Journal 1984

Vertu aux enchères, fourrure en  toc de top model, des cornes aussi, bijoux, fantaisie, bilans pour des concerts d'anicroches et de plaisanteries, ces femmes-là sont faites pour d'autres, moi je vais rêver à de distinctes richesses.


Microsillon, Micromégas et. Pégase sont dans la même arène, la guerre de Troie aura bien lieu dans le toril où on achève les taureaux pour  des marchands qui se détendent les yeux grands ouverts.


Elles se piquent au sol qui ne les retient pas, la lenteur est leur atout, elles pleurent parfois dans un torchon qui leur brûle les mains, elles n'explosent pas parce qu’elles  ne sont pas encensées, les voilà qui nous attendent à la sortie des cinémas, pour le nôtre.


Pline et la petite Line ont eu des évangiles entre les mains, eux aussi ont vagabondé dans l'idée d'un lointain possible, moi je reste passif et j'attends.


Mes démons sont mes délégués, je les ai nommés afin .qu’ils ne m’abordent pas quand je suis en dessous ou au dessus de moi, je suis un âne dont la piété est fondée sur la peur et l'absence de séduction.


Je n'ai jamais rencontré la fille que j'aurais voulu être, je cite ici quelques mots pour ne pas oublier ceci ou m’en délier.


C’est une course édifiante vers les institutions de la parole, et j'en ris.


Au comptoir mon père s'épanche et pleure comme un enfant à qui la vie est devenue si ordinaire qu'elle allonge ses pas et sur lesquels il ne veut pas revenir.


Dans cet hôpital il y a un silence qui ne va pas au mot, il vaudrait mieux hurler avec les chiens que de se tenir debout dans la position d'un ladre brûlant et purulent qui prie pour que Dieu lui vienne en aide.


Je viens de loin, j'ai connu  nombre de détresses et de détroits, levé des filles en jupe qui me courrouçaient aussitôt, je ne me suis pas séparé de mon corps pour autant, j'ai rajouté de l'effroi à cet orphelin qui est toujours glacial et de mauvaise manière.


Tant d'heures misérables et qui le resteront…


J'ai beaucoup trop marché lorsque j'étais enfant, trop frappé aux portes étroites, trop balancé des pierres contre les arbres et mes semblables, vingt ans après, ma vie reste la même, je n'ai toujours pas vu le lieu où je suis né.


Ses jambes se seraient enroulées autour de moi, mon torse se serait relevé, je serais allé jusqu’aux équateurs du sang, puis j'aurais pleuré sur l'effroyable douceur du premier baiser.


Encore quelques rêves que j'exagère, c'est un peu mon lot, j'oublie quelques instants que j'ai toujours été mélancolique, et que peu de place m’est réservée .


Rien de troublant ni de trop noir dans ses inclinations, et pourtant je la regarde pas.


Dans mes soulographies je prends le nom d'un guerrier qui ne reviendra pas du combat et s'endort le visage contre la terre qui le fit naître.


Tout ce qui m'est étranger me montre le visage d'une brute qui ne me laisse pas me reposer jusqu'à l'aube.


La prolixité les conduira tous au dépotoir, riches, ils se sont dotés d'un vocabulaire qui ne va pas à ma bouche, je mâche et remâche ma colère, je ne veux pas être remarquable.


Ce sont des cavistes, en fait des rats, ils prennent des notes qui vont jusqu'à la dégustation, finalement ce ne sont que des indécis et des imbéciles à la peau souple, moi je ne veux pas goûter à tout ce qui les fait proliférer.


Il me reste en souvenir une vie cireuse pleine de contusions, une ville où l'on s'emploie à n'être que des boiteux qui ne veulent pas aller au travail.


Je ne me suis jamais nourri de tous ces systèmes qui sont des apesanteurs et des inerties où chacun se complaît jusqu'à l’arlequinade.


Voici que j'entends le vol de bourdon, que consacre-t-il, sinon l'idée de cette mort qui est ce qu'il y a de plus haut dans l'homme


Sans doute l'amour ne nous aime t-il pas, sans doute nous aimons trop l'amour, nous avons offert trop de roses avant d'aller jusqu'au bas-ventre, sans doute nous sommes d’une nature qui ne va pas à la vraie vie, nous tournons toujours autour d'elle pour des images que nous oublions aussitôt.


Comme il est difficile de bien formuler  ce que nous ne comprenons pas, nous nous refermons sur tant de choses infectes, et Satan fait le reste.


Dans mon caisson d'appels mes jumelles dépassent, j'aimerais voir tous ceux qui marchent et se meuvent verticalement sans jamais aller jusqu'à Dieu, ce ne sont que des aveugles à qui on a collé des rétines, j’en reste là.


Les nababs, petits branleurs, puis la naphtaline, l’encens, l’impropre fait d'être trop fier et qui s'envoient en l'air, avec dans leurs ailes de la glu et de la cire.


Je fais des collages, noir et blanc mêlés, un visage s'en détache, on dirait un soldat qui se verse à boire, il est sous le perron d’une maison close, la réalité est toute autre, ce ne sont que des taches, je m'en satisfais.


La réalité serait une rivière qui déborde et qui m'emporterait vers le plus sombre des océans.


Othello est dans une maison de passe, un verre, puis deux, puis trois, beaucoup de mouvements, Salomé arrive, c'est une experte en joie et joaillerie, le décor est somptueux, le tout se passe sur un fond musical entre du jazz et de la salsa, moi je suis mal accueilli.


Je dors mal dans mes lames de fond, d'une certaine façon cela me convient, je démarche ma misère, je m'y heurte, je la mets sur des pages qui ne sont pas engageantes, au matin je sens quelque religiosité me venir.


Splendeurs, rimes et rimmel d'une femme qui vient à moi avec la noblesse de celles qui bossent sur le trottoir.


L’art n'est pas spectaculaire, il est tentaculaire, il sert à nous enculer et rien d'autre.


L'herbe qui tourne fait aussi tourner le monde et je suis de celui-là.


Je mettrai le temps qu'il faut pour vivre, je le ferai sans jamais changer d’avis, ni mes façons ni mes actes ne vous parviendront, je mentirais et vous n’y comprendrez rien.


Debout, presque réalisé, avec les yeux ouverts je regarde toute la violence du monde s'attabler pour des sessions où l'on fait beaucoup de bruit pour rien.


Obscène et ceci  jusqu'aux os, voilà l'homme avec son matricule, sa puanteur, son esprit de gamin merdeux, et qui continue, continue…


En extérieur, temps d'anémie et d'animosité, je ne vais  plus aux ambassades de cœur que pour des chagrins blasonnés.


Dieu qu'il est agréable de ne pas s'élever, de rester dans la penderie au milieu des cintres, comme dans une église où chacun raconte des histoires pour son désert individuel.

Je suis ce signataire qui brandit un rameau en guise de stylet, qui voudrait écrire dans la dérive et démesure des mots, mais l'histoire est silencieuse, elle ne retient , ne rejette que ce qui pourrait l'achever.

Que Dieu reste dans l'injonction et l'impératif, qu'il soit ce témoin muet qui nous observe juqu'à nos rêves les plus intimes et les plus curieux, bref restons ces fils à qui ne répond pas un père.

C'est une nouvelle duperie, ma nuit est un paysage choisi où va une mauvaise mémoire, celle d'un enfant qui recherche la parole donnée et que l'on a tant souillée et qui s'endort dans la peau d'un triste animal qui bredouille.

Une péniche de chaque côté du fleuve pour de savants départs, de l'eau pour s'y laver ou s'y noyer, voilà mon paysage de ce jour,je suis un trentenaire qui se tasse déjà, qui ne sera pas flibustier,pas corsaire du roi, cela me reste au travers de la gorge.

Entre la part rêvée et la part que choisit la main pour étaler, étendre la peinture, toute l’horizontalité et l’étalement d’un dieu, d’un regard qui s’en contrefout la plupart du temps.

Le génie de continuer qui passe par la sainte puérilité de la vie, beurk!

L’annonce faite aux maris, elle est toujours constituée d’un fait qui fera scandale.

Similitude entre dormir et s’abstenir, s’ancrer dans la nuit pour simuler au matin , le vivre et ses feintises.

Journal de mille sabords, si je me couchais ailleurs que dans une cale, irais je dans ces voyages qui vont de Surcouf  à Jean Bart?

La gloriole a toujours authentifié les sots.

Ce qui migre dans mon sang me maintient entre les pleurs et le sable, entre ma langue d’hier et celle d’aujourd’hui, c’est aussi celle qui me sape et me reconstruit, puis me pousse aux confins d’une parole déplorable.


Toutes ces filles mâtinées par leur bel âge, par la prière, nous les retrouvons parfois dans les masques et l’antique statuaire de tout ce qui jamais ne mourra, dans la lumière où nous forniquons.


Gibier à péter tous les sens, lèvres molles, mais si bien charpentée, la voilà qui vient dans cette fin de jour pour une nouvelle asphyxie, et ses jambes qui remontent  jusqu’au nombril sont des échelles qui nous emmènent vers les enfers célestes.


Combien il serait gai
de mourir à genoux
de voir rouler son crâne
vers la nef des fous
d'aller en diagonale
comme un cheval rétif
de braire et de ruer
sur le dernier humain
qui s’assoit près de nous
pour une scène improbable.


Une seule langue pour tous et Dieu seul pour moi.


Jour pour des poignées de mains dans lesquelles on aurait mis des clous.
 
Nous avons largué les amarres, bu l'eau des clepsydres, contraint des yeux à fixer nos yeux, ces derniers sont vides, nous regardons alors vers notre propre tragédie.


Je regarde ce père du plus loin où je me trouve et je l'entends me dire que je- ne suis pas là pour dépasser qui que ce soit, au matin je me surprends à écouter une femme qui me parle de sa mère dans les mêmes termes que moi.


C’est vrai que je serais tombé à genoux si elle n'avait montré comment elle s’épluchait les cheveux, se mettait du fard là où il faut, s’encombrait de ses nobles manières entre le ciel et son lit, mais jamais elle ne m'a rejoint, et je reste le cœur vide à ne plus savoir me découvrir.


Mettre en veilleuse la vie, ne se délivrer d'aucun orage, n’aboutir à rien, mettre le canon sur sa tempe, sniffer sa poudre, et pan…


C'est maintenant qu'il faut choisir, mais quoi, je suis désorienté et sans cesse en mouvement, dans quelles accalmies aller, si ce n'est dans celles de cette femme qui ne joue pas au serpent ?


Certains s'empressent, les autres sont plus ou moins timbrés, tous s’endorment avec des accords qui leur ont servi des journées entières et dont ils ne sont redevables à personne.


Tout ce qui est possible se traduit par de l'impassibilité, voyez du côté de Cassandre.