Journal 1983

Petite maquerelle qui se signe qui singe tout ce qui passe par les livres qui avilissent les yeux.

Plus on se place plus on se tasse, avec ça garder au creux des paumes la trace du feu, cultivatrice de maladies et de rancunes qui ne nous conviennent pas.


Tireur solitaire, rien qui ne m’aille, pas même ce visage emprunté à celle que j'aime, à ceux qui sont vautrés dans mes sanctions, dans mon insane philosophie et  toutes mes littératures vouées à l'ordinaire.


A jour dans mon ventre, au chaud dans mon échine, dans cet égout du dormir où je tiens moins à mon dessein de balanceur qu'à celui de balancier.

C'est une femme exceptionnelle qui se noie dans les excès, voire les excédents.

Ils sont de cette espèce trop quotidienne pour qu’elle m’encombre comme elle devrait le faire.

La seule chose que je sois capable de faire c'est d'être dans la mesure, mais outre, voilà pourquoi j'entre si facilement dans la monotonie.

J'appelle miracle le total abandon de toutes les choses, si nous songions une seule seconde à nous en affranchir le miracle se nommerait ennui.

Je suis sûr que Dieu existe, j'ai vu des archanges ressemblant à des girouettes dans des champs de blé et d'orge, d'autres qui pissaient sur la ville, tout ceci avec un charme indélébile, et j’habite cette cité…

Une colère trop jeune encore et qui va dans le sens des égarements.

L'alcool me maintient dans l'alcool, après  dix ans de boire, je bois encore, tout ceci ne me rend pas obscène comme je l'aurais voulu.

Je me console parfois de rester en vie en regardant tout ce qu'on peut retirer du monde sans en rien éviter, rien qu'en le regardant.

Le plus dur dans cette existence aura été d'être dans une moitié d'identité, de dormir en y réfléchissant, et de se réveiller en étant la portée de tous.

Voilà ce qu'il y a de tragique, c'est qu'il n'y a rien comprendre, tout est sornette et ironie, tout est un texte à plat et qui ne demande aucune explication.

Mort avec des mots en bouche, voilà comment je vous rejoindrai.

Tout est différent, ulcérant, aucune de mes productions n'est plus naturelle, je serre contre moi mon propre corps, me voilà plus maladroit encore.

L'homme ne crache plus que de la larme et il s’y répand et vautre.

Chez certains il faut ouvrir le ventre pour en voir le cerveau.

Cet autre est un chameau reproducteur bouffeur de sable et cracheur d’insubtilité.

Me restera l'impassible écriture qui submergera tout.

J'écris parce que je me méfie de la parole infernale, ce faux miracle qui porte à l'essentiel, la mienne va à l'inhibition, en fait j'écris pour ne pas me perdre.

Je ne parle pas suffisamment, je fais peu cas de mes gestes, je me charge du mot des autres, c'est un régime qui me sert et me suffit.

Un texte qui débuterait ainsi « Que c'est beau le corps d'une putain ».

Ne rien nier, n’être que ce rétiaire rétif et maladroit, puis entrer dans l'arène pour se faire éventrer.

Ils mettent trop de folklore dans leurs gesticulations, et ça me brûle le cerveau.

Ai-je bien agi avec ce que j'ai de plus familier ?

Sais-tu ce qu'est un tatami, un tatami est un tapis carré ou deux types obèses combattent et sur lesquels on jette du riz.

Moi qui ne sais même pas dessiner un renard, ils me demandent de peindre un soleil.

Je pense à Jules Renard qui disait « J'ai trop voulu être sincère sans l’avoir été » je réponds « J'ai trop voulu crever sans vraiment y penser ».

Dans ma maison j'entends parfois des bruissements, ce sont des insectes qui creusent le plancher, pourquoi ne s'en prennent-ils pas à mon cerveau pour ne plus me souvenir de vous ?

Je lis les rédactions de ces enfants dont j'ai la charge, il y a tant d'esprit dans ces mots qui disent l'amour et le terrorisme des grands qui ont mal tournés.

Revenez me voir dans dix ans en période de maux, c'est là que j'irai bien.

Nous sommes tous inspirés et aspirés par ces femmes qui se détendent en nous crachent de l'eau et du venin au visage.

Il faut que je m'invente une nouvelle maladie pour ne plus être malade.

Imbécile et fanfaron j’aimerais conquérir tout l'or du Rhin, sans qu'aucune main ne m’y engloutisse.

Ils ont été spoliés et salis, mais ils sont ressortis en propreté de ces salissures et de ces spoliations.

Boro était le plus petit, mais il était le plus sage, le plus fou peut-être, il m'emmenait derrière la maison, et il me disait « Viens on va se mentir ».

Tout ce qui m'échappe ne va pas ma gentillesse, ni à mon intelligence, c'est peut-être ce qui fait ma brutalité, ne rien acquérir, ne rien savoir, ne rien comprendre, je n'ai plus l'âge d'attendre je m’arrête dans le temps d'un enfant qui est dans la brume et qui ne sait se diriger.

J'ai fait du feu dans la cheminée, je lis Hervé Guibert qui parle de ces aveugles qui marchent et marchent encore, je pense alors que je suis de ceux là, je n'ai plus qu'à m'endormir en gardant les yeux ouverts.

L'amour restera ma plus grande souffrance, dans quelque période moins austère j'aurais dit le contraire, mais je n'ai pas la politesse de ces amants mollassons et sots, voilà ce que je garde pour moi.

Ce sont des nabots qui ont oublié de grandir, toute leur vie en est amoindrie, voilà les hommes tristes de ce qui leur échoit, il leur faudrait un grand désordre pour qu’ils se rétablissent dans de grandes attitudes.

Tant de liberté, et pourtant des doutes et des présomptions.

Toutes les vies seront ouvertes si un œil les regarde de près.

Ce qui est orienté au-delà de ce que nous devons voir est la face cachée d'un dieu qui fuit les généralités et les lieux communs.

C’est le plus sot des mariages que le mariage avec les mots.

Décembre dans les cendres, ma née nette aux pieds qui brûlent se livre à des strip-teases dans les cimetières.

C'est la première à gauche qui reste la femme de ma vie, les autres dans mes chronologies sont des volumes que je ne veux pas lire, des stèles sur lesquelles bave mon insane mémoire.

L’âne nonce rend infertiles les esprits tournés vers Dieu qui s'en désespère.

Le bonheur est dans l’après, lequel je n'en sais rien, mais il faut y aller prestement.

L'avenir par le travail, nous punir par celui-là même, trente ans à trimer, puis crever d'avoir beaucoup souffert.

J'ai mal par les mots que je n'ai jamais su prononcer, j'ai peu parlé comme si j'étais sur le point d'un avenir qui m’aurait écroulé sur le pont d'un navire.

L’aventure spirituelle avec des spiritueux, appuyé sur les poutres des soupentes avec tant de degrés dans les sens qu'on ne sait plus s'il s'agit d'un voyage ou d'un testament.

La ville dont le prince n'est plus un enfant est noyée dans les volutes, il y a si peu à voir que nous cherchons- à nous coucher le plus tôt possible.

C'est en regardant que je découvre ce que j'ai toujours cherché à voir

Voilà que tout est noyé dans du noir, le parc, les maisons, notre raison même, disparue la civilité, la civilisation, la ville n'est plus qu'un essaim où la reine n'est pas dardée, c'est un stationnement d'insectes qui se fait le complice de ce qu'il y a de plus sombre.

Mon vieil ami l'œuf avec sa tête de conciliabule.

Les divinations imbéciles et fétides des mousmées godeluresques et qu'on écoute tous les matins avec l’âme dans des bas-fonds.

Alcool, rouge aux joues, fard aux paupières, jupée court, flip et flop, Eos et Eros en branle, faut-il que je veille pour aller dans le pire ?

Qui joue, qui perd, qui gagne, qui tord la lune avec ses lames de fond, toujours cette écolière qui a chaud, qui a froid, qui se coiffe et se décoiffe pour mieux ennuyer ?

Je resterai toujours fidèle au mot sans comprendre ce qu'il a dans le ventre, sa juste maladie, ses contrariétés, ses ferments, cet air tourmenté, je-le roulerai jusqu'au cimetière tout en le chiquant comme un amer tabac.

Les filles les plus belles laissent toujours leurs jambes tomber de plus haut.

J'ai mis deux soucoupes à mes pieds, un éteignoir dans mon pantalon, je vais dans la ville avec un air grave, je gesticule comme un pantin qui se retourne pour regarder son ombre.

Je me souviens de cette fille qui touillait le café à ma manière, et qui me regardait le touiller à la sienne.

Zèle inquiétant pour un suicide que je me commettrai pas, je le considère depuis si longtemps comme la mise plus sûre, et dans le silence je lui donne des mots pour de hautes statures.

Je ne suis pas en condition de lui dire que je n'ai jamais été glorieux, que je n'ai jamais marché droit, à part aux enterrements.