Figures de rhétorique détournées...

 

 

Figures de rhétorique détournées… 2001

 

L'anastrophe.


Qu'on ne me dise pas d'elle, de celle-là même qui jamais ne ment, car je sais de quoi je parle, que c'est une girouette qui donne sa force et sa fièvre au vent, bel oiseau bleuté d'incertitudes, tu bruis si bien que de tes pennes viennent du feutre pour l'archer et des plumes pour les écrivaillons, s'y adjoignent aussi la litote et le zeugme, tous deux consanguins, mais de fière allure, nés dit-on de la brève rencontre d'une jarre et d'un jars, et comme chacun n'ignore rien de leurs clapotis, de leurs cafouillis, on ne parle pas de raucité ni de caquètements, mais de motets, ces musiques légères comme des ensablements, que les cigales reprennent lorsque l'été, avec ses pics et ses parcs, nous ouvre à des œuvres que nous n'aurions jamais commises si nous ne les nommions pour de souveraines attitudes, que nous oublions sitôt que l'anastrophe, avec ses initiales positions ne nous permette plus de composer un quatrain, que d'impudiques collégiens en âge de maudire la grammaire, cette ancêtre qu'ils ne vénèreront jamais, liront dans un tramway, tout en juponnant des strophes qu'ils destineront à de semblables biens aimées, qui les surplomberont en se gaussant de leur maladresse, comme des tirelires fendues en leur milieu, pour que ces mêmes qui les aiment, y glissent encore des mots, des, mots, des mots rien que des mots...


L'allégorie.

C'est dans le heurt ou le leurre ,que l'allégorie ,qui est une variation de saurien ou de vaurien ,se vautre à la façon d'un dieu fléché de toutes parts, car flutiste pour l'étal civil ,dans les eaux rances d'un ru vosgien, et tant elle est secouée de hoquets et de larmes, que des enfants jeunes dès leur plus petit âge s'y noient, à la manière de son jumeau ,l'alligator ,qui faillit faire sombrer un paquebot plombé de feutre et de ferraille, que construisit un mineur de fond à la retraite, dans son jardinet ceint de radis, de roses et de chigoungougnas.
Comme cette bête, bête à pleurer, ne surnage que dans la douceur des eaux douces, douces parce que des enfants noués de cordelettes y plongent la tête baissée, elle consista toute entière à prendre le parti de ceux-ci, le parti de la liquéfaction, et mourut d'un axiome pulmonaire, que des gens de presse mirent à la une vingt ans plus tard ,dès lors que des moutards piégés par d'identiques rituels remuèrent la fange de leurs diurnes parentés.

L'asyndète.


Dans les arènes césariennes, le lion geint du verbe (regimber), il feint des avantages, vocable irrégulier, du verbe fendre, il fait mine de pleurnicher, avant de croquer le rétiaire et même de lui bouffer son filet.
Eh oui, l'asyndète est léonnine bien moins que les honnis, mais plus que Léonard de Vinci ou que Léonid Brejnev quand il fit mettre à sac le bourg de Krasno Selo, dont vous ignorez tout puisqu'il ne figure sur aucun portulan, pas même un bréviaire, un abécéderche, un dictionnaire de rimes, voire dans la nomenclature de nos chères bécanes, qui ont des claviers plus outrecuidants qu'un cuirassier, tant ils m'enquiquinent et, m'acoquinent à l'apostrophe, la virgules et les accents, tous les accents...
Si vous croisez l'asyndète il faut éternuer, l'éternuement le fout à poil, dès lors sans sa peau d'engloutisseur, il n'est plus qu'un poumon, celui d'un ancien fumeur et frimeur repenti, poumon mou, mou si mou, que vous pouvez à présent écraser du talon en l'injuriant à la manière d'un rétiaire qui lui aurait survécu, fait rare et remarquable, c'est à ce moment-là que vous vous rendrez compte que vous êtes semblable, puisqu'un bombyx s'envolera de ses entrailles pour prêter main forte à la nuit et à ses géométries.


L'antonomase.


C'est dans les paysages mouchetés de fines boiseries que travaille cette libellule, en épaulant l'air et l'éther pour leur donner la légèreté de ces filles qui tombent des nues et dans nos bras sans que nous ayons eu à leur conter fleurette. Cette demoiselle qui ne vit que deux jours par semaine, jours pairs d'ailleurs, est une porteuse de constellation en miniature, dioscurée d'une belle ténèbre, a des ailes comme un cortège de muscat, de muscadet, c'est de là que me vient l'idée de la soûlographie, et bien que ma femme mouchetée sur l'une de de ses joues m'interdise de m'adonner à des liquéfactions, je bois tel un auguste animal à la bouche de cette antonomase le vin amer des sicaires et des improductifs de métier, que je vais aussitôt dégobiller dans les lavabos de ma mémoire. Non que je veuille d'entrée tout appesantir, mais que me vaudra d'aller dans son pas, ses danses, ses voltes, le sens de la conséquence qu'elle donne à ma vie, déjà quelques idées de fatalité me viennent, qui prennent corps et se violacent sitôt que je les pose sur le papier; il faut que j'admette que mon désir d'elle est vivace, cela il faudra qu'elle le sache...


L'allitération.


C'est une dormeuse, assembleuse de saisons, petite poule de ritournelle, qui a des rêves ombragés et ombrageux, et ne se déplume que pour se pelotonner sous son édredon à la façon de Rouletabille qui lui, c’est du moins ce que l'on m'a dit, s’enfonce tout de blanc vêtu ,dans un lit ovalisé par une maîtresse parjurieuse, mais souriante, et qui n'en sort que pour une requête ou une enquête. L'allitération a aussi une trompette, une diane dont elle ne se sert qu'à mauvais escient, c'est à dire pour annoncer que les journées à venir sont de belles journées pour la science, et que la science sans conscience n'a ruiné aucun âne. Le peu que j'en comprenne, est qu'il lui faut dormir et dormir encore, afin que des poètes naissent et meurent dans la nécessité de ne plus vivre sans divaguer, sans divaguer, amarré, ou à marées hautes autant que basses…Comme elle m'écervèle, moi qui jamais n'ai rien voulu savoir d'elle, sinon l'ajustement de ses propos ,je me dis que toute forme de désir née de mon désarroi, ne vaut que parce que je n'ai jamais cherché à l'anéantir, jamais voulu me méconduire dans ses reconversions; non que je sois ,ou que je crois ,à juste titre d'ailleurs, que seules mes inductions valaient par leur pesanteur, mais aussi parce que je désirais qu'elle mit ses pas dans les miens ,cela il faudra qu'elle le sache ,et quelle que soit la manière dont elle l'apprendra ,je soutiens que ce sera beau une nouvelle fois.


L'apostrophe.


Que personne ne s’en soucie ne m’inquiète guère, mais l’apostrophe et cela, il faut qu’on le sache, est vénéneuse, elle peut atteindre selon les circonstances la taille d’une araignée de deux mètres, comme dans Tintin et l’étoile mystérieuse, et vous planter son dard dans l’œil droit si vous êtes gauche, et dans l’œil gauche si vous êtes de droiture.
On dit d’elle qu’elle a de telles vibrations, qu’elle peut, rien qu’en se frottant les membres, faire trembler les deux pôles, moi qui n’en crois rien, je me garde pourtant d’être sur son chemin, surtout dans les couloirs que jalonne mon cousin germain, dont les initiales sont CG, que je hais poitûment, mais cela je vous en parlerai une autre fois.


La catéchrèse.

C'est une mante religieuse catéchisant, bouffeuse de craie et de naphtaline, qui s'assombrit de lourdes pensées sitôt qu'elle veut entrer en délicatesse. Son corps a la langueur du bleuet et du lilas, tous deux synonymes si on les respire ou peint séparément; c’est en eux qu'elle enfourne, en passant par le calvaire du sentiment ces pucerons suceurs de fraises, ces gobeurs d'incendies qui ont mûri sur des poires blettes, qui comme chacun le sait ont la tête de Louis Philippe quand il avait trente ans. Comme elle a pris l'habitude de s'embrancher, on peut la confondre avec l'écorce de ces arbres écorchés ,qui finissent en cageots, en ruptures d'osselets ou d'ossatures, là elle crayonne avec le feutre de ses pattes sa propre beauté qui lui vient de ses yeux pers, tout en gardant dans sa bouche l'odeur de la fougère et de la menthe, attireuses de mâles qu'elle va s'empresser de rompre rien qu'en les regardant, prédisposée à une fausse urgence de bouffer, de se bouffir, aux heures incongrues du jour et de la nuit, elle change de polarité, l'appétit lui vient, elle déchiquette alors un semblable subjugué par ses manières, de celui qui n'a pas su se préparer à la noce; puis s'endort drapée d'une haute dignité dans du chèvrefeuille, ou dans les plumes d'un paon, cet oiseau plein de roueries, et dont les pennes me dispensent des miennes.


Le chiasme.


Il a émigré dans les soupentes où il peinturlure sur des gaufres des filles nues couleur d'ocre et d'embonpoint. Sa tête est carrée ce qui lui fait admettre que la géométrie et l'algèbre ont de nobles valeurs:simplifier la vie de constructeurs de ponts, des érigeurs de cathédrales, des éleveurs de viaducs .Il a gardé dans ses yeux tous les sujets qu'il a vus trembloter sous son pinceau, yeux à facettes de mica, de porcelaine, de jade, qui le mettent dans les dispositions de bien voir pour être vu. Comme il a rogné de son corps des membres inutiles, une main, un pied, une part de son cerveau, il clame qu'il veut mourir euthanasié ou dans une bergerie, parmi les agnelles qui mettent bas de hauts chérubins aux accents de limonade, et dont il a gardé le souvenir de la blondeur et douceur des cheveux, que ça lui est devenu une indécence. Je me garde bien de narrer tout ce qu'il a pu commettre comme bestialités, avec cette immense joie qu'ont les claironneurs quand ils ont tromboné dans un pipeau ou fifrelin de laine, une cornemuse vêtue telle une ancêtre bicentenaire; mais je tiens à préciser que le chiasme est bien plus difficile à charmer que la litote, cette vassale de grand empire que j'ai emmenée avec moi sur toutes les routes de Charente, tout autant que pour m'endormir avec elle dans des hôtels à trois mille balles la nuitée ,champagne incompris, toute en robe noire, que je buvais quasiment seul, puisqu'elle était emprunte de trop de courbes et de circonvolutions ..


La diaphore.


Aux sylvestres ponants si plein de lassitude, s'étend ce soir une femme renarde de vif aloi encore innommée, elle écoute, elle entend, elle veille, elle cille de toutes parts et son manteau neigeux la chavire d'écueils, d'hommes avec leurs écuelles, les sans soif assoiffés, qui par leur paresse d'être sont dans une flottaison inavouée, des frappeurs appauvris par des dissemblances, et plus je la regarde, plus je sais que de mes encres, de mes ancrages naîtra la belle épousée des mots, animale, buissonneuse à souhait, pour une blonderie de noces, d'accidents volontaires quand elle conduira muette dans son terrier pour me montrer que la terreur du devenir ,fût on une bête soyeuse, peut se passer des décompositions; oui, car la diaphore irradie de partout, et ses mots n'ont pas la pauvreté des singes en hiver lorsqu'ils se planquent pour planifier une saison en langueur ou d'enfermement. Dans mon illégitime folie de vouloir la faire disparaître, elle qui ne se lamente pas, sirène de la couleur et du son d'une diane, la voici qui se détend aux anciens solstices et son corps tout entier tient de la tubéreuse ortie et d'un orpaillage pierreux, tout ceci assorti à mon lot, c'est de son regard éfolié que me vient l'idée d'être à mi-chemin entre le jeûne et l'appétit, celui d'aimer et de ne plus aimer, au dernier éclair de son éclairage nocturne ,je referme aussitôt la porte du souvenir mais n'oublie pas que telle une prêtresse qui dit une messe en latin, cette langue si ancienne qui ne parle que de la mort, elle ne pourra s'accorder à moi sans cordelette, sans collet, sans lacet et que pour ne pas me lacer, m'en déplacer il faudra qu'elle se fonde et se confonde, avec ses graines d'offrande à mes orageuses humeurs, quand décidé de partir à la chasse ,je vais pointer mon fusil sur toutes ses descendances .


Le barbarisme.


Pour le prendre par les cornes, ce bouc ,qui sent l'abscisse et l'ordonnée, il faut s'arcbouter, tendre ses deux bras, les rigidifier, puis le repousser dans son toril, là où les taureaux vont lui foutre sur la gueule une de ces roustes dont il se souviendra, parce qu'un puant de cette espèce qui sent la fonction F de X est malvenu dans la maison, car son terrain de jeu est plutôt le CG, parmi des veaux et des génisses de son engeance, c'est à dire la jaunisse, autrement dit l'ictère qu'il trimballe depuis des décennies, et qui lui donne cet air de produit dérivé, qui déambule dans les couloirs ou remplit des cahiers de notations, où il flèche le parcours des tutélaires de service. Méfiez-vous du barbarisme, car il est à l'asyndète, ce que la simagrée est à l'asymptote, et cela je le tiens de la bouche d'un petit grammairien, qui a un siècle d'avance de déférence et de différence avec ce même que l'on ne peut considérer comme le propre de l'homme, tant il schlingue de tous ses pores, et jusqu'à ses entrailles, dont on ne peut pas faire des vessies, tant il est un lanterneur fait pour l'admonestation, puant infatué qui ne s'en prend qu'à la gent féminine parce qu'il a du faire une grosse couille quelque part, voire en perdre une, fût-elle d'une orthographe trop malaisée pour lui..


La litote.


Elle est de celle qu'on attend des années durant pour la placer haut sur les faîtages ,ou parmi ses faits d'armes et de larmes, de veuvage aussi, comme elle travaille comme lisseuse de plumes pour un archet, me sont venus des mots ,des notes ,et pièges pour cette même qui s'en défend aujourd'hui, car toute oiselle qu'elle soit ,personne, pas davantage le sale type que je suis ne lui a rogné ses ailes, preuve en est qu'elle peut s'abreuver en tous lieux sans passer par la gloriette, la gloriole, voire la gloire. Un grand jour, elle réussit à m'attirer dans ses hanches, ses reins, son âme, je voulus y rester tout en attractions, en attentions et intentions, mal m'en prit, elle était de contrescarpe et ses ouïes ne m'entendirent plus, tant aux angélus je m'étais plié sous le poids de nos résidences secondaires, de mes ancestrales voûteries entre la soûlographie, les herbes à éternuer, les poudres auburniennes par leurs délicats entretiens. Bref, c’est en s'instruisant d'elle-même, qu'elle me déconstruisit, en me lisant, m'analysant, m'instrumentalisant, afin que je rompisse d'avec elle, et le pain bis de noble couleur, qu'on trouve dans les magasins à deux cent balles les cent grammes; chère cherté qui nous fût salutaire tant de fois. A trop vivre dans son intérieur, collé contre elle comme une sangsue sans témoignage, dans un soir laineux d'alpaga et de partir, elle décida de mon déménagement, me mit dans un corps de passereau, de passerelle, de passage, corps qui ne me correspondit pas; je vis mon présent à deux cent mètres de cette litote, familière du:fous le camp, viens ici, et c'est encore un mal d'être si proches et si lointains; un conseil, méfiez-vous de toutes ces figures, car rien qu'à les entrevoir vous pourriez finir allongé, en élongations sur le canapé d'un psychanalyste happé par ses anciennes beautés et turbulences, voire sur l'ottomane de Juddy Collins qui a bien quatre-vingt berges, mais aime toujours autant le formica de Sion, ou vous retrouver tel un ladre dans les travées d'un prisunic, à vous enquérir du prix d'un plumetis d'étoiles, ou de la caution qu'il faut verser pour n'être pas un gardien de prison, autrement dit un geôlard..


La disjonction.


C’est une linotte avec une tête de lucane qui zieute par le judas son mari lorsqu'il rentre sur les coups de trois heures du matin, ivre de vivre, de rire, de l'ire, cette vieille entremetteuse colérique pour pas un rond, puis s'alourdit, s'assombrit plein de grâce, de songes, de voyages en sols, en terres, en ut, en paix, se vautre sur le lino, où Ray Ventura joue avec tout son orchestre de vieux airs de rumba et de samba, afin, que le garnement, hâleur d'étoiles ne puisse s'endormir, sans avoir eu à s'entrelacer de ces mêmes qu'il a appelées avec son sifflet, pour qu'elles entretiennent sa chambre de lueurs et de rêves, de peur que la nuit ne l'engloutisse de ses extrêmes pauvretés d'infatuée, de tueuse d'enfants indésirables que sont, la disjonction, le disjoncteur, ou la directrice adjointe d'un hôpital de jour, puis que poli d'essences divines, lui viennent en crâne des idées de belles attitudes, telle celle d'entrer dans les cathodes des téléviseurs du monde entier, les faire péter, les débourrer de leur mollesse d'onagre ,jamais apprêté pour la course aux orages, et entendre le bruit que fait le monde, cet enquiquineur de nomades, avec leur idéal de pas ras le bol, puisqu'ils ont la terre entière pour y errer pleinement en dilettante, dans la plénitude que leur inspire l'Aventtura quand ils l'entendent, vous savez cette rengaine désuète de Stone et Charden, qui sont d'après ce qu'ils disent, une pierre et un peintre; et lorsque le peintre peint la pierre, ce n'est pas la pierre qui heurte le peintre, mais le peintre qui se déverse en colliers de rivières et de diamants, et cela comment le taire, puisque le roi te hèle..


L'ellipse.


 
Dilettante en toute chose cette fourmi semi-quintallique, anatomique, petite bombe, qui n'aime pas les campagnes, les retraites, accompagne les collégiens dans les visites des musées. Elle garde ses lampes allumées jour et nuit et ne se verticalise que lorsqu'elle en a à revendre, je parle de ses épines qui sont une moralité de pierre et d'eczéma, qu'elle importe du Cachemire pour quatre francs huit sous et quelques saucissons, et qu'acquièrent par la suite dans sa boutique frisurée de griffoneries, des forcenés de l'alphabet qui les délitent en lettre d'or, en majuscules, en enluminures, sur des bordereaux qu'arracheront des enfants immatures pour les offrir à leur maîtresse les veilles de Noël.
L'ellipse ressemble aussi à ces dryades, qui coupent la queue des orvets et des couleuvres, de façon à ce qu'ils n'en reviennent plus; d'où je l'ignore, je préfère d'ailleurs rester dans cette ignorance qui me sert aussi de couverture, je ne veux pas en savoir davantage; quant à ses façons de défaillir, ce ne sont que les témoignages de son habilité à faire la morte, pour que chacun oublie le trop qu'elle a sur la conscience.

L'hyperbate.


C’est une quinquagénaire phtisique comme Marguerite Gauthier qui a me semble t- il des lacunes du côté de ses aspirations, de ses obscurités, non qu'elle ouvre en moi des souvenirs, mais hyperbate a trop être fantasque, m’offusque. C'est une animale, confidente de la tortue luth; elle a d'ailleurs ses éternités, un siècle de vie, et en un siècle, que d'inepties elle peut commettre; ses yeux de début de jour, de fin de nuitée, quand elle s'est rallongée parmi les hyperboliques du soin, lui donnent des allures de délurée; prématurée elle pense que vivre vite a des aisances et incarne sa volonté à la désincarnation; je m'inscris en faux dans ses assertions. Quand une hyperbate se montre hostile, c'est qu'elle n’a pas su partager de sa colère, de ses vagabondages; ouïr, être ouïe, voilà ce qu'elle veut glaner de ci de là, et lorsque ce de-ci delà n'a pas de nom, pas de lieu, il lui vient des bouffissures en tête, et de la lèpre en paroles, alors titubant, incomprise dit-elle, elle ouvre les rideaux du silence sur le grand large, puis va pleurnicher dans les profondeurs d'une lagune prise entre un terrain vague et du vague à l'âme


L'exorde.


Surgi d'un exergue sentimental, l'exorde ment pour ne pas s'affamer de poussière. Il a comme ce passereau au repos, des airs qui lui sont propres, airs de papier mouche, airs de trille ou de tricheur, airs d'arrhes ou de pépie, il se recroqueville en chien de fusil, sitôt qu'apparaît le stylo, n'a gardé en mémoire que des idées de servitude, des nerfs en pelote de soufre, des haltes sans imagination. L'exorde peut marcher des heures durant sur des chemins convenus, ceux de la nuit, quand les sélénites se désaltèrent dans les bois écartés par des assaillants de tous bords, ergoteurs mal façonnés, portés à l'humiliation et non à l'humilité. Moi qui suis un homme qui n'est pas venu voler l'homme, j'avoue négliger l'exorde tant il me conduit dans une solitude, où j'incarne sans plaisir, sans désir, une nonchalance où flottent les ombres d'une entremetteuse et d'une maîtresse.


L'euphémisme.


Qu'aucune vérité ne m'ait saisi traduit mon arrogance à l'admettre, c'est ainsi que me sont venues de mon néolithisme, des férocités et des indignations sans fondement. Euphémisme, parole dite sans trahison, bête à bon Dieu aseptisée comme une entrée de villégiature, cri de l'esprit avec ses dents de nacre, de sortilèges, de réduction de temps. Lointainement, l'euphémisme était considéré comme sans vergogne, entre lilas et rose, il s'acoquinait avec des élytrés et de illettrés de toutes engeances, fort en gueule, oui, mais instantanément, dans la suite du parjure. Admettons qu'un détraquage ait eu lieu, d'où lui viendrait -il, si ce n'est d'une attaque, d'une tricherie; faut-il alors donner l'alerte quand l'euphémisme vire à la démence, à l'indécence, non, car un euphémisme c'est assez de dédain pour un flictionnaire, de la drôlerie aussi, de l'insoumission, la nouvelle et banale cruauté d'un monde ravagé par les passagers de la parole biaiseuse et baiseuse de mauvais aloi, bref de non-sens; il faut que tout ceci reste ainsi..


La gémination.


L'épais vide de la gémination double aux balcons ses creuses gémellités, car marcher sur la tête ne va pas qu'aux animaux héliportés qui se masquent avant de mourir noyés ou de s'engloutir. Cette bête d'illusion, qui songe à ses avers, a des ailes comme des voyelles rimbaldiennes quand elles se sont épandues dans les mots de petite frappe, onomatopées qui en vérité ne sont inscrites sur aucune stèle. Je dis que recueillir une gémination à domicile c'est déraisonner, c'est installer sur chaque porte de sa demeure, une double poignée, pour des insolites de la main droite; la gauche moins hostile, ne peut que servir à enfiler des perles, un fil dans un chas, nouer une cordelette au coup d'un animal. Dans ses obscurités, bien qu'elle s'en défende, la gémination se mue en âme qui se tient haut, bien inclinée sur la nuit, et lorsque la nuit est à son terme, elle pond deux consonnes, rondes comme des billes d'agate, que des enfants auxquels nul ne répond, se disputeront dans la cour d'une école, pour une clarté élémentaire, dont ils se souviendront quand ils auront l'âge de comprendre et la grammaire des grands, et la rhétorique des plus anciens.


L’hendiadys.
 
 
Il est d’une simple cérémonie, plus solitaire qu’un roi étendu et qui se désole de ne pouvoir guerroyer parce qu’il lui manque un bras. L’hendiadys, est de céleste attitude, c'est-à-dire qu’il s’envole quand il devient perceptible, son bourdonnement évoque la marche forcée de ceux qui se sont constitués un empire dans la rogue et la morve, tous deux synonymes si on les restitue à leur obscurité cendrée comme un arsenal, cette cruauté d’être perçu la nuit, lui vient de sa démesure à vouloir heurter la terre d’un pas de glaise et de glas ,pour y puiser sa nourriture faite de boue et de lichens, de végétaux putrides, en décomposition, car tant il est bruyant, tant il tend à moins le devenir, et devenir moins, c’est converger vers tous les témoignages qui ne correspondent qu’à des mensonges ou de la malveillance, donc à rien, si ce n’est à ce vide d’étés tranchants comme des guillotines, des guillemets, des points de suspicion, donc secs, foudroyés d’or factice et d’airain sortis de la kitchenette d’un alchimiste faiseur d’histoires et de contes à dormir aplatis sur des lits de camp, lits qui se sont forgés sur des monts avoisinants des dieux lubriques et ventripotents, érectiles, sans qu’aucune main n’intervienne ; cela l’hendiadys n’en fait pas sa part, il n’en a cure, il préfère l’oubli à la vérité, capsule d’un orfèvre qui ne s’est jamais plaint ni de la canéphore, ni de ses orages..

L’amphigouri.


Laissez-moi vous parler de cet âne-là, avec les mots d’un élève de sept ans, que le maître a mis au piquet un chapeau de feutre sur la tête, et qui lui tire la langue, mais retient son vocabulaire de crainte que la baguette de coudrier ne lui chauffe les mains et les oreilles, car à cette époque, les tuteurs sont des besogneux de nature, et il faut que ça rentre, le ça, c’est l’idée de la tortue qui a perdu de son ego et se retrouver recouvert de pennes de comme un aigle déloyal. Alors voilà, l’amphigouri s’est trompé de lieu, de vie, il aurait pu naître Amphitrite voire Amphitryon, marcher sur de plus hautes estrades se mettre en scène, tout ceci sans ses bâts, avec cette belle hauteur. Ce beau port qu’on les acteurs dont l’assurance évoque un nom de ville ou de villégiature, non pas celui de ce souffleur oublieurs de textes et de saisons suçotant les glaçons de la déconvenue, et qui attendent qu’on leur mette ne bouche un fifrelin ou les mots d’un dictionnaire de rimes, dont ils se méfient particulièrement, car une fois que le dictionnaire est ouvert, c’est toute l’histoire qui peut recommencer tant il donne aux pipelettes, les secondes femmes des amphigouris des airs de pingouin qui refuse d’aller distribuer des glaces entre les bancs ou sur la banquise


L’anacoluthe


Comme elle n’a de certitude sur rien, le rien qui est un tout revenu de pèlerinages, l’anacoluthe va dans les boutiques à bottines et joue en grandes pompes la dame de compagnie, qui a des mollets et campagnarde égarée dans le vermeil de ces villes quand les néons colorent les poitrines et les magnifient d’une couleur plus violacée que leurs envies et ennuis. Méfiez-vous des anacoluthes en cothurnes et sans culotte, ce sont peut-être des dames de petite vertu qui ont essuyé les plâtres comme ces cyclopes bornes qui ne regardent que par-dessus leurs épaules pour voir une gorge de soulever ou un téton poindre, car l’anacoluthe pour se planquer de son âge est prête à tout, même à changer de maison ou de saison, tous deux, lieux privilégies quand leur vie était faite avec les plus doux des verbes.


L’apagogie


Cette outarde n’a rien d’une pédagogue, et bien qu’elle aime la paix et les collèges où elle enseigne la grammaire, cette vieille fille qui parle latin avec un accent de vendeuse d’îles et d’archipels, dont on fait le tour à cloche-pied, n’effleure n’y affleure à aucun de ses élèves tant elle manque d’amour et du hep du hip et du hop, si bien que les enfants, puristes de leur état s’affalent sur les tables aux encriers pleins de flotte boueuse, et rêvent de partir à Dijon pour y déjeuner dans la moiteur silencieuse de tous ceux qui ont attendu que cesse la grève des bus, afin qu’ils puissent rejoindre les bouis-bouis où l’on s’alimente de sénévé, et d’une eau pure qui ne partira pas en javelles.


L’assonance

 
Je réponds à celle-là avec des hou, des ha, des houlala, des hip hip bourrasques car l’assonance est asymétrique, tout comme un principale de collège lorsqu’il apostrophe un élève pour lui filer deux heures de colle, et en deux heures de colle on peut en timbrer des enveloppes. Bien qu’elle ait des ressemblances avec un scarabée, l’assonance n’a pas d’élytres, pas d’yeux, pas de pattes ; non elle est tout en cloques et en claques, comme une rocaille poudinguée qu’on ramasse dans un désert pour la balancer à la tronche des désaipaississeurs de salades en tous genres, de mortadelle, et autres bouchers coincés de la lèvre supérieur, qui surplombent leur étal avec un air de saurien et dont le seul entendement est de pas vous écouter…

L'hypallage

Quand franchi le seuil de nos tiédeurs et de nos pudeurs, l’hypallage devient vieux, il revêt la peau d’un onagre de feutre prêt pour la course à la naphtaline vous savez cette petite boule toute en rondeur que nos mères planquaient dans les armoires afin que leur étroites culottes ne soient pas piquées, comme le sont les vermisseaux, qui vont et viennent nuit dans nos habits de viveur, et les trouent de toutes parts, de façon à ce que nous allions à confesse en haillons et qu’un dieu, roi fainéant de son étant, nous tire par la manche, en disant par les moucharabiehs de sa cage de bois… retourne à tes vestimentarités…

Variation sur l’anastrophe

Qu’on ne me dise pas de celle-là même ; que jamais elle ne ment, car je sais d’elle que c’est une girouette qui parle et jargonne dans le vent. Bel oiseau, endormeur de moisissures, tu bruis si bien que de tes plumes viennent à naître la litote et la métaphore, deux de mes maîtresses obligées à mes bienséances, sœurs aussi, nées de la rencontre d’une jarre et d’un jars, et comme chacun le sait, aucun d’eux n’aboie, pas plus qu’il ne prend le train les matins pluvieux pour aller se perdre dans les bibliothèques et y étudier la circonspection de la pilule et de ses rondeurs, voire du stérilet. Je reste sur mes positions initiales, l’anastrophe ne peut pas composer un quatuor pas plus qu’un quatre à un, à moins qu’elle soit nyctalope ou quaternaire, ce qui reste à prouver.