'est de là que vient notre puissance, mais rien n'y fait ici, chacun garde sa couleur, chacun garde son état.

Combien et combien faudra t-il de mots bien placés pour ces vaudevilles où l'amant n'est pas en tête à tête avec moi, mais avec mon double qui lui en mettrait une pour le théâtre de mes paix intérieures?


Demandez moi d'être honnête et bon par moments, mais pas de le rester, je n'y prendrai pas goût, je marche vers ceci vêtu comme un scaphandrier, comment voulez vous que cela m'atteigne, j’ai du mal à respirer et c'est bien suffisant que d'être un spectateur qui a les mains prises.


Ils disent tu es obscène et le sont davantage, ces lécheurs de bottes et de culs, et encore, ils sont sans particule.


A cette jeunesse qui se démarque par ses grossières injustifications , je dis, fais attention, je suis passé par là et on en revient que rarement indemne, tous nos écarts et certitudes nous mènent à la désolation.


L'humain ne m'a jamais passionné, pas plus que ses humeurs et son humour, je laisse la bile et les bons mots à ceux qui y travaillent.


Avec tout le peu de respect que je leur dois comment voulez vous qu'ils m'entendent  ou m'écoutent, ces hommes touchés par la grâce de dieux impotents, potentats de démarque ?


La paresse ne me déçoit pas, pas plus qu'elle ne me coupe des travaux que j'ai à accomplir, vivre n'en est-il pas un, c’est là que je remplace pointure par peinture.


Juin et joint sous les balcons où l'amour n'est qu'une culbute, pétards sur les terrasses, pétards dans les endroits les plus reculés, dans les souks là où les tables sont si basses qu'on ne peut rouler sous elles, nuit sinueuse en pleine montagne, dressés comme des monstres anoblis sitôt qu'on les approche, lacets, on fonce au travers des repères de brigands, là où les trafiquants sont armés, ils ont des couteaux à entailler les veaux et la volaille qu'ils revendent sur les étals sans même un bonjour.

Tidzin et là dans sa rocaille cornue sous le poids du désert, dans ce sable émouvant tant il recule ciel, le tout noyé dans des couleurs que l'on attendait pas, puis chacun se salue, s’étreint, s’embrasse, on pourrait presque croire à de l'esbroufe, mais la pauvreté est présente et l'on sait que c'est pour du bon tout ça, Moustapha, Ali, Youssef, et quelques autres encore rient de me voir chevelu, après se sont des nuits à retenir le sommeil, nous prions tournés vers la Mecque, les filles sont voilées de noir, d'or et de carmin, elles ont cette beauté particulière qui dure tous les instants, on ose à peine les regarder de peur de les effrayer, mon visage à découvert ne devrait pas l'être, elles me disent que je suis un jardin qui n'est pas cultivé, puis elle vont aux pluies qui sont dans des creusets de pierres.


Celui qui prépare le thé s'écarte du groupe, les verres occupent la totalité du plateau, puis vient la menthe et le sucre en gros morceaux, chacun trouve de l'or là où il se découvre, Dieu intervient dans la bouche de l'officiant, nous buvons et la nuit recouvre tout.


Matinée au marché, tous les montagnards roulent vers la plaine, tous les métiers du monde sont dans leurs mains, toutes les odeurs de la terre sont sur leurs vêtements, toutes les fatigues des marchands et leurs feintises sont dans leur bouche, mais leurs paroles  sont autant de questions auxquelles je ne peux pas répondre, puis chacun s'enfonce dans la palabre.


Des femmes m’approchent, elles me parlent, elles me questionnent, elles ont des gestes qui viennent presque de leurs yeux, elles pèsent un demi quintal de sincérité, elles me servent à boire et à manger, je décline leur invitation, puis elles se collent entre elles et tout disparaît


La nuit est en grand complet, elle est hérissée de festons d'argent et d'or, elle a des sommets ogivaux ou les étoiles sont comme des années emportées par les siècles, nous traversons les oueds, des madjas se chargent de musiques savantes à psalmodier, puis chacun s'endort dans le désir de demain.


Des bordels de Casa aux berges océanesDes filles trop légères filaient comme des rasoirsFichées dans des hôtels défaites de leurs effetsDansant leur barbarie au fil de leur journéeBerbère ou espagnole sanguines jusqu'au boutonCommandant au miroir un langage nouveauPour de vastes inconnus aux aisselles tachées.


Matin dans la brume, comme au sortir d'une nonchalance, les boutiquiers m’épient, les balayeurs au menton ouaté me zieutent de biais, les maçons ont pris du retard, les lézardes des maisons se tordent de violence, les bistrotiers tirent sur leur chaîne d'acier des rideaux que des riverains  vont traverser pour s'abreuver de je ne sais trop quel aphrodisiaque, Casa n'est pas dans la léthargie, elle est rythmée et puissante, dans le port des marins se coincent contre des filles légèrement vêtues, les touristes chaloupent, Casa se prend au jeu des capitales, puis la pluie point, premier rendez-vous du printemps.


Monsieur K. me dit « tu vois ces filles, elles sont chaudes des fourneaux, comme des jurons, comme des djinns qui viennent la nuit emporter les âmes des hommes infidèles, et pourtant nous les serrons contre nous comme des lupins étincelants » alors que la nuit descend sur la ville nous entrons dans une maison close.souk boueux, on dirait qu'un autre siècle se défend ici contre un avenir qui ne sera fait que pour des mendiants, ici les poètes aveugles et les gueux ne sont pas chaotiques, ils saignent encore les veaux et les béliers de façon pharaonique, les génisses beuglent sur leur mort prochaine, les moutons ondoient dans le sang d'un boucher qui fait du poids de sa vie le poids des bêtes même.


J'ai vu rouler des poules sous les tables bancales, entendu les camelots diserts disserter sur du divin, des mômes sans d'autres recours que la rapine me mettre les mains dans les poches, les débordés la tendresse regarder les filles comme d'admirables reines, j'ai vu des bourricots sonnés trébucher sous le poids des carrioles, des hommes sous-alimentés offrir des fleurs à des dames rouges comme des coquelicots, puis ce fut l'égorgement des animaux en laisse qu'on étendait par la suite dans du blé noir, à chacun sa sphère et sa fierté, moi je regardais je me taisais.


Aïcha aux seins de palourde marine, avec ses jambes de saison liquide, comme je l'aimais, comme je lui faisais entendre les criquets se frotter les ailes pour des noces qui résonnaient en moi comme les épousailles d'une princesse et d'un roturier rouleur de mécaniques.


Épaisseur de la vie si mal vécue, de près ou de loin, je suis resté un enfant à qui manque un enfant, l'économie de ma parole m'a écarté des filles aimables et que j'aurais pu aimer, mon passé remonte en nauséabonde rêverie, c'est une journée pour des compromis ou des mots couverts, ma patrie reste toujours dans le verbe, mais j'ai le complexe du kangourou.