Journaux 1983-1988

Journal 1983


Spasmes, linges séchés, torrents de colère, je ne crois plus aux légendes . Tout est trop grave, trop de déchets, de défaites, pour entrer dans une nouvelle paix, il me faudrait de la haute voltige, quelque chose de plus élevé,  de plus noble aussi, j'ai renoncé à boire, renoncé à manger, quelle est la lie qui ne soit pas à la plus haute des bouteilles. Spectateur exagéré sur le déclin, je n'ai plus droit qu'à un strapontin et qui est sans ressort, les écrans ne sont pas colorés, je suis trop loin de l'image, trop loin d'écouter, je me contente d'ignobles conséquences, j'entre dans l'âge de la surface qui jamais plus ne sera polie, je vais dans la supercherie.


M’échapper encore plus, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de limites, jusqu'à ces nuits sans impunité. En cascade, j'entre dans le vif de célébrer tous les nons, toutes mes colonnes sont dans l'antique, rien de redressé, pas même un bonheur où brûlent de nobles essences, je suis sous la tempête, je ne veux plus caresser aucun essentiel, cette permanence d'avant, cette subtile utilité d'être, mes revers sont des horloges contraignantes, rien n'est acquis, rien ne me manque.

Rire semblable et épée nue
dans tous les noms je te chéris
ombre habile sur ma trace
quand je pénètre dans les jardins
où le sang des plus hautes demeures
a lui pour un autre besoin
suis-je écarté pour autant
du ruisseau qui devient fleuve
de ce but  contraint à la ténèbre
de cet autre
qui épaissit
les objets avoués
je cherche un héritage
dans l'aplomb et la guerre
de mes nouvelles audiences
rien de moins encombré
que tout ce qui point
à la merci d'un partage
quand aimer avec besoin
naît d’un sommet
où se défait une fête
dans le brouillard
des fausses témérités.

Tu cherches à congédier mes fauves
tu emplis mes jardins
tu te veux mon égale
avec tes plaies et tes relations
tes réseaux acidulés
que le sang convainc
de cogner plus fort encore
tu apparais sur mes terres
tu creuses dans mon enfer
un nouveau tombeau
tu pries je m'engloutis
tu veux plus que le marbre
tu veux de l'Antiquité
avec ses statues grêles
ses sales panoplies
je vois bien qu'avec tes sens
tu  te résignes à me réveiller
recentrée sur ton corps
sur ces autels où  brûler
ne servira un jour
qu’un trouble meurtrier.


Je fais gerber des chiens que le silence et la science  ont corrompu. Ma saison est dans un crime particulier ,dans un faux temporaire, dans une éternité de fauves qui ont les os brisés, et qui dorment parmi les hommes. Dans chacun de mes dangers il y a  désormais une avalanche, la perversion de l'eau, l'alcool pour éviter de rester en vie impunément, pour éviter je ne sais trop quoi d’insalubre, je n'ai rien oublié de ma minutie à vouloir entretenir, à polir, à me plier, à m'anéantir parmi les hommes qui ont des vies occupées par d'autres sommeils. Mon ravissement ne va plus à la surface, il va dans ces profondeurs où la terre est poudreuse, je vais me replacer parmi les morts et parmi la nuit.

Du dôme d’où observe la ville, je défie  ceux qui ne renoncent pas se taire, et qui du limon tirent de nouveaux visages pour les porter à tous les regards du monde, les uns contre les autres comme au premier jour étendus dans leur sale linge, libres et bienveillants. C'est de mon amour millénaire des êtres, que j'ai le génie du lieu et de l'apparence, beaux détours aux armes aussi soudaines que pleurer apparemment nous sauve  de toutes les exigences.  Suffit-t-il de se tenir sur terre, dans son corps, l’accepter ,le rompre aussi, pour lui accorder son âme, oublier jusqu'à ses anathèmes, ou faut-il pour ne rien prodiguer de soi se faire aussi léger que l'air qui nous facilite la marche ?

Il faudra qu’allié et sans souffrance je prépare les fêtes où elle me demandera de ne pas être disloqué, pas plus que de décider entre vouloir et pouvoir, afin que les effusions complexes complètent cette vie avide de lumière et d'ombre, quand les deux ont été parmi les pierres.


Elle reviendra en moi, nourrie par une nouvelle grâce, qu'aucune autre ne voudra supérieure, pour s'efforcer à mes filatures, pour des échanges moins compliqués , afin que tous nos voyages ne secrètent plus de la peur, elle reviendra avec ses savoureux mélanges, avec ses chants et ses nouvelles manières, ses enfances et ses gestes pour exaucer ma demande, elle reviendra pour me mener à la mort.

Au-delà de mes infirmités, de mes uniformités, la même matière sanieuse de réfléchir, le bourbier de la raison, quelque folie importée et qui vient de la  loi, que chacun avec son mal s’établisse dans la vie qui lui échoit, mais qu’il ne m’en parle pas, je vais dans les farces et parmi les satrapes, ces primitifs de la plume et de l’exécution convaincus que le feu a quelque chose à voir avec la lumière.


Au bout,  avec l’envie de faire dans la mimique et les miasmes, aucun coup sous la ceinture ne me parviendra plus, aucune influence n’aura mes spéculations, pas foutu, pas plus moribond que celui qui met un pas grave dans un pas plus grave encore, je crée ce prince halluciné obligé à des parallèles, le plus grand des emmerdements reste toutefois de trouver une terre à ma mesure.


Où va se nicher la tragédie, dans l’enfant qui chiale, le pubère qui s’en tape, l’adulte qui retarde ? J’ai poussé mon monde au-delà de celui de la pensée, je m’y suis abimé, amputé parfois, j’ai cru y déceler les exactes paroles qui vont d’une bouche à l’autre sans le charroi des saloperies du dire, rien ne me poussait plus aux quiproquos, j’ai fondé pour moi seul un empire friable, le silence. Figé, inédit, cela va de soi, j’ai pourtant aimé , aspiré par ces autres qui n’ont su que reculer ,je n’ai pas craché sur eux, mon décor n’a plus rien à voir avec leurs Babylones souillées et crasseuses.


Longtemps, trop longtemps je me suis écarté de ce garnement qui écrivait pour des jeunes filles par trop idolâtrées, qui taquinait les plantes, traquait les spatz, qui s’échappait du monde pour fabriquer le sien, j’ai mal goûté au bonheur des hommes, trop sale, trop amer, trop d’efforts à fournir, de plus ils schlinguent la péripétie d’y parvenir, ma parole restera dans tous ces clichés qu’on ne retient pas.


Païen par l’acte, d’autres fois par le mot, j’ai aussi le souvenir de la volupté par le vin, sa douceur, ses excès, je n’ai eu de véritable voix que dans le cri, rien d’autre comme enchantement, je rêve d’un accent idéal pour annoncer de funestes entreprises, je vais y réfléchir et en témoignerai, comme on entre dans une saisissante musique.

Double en corps, double en esprit, pas doublé, la duperie ne me va plus, j'apparais sans viatique pour aller sur ces routes qui mènent à l'homme, nu, désossé, à quel dieu demander l'aumône, à quel âge, à quel siècle –ma  plume  ira-t-elle afin d'écrire son nom en grand caractère ? Les routes de mots ne me font plus peur, peut-être ne m'ont-elles jamais suscité aucune crainte, j’userais de coups s'il me fallait dire que mon droit n'est pas sous la ceinture. Mes repères furent d'avoir été silencieux, j'ai entretenu autour de moi des témoins  affectés par trop de lumière, assistés par un abbé original qui ne les catéchisa  pas. Demain est une nouvelle époque, est une nouvelle étape, un nouveau lieu aussi, je m'attends à un autre devenir.


Brisons les rêves aux larmes de crocodile, ceux des babouins dodus saupoudrés comme des perceurs de murailles et d’oreilles, grimpons aux grotesques plantes qui couchent nos murs, que l'agonie leur prenne la tête, leur prenne les cheveux, qu’elle les torde, que cacher leurs nécessités ne les empêche pas de d'être inondés, quand il y a trop plu en haut col, en atmosphère insalubre, qu’ils restent  malades, c'est leur seule façon d'être vernis définitivement.


Belle peinture que l'ignorance aggrave, belle peinture pour plaire et déplaire, quand le regard fixe témoigne qu'il faut s'enfoncer dans le grand désordre qui  n'est pas sévère, d'un jet je m'étends sur les objets volés et voilés, aucun commerce pour perdre les images que j'ai imposées. Je cherche l'attaque, le bon angle et l'impact de toutes les combinaisons.


Aimer avec discernement reste en dehors de l’art, en dehors de la religion, la validité de l'amour passe par l'œuvre et non par la cotation et par des exaltations, l’âme s’y engage, le cœur n'a rien  à voir à l’affaire, quant  au corps qui  a présidé à cet office, ce déficit, il le doit à la grâce et au vice-de voir, tandis qu’ ici ce même ouvrage finit dans la contrefaçon.


Tout s'explique, tout implique la fermeture, l’âge crayeux pour s'essuyer le front, les mains dans lesquelles les clés ont douté, quand trop étroit ou trop petit, nous n'avions que leurs yeux pour ne pas  distinguer ce qu'il fallait voir et comprendre. Comment lutter, qui sont mes frères, quand le couteau n'a pu que diviser, ou charcler cette chair si précise qu’on aurait pu balancer d’un  pont. Faut-il dormir dans ses patiences obligées, où celle-là même élèvent des chiens, et qui vont gagner des combats dans un champ de blé sans avoir fait aucune morsure? Comment peut on ne parler de ce nouvel accord, comment ne pas la taire, ne pas être médisant? Maintenant que j'avance dans ce noir sans atteindre aucun mon, mes sens aiguisent mes artères, je ne  pas craché, je n’ai pas  vomi, je vais-pourrir par mes entrailles.

Elle bosse, elle buse, elle besogne dans la durée, pas d'accrocs, pas de clientèle, un peu molle, ou moelleuse, un peu rancie aussi, chardon quoi, civile, du moins presque avec l'accent des spéculatrices du sentiment.

Bigote d'enflammage à retardement, prie le jour, crache dans les bénitiers la nuit, pas versatile, un peu à ma renverse, philosophe à ses heures avec un décolleté en plus, puis des simulacres, des mots, des phrases quoi.

Elle rit, elle se campe dans la cape, pour s'avouer gentille, amicale, de la tromperie, c’est une faunesse, une animale, elle est grasse de ses objectivités, trop de sécrétions...

Une gosse du populo, plutôt gonflée, rodomonte, flictionnaire avec une tête de bouddha, de monarque femelle qui en aurait trop fait, puis une insulte, et tout s'ordonne.

Celle ci, fielleuse en tous points, arrogante, mal élevée, gluante, botoxée et siliconée, pour se taper du minéral de la jeunesse, pas une seule idée qui en vaille la peine, même sur le célibat.

Cette autre schlingue une morosité d'embrouilleuse, elle dégénère en paroles d'une qui chuinte au pieu des salaceries, et j'en passe.

Consacrée pétasse, la voilà qui s'enfle et se rengorge, pouliche, poularde dans l'abus de dire, elle me zieute en coin, rien à espérer.

Sur la trace des scribouillards de gare, elle lit une presse en gothique, elle sait par déduction les affinités sélectives, devineresse qui se déchoit dans l'entresol de son domicile où elle prend perpette avec un mari qu'elle cocufie, elle déboule parfois la nuit dans mon pieu pour une royauté de chienlit, cette gente que je ne veux plus fréquenter.

L'ânesse a été bâtée, battue, pas visionnaire, rongée, rougie, elle se soucierait presque de bienséance s'il lui venait une révélation.

Une parisienne, bas résilles, pendue au téléphone, bavardage à cru et que j’entends, bouh..


Un vieux loup baratineur, un écorcheur, un repriseur, il va ,il vient ,il secrète de la parenté, la norme quoi, trois enfants, une femme grassouillette, blonde un peu crue, et tout ça marche à pieds le dimanche à la campagne…


Obèse et obsédé de politique, plutôt sot que saugrenu, s’arrange avec la brutalité, la corruption, un grand pète sec, presque chauve, une tête d’œuf quoi, on le dit partouzard,en fait ce n’est qu’un fat et un fanfaron dans le grand guignol du sénat à domicile.

La suprématie de la buvette et de la bavette, hic et nunc, puis pas mal de glaives dans l’estomac et des glaires en bouche.


Je rends tout ce que j’ai acquis, rien ne se déclenche plus en moi, sinon cet écœurement et ce trouble si particuliers qu’ont les particules sédimentaires.


Le tabou m’entraîne à la boutade, puis tralalalère le long des voies navigables.


Elle chiale en stéréo, pleure en quadriphonie, garce stéréotypée du bizness de l’entrejambe et de la jupe fendue.


Comme la plupart des questions celle-ci ne se rapporte qu’à moi, puis je termine ivre dans l’abreuvoir glacé, souvenir d’un nouvel an où j’ai goûté à une nichonnée d’un quintal…


Elle peut me taper sur le système une journée entière, voire une nuit, quant au reste, ça lui dégouline sur les mains.


Légitimée pourtant,trop à la dérive,trop dans le verbiage,rien à comprendre,trilles de roitelet pour des réveils de noceurs, quand la mariée fut douteuse avec ses envolées au ras des nèfles...


Elle cite,récite,décide de tout,toute en tête et en atouts,puis bouillonne de mots,prophétise presque,dit qu'elle a beaucoup chialé...


Petite bestiole avec un chat auburn,noire d'ascendance,beaucoup de qualités,concave,convexe,cette nouvelle brutalité nous conviendra...


Alea jacta est,le hasard chante à l'aube,morituri te salutante,la morue morte est salutaire,dominus bobiscum,vos biscottes sont excellentes,pater noster,le porte manteau est tombé,mater dolorosa,Dolorès a rossé votre mère...


Une musique définitive avec un archet de crin,mais jouée par des mains sales...


Que de grandes gueules qui crient à la rédemption,elles puent,elles trombinent,elles ont une certaine façon de croire à l’équilibre par la turbulence,puis des mots et des cris...


  
Procès d'une tolérance,point de nœuds,de torons,de cordes,de fils,à cette tradition on ajoute un ludion qui monte et descend le long d'une kalachnikov,puis chacun se retrouve avec la conscience d'un rat qui se terre dans un recoin...


Seigneur,que le imbéciles ont la vie longue!


Corps assoupi,en repos,pas dans la détresse,la détrousse ,oui,j'oublie que mourir proprement n'existe pas,du coup de la brutalité et de l'hypnose...