Journal 1984


Rien ne me change dans le résumé du fond de moi, mes actions et mes accents n'ont plus d'écho, je suis dans la chienlit des bêtes qui ont hurlé, mais qui n'ont pas été entendues.

Incendiaire dont les propos font prendre garde, j'observe toutes les mystifications de ces éberlués du verbe qui entretiennent des mots pour leur donner une explication sur leur bonne conduite, bref, sur leurs saloperies.

Que viennent à moi plus blanchies à la chaux ces nuits où toutes auront leur place.

Vive l'union, les affaires personnelles, l'opération sacrificielle, de toutes celles qui ont été ointes par d'anonymes mains.

Il y a ceux qui jettent, il y a ceux qui gardent, il y a ceux qui donnent, et puis un jour tout est amplifié parce qu'il a été trop longtemps caché, moi je continuerai à ne rien vouloir conquérir.

Je continue à penser que je suis de ceux qu'on ne force pas, mes effervescences ne sont pas des devoirs, je tiens en mon propre corps des épanchements pour celle avec qui je louvoie

e n'ai jamais aimé les bras des femmes, ces tentacules grossiers avec lesquels elle vous enserrent pour des enfers à domicile.

On ne dit pas « Quel homme êtes-vous » c'est déjà une tromperie, moi je cherche à me réconcilier avec ce corps qui éprouve le désir de résider partout à la fois.

C'est par l’âme que tout arrive, les saignements, les logorrhées aussi, l'idée et le désir d'une idée, plus le mot lui-même qui peut aller jusqu'à nous noyer.

Autant je voulais être dans le sentiment de mon père, autant je voulais sa force, ce qu’il livrait et délivrait avec son corps, autant ma chair a dit non parce qu'il était dans cette quarantaine où il cherchait du sentiment et de la force.

L'idée, on la faisande toujours parce qu'elle prend le chemin du souffleur.

Une grande ode sur la vulgaire séduction de ceux dont la superbe constitue le seul allant.

Cet exil intérieur vieux de mille et une nuits, il faut que je le rende sensible afin qu'il m’enseigne l'immense histoire de tous les exils.

Complaisant, pas exhibitionniste pour un rond, j’use de l'entrée en matière pour aller en mes places nettes, là où je n'aurai pas à prendre garde à toutes les assises de ceux qui ont témoigné d'un corps infect.

Donnez-moi à ne rire de personne sinon de moi-même qui dors dans l'impulsivité des mensonges.

Secouez-moi et encore et encore, vous n'obtiendrez qu'un précipité qui schlingue.

Toujours écrire, se redresser, ajouter des ratures, s'éveiller dans et par les mots, dans leurs intentions, leurs attentions, et puis faire de ses journées une immense dépendance dont l'intermittence m’oblige à y penser comme une contrefaçon d'existence.

Tous se déplacent, tous se recentrent, qu'est-ce qui. pourrait les remplacer, sinon un grand vide que je louerais ?

Alarme, diane qui se rapporte à un jour qui va nous chier une pendule, puis dans le tapage, se secouer, être si étranger à soi-même que tout serait méfiance et uniformité.

Partition trop lisse, la vie est un prologue qui ne qualifie aucune passion, elle n'est qu'un esclavage, une déveine, une ombre jetée sur soi-même, crevons le plus tôt possible pour n'encombrer personne.

On prend les mêmes, on ensemence, viennent des rejetés et des rejetons, des compromis aussi, puis de l'ivrognerie avec des bonimenteurs qui jouent cartes sous table, qui se contredisent, qui s'immiscent dans nos rapports d'affection, le tout finit par un bulletin qu'on dépose dans une urne.

Je m'accroche toujours et encore à la bête que je suis, à la queue cela va de soi, et puis je mets mes sabots un peu partout, ça me fait grand bien que je songe à recommencer...

Des agnelets sur un bateau, Panurge n'est pas loin, le bateau coule, les agneaux se noient, Panurge est un Weismuller, où est la contrepèterie?

Toute cette couleur ne va pas aux signaux qu'elle m'adresse, sa main en corrompt tant que n'ai qu'une envie, lui dire adieu, et je le fais.

Vivant je me regarde vivre, rien de plaisant, plutôt une plaisanterie, je veux aller dans des  jours simples et y siester sans rien voir de ce qui m'entoure.

M'endormir m'emporte toujours vers les détails de ce que j'ai vécu dans la journée, c'est là que j'ai l'illusion d'une ténèbre moins inquiétante.

Une des raisons, des bonnes raisons de me tenir éveillé est d'aller intégrer ma vie, pour le reste, allez vous faire voir.

Ce n'est pas un temps d'émoi, mais un temps à moi où je me figure le présent dans le visage d'une fille aimée et qui sort de chez moi par la porte de derrière pour d'autres aveuglements.


Voilà que les poules mouillées prennent un bain de pacifisme, elles sont raides, elles sont molles, elles puent, elles sont autour de nous, certaines nous appellent par notre petit nom ,allons , battons en retraite et rentons dans les déficiences...

Blonde express pour qui chacun se damnerait, mais on essaye de tant se faire mousser, on aboie, on louvoie, et on finit bourré à gerber dans les caniveaux.

A ma porte des chiennes de tous poils, de mauvais genre, je plaide pour la négligence de celles là mêmes.

D'autres sont belles et luisantes comme ces tôles émaillées qu'on trouve chez les brocanteurs, elle sont imprenables, on a beau faire le forcing, poser un premier pied sur l'estrade puis le second, elles n'en n'ont cure, et on finit la nuit dans un bastringue ou une autre a flairé le pigeon.

Quand l'aube croît avec ses conférences et ses scies, ma nécessité première est de tendre l'oreille aux ramages qui sont coiffés comme des anges qui bombent le torse en pissent dru, c'est là aussi que je sais que je n'ai plus vingt ans et que ce qui me soulève le cœur n'est plus que de l'ordre des amours où j'ai mal aimé.

Il me faut rester implacable et aller dans ces lieux où la parole est d'un temps ancien , là où on lui répond en latin et me plonger dans ses appartenances,cela seul datera.

En si peu de temps être enchanté et désenchanté dans une planitude oû l'imagination seule peut tout dérégler.

Le mensonge est athlétique, il a grande vitesse, de la vélocité, il apparaît sous les traits de ces costarisés qui nous servent à l'envi des discours et de la péremption, méfiez de lui il peut vous semoncez ou vous emmenez loin, très loin, là où il y a du respect...

Osez enguirlander les sagouins, il ne leur restera que leur pine pour affrioler les pétasses qui lèvent leur cul vers le ciel pour de petits enquiquinements.

Au début était une simple démangeaison, puis vint le prurit avec ses sévérités,des bleus un peu partout pour des grattages d'outre mesure, bilirubine en effraction,puis se démerder avec tout ça.

Un télex pour quelques ex, un film x pour mon Alix.

Comme pour darder tous ses intérieurs,la muette insolence ,qui danse,qui danse et pense.

Trop liés c'est l'asphyxie,moins c'est du désarroi,je veux qu'elle aille jusqu'à ses vingt ans sans que je lui apprenne ce que c'est que de poser un lapin.

Imagine qu'elle ait des jambes jusqu'au nombril, quelque lubricité dans la courbe des reins,la bouche doucereuse comme du massepain,eyt une dent contre toi,irais tu te balader dans les moments où elle te noie.

Nocturne par le désir de n'être pas ennuyé,se détacher des hommes pour entrer dans la grande pénombre qui nous fera grand aussi.

Des saisons que je retiens pour leur douceur particulière me vont le printemps et l'automne, tous deux pour leur vert et leur roux, le reste va je ne sais à qui.

Si je m'explique, je me tue, silencieux je tire un tombereau qu'aucune musique n'accompagne mais qui ne roule pas vers un cimetière.

Déséquilibré dans la conscience d'un qui sait ne plus vouloir entreprendre, secoué par de la désallegresse, je me lève, me lave et me la raconte à la manière de ceux qui vont faire volte face.
J'ai la vertu en solstice, l'irrespect en armistice, la bienséance vers le milieu, quand on me regarde on ne voit que ce qui est visible, pour le reste on s'en remet à sa modeste intelligence.

Mots pour moi seul dans le sillage soyeux des baveurs à domicile, puis des feuilles comme des reposoirs, des lignes qui suintent, que la vie rend privilégiées, et puis des emmerdements quand on les relie et relit.

Cassante comme un mirage qui nous oblige à fermer les yeux, avec un peu d'embobinement dans la parole, elle n'en finit pas de se défaire, nous aussi, personne ne la maudit.
Maigrichonne, petits seins, rit peu, fait claquer sa langue contre son palais, petite salope qui se veut spirituelle et ne berne que des enfants.
Toute en volts ,presque kilowattée, charge de fauve,brutalité dans la voix,quelques revanches à prendre sur les hommes et le temps,se couche avec sa haine et s'y déplie, liquoreuse pas alcoolique,elle éclate en sanglots lorsqu'elle parle de son père mort à Melbourne.

C'est un temps d'effacement et qui le fait on le retrouve un peu plus tard dans les siens.

Du côté de l'homme, ça marche, du côté de la bête, ça marche aussi. Deux aspects primordiaux de ces créatures manifestement idéales. Je dialogue, avec le vin, avec l'eau avec l’encens, avec l’hostie, je m'entretiens, avec l'autre,beurk. J’ai envie de ne plus penser, ne plus servir de cobaye à leur causerie, à leur digestion infâme, à leur pensée déchargée, à leur moindre souci. Je peux ici affirmer ne défendre aucun territoire. Je m'achève dans une incomplétude totale. Mon appétit est défini comme une tendresse sur un mode incohérent.


Regard sur moi, sur cette aveugle qui marche dans la neige, exhortant un peuple de débiles et de crétins à ne servir aucun dieu. Agent trouble que la priorité des liens et de la parole pousse à la magie, à la foi, je reste sur le parvis des cathédrales, me voilà une nouvelle fois cet interlocuteur béat, cet Adam du conciliabule.


Pour m’évoquer brièvement, je regarde mes familiers, leur aspect d'ascète, leur respect  de clerc, nos points de vue sont différents, nos désaccords aussi. Je cherche de quoi présentement tenir tête à la bêtise agencée comme un compartiment de sots qui vont jusqu’à l’âge de cinquante ans, et qui mourront pour éviter jusqu'à la peur de se connaître, en parlant, parlant, en parlant…


Éros ensanglanté avec la notion d'abus, d'abjection et de beauté. Je lui envoie quelques fleurs pour lui répéter jusqu'à la faillite de nos orgasmes, cette ordalie orientale quand les épines écrivent des mots avec ou sans voyelle et tachent autant que l'encre ou vont se noyer des sirènes. Presque moribond dans le lit des salopes qui réprouvent la morale, je lui dis de venir me charmer une nouvelle fois jusqu'à la divulgation, la divination, la divinité…


Qu’est ce qu'un livre, une écriture en fuite, une servilité, quelque chose qui se passe de commentaires, qui nous pousse à la question, et qui nous oblige à nous taire? Qu'est-ce qu'un livre, un certain nombre de maintiens, une imposture, cette constance de nous que chacun travaille comme un assujettissement à la note, au mot, à la matière? Qu'est-ce qu'un livre, le plus bel exemple de l'émerveillement qui procède de la charogne, de la faute établie comme telle, le plus fantastique des chagrins, la plus noble des erreurs, la plus abjectes des topologies, un avatar de la parole proféré par la plume, par le trait, par notre genre aussi, et la suite de son squelette réincarné essentiellement?


Manière de marin tatoué au regard de l'animal que je n'évacue pas, j'ai des fonctions de précepteur à domicile, d'agent de l'ordre, debout pour un office. Je n'ai plus le plaisir d’écarter qui -ce que ce soit de ce bout de moi qui manifestement est encore perceptible et qui se manifeste pour une sympathie envers les mythomanes, ces comiques que la dialectique a rendu aussi grotesques que les grotesques mêmes.


Par dix fois ; vingt fois, cent fois, l'effet produit est le même. Orgueilleuse comme une qui aurait repoussé un criminel, la voilà qui se rétablit dans la méfiance, dans le doute des poseurs qui ne veulent pas  que la photographie  apparaisse dans cette sa fluidité  première, elle reste ce monstre tout en vigueur, tout en méandres avec cette évidence de pouvoir parler, et qui va dans la ville vêtue comme une abbesse.


Tout en fibres tressées, en inexacte similitude, avec une variation sur mes vanités. Mon importance est une imposture, un doute entretenu pour me sauver des accords avec l'homme, j'exècre les nouveaux thèmes, les nouvelles installations, me voici à genoux pour simuler de petites folies, et cette peur immense de ne pas finir l'année.


Au gigantisme et à la petitesse de ne pas répondre à la question, je propose la fréquence de cette parlotte qui d'une manière ou d'une autre est un acte de civilité. Servile déguisé avec ses difficultés de divulguer quoi ce que ce soit,  je peins, j'écris, je fais des comptes et des synthèses afin de régler mes positions, entre la chaise et le strapontin, entre le malentendu et ses ressorts.
Vers un demain bien agrémenté, j'ai dirigé mes chiens lécheurs de couilles, vers les retors avec leurs idées reçues, les terroristes de la vertu, les casseurs de métier. Vers un demain bien agrémenté, j'ai dirigé mes fauves, cela il faut que tu le saches, ma douleur ressemble à une urine chaude qui s’irise dans le sable.


Celui-ci, celui-là, neuf, pas encore éprouvé, avec ses liens filiaux, ses rivalités, sa nécessité aussi, le voilà qu’il me donne ses parallèles. J’excelle toujours dans le silence, je suis dans mon espace familier où manifester de la vie n'a rien d'essentiel, sinon par quelques métaphores, quelques figures ou proses. Je rêve d'une dynastie consacrée à mes observations.

Parparin de Parascon, candidat pour une autre espèce, ai-je le droit d’enseigner qu’ailleurs nos protecteurs avaient foi en leur écu, que le glaive brandi concordait à ce burin entre les mains de nos pères, dans les mains de ces lapidaires, tailleurs de froids cristaux, de combes et de culs de basses fosses.


Au-delà de l'homme en ligue à des misérables je vois des soulards, des soudards tout près de la branlette, exercice de volte-face, qui à défaut de faire d'eux des imbéciles, les plonge dans une époque où pour être honnête il ne faut pas faire de projection. Voilà que dans le sens de dormir, j’use d’une méthode pour me convaincre de périr autrement, par cette conscience que certains des moments du jour ne coulent comme un consentement ridicule.


L'âge d'homme est-il nécessairement un âge pour le travail, pour les beaux orages, pour les beaux acajous, les avantages de la supercherie, pour la chienlit des lieux communs, pour les seules commodités d'une conscience maltraitée ?


En manque d'éclaircie, pas encore au large, quel langage dont l’abord se mesure par les disproportions du mot dois je emprunter, à quelle lucidité pourra-t-il me conduire, mettra-t-il des cordons  en mon esprit et de l'esprit dans mon corps?  Aimer d'un même élan, le progrès et l'effort n'est pas dans ma nature, je vais vers un autre terme.


Reprise. Prendre le Messie pour un type terne. Aller simple pour une terre où j'ignorerai tout, de mon organisme et de ses intérieurs, ce qui constitue la vaste démonstration de la mort. La même que j'aimais, que je haïssais, c'est aussi le portrait d'une femme qui n'ira pas dans l'hiver, et que ses mille tour de passe-passe ont emmené vers cet ailleurs où tous les homologues, ou tous les homonymes ne démontrent plus rien.


Pan qui a dégueulé sur les héritiers de la même couronne que lui, je n'ai  plus cette dévotion qui me poussait vers les arcs les ogives, vers la flèche et le vin, j'ai moins de simplicité, moins de limpidité. J'entretiens maladroitement  le culte exemplaire de ces peintres, de ces sculpteurs antiques sont montrés eux-mêmes absurdes par les plus bas des embrasements.


Tout me portait à la turbulence, à l'écriture, celle qu'il a cessé pendant vingt ans concourir à mon indépendance, à ma vanité, à ma pourriture intérieure aussi. J'abandonne ici quelque défiance, quelque trouble que je multipliais pour me pousser dans l'euphorie et dans l'inexactitude de me taire. Ma vie n'a pas changé, je resterai toujours un nomade, un prétendu bougeur qui n'a pas trouvé son assise, pas trouvé sa période, pas trouvé son temps. Je ne veux pas d'ailleurs qu'il en soit autrement, aucune circonstance de me faire voir ne m’a mis en joie, je cherche dans tous les orages à domicile, ceux que j'ai gardé en poche et en prose, la force de me passer de l'autre. Même affamé, je n’irai vers l’homme de peur qu’il ne lâche sur moi ses chiens avant même qu'ils n’aient élevé la queue.