Journal 1984

 

Détour de nous-mêmes, de celui qui mentit par trois fois grossièrement et qui fut pardonné, qu’est ce qui nous attend, nous qui sommes consignés à ne plus rien saisir de ces sens, entre l’hallucination et les fumigènes, pouvons nous encore croire que nous restons à distance des hommes rien que pour en témoigner, pour nous distraire d’eux , de leurs pensées obscures, je n’y crois plus, je n’ai plus le goût de leurs façons d’être ?

Il se défie, il se défend, il feint, il est dans les leurres, il n’a que des émotions feintes, il n’est ni sage ni assagi, il geint aussi, ses paupières sont grasses, il va glisser, il glisse, il rompt, il se débine encore une fois, voilà Judas par qui le premier baiser arrive et nous quitte, et qui est un baiser d’adieu…

Il faudra bien que l’on voit les hautes vérités aller à la bouche de tous ceux qui ont été contradictoires, qui ont été des absolutistes de métier, des déclameurs pris en flagrant délit de dire des imbécillités, il faudra bien que nous nous souvenions de ces mêmes qui nous menèrent par le bout du nez pour leur en foutre une où je pense…

Entre scepticisme et mésopotamisme, de la lourdeur, une fragilité d’esprit, quelque chose qui me met sur la piste du partir. Je n’ai plus de grandes émotions, rien que de la morve dans les quiproquos, de l’austérité dans mes provocations, du négligé verbal. Y a t-il ailleurs qu’en moi une œuvre à faire et qui aille aux vaincus, à celui là même que je suis et qui ne veux plus rien commettre, et si oui, qui nommer, à quelle porte sonner, mes questions sont de celles qui vont dans les réductions ?

M’être égal et m’être tu, pas tué deux dimensions de moi, deux égos dans un seul personnage ,et Dieu que c’est compliqué, ça tourne vite à l’usure, à la pègre  humanisée, à l’intermittence d’un des deux, de celui qui se débat ou de celui qui chancelle, et puis viennent de la civilité, de la civilisation, quelque chose entre l’enchère et le troc, vivre sera toujours un résumé de ne pas être, ou si peu..

Dieu éternue, ça déplume des anges, c’est une neige sale qui va jusqu’au sol, d’ailleurs , qu’est ce qui ne l’est pas, celui ou celle qui se diversifie dans le boire, ces autres qui pissent dru, ces incertains qui tirent gloriole de faits insignifiants, je préfère marcher en regardant le sol, mes traces dans cette boue blanchâtre, je sais où je vais…

Quelle odeur a la parole quand nous fanfaronnons, celle de ces fantaisistes qui mouchent le nez à des enfants rentrant d’excursion, celle de ces psychosociorigicotroglododuculs qui se répètent en prenant le caractère hautain de ceux qui ont des précisions à faire, qui savent, doctes , professoraux comment on évite la misère de se taire, celle de ceux qui ont retriplé leur enfance en jouant dans la boue des méconnaissances, celle de nos chers parents morts trop tard et qui nous ont roué d’injures et d’opprobres, celle de ces torcheurs de fond proches de nous et qui schlinguent le livresque savoir, celui de la répétition aussi, quelle odeur a la parole, dites, quelle odeur !

Dans les parages d’exister il y a toute la barbarie du travers, des parcours, des actes faits trop vite, trop tard, trop tôt, il y a la répétition d’être et de l’oublier, l’inconfort de le savoir, des relents d’hôpital et de morgue, des frères qui s’éloignent, des aimées qui reviennent, et tout ça ,ça contribue à nous enquiquiner, voire davantage, quant à la guérison de tout ceci, elle est par là où l’on ne veut pas aller…

J’ai été conçu pour être bourré et le faire, pour une escrime sexuelle dans de beaux textes et draps, m’en défaire à la façon de ceux qui se la coulent douce ne m’intéresse pas, mon corps m’est trop intime pour le montrer ailleurs que dans les lieux où l’aimée est toujours dans une adroite idiotie et panoplie, me restent toutes ces nuits d’épargne pour aller au déraisonnable.

Je pratique la déraison comme d’autres sont dans l’embonpoint de ce vocabulaire de tribune et de tribunal, voyez ces beaux dépotoirs de la parole que sont les cours, les estrades, les sessions, les commissions en interne, les supervisions où se placent des répartisseurs de parole et qui s’engluent dans leur infect verbiage, stop, ce n’est que de l’intolérable, c’est bon pour les vioques assis sur leur banc et qui attendent que ça se passe ,et le ça là dedans, c’est vous et hélas moi…

En moi-même je ne vois rien d’autre que ce corps maladroit que j’entretiens si souvent seul pour de mauvaises fortunes, je l’ai continuellement lié au désastre, que le désastre même en est devenu un savoir. J’ai beau eu me racheter pour des filles qui sont restées sans réponse sur mon âge qui n'était dans aucun avancement, elles se sont défilées de moi, j'ai gardé les manies de cet oiseau sombre et nocturne qui a des ressorts pour sauter au-dessus des flammes.

Ma parole est laborieuse. Je m'ennuie aussi d'ennuyer le monde avec ses patiences, sa gangrène et le rire souverain de ceux qui vivent par métier, ma vertu est dans le vice, dans la panoplie des misères que je me suis octroyées, j'ai ondoyé pour ne cracher sur personne, j'ai tout sali malgré moi, je vais toujours dans une accalmie qui ne me sied pas, je ne suis ni dans le bien ni dans le bal.

Coiffeur d'ouvrages, de tonnerres et d'orages, ce qui se défait de l'érosion est dans mes forces centrifuges, entre ma plume et mes pinceaux, c'est un jour pour sentir et mentir sur des toiles qui n'iront pas à l'extérieur, vivre me bouscule jusqu'aux os.

Vie effondrée, glandaire, glandue, à force de laisser entrer les chiens dans les cathédrales, lieu obscur que cette vie qui va jusqu'aux accidents du crâne, bonjour, bonsoir, le culte de la chicotte et du gigotement dans les beaux endroits ; cravatés par-dessus nos cous nous recherchons à endormir notre cœur plus vite que si l'on courait dans les artères d’une ville étouffante. Passer c'est aussi s'endormir, et dormir c'est toujours chercher un refuge dans son corps.

Prier, vomir là où la nappe n'est pas blanche, n'est pas rêche, se cogner à tous les angles, s'effondrer dans un lit pour laisser entrer la chaleur, toute la chaleur d'une chienne qui rêve avec ses plaies, d’une noble putain que le réconfort a poussé jusqu'à nos membres.

Le vivre brutal tout en déclivité, entre granit et porphyre, provoque la chute des anges échappés des pensions où de vieilles femmes insanes prient et se lamentent. Je veux muscler mes lèvres pour parler haut et fort de ces mêmes femmes lorsqu'elles avaient vingt ans, que tout leur restait tranquille, que leurs îlots de sérénité étaient des endroits paisibles, quand leurs idolâtries ne les menaient pas dans ces courses que d'autres faisaient pour s'étaler et s’affaler avec elles.

Vil crapaud des neiges et des marais qui se transforme pour des fêtes galantes et qui cherche à te grandir pour mater toutes les femelles grotesques qui se sont plantées sur des terrains coiffées comme des anges, te voilà une nouvelle fois désespéré parce que la noce a été désertée et que les mariés ont été des chiens renifleurs d’effusions et de serments nauséeux. Tu te voudrais de passage dans ces lieux où la verticalité n’est qu'une visite, où la politesse est un rebours demandé, jamais dans quelque cache que tu sois, tu ne trouveras l’équilibre justifié qui va d'un visage étendu à cet autre moins haut mais qui paraît plus noble.

Toutes se torchaient en des mouchoirs étriqués, petites mains du jugement pour des aquarellistes qui avaient dix ans de plus, elles avaient entre leurs jambes ce qu'il fallait pour les plus belles des dérives, pour de hautes faillites, fallait t-il qu’elles s’essuient le visage alors même qu'elle n'avaient pas pleuré, et disparaître une nouvelle fois sans que nous leur ayons avoué notre désarroi ?

Aucun accord ne me vient plus, j'imagine traverser le monde entre les plis de l'eau et ceux de l'air, avoir des idées précises sur tous les éléments, mais tout est caduc , la nouveauté pue, l'histoire n'est plus curieuse de ce qui a culminé, le silence est une vieille loterie qui entre dans nos maisons avec des grelots et une folie plus sévère que nos volumes sclérosés, que sont nos corps inexploitables.

Ce sont tous des débiles qui disent, qui s’ouvrent pour des perspectives de parole, de célèbres idiots avec des quotes- parts de verbe, des borgnes à qui le dialogue n’ouvre pas les yeux, des sots dans la convoitise, de savants cerveaux avec le derche dans la marmelade, de faux absent qui se montrent, bref, voilà les hommes, et je leur ressemble.

S’il vous plaît faites moi une blague, laissez entrer dans ma maison ces austères chiens qui sont se introduits dans la négation, moi je resterai assis parmi leurs orages avec mes oiseaux porteurs de bon augure, avec mon air de ne pas y toucher, que viennent aussi ces filles avec lesquelles on peut s'entendre jusqu'au sang ; je veux aussi dire, que ces chers animaux de passage ne trouveront en moi aucune forme qui aille à un maître.

C’est au regard de cette même mémoire que je reviens à mes peines, à celles qui n’ont pas bougé d’un mégot. Je ne demande rien à la joie, pas davantage à la nuit, je veux garder en moi la couleur de l'échange et du pleur, je veux m'éloigner avec elle

Repos. Tâtonnements dans la dormance, personne ne porte plus haut les couleurs, tous les parfums sont en degré, notre âme n’est plus qu'un flot de dépotoirs, les sirènes s’en débinent, la plupart de nos maux sont nocturnes, moi je ne procède de rien d'autre.

Cruel oiseau marin parmi les palmipèdes, tes lourdes pennes ne te portent plus dans l'espace, je donne à voir à un vieux muet toute l’amertume à laquelle il a renoncé, je n'ai rien compris de sa misère, rien de ses fautes, lui a des réponses pour des querelles que je ne ferai pas.

Encore une pirouette, une affaire de gnons, de combat à livrer pour toujours être appelé lâche, voilà qui intéresse bien des individus, en fait des personnages. Entre hier et aujourd'hui, la même route qu’hier et le même détour, reste à venir l'histoire qui sera à mon goût, dans la perspective de ne plus osciller et de m’en enorgueillir.

Oxygène, oxygène, je cherche l'oxygène pour me dégager de cet hiver rigoureux, masqué et qui ne meurt pas. Ennuyé, ennuyant, l'énormité de ma parole n'est nulle part avisée, je cherche dans le prodige me taire une nouvelle bouffée d'air, je suis dans la construction de mon propre merdier.

J'avais leurs torchons pour m’essuyer les yeux, leurs mouchoirs imbibés de moiteur pour des esbroufes d’arôme, elles m’emmenaient toujours dans le bourbier de leur folle raison, je n’en faisais qu’à ma tête, mes mâchoires se crispaient, c'est périodiquement qu’elles fouillaient dans mon ventre pour en extraire je ne sais quoi de limpide ou d’absurde, comme des guenons muettes qui épouillent leur progéniture.

Histoire de ne pas rompre, traversé par un passé qui n'est pas significatif pour un rond, ces derniers temps mêlé au plus que ridicule, je cède au désir d'apparaître indécent et ennuyeux, je m'organise pour lui expliquer comment je tiens le coup.

Il doit bien y avoir quelque connaissance qui vienne à moi sans que j'aie à la chercher là où elle se trouve, je suis dans la direction de cet hier où aucune tache ne ressemblait aux devoirs, bien que je sois présent dans des essors, mon mouvement est infailliblement reconduit vers des sorties, je reste dans la direction de dormir,  je cherche à me diriger ailleurs en laissant derrière moi une toute petite lueur.

Au début, tout au début, et cela je l'ai vérifié, j'allais débarrassé de mes rancunes vers le labeur nécessaire à toute vie qui croise une autre vie, je n'avais ni soif ni faim de conquête, mon accord avec les hommes me paraissait définitif, me voilà pris dans le monde, mais je ne lui dois aucun respect.

La vie n'est pas un roman, elle s’agrippe nous avec ses indolents tentacules, elle veut nous donner des raisons d'aimer, mais pour cela nous avons besoin d'attaches et de liens, du mensonge quoi, la vie est un lieu pour se tromper, pour continuer ce rendement qui va de l'ennui à l'emmerdement, qui peut donc encore croire qu’il y a quelque chose d'original en elle ?

Au-delà du noir et du mourir il y a une étrange affaire à mener, celle de l'existence, en fait une tempête d'accusation et d'improvisation, nous sommes tous des Alceste sans blindage, nous vouvoyons et tutoyons dans la raideur, puis viennent des insultes comme des flots qui un jour nous submergeront.

Rien qui ne soit démesuré, rien qui ne soit à ma portée, je traîne dans le détachement, de mon lit aux obscurs travaux que je dois faire, rien de remarquable, je suis un captif mal entretenu, je ne veux pas être de ceux qui ont soif de désastres et de prières, je n'appartiens qu'à moi.


J'ai toujours su que mes crachats ogivaux n'atteindraient pas ce dieu qui tricote dans la forfanterie, compris que je ne pourrais comprendre que les sorties, ma fin ne me surprendra pas, ma parole pas davantage, cependant j'avance encore, je suis un bousier qui roule sa propre fange.

Ce qui me lie, me retient encore à l'existence réside dans toutes les occasions qu'elle me donne pour la garder en vue, aujourd'hui je ne suis plus condamné à lui avouer mon amour, ma manière est dans l’abordage, il me reste de beaux jours pour de belles secousses.

Que faut-il remarquer de ce que nous dispersons, qu'est-ce qui est manqué, qu'est-ce qui est remarquable, deux environs de vivre, de l'exil rien que de l'exil, des cages aussi par-dessus lesquelles regardent les bourreaux, barreaux et tôles, du contrefait. Dans l'accident de naître il y a quelques lois préétablies qui nous confèrent nos airs d'apeuré, des airs de singes qui sont la bouche close, qui n'ont pas de caractère, tout le reste je l'ignore.

C'est tout l'hiver qui me bouffe et m'investit, me rend divergent et indécent jusqu'à mes ans connus, mes encoignures, je jure par ce dieu qui est absent que je me ficherai toujours de ce que l'on murmure dans les nefs et sur l'oreiller, ce que je sais de la matérialité d'être, c'est qu'on la ressent, qu’on ne la dit  qu'au moment de mourir, moi je n'ai pas de circonstances atténuantes, je suis un embaumeur qui va vers le ponant.


Aux saloperies du cœur va tout ce que je ne dis pas, et que vous connaissez, rien d'irrespectueux pourtant, c'est dans la chienlit de vos possessions que je vais toujours, moisissures et cataractes dans mes yeux, dans mon esprit, du méli-mélo. Saloperies du cœur, je tiens à vous, pour vous excès et vos humilités, pour la grossièreté qui se détend jusqu'à l'entrejambe, qui va donc à l'essentiel, je ne me veux pas plus écorché dans cette chair, celle qu’ont les gisants sur les tableaux de Soutine.


Dépouillé, pas de ce siècle, au seuil des raisons sèches, comme ma propre langue qui jamais ne roula  personne, je me tourne et me retourne dans mon lit qui n'est pas plus charnel que lorsque vous êtes présente.


Mots sans esprit, allitttéraires, mots de Prisunic, mots cloutés, mots qui bavez sur mes sens et ma souffrance, potins de roturiers, comme embusqués pour lever des putes à la méprisable grammaire, je vous exècre depuis mes  cinq ans, je veux m'arracher à vous, je veux être dans la paix.


Seul dans mes passions, dans la splendeur de celui qui meurt pour la vie, avec des textes et le lei motiv des émotifs de métier , de la récurrence, des jours pétés de joie, me voici sans voix, sans ordonnée et sans abscisse, seul avec une seule tonalité, celle de la supplication et de la supposition, être ne témoigne pas de l'existence ,il témoigne du cinoche d'être.


Pour me débiner du jugement et de sa chimie, j'ai mis des hameçons à la grammaire, à la vôtre, quel beau tintamarre que vous faites dans votre fatigue, moi je peins votre dégoût, renaissance de mauvais bouquet, du désir que vous malmenez, bref, de vos singeries, permettez-moi de vous dire, que vous me répugnez.

A la recherche d'une totale amnésie, d’une brièveté, une immense soulographie, d’un delirium tremens, d’une suspension infinie, et tout ça dans le trac, ce ne sont que des images, c’est ma réalité.


Faute d’affichage, écho d'être en vie avec ses erreurs, de la propension à disparaître, n'être qu'une circonférence privée de flèches, être un piège, rien qu'un piège, et vous emmerder.

Ce sont des chiens assis, des chiens qui ne se contiennent pas, ils sont nombreux, ils se montrent, il se démembrent, il se lèchent, sniffent leur cul, ils sont précis, ils sont exacts, ils ne sont jamais à l’heure, ils sont corrompus, ils sont dans la peine et la paix, du moins les leurs, ils font la course à l'orage, ils sont en randonnée, en équilibre, ils ont des nœuds et des cordes, ils la passeront au cou d'autres qui ne leur ressemblent pas, ce sont des hommes, et ils puent.

Depuis ma première rage, celle où j'étais un enfant dupé, me sont venus d'autres écoulements, entre les larmes et les vociférations, je m'y suis épuisé, je suis devenu trouble dans mon trou, cette toute petite demeure où vous viendrez .dormir.


Autoportrait à l'indulgence, on y voit un peintre gêné par ses éclaboussures, dans une main il tient un pinceau, dans l'autre un scalpel, le voilà dans un malaise, il y a une oreille de trop, c'est celle avec laquelle il n’entend rien ou trop, et ainsi de suite…